CHAPITRE II
Sawolf scrutait l’horizon. Voila quatre jours que le commandant était parti et pendant ce temps, les hommes c’étaient préparés au combat inévitable. Les Ours n’allaient sans doute pas tarder à arriver, le soleil commençait à être englouti par la mer au loin.
Les soldats de la sixième Légion étaient tous plus ou moins nerveux, pour la plupart ce serait leur première véritable bataille. Pour la garnison de Lémur, ce ne serait qu’une escarmouche de plus…enfin, c’est ce que les soldats espérés.
L’air était frais et humide, le climat parfait pour le combat, mais ce qui inquiétait Sawolf c’était le brouillard. Les Ours en tireraient forcement partie si la plaine était noyée dans la brume, les archers ne serraient pas d’une grande utilité, alors que les leurs auraient toute la visibilité souhaitée. Le Second pria de toute son âme pour que tout se passe comme il l’espérait…
Espoir vain, quelques heures plus tard, alors que la nuit était tombée, le brouillard engloutit la plaine jusqu’au pied du rempart. On entendit des jurons dans toute la forteresse.
Les Ours n’attendaient que ça apparemment car, à l’orée de la forêt, les torches s’allumèrent. Des centaines de torches. Il y eu un roulement de tonnerre, mais ce n’était pas le ciel qui leur tombait sur la tête. Non, c’était le chant guerrier des MacUrsus. Ils devraient être des milliers pour que leur chant prenne cette ampleur.
Du haut des remparts, Sawolf aboya ses ordres. Tous les hommes se mirent rapidement à leurs postes. Une partie des archers délaissèrent leurs arcs en faveurs de leurs épées ou de piques, et les autres se placèrent sur le mur, ils réussiraient au moins à avoir les porteurs de torches…si ceux-ci ne les éteignaient pas.
Tous étaient fébriles. Sawolf, en bon chef, passa dans les rangs, encouragea les soldats et s’attarda un peu plus avec les plus jeunes recrues. Il en rassurait un petit groupe quand le chant se tue.
Le second de Wolffeng courut immédiatement sur le rempart, les sens aux aguets.
A peine arrivé, une voix gutturale se fit entendre…en bas du rempart…
« Je ne vois pas le Loup Gris, qu’il se montre ! Sinon nous attaquerons et mangerons vos cœurs avant le lever du jour »
Sawolf ne prit même pas la peine de répondre, il s’empara d’un arc à ses pieds et encocha une flèche. Il tua le MacUrsa à la seule lueur des feux de la forteresse.
Les hommes de Lémur commencèrent alors à chanter, a leur tour. Les Ours répondirent et la bataille commença…
Les torches ne furent pas éteintes, une erreur certainement du a un orgueil beaucoup trop développé, mais les archers ne s’en plaignirent pas, bien au contraire.
Les cinquante archers encochèrent les flèches les unes après les autres avec fluidité. Les torches s’éteignirent une a une. Mais quand la dernière lueur disparu les Ours purent sans problème attendre les murs. Les grappins furent lancés, les échelles misent en place, et le bruit du bélier contre la porte se fit entendre.
Les soldats armés de piques délogèrent les échelles, la porte tint bon, mais ils en venaient toujours plus.
Quand les MacUrsus prirent pieds sur le rempart, c’est Sawolf qui les accueillit de son sabre. Le premier tomba, décapité, le second tint un peu plus longtemps, mais se retrouva avec le sabre enfoncé jusqu'à la garde dans la poitrine. Le combat commençait réellement cette fois, sur tout le rempart. Les Ours avaient réussit a s’emparer d’un morceau du mur, et ils avançaient impitoyablement. Ils avaient trouvé la faille : les plus jeunes recrues apeurées n’offraient que peu de résistance. Leurs ennemis prenaient un malin plaisir à les tuer de manière atroce.
Sawolf avait promis à son commandant de tenir, sa fierté lui interdisait de songer à une possible défaite, le manque d’expérience des soldats ne l’excuserait pas. Avec un hurlement, il se jeta dans la mêlée, son sabre virevoltant de corps en corps s’en cesse. Les cadavres s’entassaient sur le rempart, nombreux étaient ceux des Ours, mais encore plus ceux des soldats. La forteresse n’était pas encore tombée pour autant. Les soldats se battaient comme de vrais loups, Sawolf les exhortait au combat, dés qu’une partie du mur était regagné, il repartait la où une brèche se créait chez les défenseurs. Couvert de sang, de celui de ses ennemis plus que du sien, il tuait, amputait, décapitait avec toute la sauvagerie et la fureur dont il était capable. Il aurait aimé être un Berserk, au moment où une épée s’enfonça dans son épaule, il aurait aimé ne pas sentir la douleur. Mais il n’y avait qu’un seul Berserk parmi la Meute, et il était sans doute mort.
Il sentit qu’on le tirait en arrière. Il essaya de résister, il voulait encore se battre, mais ses forces l’abandonnaient.
Il perdit connaissance.
Sur le mur les soldats avaient repoussé les Ours. C’était l’heure de compter les morts, la bataille était terminée.
Du moins, c’est ce que tous pensaient.
Sawolf se réveilla en sursaut quand il entendit une formidable détonation qui fit trembler les murs de la forteresse. Il se leva vivement. C’est en voulant prendre son arme qu’il se rendit compte de son bras bandé. Il devrait combattre de son mauvais bras, car oui, il comptait bien se battre. Il sortit en trombe de la salle qui servait d’infirmerie.
Il s’arrêta bouche bée sur le pas de la porte.
Le rempart avait disparu. Il avait entièrement explosé, il ne restait que des monceaux de pierres…C’était impossible.
Les bruits de bataille le ramenèrent très vite à la réalité. Les Ours engloutissaient tout sur leurs passages. Les soldats se battaient comme ils pouvaient mais ils étaient écrasés par le nombre. Il ne resterait bientôt plus de défenseurs. Alors Sawolf fit ce qu’il devait faire, la chose la plus détestable qu’il ferait dans sa vie : il prit la fuite.
Malgré tout le dégoût que lui inspirait sa conduite, il devait fuir, le commandant et toute la Meute devait être au courant, c’était impératif. Il laissa donc les hurlements derrière lui et s’enfonça dans la forteresse jusqu’au passage dans la montagne qu’il referma derrière lui. Les Ours ne le poursuivraient pas même s’ils découvraient le passage, pénétrer dans une grotte leurs étaient interdit, c’était le sanctuaire de Ursa, leur Mère.
Le trajet jusqu'à la sortie fut rapide bien qu’entrecoupé de pause, Sawolf avait perdu beaucoup de sang. Il déboucha enfin à l’air libre, où trois chevaux l’attendaient. Bien, l’intendant avait réussit a fuir avec une vingtaine d’hommes apparemment. Les bastions frontaliers allaient être rapidement prévenu, car c’est là que se rendrait l’intendant. Et ensuite la Meute entière serait prévenue.
Pour l’heure, Sawolf concentrait son attention sur sa chevauché. Le commandant aussi devait être informé et stoppé sa quête futile d’un héros certainement mort.
Il savait où il devait aller, mais avec quatre jour de retard, s’il voulait le rattraper, il n’y avait qu’une seule route possible, et cette route traversait le territoire Ours…
Voila six jours qu’ils chevauchaient. Et pour Wolffeng, six jours a cheval ressemblaient a l’éternité…L’heure du bivouac était alors toujours la bienvenue, et c’est avec un soupir de soulagement qu’il descendit de cet animal de torture. Les hommes préparèrent le camp pendant qu’il se dégourdissait les jambes.
Six jours ! Il avait du mal à y croire. Ils n’avaient joué que de malchance pendant ce voyage. Le premier jour, a cause d’une route en très mauvais état, ils avaient du faire refaire ferrer leurs chevaux. Ensuite, ils étaient tombés dans une embuscade de brigands qui n’avaient pas remarqué qu’ils avaient à faire avec des soldats, sachant que ces mêmes soldats portaient leurs armures…Au troisième jour, le destrier de Wolffeng se blessa, ce qui obligea le géant a marcher et aux soldats de ralentir l’allure. C’est ainsi qu’un voyage de trois jours se transforma en un périple de six.
Le commandant était plus que content de voir sa « petite promenade » se terminer. Demain, ils ne leurs resteraient qu’une matinée de voyage avant d’atteindre Elestaria.
Ils dînèrent de la maigre ration que chacun avait. Durant le repas, Wolffeng ne dit pas un mot.
Une étrange sensation d’urgence le tenaillait, il ne pouvait dire pourquoi, mais il était pressé d’en finir et de savoir si l’homme qu’il cherchait était toujours en vie.
Ils se couchèrent tôt.
Très vite, on entendit le ronflement sonore du commandant.
Mais ce n’est pas ce qui troubla Wolftyr. Il était certain d’entendre le claquement des sabots de plusieurs chevaux. Avec les ronflements il n’arrivait pas à percevoir clairement le bruit, c’est pour cela qu’il réveilla Wolffeng d’un coup de coude.
- Qu’est ce que… ?
- Chut, commandant, j’essaie d’écouter.
- Ecouter quoi, bougre de…
Il se tu. Lui aussi il entendait le bruit des sabots. Il interrogea Wolftyr du regard.
- Trois chevaux, patron.
Ils réveillèrent les soldats endormis, et tous se préparèrent à accueillir leurs visiteurs.
Ils furent donc assez surpris quand trois chevaux sans cavaliers entrèrent dans la clairière où ils avaient installé leur camp. Sans cavaliers, c’est ce qu’ils crurent à première vue, mais ils remarquèrent très vite la forme avachie sur le cheval de tête. Wolffeng s’approcha avec circonspection, l’épée en main. Il lâcha un juron en reconnaissant l’homme en piteuse état qui tenait a peine sur le cheval.
- Venez m’aider ! C’est Sawolf !
Les soldats accoururent auprès de leur commandant. Ils transportèrent le jeune second sur une des couchettes près du feu.
Wolffeng examina ses blessures, toutes étaient superficielles, sauf celle à l’épaule. Il fit la grimace en la voyant, la plaie était infectée.
- Wolfnedra, occupes toi de son épaule, il n’a pas encore de fièvre mais si nous ne faisons rien ça ne tardera pas.
Le petit homme borgne s’approcha un paquet à la main. Il en sortit tout le nécessaire pour nettoyer et recoudre la blessure. Pendant ce temps, les autres s’occupèrent des chevaux et ravivèrent le feu. Wolffeng les regarda, faire leurs besognes. C’étaient de vrais soldats, des vétérans, qui ne rechignaient pas à la tache, et qui mourraient l’arme à la main.
Le commandant se retourna quand il entendit un gémissement de douleur. Sawolf était réveillé et tenté de se lever.
- Doucement mon garçon, tu es blessé, ne bouges pas Nedra s’occupe de toi.
- Il faut que je…commandant…Lémur…détruite…
Wolffeng écarquilla les yeux de surprise. On entendit plusieurs jurons s’épanouir dans la nuit.
- Quoi ?! Que dis tu ?
- Lémur a…été détruite…le mur…explosé…les Ours ont tout…détruit…
Par la Louve ! Lémur détruite ! Le commandant n’en croyait pas ses oreilles.
Mais ça ne pouvait être que la stricte vérité, sinon Sawolf n’aurait pas risqué sa vie pour le prévenir. Il voulait en savoir plus mais le jeune homme c’était endormi, ce qui facilita grandement le travail du soldat chirurgien.
Il alla s’asseoir près du feu. Les hommes le rejoignirent.
- Que fait on monsieur ?
C’était Dazwolf qui avait posé la question. Cela ne le surprit pas, Dazwolf était originaire de la région de Lémur…il craignait pour sa famille et il avait sans doute raison.
- On continue, Daz. Sawolf a du faire passer le message, si ce n’est pas le cas, nous ferons notre rapport au seigneur d’Elestaria. La Meute sera au courant.
Nous ne pouvons pas faire beaucoup plus, nous sommes presque arrivés à destination, alors nous allons essayés de trouver celui que nous sommes venus chercher.
- Et s’il est mort ?
- Il n’est pas mort, c’est la seule chose dont je suis certain pour l’instant…