D’abord ce fut tes doigts qui enlacèrent les miens,
Faisant de nos deux mains, des cercles enchevêtrés !
Déjà l’aube pointait et nos bras étendus
Jouaient aussi des « la » !
Entrecroisements magiques, et rondes concentriques,
Nos jambes se croisèrent en une pure prière !
Nos corps s’entrechoquaient mais de fine manière
Pour accorder leurs formes à celles des rivières,
Méandres fluides et chauds, cours irréversibles et beaux,
Triskels de nos grand-mères qui tissaient la matière,
Tandis que nos grands-pères en forgeaient des bannières,
Pour aller vers l’Est Levant à l’assaut des galères !
Soudain d’un coup de reins, nous virevoltâmes,
Le dessin du triskel jusqu’au fond de nos âmes,
Nous formions l’arc de cercle ou la spirale montante
Qui se porte aux annulaires des filles des Atlantes !
Nos pieds se tortillant, comme des tridents d’acier
Entourèrent nos cous, mais sans leur donner de coups !
Nos mains à la rescousse, arrivaient par paliers,
Remontant le courant de nos formes liées !
Tes lèvres cercles parfaits se collèrent aux miennes,
Et toute l’œuvre ainsi fabriquée
Arriva à l’apogée de la forme divine,
Entrelacs de ce seul corps,
Pour enlever à la mort,
En une simple et douce prière
Les pauvres encore sous l’emprise
Des pauvres porcs ignobles
Qui ne connaissaient eux, que le lion et le diable !*
Tu murmurais en mon oreille, Lliam
Et j’écoutais le ciel,
Et les oiseaux chantèrent
Une ritournelle nouvelle,
Car en cette nuit d’amour,
Nous avions réussi,
A donner à nos corps le besoin et l’oubli
Et à nous deux à former le symbole
Qui nous tous, frères, nous unit !
* Les anglais, le poème se passe en EIRE.