Chapitre 1 : Premier contact
C’était une soirée de pluie, les nuages recouvraient la lune… le genre de soir où il ne peut rien se passer de bon.
Maître Razorwhite entra dans la tour, tenant fermement le démon ; il le jeta avec force dans le cercle de contrôle, emprisonnant la bête. Quiconque possédant du sang démoniaque et entrant dans un cercle comme celui-ci, ne peut en sortir qu’en touchant quelque chose de « pur » venant de l’extérieur.
- C’est bon, je l’ai eu.
- Comme vous êtes fort maître !
- C’est parce que tu es nouveau dans l’équipe que tu dis ça Xin, tu ne t’en étonneras bientôt plus.
Cette scène aurait pu tranquillement finir une dure journée de chasse, posté sur le toit, je me préparais donc à descendre retrouver les miens. J’étais déçu, j’espérais un peu d’action. Mais, j’ai retenu mes pas avec raison, la suite n’allait pas me décevoir. L’unique porte de la tour s’ouvrît violement, laissant entrer un adolescent courant et hurlant.
- Maître maître !
- Que se passe t-il Kliter ?
- Un autre démon semblable à celui-ci attaque le marché !
- Quelle est la situation ?
- Tous les habitants se sont réfugiés chez eux, on ne sait pas ce que veut le démon, il semble chercher quelque chose !
- Semblable à celui là, dis-tu …
Pour l’une des premières fois de ma vie, j’ai vu mon maître douter, il faut dire que depuis que je le sers, je n’ai jamais vu de démons de cette race-là avant ; ceux que je rencontrais habituellement étaient de petits êtres rouges excités, cornus et équipés de petites ailes ridicules. Cela contrastait énormément avec le spécimen que je pouvais voir dans le cercle de contrôle : il était de taille humaine, au poil mauve, sans cornes mais avec de grandes oreilles semblables à celles des chauve-souris, il avait de grandes ailes sans plumes sur le dos, et il se tenait debout tranquillement en regardant maître Razorwhite, semblant parfaitement maîtriser la situation.
Mon mentor, lui, ne semblait pas sûr de la tactique à adopter. Je n’avais pas vu le combat qu’il avait mené pour ramener le démon ici, mais il paraissait très soucieux. En effet, ses effectifs étaient temporairement réduits : nous étions normalement cinq à le servir, mais Ellen, Nebro et moi-même étions en mission jusqu’au lendemain. J’étais revenu plus tôt, et je ne voulais pas manquer l’occasion de voir en tant qu’observateur neutre mon maître se sortir d’une situation telle que celle là !
- Kliter, viens avec moi, nous allons capturer l’autre démon. Xin, reste ici pour surveiller celui-ci. C’est facile, il suffit qu’il ne touche rien qui vienne du dehors du cercle, tu ne devrais rien avoir à faire, mais si jamais il essaye quoi que ce soit, envoie lui un bon coup de ta lance dans les côtes.
Cette tactique a surpris tout le monde, moi le premier. Xin n’avait jamais assisté à une garde avant cela, et mon maître n’a jamais eu besoin d’aide pour combattre un démon isolé ! Pourquoi aurait-il besoin du soutien de Kliter ? Pensait-il ne pas pouvoir contrôler l’autre démon seul ? Quoi qu’il en soit, je pensais que si je restais ici à surveiller Xin au travers des trous entre les tuiles, cela ne pourrait qu’être bon. Au pire, s’il ne se passait rien ici, je pourrais aller prêter main forte à mon maître et Kliter au village très rapidement.
Les deux sont sortis, laissant Xin seul, face au démon. A mon grand étonnement, le démon s’est mis à parler à Xin, et ce, ajoutant à ma surprise, dans une langue et une prononciation quasi parfaites.
- Intéressant, c’est ta première garde, penses-tu pouvoir être à la hauteur ?
- Ce n’est pas la peine de me parler, démon ! Tu n’auras rien de moi ! Attends juste que mon maître revienne avec ton semblable et tu auras le traitement que tu mérites !
- Ne t’inquiète pas pour mon frère, cher ami, il se débrouillera très bien. Par contre toi, tu vas perdre ce ton hautain et tu vas me laisser sortir d’ici.
- Je ne suis pas ton ami, démon ! Et ne compte pas sur moi pour t’aider ! je préfèrerais mourir que de manquer à mon devoir !
- J’espère que la mort n’est pas une punition automatique en cas d’échec. J’en serais vraiment désolé.
Xin allait répondre, mais quelque chose le retint dans son élan, il devint fixe, comme arrêté dans le temps, le regard braqué sur le démon… démon dont les yeux, plus tôt constitués d’un iris et d’une pupille noires, étaient à présent d’un unique blanc éclatant.
Xin ne semblait plus s’appartenir, il se mit à avancer, comme hypnotisé, vers le démon ! Mais que faisait-il ? Il avait pourtant bien entendu les paroles de maître Razorwhite ! Il se mit à tendre la main vers le démon, tout en continuant à avancer. Je commençais à me préparer pour intervenir, mais c’était trop tard, son bras était entré dans le cercle, le démon le saisit, et sortit.
- Je te remercie.
Il regarda Xin au plus profond de ses yeux, les siens devenant encore plus blancs, et mon partenaire s’effondra sur le sol, inerte. Ce salaud venait de tuer Xin !
Le démon sourit et commençait à déployer ses ailes pour s’envoler par l’unique fenêtre de la tour.
C’est là que j’intervins.
Chapitre 2 : Bataille d’esprits
J’attendis le moment où le démon serait exactement à la distance voulue, je m’accrochai à la barre de la fenêtre et tout de suite après, je me propulsai vers l’avant. Dans un grand arc de cercle partant du toit de la tour à l’intérieur de la salle, je donnai le coup de pied le plus fort que je pus. J’avais parfaitement calculé, le démon s’écrasa dans le piège, Xin étant écroulé en dehors du cercle, le démon était de nouveau emprisonné. Je sortis mon épée, au cas où il voudrait encore tenter quelque chose.
- Tu ne pensais pas t’échapper aussi facilement quand même ?
Le démon se massa les côtes, mon coup était fort, mais il ne semblait ni surpris ni énervé.
- Bien orchestré, je dois avouer que je ne m’y attendais pas.
- Qu’est ce que tu as fait à Xin ?! Ordure !
- Du calme, ton ami n’a rien, il est simplement endormi, il se mettra à ronfler d’ici peu. Par contre, tu m’as fait perdre du temps, je ne vais pas avoir le loisir de jouer avec toi, je vais aller à l’essentiel.
Et d’un coup, j’eus droit à ce que Xin avait subi peu avant ; alors que j’allais répondre, les yeux du démon s’illuminèrent. En un instant, je n’étais plus l’unique habitant de ma tête, de douces voix m’envahirent, me susurrant d’aller toucher le démon. Au début, j’étais juste étonné, ne sachant le pourquoi de ces voix, mais celles ci s’accentuèrent, prenant de plus en plus de pouvoir. Pire encore, je sentis une irrépressible envie d’aller toucher le démon, une envie qui serait tellement … plaisante et surtout ... si facile à satisfaire. Je compris pourquoi Xin avait marché vers le démon, je ne lui en voulus plus.
Mais Xin était un débutant, il n’avait encore jamais entraîné son esprit. Avec moi, ce serait plus difficile. Je réussis à me faire violence et à refouler cette envie, reprenant le contrôle de mon esprit et de ma voix.
- C’est tout ce que tu as ? Ca a marché contre ce pauvre Xin, mais moi, tu ne m’auras pas !
- Soit, tu résistes assez bien, mais tu ne tiendras pas face à ça.
Les douces voix disparurent, se transformant en hurlements terrifiants me donnant toujours le même ordre, aller toucher le démon. L’envie s’était doublée d’une notion de survie, comme les nerfs donnent le signal de la douleur pour enlever sa main d’une flamme, ma tête me commandait d’aller toucher ce démon pour mettre fin à ma souffrance. Souffrance devenant de plus en plus aigue. Les yeux du démon étaient plus blancs que jamais. Je résistais, je bloquais mon esprit, mais, un éclair noir me dit alors, « A quoi bon ? ». Et là, je commis l’infaisable, je fis un pas.
D’un coup, tout mon système logique s’est réactivé, les voix se turent presque, je reculais de trois pas en course, je mis mon épée devant ma tête comme pour bloquer les rayons du démon.
- Non, non, non, non. Tu ne m’auras pas !
- Enfin… C’est toi, tu es le bon.
- Je ne sais pas de quoi tu parles saloperie ! Mais je résiste ! Tu ne te libéreras pas avec moi !
- Non, en effet, je n’y arriverais pas seul.
- Non tu n’y arriveras pas ! Attend que mon maître arrive et c’est fini de tes sales yeux !
Et comme pour illustrer mes paroles, la porte de la tour s’ouvrit lentement, je souri, c’était enfin fini, j’avais rempli ma mission ! J’avais résisté au démon sans faillir !
Et là, le drame, ce n’était pas maître Razorwhite qui passa par la porte, mais un autre démon, similaire au premier, il se mit à parler.
- Et alors frère ? On arrive pas à se libérer d’un bête cercle de contrôle ?
- Ne plaisante pas, j’ai endormi le premier, mais celui-ci me résiste, malgré tout mon pouvoir.
- Tu penses que … ?
- Oui.
La surprise était tellement grande que je n’arrivais pas à sortir un mot de ma bouche, mais le démon avait lâché son emprise, me libérant. Je repris ma lucidité et mes appuis, je me mis à charger le démon entrant, mon glaive sortit, en hurlant.
Mais mon cri se bloqua dans ma gorge et mon épée quitta ma main, les deux démons avaient maintenant les yeux qui rayonnaient dans ma direction.
Les voix douces et graves, les sensations d’envie et de survie se mélangèrent dans ma tête, me donnant toutes le même ordre. LIBERE LE DEMON. J’essayai de résister, je tentai de bloquer mon esprit, je m’efforçai de commander à mes jambes de reculer, d’ordonner à mes bras de se lever. Mais c’était peine perdue. Malgré toute la violence que je me faisais pour maintenir mon esprit fermé, j’avançais, je ne pu rien faire, mon corps avançait comme si j’étais somnambule, comme s’il ne m’appartenait pas. Et sans presque sentir le doux pelage du démon, je le touchai. Il sortit du cercle et me regarda dans les yeux, avant que mon esprit ne sombre dans le noir.
- Tu seras parfait, frère …
Chapitre 3 : Captif
Mon esprit était noyé dans la brume, et fut lent à se sortir de la torpeur, je n’aurais pas pu dire combien de temps je suis resté évanouit. Une sensation physique m’arriva enfin au cerveau, j’avais froid, un froid qui me transperçait les os, cela devait être la cause de mon réveil. Je commençais à reprendre mes moyens, j’étais debout, mais, mes jambes ne touchaient pas le sol ! Je sentais que l’on me tenait par les bras… Non, ce n’était pas possible que ...
J’ouvris finalement les yeux. J’avais raison… les démons étaient en train de me transporter en volant, chacun me tenant par un bras. Qu’allaient-ils faire de moi ?
Nous étions haut, s’il me prenait l’idée de me débattre, la chute serait très douloureuse, je restais donc le plus calme possible, tout en essayant de me repérer.
Mais, le démon me tenant par le bras droit fini par remarquer que j’étais éveillé, ses yeux brillèrent de nouveau, et je retombais directement dans le coma…
Nouveau réveil, nouvelle sensation désagréable dans le crâne. Je n’avais plus froid, j’étais allongé sur un sol dur, une grosse peau d’animal posée sur mon corps. J’ouvris les yeux et essaya de déterminer où j’étais, la douce lumière de la lune me vint en aide.
Je n’étais pas enfermé ni attaché d’aucune sorte, j’étais posé dans le coin d’une grosse grotte taillée dans la pierre. Ce ne fut qu’après que mes yeux s’habituèrent à l’obscurité que j’aperçu les démons. Un était allongé non loin de moi et semblait dormir, le second était assis, il regardait l’entrée de la grotte, j’étais dans son dos. Le démon allongé ne me gênant pas, j’allais tenter de m’enfuir.
Je me lève sans faire de bruits, comme mon maître me l’avait appris. J’évite habillement tout contact avec la bête endormie. Je n’avais pas d’arme, mais je devais pouvoir étrangler le démon par surprise. Je m’approche de lui, plus que cinq mètres. Je calcule la force de mes pas, évitant tout petit caillou ou branche sur le sol. Je serais bientôt à portée de saut…
- Tu es discret c’est vrai, mais pas assez pour moi.
Je me gelais sur place, il m’avait entendu ! Comment avait-il fait ? Même un autre membre de mon équipe ne m’aurait pas perçu !
- Je te conseille de retourner te coucher, l’endormissement via hypnose n’est pas des plus reposants, et inutile de prévoir de me piéger, j’ai entendu tes paupières s’ouvrir.
- Qu’allez vous faire de moi ?
- Ne t’inquiète pas, la réponse viendra rapidement.
Je trouvai mon acte ridicule mais … j’obéi. Je retournai m’allonger. S’il m’avait entendu ce coup-ci, inutile de tenter une deuxième fois. Et ce n’était pas la peine d’espérer gagner en combat singulier sans arme de jet, un regard de sa part, et je m’endormais sur le champ …
Je ne me détendais pas pour autant, j’avais peur de savoir pourquoi ils m’avaient emmené ici. Etait est-ce pour que je serve de repas ? Je ne savais pas, pourquoi me laissèrent-ils en liberté relative et pourquoi m’avoir fourni de quoi ne pas avoir froid ? Durant ces années à étudier et traquer les démons, je n’avais jamais entendu parlé de quelconques prisoniers, à vrai dire, j’ignorais qu’ils pouvaient parler notre langue, ou même chercher à communiquer.
Mais le démon avait raison, je ne savais pas combien de temps j’avais dormi, mais je m’étais rarement sentis autant fatigué, je tentais de garder l’esprit lucide par méfiance, mais c’était difficile. Je commençais à m’abandonner à la sécurité de la peau de bête, me créant un cocon. De toutes façons, dans mon état, quels que furent leurs desseins, je n’avais pas les capacités de les contrer… J’allais dormir maintenant, calculant que je serais plus apte à m’échapper par la suite…
Chapitre 4 : Doux réveil
Je fus réveillé par un goût salé sur ma langue, je me sentais bien, j’avais chaud et le soleil me caressait le visage, j’avalais le liquide dans ma bouche par réflexe. Je m’étirai un peu, et ma tête buta contre un petit caillou, d’un coup je me souvins où j’étais. J’ouvris les yeux vivement et je vis qu’un des démons était en train de faire couler dans ma bouche du sang venant de son bras !
Je jetai la couverture, me levant le plus rapidement possible tout en crachant le plus de substance que je le pu. Il y avait devant moi, non pas un, ni deux, mais quatre démons !
- Qu’est ce que vous faites ?!
- Nous avons observé que les humains prennent un repas au réveil, mais vu que nous n’avons rien d’autre …
- Menteur ! Tu essayes de m’empoisonner !
- Soit logique, si te tuer était notre but, nous aurions profité de ton sommeil et même, déjà qu’à deux nous faisions ce que nous voulions de toi, alors à quatre…
J’observai un peu plus en détail les deux nouveaux démons, qui étaient en fait, vu leur anatomie, des démones. J’avais honte de me dire ça, mais si l’ont faisait abstraction de leurs caractéristiques démoniaques, elles étaient magnifiques. Je n’avais jamais vu de formes aussi pures que les leurs … J’en restai sans voix. Le démon qui m’a réveillé en profita pour continuer à parler.
- Allez, c’est une nouvelle journée qui s’annonce. Widj, nous allons chasser, pendant ce temps les filles, vous allez monter la garde et répondre aux éventuelles questions de notre hôte.
Sur ce, en moins de temps qu’il ne fallait pour le penser, les deux démons males prirent leur envol et partirent en piqué par la bouche de la grotte. Je m’avançai vers cette unique sortie et ce que je vis en me penchant me glaça le sang. Nous n’étions pas dans un trou au niveau du sol comme je le pensais, mais dans une grotte située dans le creux d’une montagne, au dessus des plus grands arbres. Escalader pour m’échapper ne serait pas trop difficile, mais ce qui me faisait peur, c’était qu’aucune montagne ne me semblait assez proche du village pour y être porté par vol en une nuit… où diable étais-je donc tombé …
- La vue est jolie n’est ce pas ? Mais ne tombe pas, cela serait dommage avec un si beau corps…
La voix qui m’a parlé était délicieuse, j’aurais été prêt à donner mon âme à n’importe qui possédant cette voix, dans des circonstances normales. J’avais du mal à admettre qu’elle puisse appartenir à un être démoniaque. Je répondis le plus calmement possible, malgré mon cœur totalement affolé :
- Non, je ne compte pas mourir aujourd’hui, quoi qu’il arrive …
- Tu n’as pas à t’inquiéter. Comme l’a dit mon frère, si nous t’avions voulu du mal, nous avons eu assez de temps pour t’en faire.
- Où sommes nous ?
- Par rapport à chez toi, nous sommes à environs cinq lieux au nord.
- Tu te moques de moi ?! C’est énorme !
- Mes frères sont assez endurants et tu n’es pas trop lourd, ce ne fut vraiment pas un problème.
Cette déclaration me fit l’effet d’un bain glacé, où pouvaient bien s’arrêter les capacités de ces êtres ? Mais au moins, si elle ne mentait pas, j’arrivais à peu prés à me situer, je pouvais revenir chez moi en une bonne journée et une bonne nuit de marche en cas de bonne forme.
- Ton frère vous a demandé de monter la garde, vous gardez quoi au juste ?
- Un objet important pour nous, que les démons rouges essayent souvent de nous subtiliser. Mais vu qu’ils ne viennent pas souvent, nous en profitons pour nous entraîner, si tu veux combattre amicalement avec nous tu es le bienvenu !
- Heu, non merci, je ne me sens pas très bien.
- Mets toi à l’aise, si tu veux dormir encore un peu, nous combattrons silencieusement pour ne pas te déranger. Si tu veux boire ou te laver, il y a une petite source là-bas au fond.
Mais que ce passait-il bon sang ?! J’étais avec des démons qui ne tuent par leurs ennemis, qui les traînent en vol sur cinq lieux en une nuit, qui les nourrissent avec leur sang et qui leur propose de s’entraîner en combat amical ?! J’avais l’impression de divaguer en plein délire, si je ne m’étais pas déjà réveillé trois fois, je serais convaincu de naviguer en plein rêve.
L’explication de la rivalité avec les démons rouges pouvait rendre mes kidnappeurs sympathiques à mes yeux, mais peut être savaient-ils que ce sont aussi mes ennemis mortels, et qu’ils ne me disaient ça que pour calmer ma méfiance. Je ne savais plus quoi penser.
Vu la position du soleil, nous étions en début d’après midi. Je m’allongea et regarda les démones se battre, elles ne semblaient pas très fortes ni très résistantes, mais elles avaient une vitesse qui ne m’avait jamais été donné de voir. Si j’avais du les affronter, j’aurais calculé qu’un seul de mes coups les auraient mis à terre et qu’il aurait fallu qu’elles m’en donnent plusieurs pour vraiment me blesser, mais encore, aurait-il fallu que je les touche.
Mon style de combat était basé sur l’esquive et la vitesse d’exécution, comme Nebro qui servait aussi maître Razorwhite. Nous avions l’habitude de nous entraîner comme elles le faisaient à ce moment même : à nous donner des coups que nous arrêtions à un centimètre du corps de l’autre, mais face à elles, nous étions encore plus lents que ce lourdaud de Klitter. Je n’avais jamais osé imaginé une telle anticipation dans l’esquive et dans la distribution des coups, chacun de mes mouvements aurait pu être contré d’au moins trois manières différentes, ce qui était pourtant le cas opposé avec un adversaire normal. Et tout ça sans compter sur leurs capacités psychique, que je devinais au moins égales à celles de leurs frères …
La journée se passa doucement, mais ma vigilance ne s’est jamais relâchée. Les deux frères rentrèrent, avec cinq lièvres morts dans les bras.
Ils s’installèrent en cercle et partagèrent les bêtes. Un des démons me parla en m’en tendant une.
- Allez viens manger, tu dois avoir faim.
- Non, ça va merci.
- Ne soit pas stupide, qu’allons nous faire du cinquième lapin ?
- Non je ne …
Il s’approcha de moi, et sans rien me demander de plus, me mit le lapin dans les mains, bien entendu que j’étais affamé.
Alors que je m’attendais à ce qu’ils préparent des braises pour faire cuire la viande, ils commencèrent tous à manger leur repas directement, cru, et c’est à peine s’ils enlevaient les poils avant de croquer, cela me dégoûtait et ils s’en rendirent compte. Je m’expliquai :
- Je suis désolé, mais même en mission en pleine forêt, je m’arrange pour faire un feu et cuire ma viande …
- A ce point ? Qu’elle horreur ! C’est vraiment du gâchis, c’est bien plus nourrissant cru. Mais si tel est ton souhait …
A la fin de la prononciation de cette phrase, le démon rassembla un peu de bois de ses mains ensanglantées et se mit à fixer le tas en allumant ses yeux, très vite, un gros feu prit vie, j’étais tétanisé par la terreur.
- Dépêche toi de cuire ton animal avant que le feu ne s’éteingne, sinon, nous allons devoir retourner chercher du bois !
Je m’exécutai rapidement, en essayant de réfléchir le moins possible sur ce que je venais de voir. Je mangeais non plus par faim, mais par volonté de ne surtout pas les contrarier. Une fois que tout le monde eu fini sa part, le second démon male prit la parole.
- Et maintenant, l’échange !
Et devant moi prit place la scène la plus étrange que je n’aurais jamais cru voir de toute ma vie de chasseur de chimères, les démons s’étreignirent, et de leurs longues canines, mordirent le cou de leur frère ou sœur ! Puis, ils léchèrent le sang de leur partenaire à même la peau. Ils recommencèrent avec chacun des membres, en faisant attention de n’oublier personne, de manière aussi naturelle que nous cognons nos verres les uns contre les autres un soir de fête ! Dés que je vis cela, je m’éloignai du cercle de peur qu’ils ne me partagent aussi. Après qu’ils eux fini, la démone avec qui j’avais parlé à mon réveil s’adressa à moi.
- Ne prends pas cet air là, il n’y a rien de mieux à partager que le sang quand on s’aime, surtout avec sa famille.
Je n’étais pas du tout convaincu et cela devait bien se voir, mais elle n’y fit aucune remarque, elle s’adressa aux autres démons.
- Est-ce que tu peux prendre la garde cette nuit Widj ? Avec Sidja on est fatiguées, et Midj a eu son tour la nuit dernière.
- Pas de problèmes, la chasse ne fut pas très éprouvante.
Sur ce, le premier démon que j’avais rencontré, Midj donc, s’assit là où j’avais vu Widj hier soir. Les trois autres se placèrent dans une position étrange pour dormir, ils s’allongèrent presque les uns sur les autres et se recouvrirent de leur ailes, il était vrai que de cette manière, ils ne devaient pas avoir froid, mais il me sembla que le sens de la famille chez les démons était plutôt incestueux, et ce, quel que soit le sexe. Je retournai à ma peau d’animal pour essayer de dormir, je ne pris même pas la peine de me méfier, après le combat que j’avais vu cette après midi et les capacités que j’ai pu observer d’eux, il ne faisait aucun doute qu’ils pouvaient me tuer comme ils le désiraient quand ils le désiraient, que je sois réveillé ou non n’y aurait changé que peu de choses …
Chapitre 5 : Chaleur démoniaque
Je ne restai pas longtemps endormi, une fois encore, ce fut la sensation de froid qui me réveilla. Il avait fait brumeux pendant la soirée, mes vêtements tout comme la couverture étaient trempés et un vent glacial me mordait l’échine. Je ne bougeai pas, mais je claquais des dents. Si Midj avait pu m’entendre ouvrir les paupières, il était certain que Widj entendait ce bruit.
- La nuit vient à peine de commencer, et le froid ne va qu’empirer.
Je n’écoutais pas vraiment ce buveur de sang, j’essayais de bouger un peu pour me réchauffer. Mais la phrase qui suivit me fit oublier le temps d’une seconde le froid qui m’entourait.
- En plus de ne pas réussir à dormir, tu vas attraper la mort. Enlève tes vêtements et va dormir avec eux.
- Il en est … absolument … hors de … question… Brrr
- C’est à toi de choisir, mais je te le conseille fortement.
Je n’accordais aucun crédit aux conseils de ce vampire. Je m’accrochais au peu de chaleur que je pu trouver, me disant que si j’arrivais à me rendormir, je n’aurais plus froid.
***
Après de vaines tentatives pour trouver le sommeil, j’étais à bout de force, fatigué et surtout, totalement gelé. Je n’étais même plus certain de sortir vivant de cette nuit maudite. Le tas de corps agglutinés non loin de moi me donnait la nausée, mais … il ne s’agissait plus de choisir, mais bien de survivre…