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Sujets concernés par ce texte : Fantasy
Chapitres : 1 2 3
Type de document : Essai

     
 

Une femme court dans les bois. Elle cherche à échapper à la créature qu’elle sent approcher. Les derniers rayons du soleil couchant percent par moment le feuillage sur son passage, lui permettant d’éviter les griffures d’une branche sur son corps ou son visage. Elle sent pourtant déjà les traînées de sang s’écouler le long de ses membres, sous les derniers lambeaux de vêtements qui la couvrent encore. Et c’est avec ce dernier instant de conscience que s’effondre sa volonté, laissant la terreur la supplanter, dominant tous ses sens. Elle est à la merci de la Bête.

Chapitre 1 : Première nuit

Les alentours du temple sont beaucoup plus calmes que lors de son dernier séjour. Le hameau autrefois très animé s’est transformé en une cité terrassée par le massacre de la veille, souffrant en silence. Alors qu’il circule dans les rues, il aperçoit par moment des regards fatigués suivre ses pas au travers de volets entrouverts. Ces gens observent peut-être la procession funèbre qu’il précède ou bien, plus certainement, le cercueil de sa mère flottant sous la paume de sa main. Cette mère qu’il était parvenu à  leur cacher, ce sans quoi jamais il n’aurait eu l’opportunité de la venger.

Il contient encore, mais avec peine, la rage qui sommeille en lui, visant le monstre qui perpétra ce massacre durant la nuit. Sa vision le lui avait montré il y a dix jours de cela. Il avait vu un être, mi-homme, mi-loup, se tenant sur le toit d’une maison en feu, dans le cercle argenté de la pleine lune, et tenant à bout de bras le corps de sa victime. Il avait vu les villageois fuyant devant ce fléau. Il avait vu le temple, fermé, protégeant ses occupants, sans apporter son aide aux adorateurs d’Almyr, le dieu sous l’influence duquel vit l’empire. Depuis lors il maudit le don qui lui a été donné, lui ayant permis d’accéder aux plus hautes sphères de l’Académie des Pensées.

Devenu la Main des Archimages, afin de protéger ce haut lieu du culte, il n’avait pas ménagé ses efforts pour atteindre le temple dans les temps. Mais la veille, dans la nuit, alors que sa monture s’écroulait de fatigue devant les portes de la ville, des cris de souffrance et de peur couvraient déjà le son des cloches d’alerte. Et tandis qu’il courait vers la demeure qui l’avait vu naître, sa vision se matérialisa devant ses yeux ébahis. Il arrivait trop tard.

Elle eût pourtant le temps de l’apercevoir. Et il vit ses lèvres épeler son nom avant que le monstre, dans un hurlement de triomphe, n’écarte les bras, déchirant le corps qu’il tenait, arrachant à Hyrthos une part de son passé. Tétanisé par ce à quoi il venait d’assister, il est resté là, sans bouger, son regard vide restant fixé sur les restes figés du seul parent qu’il lui restait, et son ennemi put s’en aller, allant porter dans un autre quartier son œuvre de ruine et de chaos.

Lorsqu’il reprit ses esprits, le calme était revenu, le jour se levait. Des hommes ramassaient déjà les corps gisant sur la chaussée. Des regards emplis de haine se portaient sur le lieu qui, la veille encore, recevait leurs prières pleines d’espoir. Pourquoi les gardes n’étaient-ils pas intervenus ? Pourquoi Almyr les avait-t-il abandonnés ? A ces questions, il aurait du immédiatement chercher des réponses, mais il devait encore mener sa mère vers sa dernière demeure.

Chapitre 2 : Confrontation

La cérémonie se termine enfin. Ravalant sa tristesse, laissant la colère la remplacer, il se rend alors au temple, pour se rendre compte que, contrairement à sa vision, les portes n’en sont pas closes. Elles ont été déchirées par des griffes acérées. Dans la cour gisent quelques gardes défigurés par les morsures de la créature enragée. Mais il ne sont pas nombreux. La garnison compte pourtant plus d’une centaine d’hommes, sélectionnés parmi les plus valeureux soldats de l’empire. Où sont-ils donc passés ? Continuant ses investigations, il trouve les portes du lieu de culte. La magnifique dentelle de mythril et d’acier, patiemment assemblée par des artistes forgerons des siècles passés, est par endroits abîmée. Cette salle pourrait bien en fait contenir tous les occupants du temple. Il en frappe donc la porte de la pointe de son bâton.

- "Ouvrez les portes ! La Main des Archimages souhaite s’entretenir avec la Voix d’Almyr !" déclame-t-il.
- "Entrez, votre arrivée était attendue", lui annonce le héraut en ouvrant la porte, avant de proclamer son entrée. "La Main des Archimages, Hyrthos Ker-Khal pour Votre Sainteté!
- Qu’il entre, nous sommes prêtes à l’accueillir", répond une voix qui ne lui est pas inconnue, malgré les accents de fatigue qu’elle porte.

Alors qu’il s’avance au milieu des gardes, son regard se porte sur le trône, et la grande prêtresse du culte. Dans son cocon, celle-ci est toujours reliée aux instruments qui la rapprochent de son Dieu. Il a toujours eu de la pitié pour celle qui accède à la fonction suprême du Culte. Elle ne peut bouger. Elle ne peut parler. Mais on dit qu’elle peut transmettre ses pensées à la Voix qu’Almyr a choisi parmi les prêtresses qui lui ont consacré leur vie. Pris dans ses pensées, il manque de ne pas entendre la question de la prêtresse désignée pour succéder à l’occupante du trône.

- "Il me semble que vous avez eu bien vite vent de notre malheur. Si mes souvenirs ne me trompent pas, il faut plus de douze jours pour parvenir jusqu’ici depuis l’Académie. Le Conseil avait donc connaissance du malheur qui devait nous frapper. Pourquoi ne pas être intervenu plus tôt ?
- Votre Grâce, cela ne fait que dix jours que nous avons eu connaissance de ces faits", répond-il, continuant à fixer la grande prêtresse comme le veut l’usage. "Et, comme vous venez de le souligner, ce temps n’est pas suffisant pour dépêcher un messager. J’ai pourtant fait tout mon possible en ce sens, mais j’ai échoué. Je vous prie d’accepter mes excuses à ce sujet.
- Je n’ai pas accepté cet entretient pour entendre vos excuses mais les conseils que vos maîtres peuvent m’apporter ! Qu’est ce que cette créature ? Comment la vaincre ?
- Il s’agissait d’un Lycan, Bienheureuse Envoyée du Dieu. Nous pensions cette maladie éradiquée depuis bien longtemps.
- Pourquoi me parlez-vous d’une maladie alors que nous sommes en présence d’un monstre ?
- Ce monstre, comme vous dites, est parfaitement humain en ce moment même. Mais un sang étranger coule dans ses veines, qui le transforme durant les nuits de pleine lune, comme la nuit dernière. Et cette maladie peut se transmettre par un simple contact avec le sang d’une de ces créatures.
- Voulez-vous dire que nous pourrions en voir surgir d’autres ?
- Je ne crois pas avoir vu de trace de blessure quand je l’ai croisé la nuit dernière, mais nous ne devons pas écarter cette possibilité. Vos gardes devront être en ville cette nuit pour protéger les citoyens."

Sur ces mots, le capitaine des gardes s’avance, avant que la réponse de la prêtresse ne puisse être donnée.

- "Les gardes ne peuvent pas se trouver en ville alors que la vie de notre seul lien avec Almyr est en danger. Nous ne pouvons quitter ces lieux !
- Il suffit Jerlal, votre avis n’a pas été sollicité ! Vous nous avez assez attiré la méfiance de nos ouailles par votre couardise", accuse la Voix, d’un ton irrité.
- "Laissez-le s’expliquer, ma Dame. Comprendre les raisons de la peur de vos soldats me permettra peut-être de vous aider plus efficacement à défendre la cité."

Hyrthos se tourne alors vers le capitaine, mais il ne décèle aucune peur en lui. La curiosité le pousse à poser cette question qui le taraude depuis son arrivée.

- "Capitaine, pouvez-vous m’expliquer pourquoi vos hommes ne sont pas descendus en ville cette nuit ?
- Nous protégions l’Envoyée d’Almyr. Il ne doit être fait aucun mal à notre seul lien avec le Dieu.
- Croyez-vous vraiment qu’un dieu bienveillant maintiendrait un tel lien si vous transgressez votre devoir, qui est de protéger Ses adorateurs ?
- Je…
- Vous aviez plus d’une centaine d’hommes à votre disposition ! Et cette créature était seule, isolée ! Comment expliquez-vous votre inaction ? Poursuit Hyrthos dans sa colère, ne laissant pas au capitaine l’occasion de lui répondre.
- La créature….
- Qu’y a-t-il ? Quelle sorte de soldat êtes vous pour ne pas être capable d’arrêter un animal enragé ?"

Le mage continue à invectiver son interlocuteur quelques instant, mais l’arrivée d’un soldat le coupe dans son élan. Celui-ci se dirige vers son supérieur le visage grave.

- "Nous n’avons retrouvé aucune trace de la Bête, mon capitaine. Ni d’un quelconque endroit du temple où elle aurait pu se réfugier la nuit dernière. Rapporte-t-il, prenant une position de garde-à-vous.
- Vous pouvez disposer, soldat, retournez aux portes et empêchez quiconque de sortir !
- Que signifie ceci ?" interroge Hyrthos, soudain plus calme.
- "La créature est apparue dans le temple la nuit dernière. Nous étions restés pour la capturer à son retour, pensant également trouver le lieu où elle se terrait. Elle est bien revenue, mais nous a échappé avec une facilité déconcertante.  Ce que vous nous avez appris me fait penser que la personne infectée se trouve dans ce temple en ce moment."

 
     


Chapitres : 1 2 3  
par Myrtion Plum'mol
le 01/10/2005
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