Cette histoire est une fiction. Le personnage principal reflète la mentalité de l'époque, l'auteur n'a aucunement envie d'influencer ses lecteurs avec des images racistes et intolérantes.
Mourir en 1702
L'eau s'incruste dans toutes les fissures, tous les creux. La déferlante emporte, détruit tout sur son passage, puis c'est le calme plat... Seul l'albatros trouble ce silence.
J'ouvre les yeux, une main gantée vient se poser sur mon épaule. C'est le capitaine Sly, ce salaud d'idéaliste. Il commence par me traiter de mollusque, et m'ordonne de le suivre. "Remarque, je préfère te suivre et laisser les autres mousses finir de laver le pont".
On finit par arriver à la dunette. Le Brigantin du capitaine mouille à quelques encablures de l'île de la Tortue, à attendre l'arrivée d'un bon marchand d'esclaves ou d'un commandant trop sûr de lui. Il me fait le numéro du père attentionné. "Tu veux quoi ? Que j'aille me faire tuer au combat ? Pas de problèmes !". Ah non ! Comment fait-il pour me dire sans un sourire, que je vais épauler le matelot Esteban, ce nègre qui a toutes les tares du monde ? Un nain têtu et teigneux comme ceux de son espèce. Enfin, je vais pouvoir sabrer, déchiqueter, embrocher... accompagné de ce bon à rien.
L'eau est calme, mais au loin le vent souffle, bouillonne, les nuages noircissent, l'empire des ondes caraïbes s'agite. La tempête est proche.
La vigie commence à s'exciter. "Galion à bâbord !". Le capitaine ordonne au timonier de louvoyer dans sa direction. Branle bas de combat ! Tout le monde se prépare à un abordage imminent. "Il y a trop de négros sur ce bateau, ça nous portera le mauvais oeil..."
L'eau s'agite, des nuages noirs comme une nuit sans étoile survolent la zone.
Le vaisseau pirate se rapproche des Français.
Voilà que la vigie pousse de nouveau une gueulante. Un second navire est en vue. C'est un négrier. Encore mieux, rien ne pouvait me faire plus plaisir. Les négriers sont toujours très bien gardés. Le capitaine pense. J'aurais tout vu, le capitaine réfléchit ! Il est presque beau à la lumière de la lune, malgré sa jambe de bois et son oreille en moins.
Au petit matin, des chaloupes chargées d'hommes ivres voguent en direction du négrier. Sur le pont, je suis paré à l'abordage. C'est étrange, le galion ne bouge pas. Par Dieu, pas le moindre signe de vie à bord. Brusquement le vent se fait plus fort, me fait trébucher. Le vaisseau tangue, prend de la vitesse et se dirige sur le galion français à pleine voile. Ces imbéciles d'ivrognes tombent des mâts. Le navire est incontrôlable. Le choc avec le bateau français me projette sur son pont comme une bonne partie de l'équipage. Le capitaine gueule, il doit pisser dans son froc. "Ca va, pas de mal pour moi les gars. Ne vous inquiétez pas surtout". Je me remets debout. Personne, c'est dingue où sont-ils passés ? J'avance, j'écrase des symboles énigmatiques. Voilà que la mer s'y remet. Je jette un coup d'oeil vers le négrier. J'aperçois plus les nôtres ! Nom de Dieu, il y a un type qui danse à poil sur le pont du négrier ! Et l'autre nain qui continue à me coller...
La mer secoue les deux bateaux. Le vaisseau pirate se brise et entraîne dans les abîmes le galion fantôme. Les éléments se déchaînent, la nuit enveloppe le jour. Pendant ce temps, je gueule.
J'ouvre un oeil sur la plage. J'empeste les embruns marins. Incroyable, le négro est encore avec moi. Un autre gars s'approche, un boucanier. Je lui propose le nain contre de l'or, il accepte. Je me retrouve enfin seul. Maintenant trouvons un port. Je marche, je marche, je m'essouffle, je m'arrête. C'est quoi ça ? J'en ai plein les pieds. Encore des dessins de nègres. Hum, une tête de mort avec un coeur de poule, ils ont de ces idées ceux-là...
Epilogue :
Un Albatros est posé sur un cadavre de marin tâché de sang de poulet. Le corps repose sur une vaste plage...
par nobunaga le 15/05/2004
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