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Sujets concernés par ce texte : Fantasy, Science Fiction, Littérature
Chapitres : 1 2 3 4 5
Type de document : Essai

     
 

Chapitre 2 : Rival

[...26 ans après l'exode]

"Aelthan…"

Où ma mémoire s'est-elle arrêtée aujourd'hui ? Une voix d'homme, dure et accusatrice. Ça change de ma sœur dans son halo blanc…

- "…créature du mal, fils de Dorenovia, plaie de ce monde, c'est mon devoir que de t'obliger à expier tes…
- On ne pourrait pas passer… Directement aux faits… ? Tu me donnes mal à la tête.."

Un coup de dague en plein ventre. J'étais enchaîné contre un mur, face à un vieil homme qui… Oh, ça y'est, je me souviens. Bon, je vais essayer de vous reprendre ça depuis le début… J'ai eu pas mal de gens qui, à travers le temps, n'étaient pas franchement ravis de mes pratiques… Je n'aurais de cesse de le dire, de nos jours, les gens s'énervent pour un rien. Il suffit qu'on défenestre leur femme en plein orgasme pour qu'ils perdent patience. Le mal de ce temps.

Enfin. Je disais ? Ah oui, pardon.

J'ai eu de nombreux ennemis, mais ils firent rarement long feu, ou parce que je les tuais, ou parce que je changeais d'endroit pour éviter de me faire repérer. Mais lui… Ce fut la seule personne que je juge digne d'être nommée "mon rival". Déjà parce que c'est un des rares qui m'a démasqué en tout ce temps. Et… Bon enfin je vais vous raconter ça. Tout a commencé à Fernemäar, un village de plaine assez isolé où je comptais passer deux petites semaines bien tranquilles. Vous savez... Petites emplettes. Restaurants locaux. Meurtres sadiques. Des vacances, quoi. Ce bourg avait une petite réputation pour accueillir un temple de fanas de Palidor assez connu dans la région, mais ce n'était pas le genre de choses qui m'arrêtaient, au contraire, un peu de piment n'a jamais fait de mal. Je me suis donc installé dans une petite auberge, j'ai pris une chambre, et pour la payer j'ai naturellement tout de suite essayé de me trouver une conquête.

J'aurais dû me méfier. J'aurais dû remarquer que beaucoup plus de gens que d'habitude me regardaient bizarrement. J'aurais dû remarquer que la fille qui cédait à mes avances était bien trop mise en valeur pour n'être qu'une de ces simples conquêtes qui passent leurs soirées dans les tavernes à chercher le grand amour. Et surtout, j'aurais dû remarquer la peur dans ses yeux, à l'instant même où je l'ai approché. C'était trop facile, anormal. Et moi qui étais habituellement tellement doué pour renifler les pièges, j'aurais dû le sentir.

Je suis monté avec elle, la tenant par la main. Je l'ai embrassée, nous nous sommes déshabillés… Elle semblait si tendue. J'ai lentement caressé sa peau, je l'ai serrée contre moi. J'aime qu'elles aient peur, mais uniquement quand je le désire. Je suis assez beau joueur pour faire de mon mieux avant leur souffrance, les rendre les plus heureuses possible. Or là, elle ne pouvait s'empêcher de frissonner. Pourtant elle était belle, pâle, brune enfin, parfaitement à mon goût. Et là, je m'y prenais avec douceur. Non, là où j'ai vraiment senti qu'il y avait un problème, c'est qu'alors que mes mains parcouraient avidement sa peau, elle m'a mis une paire de bracelets, les a refermés et s’est recroquevillée à l'autre bout de la chambre en hurlant. La seule chose dont je me souviens ensuite, c'est deux brutes épaisses éclatant la porte et fonçant sur mon crâne avec des petites masses.
Ensuite, le vide. Je ne sais pas combien de temps ça a duré. Si, beaucoup trop. Quand je me suis réveillé, j'étais enchaîné par les poignets contre un mur. Une sorte de vieil énergumène en cape me lançait de l'eau glacée sur la figure.

- "Tu te réveilles enfin, démon !
- Vos flatteries… Ne vous apporteront rien…"

Nouvelle trombe d'eau et un grognement. Ma tête tournait, je me sentais franchement mal. Je pus enfin ouvrir les yeux entièrement. Point sur la situation : j'avais encore mes habits, une très grande pièce, j'étais au centre attaché à une sorte de pilier en bois, à ma gauche, un autel à la gloire de Palidor sur lequel reposaient deux de mes poignards, à ma droite, une vraisemblable sortie, gardée par un des molosses de la veille. Point positif : mes jambes n'étaient pas liées. Grossière erreur de sa part, mais pouvait-il seulement savoir ?

- "Je t'ai suivi démon ! Je connais tes agissements ! Les choses effroyables que tu as faites dans tout ce monde ! J'ai eu un présage. J'ai eu celui de ta venue aussi. Mais ta sanglante piste s'arrête là.
- Appelez-moi Aelthan… Je vous en prie…
- Silence !"

J'essayais de garder mon calme. La grosse brute semblait être une sorte de mercenaire plus qu'autre chose, et ça aussi jouait en ma faveur. Mais tant que Barbe Blanche jouait son preux chevalier, aucune chance de pouvoir s'en sortir. Si je me sortais de là et que je lui mettais la main dessus, cette petite fiente d'âne allait hurler comment un goret qu'on saigne pendant une bonne, grande, longue semaine. Je ne lui épargnerais rien, même les plus basses humiliations.

- "Aelthan, créature du mal, fils de Dorenovia, plaie de ce monde, c'est mon devoir que de t'obliger à expier tes…
- On ne pourrait pas passer… Directement aux faits… ? Tu me donnes mal à la tête.."

Il tira de son fourreau une de mes dagues, me l'enfonça dans le bas ventre. Cette petite… Était arrivée à me faire vraiment mal. Il ressortit son poignard et commença très lentement à graver mon torse… Hey, attendez un instant, c'est pas franchement des méthodes de prêtre de Palidor ça ? Ça commençait vraiment à prendre une tournure très désagréable… Dorénovia, mère de toutes les démones, je ne serais pas contre un peu d'aide là.

- "Vous m'avez menti !"

Wow, alors ça c'était rapide. La voix de la jeune fille qui m'avait piégé résonna dans les couloirs jusqu'à la pièce où j'étais. Elle entra subitement, un bousculant le garde. Mon bourreau rangea subitement sa lame et la fixa sans trop comprendre.

- "Vous n'êtes qu'un misérable menteur !
- Léniate, ce n'est pas…
- Je vous ai aidé à capturer votre maudit elfe au péril de ma vie…
- …bonjour… Très chère…"

Elle me fusilla du regard avant de reprendre.

- "Rendez-moi notre fille maintenant ! Vous aviez promis !
- Ce n'est pas aussi simple…
- Je veux la voir.
- Ma chère…
- MAINTENANT."

Et ce prêtre de pacotille quitta la pièce précipitamment. Maintenant. C'était le moment d'agir pour moi aussi. Je me suis mis à gémir et à me débattre comme un dément. La grosse brute se retourna et s'approcha.

- "Calme toi, en attendant que le Grand Prêtre re… Eurgh."

Le "eurgh" peut avoir de nombreuses significations chez mes vicitimes. Là, il correspond à l'instant précis où mes deux chevilles se sont mises à serrer sa nuque. Je lui ai jetté les yeux les plus sombres qu'il me restait, rassemblant toute ma force pour reprendre l'air le plus dur que je pouvais avoir.

- "Ouvre mes bracelets si tu veux revoir l'aurore.
- Tu crois que tu… Me fait peur.. Maudit elfe…Ouch…"

Son souffle s'épuisait vite. Je commençais lentement à tourner.

- "Répète pour voir…
- …Non… C'est bon… Arrête…"

L'écervelé fouilla dans ses poches, sortit la petite clé et ouvrit les bracelets en quelques instants. Nettement moins qu'il m'en a fallu pour lui briser sa satanée nuque, récupérer mes dagues et sortir de cette maudite pièce en lui laissant comme simple hommage…

- "Merci de ton soutien. Minable."

J'ai filé le plus vite possible vers un petit vitrail, au bout du couloir, par lequel j'ai sauté. Mon analyse du sol était bonne : nous étions au rez-de-chaussée. J'ai simplement entendu les cris du prêtre derrière moi alors que je courrais me terrer. Je suis allé me réfugier dans une sorte de bordel, où j'avais bonne réputation pour y être passé quelques fois déjà. La nuit était sur le point de tomber. J'ai pansé mes plaies selon mes maigres connaissances dans le domaine. Il me faudrait deux jours de marche dès demain soir pour trouver une soigneuse compétente. J'ai pris un peu de plaisir avec une fille de la maison (en la laissant intacte). Et je me suis reposé de très longues heures. Ce prêtre allait payer.

Le soir commençait à nouveau à tomber. À part un petit mal de ventre, j'avais pleinement récupéré. Je sentais mon côté animal reprendre le dessus. J'avais envie de sang, le sien en l'occurrence. Je suis retourné au temple. Le vitrail avait déjà été réparé, et visiblement, la garde avait eu sa permission. J'ai même d'abord pensé que le lieu de prière était déserté si, dans le silence absolu qui régnait dans la bâtisse de pierre, je n'entendais de manière très étouffée les pleurs d'un bébé et les hurlements d'une femme…
Je suis revenu près de la pièce ou j'étais emprisonné la veille. J'ai entrebâillé la porte, assez pour ne rien rater de l'action. Et je m'attendais à tout sauf à ce que j'ai vu. La jeune fille à qui je dois ma perte et mon salut était étendue, nue, sur une table en bois, enchaînée au pied et aux poings. Elle se débattait en hurlant. Au-dessus d'elle, le prêtre tenait un enfant de quelques semaines à peine et une dague, dans une grande robe de cérémonie. Rouge. Et noire. Une réservée au culte de Dorenovia.

- "…déesse des démones, mère de toutes les succubes, accepte ce sacrifice de la chair de mon sang ! Donne-moi le pouvoir et la puissance !"

En prononçant ses mots, il ouvrit l'enfant dans le sens de la longueur avec un poignard. Son sang se vida sur sa mère qui poussa un long hurlement, rauque, déchirant. Et le "prêtre" de reprendre…

- "Par le sang mêlé de la mère et de sa progéniture, confère-moi la force de… Eurgh."

Et là, en l'occurrence, le "eurgh" correspond au moment où ma dague lui a transpercé le dos. Dans un accès de rage, je l'ai tiré avec la lame enfoncée contre une sorte de poutre en bois, contre laquelle je l'ai cloué. Celle sur laquelle j'ai moi-même souffert peu avant. Et il a poussé un long hurlement à son tour. La rage, c'était à cause de ce qu'il m'avait fait. Et surtout parce que je n'arrivais pas à résoudre l'énigme qui expliquait ce qu'il se passait ici. J'enfonçais une deuxième lame dans la base de son dos, le traversant à nouveau.

- "Vieux père, si je n'ai pas encore commencé à te faire souffrir vraiment, c'est parce que j'essaie de comprendre ce qu'il se passe ici…
- Je serai… Le plus grand…
- Parle plus clairement, s'il te plaît.
- Je serai… Le premier à mêler la puissance… Des cultes… De Palidor… Et Dorenovia…"

J'ai tourné un peu mon poignard pour le punir de dire des stupidités pareilles.

- "Laisse-moi t'expliquer quelque chose. Ni Palidor ni Dorenovia ne t'accorderont le moindre début de clémence si tu oses avoir l'hérésie de mêler leurs cultes.
- Tu mens…
- Tu as sans doute raison, Palidor va être fou de joie que tu fasses un culte pareil dans son temple.
- Je serai… Le plus puissant.
- Quand j'en aurais fini avec toi, tout ce que tu seras, c'est un tas de viande hachée."

Ma lame est lentement remontée dans sa poitrine, traçant une belle courbe régulière.

- "Dernière question, avant que tu ne puisses plus parler. Pourquoi as-tu eu la bêtise de t'attaquer à moi ?
- J'ai entendu… Des adorateurs de Doranovia… Parler de toi… Tu es doué… Trop… Je n'aime pas… La concurrence… Je gagne toujours… À la fin…"

Et dans un dernier geste, il saisit une fine lame qu'il avait à la taille et se la planta en plein cœur, trop vite pour que je puisse l'en empêcher. Elle traversa le corps de part en part, pour s'arrêter à quelques millimètres de ma poitrine. Le sale petit résidu de fils de gobelin. J'ai dû passer en revue une belle collection de jurons, dont certains inventés pour l'occasion, en couvrant son corps sans vie de coups de dague.

- "Vous… Vous l'avez tué… ?"

Je l'oubliais, elle. Toujours étalée sur sa table. Je me suis retourné, couvert de sang, et me suis approché de la jeune fille.

- "Oh mon Dieu… C'était effroyable… Vous l'avez tué ! Merci, vous m'avez sauvée...
- Sauvée… ?"

Mon visage se déforma dans un rictus qui dû lui faire comprendre assez rapidement ce qui allait advenir. J'ai léché le sang qui séchait lentement sur sa poitrine avant de la regarder dans les yeux.

- "Je suis désolé de vous décevoir. Je ne suis pas le gentil sauveur.
- Que voulez-vous dire ?… Non… Ne… Ne me touchez pas…"

Je l'ai honorée et torturée toute la nuit. Et croyez-moi, je n'ai jamais fait autant de mal que cette nuit là. Elle a payé pour lui. Après tout, ils étaient de la même caste, du même groupe. Et si elle était allée jusqu'à enfanter de cette raclure, elle méritait le châtiment que je lui ai donné. Mon corps suintant de cette rage et de cette douleur. Tout ça ne me rappelait trop qu'à la perte de mon village, à cause d'imbéciles fanatiques dans ce genre. Je me sentais complètement possédé, ce qui, au fond, était peut-être le cas.

Au petit matin, je me suis lavé de tout ce sang sur mon corps, mes vêtements et mes armes, et je suis parti. Depuis de ce jour, je me suis mis à nettement mieux préparer mes vacances.

 
     


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par Aelthan
le 13/08/2005
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