Inconscient il sera sauvé
Par un navire qui peut voler !
Avec des hommes remplis de foi,
Il sera présenté au roi
De ce continent oublié,
Qui pendant des siècles fût scellé.
Mais hélas le roi incrédule
Demeurera comme une mule.
Pendant ce temps Désolation
Connaîtra des tribulations.
Car une terrible conspiration
S'abattra! Ô! Quelles afflictions!
Car c'est le masque de La Mort
Qui ira ternir le trône d'or
Du pauvre roi abandonné,
Pour qu'une nouvelle ère soit sonnée.
Mais une grande guerre comencera.
Encore plus terrible elle sera !
Le pays sera asservi !
Et bien des braves perdront la vie !
A moins que l'Ange Etincelant
Ne revienne le regard brûlant,
Le coeur brisé et la main pure,
Pour mettre fin à la Torture.
Chapitre deuxième
L’assassin regardait sa proie chuter vertigineusement jusqu’à ce qu’elle disparaisse dans la brume épaisse.
Néhor éclata de rire sans qu’on en puisse l’entendre à cause du bruit de la tempête qui redoubla d’intensité au même moment où Adrien reçu la lame dans son dos. C’était ce qu’il attendait depuis des années et il jubilait tant qu’il le pouvait avec son plus grand sourire narquois, quand soudain un coup violent lui faucha la jambe droite par derrière au niveau du genou. Néhor s’effondra sous l’effet de la surprise et lorsqu’il voulu se relever en s’appuyant sur ses mains, il prit un énorme coup de poing qui le fit tomber sur le dos. Il reconnût alors Flox qui le prit par le col et le souleva d’un bras pour le suspendre juste au dessus du vide. De loin, Néhor ressemblait à un lièvre qui pédalait dans le vide, les yeux exorbités, le sang coulant de sa bouche qui ne souriait plus tout à coup… Flox était un grand gaillard, une véritable force de la nature. Il était aussi un ami d’Adrien depuis sa petite enfance et il lui en aurait fallu peu pour qu’il jette Néhor par dessus la falaise comme on jette un sac poubelle dans une déchetterie.
- « Néhor ! Tu vas périr à cet instant ! Assassin ! Tu ne mérites pas de respirer ! Tu me révulses ! Tu n’es qu’une hyène ! Je vais te jeter sur les rochers ! » s’exclamait-il, les larmes aux yeux, rempli de colère face au meurtrier de son ami Adrien qu’il considérait comme on frère. Mias Halyr intervint juste à temps pour sauver la loque suspendue dans les airs.
- « Arrête Flox ! On ne peut plus rien pour Adrien à présent. » dit-il au colosse en posant sa main gauche sur son épaule.
- « Nous avons encore besoin des services d’un maître assassin pour mettre notre plan en action. »
Il regarda Néhor avec un air de dégoût puis enchaîna : « Même si c’est un abruti en qui on ne peut même pas faire confiance. »
A peine eut-il dit cela qu’il lui mit un revers de sa main recouverte d’un gant clouté, laissant ainsi une belle plaie sur la joue gauche du perfide. Il se tourna à nouveaux vers Flox et lui fit signe de le jeter sur l’herbe. Néhor était tout pâle et il saignait du coin de sa bouche et de sa joue. Il avait le cœur qu battait à tout rompre et peinait à reprendre son souffle après avoir failli mourir d’étranglement et de peur.
- « Vous me le paierez !! Heur ! Raaargh !! » pesta Néhoren levant la tête vers Halyr et Flox, toussant et crachant dans l’herbe et la boue qui l’avaient recouvert en tombant. Il les regardait droit dans les yeux en serrant ses mains dans des touffes d’herbes mouillées.
Halyr croisait les bras puis il pointa Néhor du doigt brusquement disant : « C’est ta dernière erreur Néhor ! Adrien aurait pu revenir vers nous après avoir réfléchi au calme… Mais par ta faute nous ne le saurons jamais abruti ! Nous avons besoin de ses talents et ses pouvoirs étranges pour pénétrer dans le palais du trône d’or ! Alors tu vas remédier au problème. Sinon, Flox et les autres se feront une joie de s’occuper de ton cas ! Lève toi maintenant ! Tu es pitoyable, limace boueuse ! Nous rentrons dans notre quartier généra pour organiser les plans en fonction des équipes. »
Néhor se releva, respira profondément pour inventer des excuses bidons, avec un sourire en coin, les sourcils relevés.
- « Je suis…vraiment…désolé…Halyr, Flox…Je croyais que tu avais….donné l’ordre de le descendre…quand il s’est jeté du haut…de la falaise…c’est à cause de la tempête…sans doute ! »
Flox voulut se jeter sur le tueur sournois mais Halyr s’interposa, vif comme l’éclair, entre les deux hommes.
- « Flox ! Laisse tomber ! Et toi Néhor plus un mot tant qu’on ne t’aura pas demandé ton avis c’est compris ?! »
Néhor fit mine te vouloir parler à nouveau mais il fut interrompu par une droite directe sur le côté de la tête de sorte qu’il tomba au sol comme une masse.
- « Hoo ! Il commençait sérieusement à me courir sur le haricot celui-là ! » s’exclama Lane en se frottant les mains l’air rudement satisfait de son coup. Flox pesta en tapant du pied dans une grosse flaque de boue qui gicla comme un petit raz-de-marée et recouvrait Néhor qui ressemblait alors à une statue d’argile, couché sur le sol immobile. Halyr le regarda puis lui ordonna de le porter jusqu’à quartier général.
- « Au moins, on ne l’entendra pas pendant dix bonnes minutes ! Merci pour ce coup de main Lane…partons ! »
Il s’éloignèrent au loin dans la tempête et on ne voyait plus que de vagues lueurs produites par leur éclat tout à coup comme si elles voulaient aussi montrer leur gratitude envers Lane pour avoir assommé Néhor.
Après quelques minutes la tempête sembla se calmer et les éléments étaient paisibles à nouveau sur la côte et dans les terres.
En haut d’une colline au loin, on pouvait alors distinguer des lumières vacillantes qui produisaient une sorte de halo surnaturel aux remparts d’Alésia. Plus loin, au cœur du palais royal, le nouveau souverain nommé Benegor, n’arrivait à fermer l’œil malgré l’heure avancée de la nuit. Il n’y avait rien à faire. Il avait beau se tourner et se retourner dans son lit, il ne parvient pas à s’endormir. Trop de questions le tourmentaient dans son esprit. Le poids de ses nouvelles responsabilités en tant que roi pesait lourd, très lourd sur ses épaules. Un an auparavant, il était encore entrain d’étudier consciencieusement à l’académie royale les règles de base à connaître sur le bout des doigts pour faire un bon monarque. Alors qu’il avait le nez plongé dans les livres de lois à la bibliothèque, un messager lui demanda audience pour lui faire part d’une nouvelle qui allait bouleverser sa vie.
Son père Renor, général en chef des armées, mais avant tout roi de Désolation était sur le point de rendre son dernier souffle et réclamait la présence de son fils. Il venait d’être mortellement blessé sur le champ de bataille à la frontière sud, au pied du mont Khalion. Thortuur l’avait pris par surprise et l’avait poignardé au flanc droit lors de leur duel fratricide, avec un poignard qu’il avait dissimulé dans l’une de ses bottes. En effet, Thortuur était le frère de Renor et le fils aîné qui plus est. Leur père, Nor, un homme sage avait jugé bon de choisir son fils cadet pour régner à sa place, car il avait senti que Thortuur était rongé par la convoitise et dissimulait de sombres desseins. Il ne pu contenir sa déception et développa une haine incroyable envers son frère qu était autrefois son meilleur ami. L’aîné des frères tenta de faire assassiner le vieux roi pour que personne d’autre ne soit au courant du changement d’héritier, mais en vain car il fût découvert et chassé par ce dernier bien qu’à contrecœur, hors du royaume familial.
Cependant, beaucoup le suivirent, hélas. Jusqu’à un tiers de la population située au sud du pays quitta les villes et villages pour regagner la terre d’exil du prince Thortuur. Au bout de quelques années seulement, il avait constitué sa propre armée et s’était autoproclamé empereur des terres d’exil rebaptisées alors « Thortuurion ». Une guerre fratricide avait commencé entre les deux pays et elle faisait rage depuis plus de vingt ans au moment où le prince Benegro fût proclamé nouveau roi de Désolation, après avoir entendu les dernières paroles de son père Renor. Mais il ne se sentait pas suffisamment à la hauteur des attentes de son peuple meurtri par cette guerre contre « l'armée des ténèbres » de l’empereur Thortuur, son oncle.
Cette nuit là, où Benegor tentait désespérément de trouver le repos, était semblable en tout point aux nuits précédentes, depuis sa proclamation en tant que roi. Le peuple damné et maudit de Thortuurion avait quintuplé depuis sa séparation du royaume de Désolation. L’armée des ténèbres était constituée de légions les plus viles et sans pitié de tout l’empire. Le pire était que des prêtresses nécromanciennes ramenaient les soldats morts à la vie, ce qui constitua des légions de morts-vivants au fil des années. Cette était une force damnée, composée d’hommes et de femmes qui prêtaient serment de combattre pour le seigneur et empereur Thortuur toute leur vie et même dans la mort.
Depuis la mort de Renor, les batailles étaient de plus en plus fréquentes et la frontière sud ne connaissait pas répit depuis un an. C’est pour cela et à cause des défaites successives de son armée royale que Benegor perdait le soutien de son peuple. Mais à présent la situation devenait plus que critique car la frontière sud-est avait été percée, donnant naissance à un nouveau front sur tout l’est du pays.
- « Que vais-je pouvoir faire à présent ? » murmura le jeune monarque dans l’obscurité d la nuit. « Nous devons combattre deux fronts à présent.. et mes troupes sont lasses et ont perdu tout espoir de repousser ces machines à tuer… Ô père ! Si seulement tu étais là ! J’aurais tellement besoin de tes conseils… Maudit sois-tu Thortuur !
Le roi laissa glisser des larmes d’amertume et de frustration le long de ses joues puis il ferma les yeux, exténué par tous ses tourments quotidiens.