J’étais dans une clairière, en pleine forêt, entourée de grandes pierres dressées vers le ciel. Face à moi se tenait un enfant, un humain, de treize ans environ. Il tenait une hache à deux mains comme s’il était naturel pour un enfant de son âge de manier une telle arme, et se précipitait sur moi. Je sautai sur le coté pour l’éviter et me rendit compte que j’étais moi aussi un enfant. Je ressemblais vaguement à mon adversaire, mais j’étais plus fin, plus grand, plus rapide. J’avais dans les mains deux lames, fines, légèrement courbes.
D’un coup, comme un choc physique, je me souvins, je savais manier ces armes, je les connaissais et pouvais tuer avec.
Mon adversaire se retourna et envoya sa hache en direction de mes côtes. Vif comme l’éclair, l’une de mes lames dévia son arme en douceur, entaillant légèrement le manche en bois, tandis que, comme dans un rêve, mon autre lame dansa sur la gorge de l’enfant. Un sang rouge vif coulait sur la lame. Il tomba à genoux, lâcha sa lourde hache puis bascula vers l’avant.
Un homme que je n’avais pas vu sortit de derrière une pierre. Il portait une longue robe noire à capuche et l’on devinait plus que l’on ne voyait son visage. Il se dirigea vers l’enfant qui se vidait de son sang sur l’herbe. Il le retourna sur le dos et fit courir ses mains sur la gorge ouverte. Les bords de la plaie se rejoignirent et s’estompèrent. L’homme me regarda et dit :
- C’est bien, à ce rythme tu seras bientôt le premier de ta section. Que penses-tu de ce combat ?
- La hache est faite pour les bûcherons, la lame en est beaucoup trop lente.
- Attend d’avoir rencontré Haneg, sa hache est aussi rapide qu’un serpent. Il n’a encore perdu aucun combat.
- Moi non plus, et je n’ai pas besoin de me cacher derrière un bouclier.
- Tu ferais mieux de te méfier, Haneg est un guerrier vicieux.
Puis l’homme disparut entre les arbres, l’enfant semblait dormir.
Je me couchais dans l’herbe pour méditer sur mon combat et m’endormis.
L’homme fut réveillé au petit matin par un rayon de soleil qui lui caressait l’œil. Il était en pleine forme.
« Mais quel était ce rêve étrange ? Bah ! Je m’occuperai de ça plus tard. »
Pour le moment, il devait partir : un tel massacre attirerait forcement du monde.
Il fouilla un peu et trouva de la nourriture, une couverture et une dague entière. Il découvrit un briquet et quelques pièces de cuivre dans une des maisons et remplit une outre d’eau. Il se fit un baluchon du tout.
Mais par où partir ? Il ne savait même pas où il était.
Le village se trouvait le long d’une route. En direction de l’est s’étendait une plaine désertique, couverte d’une herbe rase, et vers l’ouest quelques collines surplombaient le paysage.
Au hasard, l’homme partit vers les collines. Il marcha toute la journée sans voir le paysage changer. Monter des collines verdoyantes, parfois couvertes de petits bosquets, descendre d’autres collines sans arbre, passer de petits ruisseaux chantant, voilà à quoi se résuma sa journée. Le soir venu, il décida de camper le long d’un ruisseau qui sautait joyeusement de pierres en pierres le long de la route. Petit ruban chatoyant venu de nulle part et partant vers l’inconnu. Maintenant loin du charnier, il pouvait penser à autre chose, faire abstraction de ce qu’il savait pour se concentrer sur ce qu’il ignorait : qui était-il ?
Il se dévêtit d’un pantalon et d’une chemise sans forme qu’il lava dans le ruisseau. Puis il nettoya le sang, la poussière et la sueur qui imprégnaient sa peau. Il peigna ses cheveux mi-long d’un noir intense avec ses doigts et s’endormit nu. Il dormit d’un sommeil agité, sans feu, à même le sol. Le matin vint trop vite et l’homme déjeuna succinctement pour économiser ses provisions. Il revêtit ses vêtements légèrement humides et repartit, suivant la route qui serpentait maintenant entre des collines aux bosquets légèrement plus fournis, presque de petits bois. Vers le milieu de la journée, une grande forêt apparut. Aussi loin que portait son regard, les arbres s’étendaient à perte de vue, du Nord au Sud.