Le pays des Nymphes était couvert de nuages grisâtres qui déversaient sur toute la région; il faisait un peu froid pour un mois d’octobre, mais, même avec le vent qui le traversait par la vitesse de la course de sa monture, Nydeul, enveloppé dans son grand manteau noir, n’en ressentait pas l’effet. Sa peau pâle et argentée devait avoir un lien avec sa résistance au froid.
Il s’arrêta au sommet d’une colline, la première du pays des Nymphes. Devant lui s’étendait une immense forêt à perte de vue, au milieu un grand lac rond aux eaux miroitantes, sans ondulations... Cela faisait une semaine qu’il avait quitté Fort Défunt, il devait désormais se rendre au point de rencontre prévu pour escorter son ami... Mais son coeur se serra, il regarda l’autre versant de la colline, les yeux remplis de larmes.
Les orcs leur étaient tombés dessus de nuit... avaient tués les gardes en un éclair avec des flèches empoisonnées et avaient fait fuir les chevaux. Après quoi ils avaient lâché leurs loups affamés et leur grand troll des bois. Il pleura alors enfin, voyant l’herbe de la clairière où demeuraient ses compagnons couverts de sang. Pas un seul n’avait échappé au massacre, et s&rsyuo;étant levé le dernier il n’avait pas pu sauver ses compagnons quand il était sorti de sa tente. Il n’avait pas été réveillé par le bruit, la moitié de sa patrouille avait été dévorée pendant leur sommeil, les dix autres étaient aux prises avec le grand troll. Celui-ci avait le dessus, car ses adversaires étaient sans protection et seulement quelques-uns avaient des épées. Les loups étaient déjà partis, repus, mais alors arriva une dizaine d’orcs et gobelins du pays des Cendres. Ils traversèrent en trombe à travers le campement pillant tous ce qu’ils pouvaient et tuant au passage les pauvres soldats qui se tenaient face au troll. Nydeul n’avait rien pu faire jusque là, horrifié par cette vision ignoble. Dans sa rage il bondit son épée à la main, rattrapa les plus chargés et les tua d’un mouvement de sa lame. Puis il revint en hurlant sur le troll, celui-ci ne voyant qu’un vermicelle de plus ne prit pas peur, et continua son repas jusqu’au dernier moment. Nydeul dans sa rage, s’appuya sur le genou du monstre, et sauta vivement à la tête du troll. Il le saisit par la gorge et le cloua au sol, après quoi il planta son épée dans son épaule, afin de l’immobiliser jusqu’au matin. Lorsque les premiers rayons chauffèrent la peau du troll, celui-ci se mit à hurler, puis lorsqu’il fut entièrement recouvert il se changea en pierre.
Mais c’était trop tard... sa patrouille était décimée. Il pensa à ce qu’il dirait au Roi... mais le plus urgent était d’aller au rendez-vous. Il pressentait quelque chose, il ne savait si cela était bon ou mauvais, mais sur le moment cela ne faisait pas de différence.