Elle marchait tranquillement, rêveuse, ses yeux voilés de tristesse se posant sur ces lieux qu'elle avait connu, où elle avait vécu, reconnaissant chaque chose, mille souvenirs réapparaissant et augmentant sa douleur. Son regard caressait, mélancolique, tout ce qui l'entourait. Elle était magnifique, un visage aux traits fins et délicats, des cheveux aussi blancs que la neige, des yeux d'un bleu limpide, des lèvres fines et vermeilles, un corps frêle et fragile, et une peau pâle et douce. Et elle était rendue sublime par sa douleur. Elle se promena un moment dans son vaste jardin, des soupirs s'exhalant de ses lèvres entrouvertes mais son coeur opprimé ne réussisant à se décharger de sa douleur en laissant les larmes s'échapper. Mais tous ces souvenirs de son bonheur lui meurtrissaient trop le coeur, ainsi elle rentra dans son vaste palais, perdue, errant en quête de son aimé qu'elle savait ne pas trouver en ces lieux. Elle se dirigea vers sa chambre. Là, elle quitta sa robe noire et revêtit une longue et magnifique robe blanche. Elle ouvrit la porte-fenêtre et alla sur son balcon. Et là, s'adressant à un être invisible, elle laissa s'exprimer sa douleur.
Je suis morte au moment où ils t'ont tué
Ils t'ont enfoncé une épée dans le coeur,
Et mon âme l'a reçue au même instant, mon aimé
Terrible souffrance, atroce douleur.
Je suis morte de l'intérieur
Ne pouvant supporter mon malheur
Mon corps n'est plus qu'une enveloppe vide à abattre.
Mon coeur continue de battre
Mais plus pour longtemps.
Je vais libérer mon âme pour qu'elle te rejoigne et revive à tes côtés mon amant
Les larmes, enfin s'échappaient de ses yeux, lui voilant la vue, perles de tristesse, eau de chagrin la libérant un peu de sa souffrance, mais non de sa détresse. Elle alla vers un meuble, ouvrit un tiroir et en sortit un long et fin poignard, véritable oeuvre d'art. Elle se dirigea vers son lit, un lit à baldaquin entièrement blanc, et s'y allongea, pesque aussi pâle que sa robe. Et, dans un dernier sanglot, elle s'ouvrit la gorge et les veines, son sang vermeil se répandant à flots réguliers sur ses draps et sa robe encore blancs il y a si peu de temps. Les voiles de la porte-fenêtre restée ouverte étaient agités par le vent et la lune éclairait de ses doux rayons cette triste scène. Des larmes se joignirent à ce rouge mortel pendant quelques instants, puis un dernier soupir s'échappa de ses lèvres...
Le lendemain, on la retrouva morte aussi blanche que la neige et froide que la glace, un faible sourire sur les lèvres, ses yeux rêveurs n'exprimant qu'espoir et amour.