« Lumière, chaleur, douleur. Qui suis-je ? Il faut que j’ouvre les yeux. »
L’homme était allongé par terre, sur ce qui semblait être la place principale d’un petit village. Aucun bruit n’émanait des alentours, pas même le chant des oiseaux. Le silence était pesant.
Le soleil était haut dans le ciel et l’homme avait les lèvres craquelées. Depuis combien de temps était-il ici, seul ? Il passa sa langue sur ses lèvres et leur trouva un goût salé et cuivré à la fois. Il regarda ses mains, son corps et eu un frisson, ils étaient couverts de sang ! Il se releva et vit un homme devant lui, un fléau dans les mains et une moitié de dague dans les côtes. Le reste de la dague était aux pieds de l’homme. Les mouches avaient déjà commencé leur morbide besogne.
L’avait-il tué, et pourquoi ?
Pourquoi ? Voilà LA question. Pourquoi était-il ici ? Pourquoi tout ce sang ? Pourquoi n’y avait-il personne ?
Il regarda autour de lui, quelques huttes en torchis l’entouraient. Il les inspecta toutes, une à une. Il ne retrouva que des cadavres, tous tués proprement, la gorge tranchée ou le cœur percé. Sur leurs visages on pouvait lire l’incompréhension et la peur. L’homme visita les alentours, dans les maisons, dans les champs, dans les granges, tous étaient morts, qu’ils soient homme, femme ou enfant.
Quel monstre avait bien pu faire ça ? L’homme se demandait si ce n’était pas lui, avec sa dague, maintenant brisé.
Mais la vérité est : Qui était-il ? Cela s’imposa à lui, il n’avait aucun souvenir d’avant, d’avant son réveil. Quel était son nom ? Sa famille, est-elle parmi les morts ? Comment pouvait-il le savoir ? Il ne connaissait même pas son propre visage, et rien pour se mirer aux alentours, pas même une rivière. Il s’occuperait de ça plus tard, l’odeur était insupportable. Tous ces cadavres au soleil dégageaient un fumet nauséabond et des cohortes de mouches se régalaient des chairs mortes. Il fallait faire quelque chose. L’homme rassembla tout les corps sur la place du village, il y en avait trente-huit. Puis il apporta du bois et de l’huile, toutes les réserves du village y passèrent. Le bûcher funéraire ainsi formé était énorme, mais comment y mettre le feu ? Toutes les braises étaient mortes depuis longtemps dans le village.
Allumer un feu, l’homme sait le faire : il lui faut un silex et de l’amadou. Il trouva ça dans l'une des cabanes. Il prit le reste de la dague et y tapa le silex. Des étincelles, une petite flamme, et le bûcher s’enflamma enfin. Des flammes immenses se dressaient vers le ciel, l’odeur n’était pas meilleure mais les mouches était enfin parties.
L'homme resta debout, à coté du bûcher. La fumée le faisait pleurer, à moins qu'un sentiment plus profond n'entre en jeu.
Le soleil disparaissait derrière les collines, tandis que les dernières flammes du bûcher s’éteignaient. Demain, l’homme devrait partir, mais pour l’instant, il fallait dormir. Il entra dans l'une des cahutes et s’allongea sur une couche, s’endormant comme une masse.