Mon sang traverse ton corps, toi qui me possèdes lentement. Toi qui m’as longtemps tourné autour, apprenant tout de moi, de mes gestes les plus spontanés aux habitudes les plus intimes. Oui, tu m’as tourné autour, tel un impertinent moustique, avant de se poser doucement sur sa proie. Mais bien plus que ce moustique qui ne laisse derrière lui qu’un vilain bouton, toi, mon bon vampire, n’a rien laissé derrière toi, si ce n’est cet amour qui m’emplis tout entière. Et mon corps, à présent délaissé, ne ressens plus la piqûre de tes dents blanches. Toi, sombre beauté, tu ne t’éloigneras pas une fois ton méfais fini. Non, car je t’appartiens, tu me possède, je coule en toi, mon bon vampire, mon bien aimé. Je vois à travers tes yeux, j’entends les bruits des chambres avoisinantes à travers tes oreilles, je sens à travers ta bouche mon sang qui pénètre en toi, diffusant ses bienfaits dans tout ton corps, qui, au fur et à mesure que le flux salvateur y pénètre, m’ouvre la porte de ton esprit. Bientôt j’y serais totalement installée, prête à t’obéir, mon bon vampire, mon bien aimé, tandis que tu te délectes, que tu absorbe goulument toute ma substance vitale. Pour toi, mon doux maître, j’ai accepté sans rechigner ce sacrifice que personne n’aurait consentit à faire, donnant plus de pouvoir à notre union. Ça, jeune créature de la nuit, tu ne le sais pas encore, et peut-être l’apprendras-tu un jour d’un éternel sage, étonné que ta force soit telle. Mais ce n’est pas encore l’heure, perpétuelle beauté, n’y songe point et apprécie, délecte-toi, délectons-nous, car à présent que le flot se taris nous ne formons plus qu’un, délectons-nous donc, du liquide amer qui s’épanche en toi, te redonnant des forces, pourtant loin de celle que tu auras bientôt, doux vampire. Et à présent que tu lèche tendrement les petites blessures que tu m’as faites, ne perdant pas une goûte de ce précieux liquide, tu sais que le moment est proche, moment où je finirais, où tu finiras, où nous finirons ensemble ce que tu as osé entreprendre seul, audacieux seigneur de mon âme.
A présent, mon corps inerte reposant langoureusement dans tes bras, tu siège dans cette chambre pleine de draperies harmonieusement agencées de manière à mettre en valeur mon teint de princesse de la maison, tel un éternel seigneur doux et serein. Tu pose ton regard empreins de calme et de douceur sur ce qui t’entoure. Dans tes bras, mon corps autrefois si dynamique n’est plus. Ma chemise de nuit en flanelle, orange pâle, déchirée par la maigre résistance que j’ai osé t’opposer, jure avec les quelques goûtes de sang que tu as oublié, dans le creux de mon cou, là où la chair est la plus tendre, la peau la plus douce et le teint le plus clair. Quelle était belle, cette légère chemise à présent en lambeaux ! Elle mettait en valeur mon doux tint flamboyant, qui s'estompait lentement à présent. Teint non pas de nacre, comme tant d’autres avant moi, mais teint beaucoup plus subtil, plus chaud, plus doux, comme la soie qui nous entoure, teint rendu mordoré par les premiers rayons du soleil mourant dans la mer au loin et pénétrant par la grande baie vitrée. Tu vas bientôt pouvoir sortir découvert, mon bon vampire, mon bien aimé. Quelle honte, tout de même, cette flanelle pendant piteusement sur mon corps svelte. Si j’avais pu, si je ne m’étais pas offerte si rapidement à toi mon doux maître, dans le seul but de te plaire, car tu le sais à présent, je n’ai d’autre but dans mon existence, si je pouvais j’ôterais vivement cet affront de mon corps, affront à celui-ci, mais surtout affront à tes yeux. J’ôterais ces lambeaux de tissus, je me dévoilerais à toi, bel agneau aux dents pointues, seulement habillée de cette peau tant vantée, couleur café au lait, que le soleil ne réchauffera plus. Et alors ma nudité offerte timidement à ton nonchalant regard, à ton appétit, à ta douceur sauvage, aurait été le plus beau présent que j’aurais alors pu te faire. Mais je n’ai pas réfléchis, et emplie de mon amour pour toi, je me suis empressé de te satisfaire, de pénétrer en toi, comme tu le désirais ardemment, plus que toute autre chose au monde. Ton doux regard se promène à présent lentement sur mon corps encore tiède. Quelle est cette mélancolie qui m’envahit ? Tes gestes semblent suivre mes pensée, bel ange de la nuit, ta main se lève et suis délicatement les déchirures du tissus, parcourant tout le corps, jusqu’aux bordures de dentelle noire et plus loin encore. Je meurs d’envie de le réintégrer, de te répondre moi qui ne cherche qu’à te contenter. Tu le sens mon bon vampire, mon bien aimé, car rien de moi, de ce qui m’effleure, de ce qui me concerne ne t’es inconnu, et c’est avec détermination que ta main remonte tout aussi délicatement vers la chair la plus tendre, sur laquelle tu as définitivement laissé ta marque, celle de tes canines affectueuses, dont la caresse me manque déjà, comme pour me rappeler à l’ordre et me rappeler ma condition. Oui je suis ton esclave, ne t’inquiète pas, mon cher vampire aussi sombre que le soleil, je suis enchaîné à ta volonté, aucun moyen de m’y soustraire, aucune envie, non plus. Mais ne crois tu pas, que même esclave, je ne puisse chercher à te contenter, de quelque manière que ce soit, surtout si c’est ma spécialité ? Je sens ton impatience, ta main, d’énervement, toi qui es si délicat pourtant, ta main glisse brusquement vers le sillon que creuse ma poitrine ronde et ferme. Ah ! Si j’étais maître de moi, je… Gracieux bourreau, doux maître, mon bien aimé... Je sais que ce n’es pas ce que tu cherches. Il y avait une raison si tu ne m’as pas laissé cette chance de te montrer mon amour. Car la seule chose qui t’intéressait lorsque tu fus innocemment introduis dans cette chambre tel n’importe quel autre, c’était ce sang, resté pur malgré la souillure qu’avais mille fois subi mon pauvre corps, sang qui t’ouvrais, si tu l’acceptait, la porte de mon esprit, en vue d’une seule et unique chose que nul autre à présent ne pourra posséder. Et ce que tu cherche, oui, je peux te promettre sans crainte que tu l’auras d’ici peux, pour peux que tu me l’ordonne. Que tu me l’ordonne, oui, car ce genre de chose ne peux être qu’ordonné malgré tout ce qui nous uni, j’en suis désolée sublime ange de ma nuit.
Déjà, tu songe à me quitter. Sens-tu la tristesse qui m’emplis et dont tu ne peux qu’être envahi ? Délicatement, au milieu de toutes ces draperies tu dépose ce corps duquel il y a quelques minutes encore je faisais partie. Son teint c’est flétri, le froid l’habite à présent. Mais il semble si satisfait de son sort, ce pauvre corps, si bien dans son élément, après tout agencé dans le seul but de le mettre en valeur, qu’il serait cruel de le déplacer ne serait-ce d’un mètre. Dans le couloir d’autre filles de mon espèce discutent, murmurent sur ton passage, attendent paiement que quelqu’un soit introduit chez elles. Elles n’ont rien remarqué et ne remarquerons rien avant une vingtaine de minutes. D’ici là, animé d’une force nouvelle, tu seras déjà loin. Qui eu crut que tu viendrais me chercher dans un endroit pareil, que mon sang t’intéresserais encore ? Tu es le plus digne de mon amour, le plus digne de me posséder, toi qui a cru en ma pureté réelle, toi, seul vampire qui a compris que si mon corps était souillé, mon sang et mon âme, eux, étaient éternellement protégés par ma jeunesse. Tu as bien fait de venir, mon doux vampire, le seul à qui j’aurais pu me donner ainsi, seul qui m’ai donné ma juste valeur. Tandis que les derniers rayons du soleil se meurent au sommet des hauts buildings de la ville, tu t’avance dans la rue dans laquelle se confondent richesse et misère. Tout comme en toi, belle ombre élégamment habillée. Tu m’abrite, moi fille de rien, moi qui te suis si utile, pourtant et qui te chéris plus que tout. Est-ce cette présence qui éloigne les petits déguenillés du bidonville ? Ceux-ci gardent respectueusement leurs distances, détournant rapidement leurs regards, alors qu’ils se seraient précipités sur n’importe quel autre. Ta cape ne t’est à présent plus nécessaire et ton visage aux trais fin acceptèrent avec délice la caresse de la nuit montante. Il est grand temps, maintenant. Je le sens. Une pensée s’insinue en toi. Malgré le désir que j’ai de t’obéir, d’être toute à toi, cette pensée me fais peur. Tu le sens, n’est-ce pas ? Oui, car tu sais tout ce qui est en moi, moi qui n’ai d’existence que pour te servir. Tu le sens et tu t’affermis. Je te l’avais dit, il faut que ce soit un ordre. Cependant, toi qui es si généreux, si doux, si emplis de délicatesse, je sens qu’à cet ordre, tu sauras donner toute la finesse, toute la suavité qu’il faut pour que je puisse l’accomplir tout en douceur, sans brusquerie. La pensée t’emplis. Oui, mon bel ange, je t’aime, mon bourreau, mon sauveur. Je me sens en sécurité à présent et je laisse tout ton esprit s’emplir de cette pensée fatale se faire une place, prendre sa place, ne me laissant bientôt plus d’alternative. Dans quelques instants ta fatigue sera oubliée, ta force décuplée. Je le sais ; je connais l’immensité des pouvoirs de ma pureté, immensité que tu connaîtras bientôt mon bien aimé. Bientôt tu seras au dessus de tout mon bon vampire. Bientôt je disparaîtrais. Sache que je t’aime. Que je n’ai jamais aimé que toi, que toute ma vie, même dans ses moments les plus frivoles n’a consisté qu’à t’attendre, qu’à sentir que chaque seconde me rapprochait de toi, toi que j’ai reconnu comme tel dès que ta peau à effleuré la mienne. Oui, tu étais le seul que je puisse aimer, le seul qui puisse me comprendre, le seul pour lequel je me sacrifierais entièrement, sans d’autre résistance que celle de mon amour infini pour toi. A présent, tu es venu et tu m’as libérée, mon beau et froid vampire, ma vie, ma mort.
Dans la nuit de Bombay un homme élégamment vêtu s’avançait dans les ruelles insalubres du bidonville, vers quelque destination inconnue. Une larme se détacha lentement de son œil gris perle. Il s’arrêta, la laissant, unique et éphémère, aller à sa guise. Il fit quelques pas à la seule lueur de la lune, à présent haute dans le ciel, puis disparut.