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Sujets concernés par ce texte :
Type de document : Essai

     
 
Deux semaines avaient passé. Plus de paquet sanglant, mais tout autant d'avancées autant dans sa situation personnelle que dans les recherches effectuées dans ces laboratoires inaccessibles.  Que faisaient-ils donc ? Depuis combien de jours piétinaient-ils sur les bords de leur gouffre d'ignorance de peur de se saisir de cette racine poisseuse qui les sauverait ?  Ah ce qu'il aimerait trouver le moyen de ne faire qu'une tournée d'inspection, les voir baisser la tête devant leur échec, entendre quelqu'un avouer qu'ils avaient besoin de lui ! Impossible, dirait-on, comme d'habitude. L'un d'eux oserait-il franchir le pas de l'interdit ? Tentaient-ils de suivre une voie différente ? Moins radicale ? Bien du plaisir messieurs dans ce cas ! Au dehors, l'orage gronde déjà.

En attendant, il feuilletait le règlement de 400 pages établissant son pouvoir sur les lieux en de nombreuses tournures tarabiscotées, des articles se marchant sur le sens, se contredisant sans scrupule pour aboutir à une seule conclusion claire et précise : il fallait rester à ce bureau signer ces bons de commande de matériel, endosser les responsabilités sans prendre la moindre part active aux décisions. Et pourtant, il espérait qu'il y ait une faille, établissait des modèles de la structure du discours, s'occupait à dresser le plan de son piège tandis que le bras mécanique sur son bureau confectionné il y a peu menait à bien la dure tâche d'un homme si respectable. Pas de risques tant qu'il restait le cul vissé à son siège, à croire qu'on n'entrait que quand ses jambes le démangeaient et qu'il se redressait pour laisser le sang circuler un peu. Un détecteur ? Bien dissimulé dans ce cas. Enfin, il n'y avait pas grand chose à faire sinon se distraire à voir Miss bureaucratie accourir toutes les minutes lorsque la lubie le prenait. La diablesse n'avait pas encore été prise en défaut de documentation à lui fournir. A croire qu'elle avait une réserve toute prête dans ses tiroirs.

- Monsieur Benjamin ! Ah, monsieur benjamin !

Sursaut de stupeur lorsque la porte s'ouvrit sur ces mots du loup dont on parle. Vite, vite dissimuler les preuves avant que sa vie ne devienne encore plus un enfer. Oui, par terre, ce sera bien pour l'instant.

- Sylvie ! Ah Sylvie !

Ou comment balayer son bureau d'un large mouvement de bras se voulant  un accueil caricatural bien à la mesure de l'expression presque adoratrice qu'il lisait dans ce regard adverse. Méfiance.
 
- Oh monsieur, c'est merveilleux, je ne vous savais pas si généreux !

Puis aux journalistes et leurs caméras de se jeter au travers de l'ouverture et commencer à aboyer.

- Mais... Qui sont ces gens ? Qu'est-ce qu'ils...

Pas la moindre chance d'être entendu au milieu de cette cacophonie de questions sur base de solution rapide, de richesses, ressources personnelles, acte inoubliable, admiration, transport... Il n'y comprenait rien, rien du tout.
 
- Mesdames, messieurs, un peu de calme s'il vous plaît. Nous vous expliquerons alors ce geste exceptionnel.

Elle s'était approchée sur ces mots, avait déposé une main sur son épaule, broyait maintenant cette épaule, sans doute pour le forcer à sourire et quitter son expression ahurie. Son large sourire hypocrite et le masque qui en était inséparable le fixaient, une lueur mortelle au fond des pupilles, un défi.

- Voilà qui est mieux. Je comprend parfaitement votre impatience, mais laissons le professeur se remettre de la surprise de votre arrivée. L'annonce vient seulement d'être diffusée, et il faut bien l'admettre légèrement plus tôt que ce dont nous avions convenu. Si vous le voulez bien, je vais répondre à vos premières questions. Oui, Monsieur Morin ?

Un homme rondouillard coiffé d'une couche de frisottis sombres et courts, le visage porcin et une belle paire de lunettes gigantesques sur le bout du nez pas forcément à sa place parmi les brushings et tailleurs environnants s'avance timidement pour se planter face à notre héros pris au piège.   

- Hum... Euh... Monsieur le responsable des recherches, la population française voudrait en savoir davantage sur la solution que vous avez développée et qui circulera bientôt dans nos foyers. L'engagement de la totalité de vos ressources personnelles dans le projet a du être une décision difficile. Comment en vient-on à se dévouer autant à une cause ? Désiriez-vous devenir un héros ?

- Allons, allons, il n'est pas question d'héroïsme dans cette démarche, uniquement de l'aboutissement des réflexions d'un homme juste et sage qui cherche à se comporter de la meilleure manière possible vis à vis de ses contemporains. Le professeur benjamin, conscient de l'urgence de la situation et des conséquences désastreuse du moindre jour passé à la subir n'a fait que suivre le sens des responsabilités qui l'a mené au poste qu'il occupe actuellement.

- Et nous vous en savons gré, bien entendu. Mais tout de même, que pensez-vous de ces sondages qui vous annoncent personnalité préférée des français. Cela doit faire plaisir de voir enfin la considération arriver alors que vos recherchent se sont déroulées pendant de nombreuses années dans l'anonymat le plus total.

Oh, les enfoirés ! La totalité de ses ressources, que cela signifiait-il ? Il n'avait pas allumé son poste depuis plusieurs jours, dégoûté du babillage incessant du gouvernement pour masquer les résultats inexistant en vantant les mérites imaginaires de tel ou tel membre de l'équipe, de sa famille. Un vrai calvaire de voir les vies de toutes ces personnes ramenées à une représentation d'abnégation et de courage, de dévouement, des descriptions si caricaturales qu'on en venait à se demander si quelqu'un y croyait encore. A voir le visage de ce pseudo-journaliste, il fallait croire que oui. Une question intéressante ? Ah non, toujours la mise en avant du caractère fantastique de son acte, quelques autres rentraient dans le moule également, le reste avait déjà disparu après quelques tentatives reprises d'une remarque acide par la femme qui le maintenait silencieux lui aussi.

- Ce sera tout pour aujourd'hui, nous vous remercions d'avoir fait le déplacement. Vous recevrez d'ici peu le dossier détaillant la nature de cette solution. Une conférence de presse sera organisée à ce moment là. A très bientôt.

Enfin, tout était terminé. Un dernier sourire, et le voici ramené à sa solitude, avec bien entendu quelques papiers supplémentaires pour l'occuper. Sur le sommet, une lettre, sa dernière réponse. L'essentiel y était, bien sûr, mais étrangement, le passage sur l'avancée des travaux c'était vu remplacé. Pourquoi cette surprise, cela leur ressemblait bien. Ne restait qu'une question en fait : quelqu'un avait-il réellement synthétisé la molécule ?
 
     

 
par Myrtion Plum'mol
le 12/08/2008
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