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Sujets concernés par ce texte : Fantasy
Type de document : Conte

     
 

Maître Ferres était un homme imposant. Pour Alexis, il ressemblait à l’un de ces mafieux américains de l’époque d’Al Capone. La trentaine, tout en muscle, un visage fin, des yeux pétillants d’intelligence et une moustache assez fine. Son costume était des plus impeccables.

«Pourrais-je m’entretenir avec vous capitaine? Je suis sur que vous ne pensez pas un seul instant que ce jeune homme peut avoir tuer tant de personnes dans le monde. Je suis même sur que vous le pensez innocent du meurtre de son amie.»

Albert Corde parut surpris d’entendre l’avocat parler des autres meurtres. Ferres s’en aperçut et, dans un sourire, il ajouta:


«J’ai des amis haut placés voyez-vous. Et maintenant, si nous pouvions aller discuter dans un endroit plus discret ?»


Corde suivit de mauvaise grâce le Maître. Visiblement, il aurait préféré ne pas être interrompu. Pour Alexis, ce fut une interminable attente qui débuta. Il en profita pour remettre un peu d’ordre dans ses idées. Les derniers évènements l’avaient un peu chamboulé et l’interrogatoire n’avait rien arrangé. Il se posait notamment des questions sur Déborah. Il pensait la connaître, mais là, il devait bien admettre que toute une partie de sa vie lui avait échappé. Qui était-elle réellement? Et ce n’était probablement pas la seule dans ce cas puisqu’il y avait eu plusieurs morts étranges. Le jeune homme était sur que la gourmette pouvait être un indice. De même que son tatouage. Le problème, c’est qu’il n’était pas prêt de revoir le tatouage et la gourmette était aux mains de la police. Conclusion, il ne découvrirait pas la vérité tout de suite. Etrangement, il se posait beaucoup moins de questions sur les monstres qui étaient apparus. Sur le coup, il avait été surpris, mais de tous temps les monstres avaient existé à travers les légendes, et comme il avait la conviction que ces légendes avaient toutes une part de vérité, il pouvaitaccepter le fait de voir des démons surgir devant lui, bien que cela reste choquant. Pour la peine, ça faisait quand même un drôle d’effet. D’un, il n’avait jamais entendu parler de telles créatures, et pourtant il s’intéressait aux légendes et aux mythologies; de deux, d’où pouvait-elle sortir? Et pourquoi maintenant?


La porte se rouvrit et le visage de Ferres apparu.


«Tu peux sortir, tout est arrangé.»


En sortant, Alexis remarqua que plusieurs regards le suivaient, notamment celui de Corde. Quelque chose lui disait qu’il n’en avait pas fini avec le capitaine.


«Monte, je vais te conduire à mon bureau, nous pourrons parler plus calmement de cette histoire.»


Ferres lui ouvrit la portière d’une superbe Mercedes aux vitres teintées. Alexis s’installa sur le siège passager avant et ils démarrèrent en trombe.


«Bien, maintenant, je voudrais que tu me racontes tout ce qui c’est passé.

-Y a pas moyens que je rentre chez moi, histoire de dormir un peu ?»


Une voix s’éleva alors de la banquette arrière. Elle était sèche et n’autorisait pas la moindre objection.


«Oh que non. D’abord, tu vas nous expliquer ce qui c’est passé, seconde par seconde. Et contrairement aux flics, nous pouvons employer des moyens illégaux sans que cela se remarque.»


Alexis sentit alors le canon d’une arme se poser sur sa tempe.


«Et inutile de pinailler. On est bien moins patient qu’Albert.»


Alexis déglutit péniblement. Après les démons et la DST, voilà qu’il avait affaire à des truands.


«Vous êtes qui?

-T’es sourd ma parole? Qu’est ce que je viens de te dire. Tu parles et tu ne poses pas de questions. C’est compris?

-Oui m’sieur.» Grande inspiration. «Alors voilà, tout à commencer alors que je la raccompagnait chez elle après qu’on ait été au ciné…»

 

La Mercedes roula pendant un quart d’heure, sortant de la ville pour s’arrêter devant un vieux manoir. Les trois occupants du véhicule en descendirent. Alexis n’avait aucune idée de l’endroit où il était, des personnes à qui il avait affaire, mais il se sentait tout de même rassuré de ne pas être menotté. Cela signifiait, pensait-il, qu’on n’avait ni l’intention de le retenir prisonnier, ni celle de le tuer. Ou alors, cela pouvait tout simplement signifier que les autres ne le considéraient pas comme une menace.

La porte d’entrée était gardée par un homme armé d’un poignard des plus menaçant, accompagné de deux molosses qui dormaient pour l’instant mais qui devait être de véritables machines à tuer.

L’intérieur du bâtiment était encore plus étrange que l’extérieur. Qui aurait l’envie, et les moyens, de transformer un vieux manoir en bunker? Dans le vestibule, il y avait trois femmes et deux hommes équipés d’armes en tous genres, de la mitraillette à l’épée à deux mains fixée dans le dos.

Alexis n’eut pas le temps de s’attarder sur les détails car déjà, on le poussait pour qu’il marche plus vite.

Il suivit l’inconnu à qui il avait parlé dans la voiture. Celui-ci le mena au premier étage, lui fit traverser plusieurs pièces, toutes équipées d’ordinateurs, et enfin s’arrêta devant une large porte en acier.


« Pas un mot tant que tu n’y seras pas invité. C’est clair?

-Oui, très.

-Alors entre et tais-toi.»


Il ouvrit la porte, invitant Alexis à y pénétrer. Ferres le prit par l’épaule et lui fit traverser la salle. Ils longèrent ainsi une longue table rectangulaire où siégeaient une vingtaine d’hommes et femmes. Sa chaise se trouvait à l’une des extrémités de la table, mais les places les plus proches de lui étaient vide, ce qui suscitait en lui un sentiment de solitude. Il avait l’impression d’être face à un tribunal. Sentiment qui s’accru lorsqu’il constata que tous les regards étaient tournés vers lui. Mais ceux-ci étaient plus chargés de curiosité que d’animosité.


«Mesdames et messieurs, vous savez tous pour qu’elle raison nous sommes réunis ici. Je ne reviendrait donc pas sur cette vague d’attaque qui a décimé nos rangs.

-J’ai entendu dire, Ludvig, que tu avais toi-même été attaqué par sept virks et une trentaine de njord. 

-Il n'y avait pas sept mais neuf virks ainsi qu’un chul.»


Plusieurs murmures admiratifs s’élevèrent de la table.


«Mais nous ne sommes pas là pour parler de moi. J’ai un jeune homme à vous présenter, après quoi, il faudra organiser la cérémonie de départ de nos compagnons morts. Vous aurez tous remarqué que Fabrice, Elodie, Renaud, Arthur et Marianne ne sont pas là. Et je ne nomme que les meneurs. Rien qu’en Europe, nous dénombrons neufs morts, une soixantaine de blessés et douze disparus.»


Plusieurs têtes se baissèrent.


«Mais comme je vous le disais, nous ne sommes pas là pour parler de cela. Je tiens à vous présenter Alexis Cav, jeune lycéen de 17ans. Hier soir, il a accompagné Déborah Delacroix, la fille de Serge. Vous savez tous qu’elle est morte. Monsieur Cav nous a expliqué ce qui c’était passé ce soir là. La description qu’il nous a donnée des démons me laissent supposer qu’il y avait un virk et quatre njord.

-Quoi !» Ce cri avait été poussé par plusieurs personnes. Une dame d’un certain âge ajouta, plus pour elle-même que pour les autres : «A son âge, ce n’était qu’une gamine. Aucun d’entre nous n’a affronté de virk avant sa vingt-cinquième année.

-C’est ainsi. Déborah a trépassé, mais tous les démons sont morts. Et si nous en croyons le récit d’Alexis, notre invité aurait lui-même tué le virk.»


Cette fois, les regards qui se posèrent sur lui n’étaient pas simplement curieux, Alexis avait l’impression d’être devenu une souris de laboratoire.


«Alexis, racontez-nous donc de quelle façon vous vous y êtes pris pour éliminer ce démon.»


Le lycéen se leva et préféra tourner la tête vers la fenêtre, à sa droite. Il avait l’habitude d’être sur scène, mais ces spectateurs étaient vraiment dérangeants.


«Et bien, je l’ai approché dans son dos pendant qu’il gesticulait des mains. Puis il s’est retourné et m’a agrippé à la nuque. Il était assez prêt, alors j’ai plongé mes mains dans son brouillard et j’ai retiré ses yeux.»


Cette fois il n’y eut pas un bruit, jusqu’à ce que tous décident de poser des questions en même temps.


«Du calme! S’il vous plait. SILENCE!»


Le calme revint comme par enchantement.


«Nous avons tous des questions à lui poser. Et je suis sur que lui-même à bien plus d’interrogations à notre sujet. Mais monsieur Cav, contrairement à la plupart d’entre nous, n’a pas fermé l’œil de la nuit et il manque cruellement de sommeil. Nicolas, ayez l’amabilité de conduire Alexis à sa chambre.

-Je ne rentre pas chez moi?

-Pas encore. Et vu la manière dont les choses se goupillent, je pense que tu n’es pas prêt de revoir ton lit. Alors autant que tu profites de celui que nous pouvons t’offrir.»


Nicolas était en réalité Ferres. Celui-ci le conduisit jusqu’à un ascenseur et ils descendirent jusqu’au niveau douze.  Le pseudo-avocat se permit de sourire en voyant l’incompréhension se lire sur le visage d’Alexis.


«Nous sommes sous terre.

-Je m’en doutais un peu. En revanche, je me demandai pour qu’elle raison une telle base est implantée dans un endroit pareil. Pourquoi pas Paris? Pourquoi ce bled pommé?

-Ah, ça, c’est lié à notre histoire. Dans l’ancien temps, les notre se réunissaient sur cette colline. Il y avait un vieux chêne.  L’arbre a survécu de nombreux siècles puis il a été frappé par la foudre. Alors nos ancêtres ont construit un grand hall avec un véritable petit village. Aujourd’hui, le village a disparu et le manoir a remplacé le hall. Et si tu me demandes pour qu’elle raison nos ancêtres ont décidé de se réunir là, je ne connais pas la réponse. Dans d’autres lieux, ces réunions ont eu lieux dans des grottes, ou bien dans des cromlechs, ou bien dans des cratères, la liste est longue. Nous c’était un chêne.»

 

Il s’arrêta devant une petite porte et l’ouvrit.


«C’est petit, mais c’est confortable. Les toilettes sont au bout du couloir et si t’as un problème, je suis juste dans la chambre d’à côté.

-Pourquoi ?

-Pourquoi quoi ?

-Pour qu’elle raison avons-nous des chambres voisines?

-Ca, c’est parce qu’il y a des chances pour que tu deviennes mon pupille.»


La-dessus, il referma la porte. Son pupille? Mais qu’est-ce qu’il chantait? Alexis n’avait pas la tête à réfléchir. Il s’allongea sur son lit sans même se changer. Il se rendit alors compte qu’il n’avait même pas protesté quand on lui avait dit qu’il ne rentrerait pas chez lui. Cela lui avait paru si normal comparé à tout le reste. Il ferma les yeux et s’endormit.

Il rêva qu’il se tenait face à deux yeux de braises. Ceux-ci ne cessaient de tourner sur eux même et Alexis avaient l’impression qu’ils s’enfonçaient dans son âme. Et après la douleur qu’il avait ressentie suite à son combat contre le démon, il avait l’impression que celle-ci revenait, mais pas dans sa chair, plutôt dans son esprit.

 
     

 
par Holdon
le 18/07/2008
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