« Et merde, v’là aut’chose maintenant. J’entends des pas qui viennent vers ma cellule ». Redressons-nous – arghh moins vifs les mouvements – prenons un air digne et honnête ou quelque chose d’approchant. Je ne sais pas ce que je fais là, mais nul doute que quelqu’un vient m’expliquer cette méprise.
Deux gardes se présentent à la porte de ma cellule. Ma première impression fut qu’on m’envoyait un duo comique : le grand barbare dangereux accompagné par son sympathique maître qui le tient en laisse. Manque de chance, les deux se révélèrent être de dangereux psychopathes. Mais voyez plutôt…
« Bonjour messieurs, je suppose que vous venez m’expliquer pourquoi je suis dans cette cellule. Allez, ne faites pas ces têtes. Ne vous inquiétez pas je ne compte pas en référer auprès de vos supérieurs. Je sais bien qu’une erreur …
- Reculez prisonnier ! me gueule le plus petit », puis se tournant vers son collègue il demande : « La cellule ne devait-elle pas être vide. Que fait-il ici, lui ?
- Mais comment tu voudrais que je le sache ? T’es drôle toi. ‘Y a pas vingt minutes, j’étais pénard entrain de cuver mes bières. Tranquille à faire le planton devant la chambre de l’Autre, sa seigneurie, quand j’te vois arriver, affolé comme une pucelle, en hurlant : « Protégez l’Empereur !
L’enceinte impériale subie une attaque ! … ». Et maintenant tu me demandes à moi ce qui s’passe ?!? »
- Euh ? Excusez moi messieurs mais pour en revenir à mon problème, auriez-vous la bonté …
- Mais tu vas nous foutre la paix toi ! Bon on en fait quoi alors ? Faudrait résoudre le problème avant que le Vieux se pointe.
- Bennn..., le plus simple s’t’un bon coup d’épée dans le bide. Salle mais rapide et pas trop compliqué.
- C’est la solution à tout, pour toi hein ?!? Abruti va ! C’est toujours la même histoire quand je fais équipe avec toi : on tue par là, on démembre par ici, … T’es pas un garde mais un ‘tain de barbare nordique. Tu serais parfait avec des couettes blondes. Ta mère aurait pas couché avec un ours des fois non ?
- Oh ‘tain, oh ‘tain, mais c’est quoi ce bordel ? Vou-vous dérangez-gez pas pour moi, je vais me-me fai-faire tout petit. Regardez je me mets au fond. Là, voyez je dérange personne. Et je me tais même, plus un mot. Je suis parti ».
Je tente tant bien que mal de me faire le plus petit possible dans le fond de ma cellule. Espérant que contre toute attente ces types allaient m’oublier. Alors que je les observe du coin de l’œil, je prends conscience d’un phénomène étonnant. Une étrange musique semble résonner à mes oreilles. Loin d’une douce mélodie rassurante, une cacophonie discordante et inquiétante m’assaille. Je cherche malgré tout à suivre la discussion des gardes mais leurs voix semblent assourdies. Soudain des images se mettent à défiler devant mes yeux. Je reste quelques instants interdit, puis soudain je comprends ce qui se passe : ma vie défile devant mes yeux.
Mouais bof, pas brillant quand même. Je ne vous cache pas ma déception : les images ne sont pas tops. La plus part du temps c’est carrément flou. Et pour couronner le tout, l’intrigue est un rien confuse. Je pense sérieusement à déposer une plainte auprès d’Akatosh, ou n’importe lequel des Neufs : si je meurs maintenant, je veux être remboursé. Non parce que là, il est évident que j’ai été roulé. J’ai rien vécu qui vaille la peine - sauf si on aime les séances sado-maso.
J’étais encore entrain de rédiger mentalement la liste de mes griefs à déposer auprès du Grand Notaire Céleste, quand de très loin je perçus dans le dialogue des deux gardes quelques mots qui me ramenèrent au moment présent.
« Bon alors on trucide ou on discute ? Non parce que ça commence à faire longuet là !
- De toute façon, c’est trop tard. V’là le Vioque, et tu connais sa politique : plus d’assassinats injustifiés depuis les émeutes à l’Université Arcanne. »
Du fond de ma cellule, les yeux en partis masqués par mes mains et caché comme je le suis derrière la seule table de la pièce, je vois apparaître un vieil homme habillé en grandes pompes. L’air, comment dire ? … impérial ! Même si un rien défraîchi et à l’œil un brin hagard. Ce dernier, entouré de ceux qui semblent constituer sa garde personnelle, s’approche et commence à me parler.
Du dialogue qui suit, je ne garde que quelques souvenirs confus : des histoires à propos de rêves et de destiné. Mais dans l’état nerveux où je me trouve, concentré que je suis sur le contrôle de mes intestins et torturé par mon mal de crâne, je crois mériter votre pardon. Seule certitude : le mur de ma cellule s’est effacé pour laisser place à un sombre passage. Avisant une mine que je suppose déconfite, l’un des gardes me lance : « C’est votre jour de chance prisonnier ! ».
Chouette je vais vivre ! Hop fin de la séance de ciné perso sur mes années d’enfance.
*
* *
‘Tain ! Tu parles d’une chance ! ‘bruti va ! Voilà ce que j’aurais souhaité lui répondre, si seulement... si seulement il avait été plus petit, et désarmé, et seul, et peut-être manchot. Enfin, pour sûr que c’est mon jour de chance : je me réveille amnésique dans une cellule avec un ‘tain de mal crâne ; on menace de me tuer pour que je me taise alors que je n’ai pas la moindre idée de ce que je ne devrais pas dire, ne sachant ni où je suis ni ce que j’y fais ni qui j’y croise. Entre alors un type qui se prétend Empereur – et j’en sais quoi moi si c’est vraiment lui ? De l’empereur je ne connais que quelques portraits de lui jeune. Tout au plus pourrais-je révéler au monde qu’il a bien mal vieilli. Faudrait vraiment qu’il fasse attention, c’est pas professionnel toutes ces rides aux coins des yeux et ce visage violacé. Si j’étais un émissaire étranger, ben j’aurais pas confiance. Voilà tout ce que je pourrais dire. Le prétendu Empereur me baragouine ensuite je ne sais trop quoi sur le destin, avant de disparaitre dans un passage secret. J’aurais préféré qu’ils laissent la porte de ma cellule ouverte, mais visiblement ce n’était pas une option. Donc tant pis et va pour le passage souterrain, sombre et qui pue le renfermé. Oh ouais ! Sacré jour de chance pour sûr !
Remarquons au passage que l’Empereur n’a pas l’air plus inquiet que ça. Je sais pas ce que ses gardes lui ont filé, mais ils ont dû forcer la dose. Un truc de sûr, j’en voudrais bien un peu aussi : il a l’air de prendre tout à fait calmement le fait que des assassins cherchent à le tuer. J’aurais vraiment besoin d’un tel calmant… Et d’un pantalon neuf aussi. Comme quoi, il est difficile de réfléchir et de garder un contrôle absolu sur sa vessie. Sans compter l’influence désastreuse que peut avoir une brute ne parlant que d’émasculation et de décapitation. Visiblement un nouvel adepte de la chirurgie à la mode nordique.
(Avis aux non-initiés : la chirurgie nordique se résume à un bon coup d’épée un peu au dessus de la plaie. On tranche net puis on cautérise et advienne que pourra. Il paraît qu’une prière peut favoriser le processus de récupération. Mais dans tous les cas, mieux vaut être en bon terme avec les dieux dans de tels moments, alors pourquoi pas ?)
S’en suit un court trajet où j’avance péniblement dans un corridor lugubre jusqu’à ce que je tombe en plein cœur d’une mêlée sanglante. Des types louches, revêtus d’armures luisantes, se battent contre les gardes de l’Empereur. Je profite de la mort d’un des gardes pour récupérer une arme. Un bel objet pour autant que je puisse en juger. Bon je confesse n’avoir des armes qu’une connaissance très théorique. Tout au plus puis-je affirmer sans crainte de me tromper que le bout pointu doit être dirigé en direction de l’ennemi. Mais obéissant à une impulsion subite, je décide de conserver avec moi ce bout de métal, ne serait-ce qu’en raison de son poids rassurant. Alors que je recollais au groupe de l’Empereur et qu’autrement dit, je me rapprochais d’une sécurité relative, les gardes me prennent à part et m’expliquent gentiment que je ne peux plus les suivre.
Super ! Ben je fais quoi moi alors ? Je remonte dans ma cellule attendre qu’on m’explique pourquoi j’y étais ? Bien tentant, mais puisque c’est mon jour de chance je vais sûrement me retrouver décapité pour tentative d’évasion. Et j’aurais beau jeu d’expliquer que l’Empereur et moi on est super pote : « La preuve il rêve de moi, c’est vous dire. Allez soyez cool M’sieur le Bourreau. J’ai pas pour habitude de mentir à de gros types armés d’énormes haches ».
Par chance, décidemment il y a des jours où tout vous sourit, voilà qu’un mur s’écroule sur ma droite. Possibilité de fuite ? Pensez-vous, deux rats comme j’en avais encore jamais vu sortent du passage ainsi ouvert et décident que pour ce soir le menu sera un bon cuissot de Galerion. N’écoutant que mon courage, je ferme les yeux et pointe mon épée en avant… Aucun bruit … J’entrouvre un œil … Deux cadavres de rats … « AhAhAh ! Je suis le Roi du monde !!!! ». Regonflé par cet acte de bravoure, je décide finalement de m’aventurer plus avant dans le passage dont les rats sont sortis.
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* *
Je vous passe les détails, mais je vous déconseille fortement de vous promener dans les sous-sols des prisons impériales. Par les Neufs ! c’est d’une saleté. Et je ne vous parle même pas des occupants : rats, gobelins, zombies et je ne sais combien de cadavres. Maintenant je sais où passent les prisonniers qui disparaissent de leurs cellules.
Finalement je retombe sur l’Empereurs et sa garde raprochée. Raprochée est en effet le terme qui convient : ils sont si peu nombreux qu'ils suffisent à peine à entourer le pauvre vieux. Et devinez quoi, maintenant qu’ils ne sont plus si nombreux, JE suis le bienvenu. Ainsi, après avoir discuté un brin astrologie avec le Vieux qui tenait visiblement à me sortir mon thème astral sur l’instant, on est reparti tous ensembles.
On a pu progresser plus ou moins tranquillement pendant quelques temps jusqu’à ce que l’un des gardes fasse une terrible erreur. Le pauvre, cetainement une jeune recrue, a prononcé les mots interdits. Il a dit : « Attention, ces lieux sont propices à une embuscade ».
Quel malheur ! Tout le monde sait pourtant que dans une situation désespérée, il ne faut jamais parler de malheur. Sinon ça loupe pas, dans les secondes qui suivent...
« Un guet-apens !!!
- Protégez l’Empereur ! ».
Ben tiens, je l’attendais celle-là. C’est tellement évident ! Vous êtes tous des gardes d’élites et c’est à moi, qui ai découvert il n’y a pas deux heures dans quel sens il convient de tenir une épée, que revient le soin de protéger l’Empereur. Super ! Et alors qu’on était dans une petite salle aisément défendable, ils se dispersent. Gardes surentraînés, c’est ça ! Et moi je suis un Khajit !
C’est à ce moment que l’autre Antiquité se décide à me parler à nouveau. Je me méfie immédiatement ! Depuis qu’il est apparu dans ma vie, je suis poursuivi par les emmerdes. « Vous m’inspirez confiance, me dit-il. Blablabla, je sens ma dernière heure arrivée ! Reblablabla Tenez c’est une amulette inestimable … Blablabla … Retrouvez mon fils caché ».
Et voilà comment en quelques secondes on passe du statut de prisonnier encombrant à celui de héros. Remarquez qu’en toute modestie, l’Empereur aurait pu faire un plus mauvais choix : il a au moins choisi un homme doué pour la voyance. En effet, comme prévu, me voilà dedans jusqu’au cou. Sans compter que sur ces entre-faits, un type déboule de je ne sais où, se place derrière l’Empereur et … Tching … plus d’Empereur.
C’est alors qu’est survenu un évènement vraiment remarquable : J’ai jeté une boule de feu. Ahhhhhhh !!!!!!! par les Neufs qu’elle sensation … le pouvoir déferlant de mes doigts … Je m'entends encore crier :« Galerion est mon nom ! GALERION ! GALERION LE MYSTIQUE ! »
Encore tout ébahi par mon exploit, je vois arriver le dernier garde encore en vie. L’épée empoissée de sang et arborant une mine sévère, il me pose une question que j’entends à peine tant mes oreilles résonnent de la déflagration de ma boule de feu.
« … ?
- L’Empereur, quoi l’Empereur ? Ben vous voyez bien qu’il est mort, non ? Mais dites vous avez vu, j’ai lancé une boule de feu. Si on vous demande mon nom c’est Galerion, avec un seul « L ». Voulez un autographe ? Pardon s’il m’a parlé ? Oui, une histoire de fils caché, d’amulette, d’Enfers venus sur Terre... Ce genre de choses quoi.
- Blabla … j’ai confiance en vous ».
*
* *
‘Tain c’est fou le nombre de personnes qui me font confiance. Je dois avoir une bonne tête. Voilà tout. Une tête qui inspire tant et si bien la sympathie que le garde a eu la courtoisie de m’expliquer comment prendre la clef des champs. Ce n’est qu’en arrivant à la porte qui devait me mener vers la liberté que je me suis dit que tout allait trop vite.
C’est vrai quoi :
- Tout le monde me fait confiance.
- Je viens à bout d’ennemis qui trucident des gardes surentraînés – même l'autre brute qui ne rêvait que de démembrements et d'émasculations.
- Je tape la causette avec l’Empereur qui dit m’avoir vu en rêves (un vieux pervers, pour sûr, s'il voit des jeunes bosmers dans ses rêves).
- L’Empereur qui, en bonus, a une salle gueule.
- Et qui est aussi affligé d’une voix qui n’a rien d’aristocratique (on a du mal à croire qu’avec une voix pareille, il ait pu commander à des rois ou des généraux).
- On me laisse partir avec un bijou d’une valeur inestimable.
- Vers une destination des plus fumeuses.
C’est là que je me suis souvenu du mot qui était dans ma cellule. Bien sûr, comment ai-je pu être aussi naïf ? Tout cela n’est qu’une mise en scène pour servir de cadre au jeu de KhOblivionLanta™. Ils ont fait des efforts, je dois bien le reconnaître. Mais ils auraient dû soigner les détails. Il y avait bien trop d’invraisemblances pour qu’un esprit supérieur tel que le mien se laisse prendre. Ce n’est pas avec de telles fables que l’on peut espérer tromper un homme capable de lancer des boules de feu. Quoi je l’ai déjà souligné et ça n’a rien à voir ? Peut-être, mais c’est mon histoire et je décide de ce qui est important. Par ailleurs, on n’efface pas 22 de ans de brimades en quelques lignes !
Enfin, malgré tout je ne peux pas moisir dans cet obscur souterrain. Faisons comme si de rien n’était et sortons voir quelles surprises les Gentils Organisateurs m’ont réservées.
« Aventure me voilà ... Banga ... en route pour l'aventure ... Tananana ... »
(NB : c'est bien connu, tous les grands héros ont un air fétiche qu'ils sifflotent avant d'aller au combat.)