Une légende raconte qu'il y a bien longtemps, alors que les dieux de l'Olympe en étaient encore à guerroyer pour imposer leur domination sur les Titans, l'un d'eux chuta des nues pour s'écraser sur Terre. Cet Olympien n'était autre que Arès, le dieu de la guerre. S'il n'avait en aucune manière failli à sa réputation de bretteur exceptionnel, il fallait mettre cette chute sur le compte d'une glissade sur le sol Olympien rendu glissant par l'ichor divin qui ne cessait de couler à sa surface depuis le début des hostilités. Lorsque Arès se releva, après un bref étourdissement, il se rendit compte qu'il avait échoué sur une île, à proximité de laquelle se tenait un combat maritime. Car non seulement les dieux se battaient dans les airs, mais aussi dans les mers. Aux côtés de Poséidon, leur divinité tutélaire, les habitants des mers se battaient eux aussi, pressés de mettre fin au règne des Titans et de leurs maléfiques séides. Interpellant son oncle Poséidon, Arès le pria de lui donner forme animale pour qu'il puisse l'aider à remporter la victoire. Or, bien qu'il se refusa à l'avouer, Poséidon se trouvait en difficulté dans cette bataille aquatique, ses efforts et ceux de ses troupes ne suffisant pas à surpasser la résistance adverse. Aussi accueilla-t-il avec soulagement la demande de son invincible neveu. Après une rapide consultation de ses capitaines, il convint qu'un seul animal pouvait convenir à un être tel que Arès : l'orque épaulard. Rapide, puissant, intelligent, audacieux, endurant et craint de tous, l'orque était le maître des mers, le tueur de requins et le suzerain des baleines, seul animal marin à pouvoir accueillir un dieu. Quelques secondes plus tard, après que Arès se fut avancé jusqu'à mi-cuisse dans le flot glacé de la mer méditterannée, il sentit sa chair s'animer d'une énergie étrangère. Tandis que ses jambes se réunissaient, son visage semblait vouloir surgir hors de ses limites de chair. En quelques minutes, il prit la forme d'une orque, abandonnant ses oripeaux de fer et de cuir sur la plage. Appréciant la puissance de son incarnation animale, le dieu rejoignit en quelques coups de nageoires le reste de l'armée de son oncle, profitant de ses nouvelles capacités pour bondir de vague en vague, pour tourner autour des féroces baleines et effrayer les vastes légions de thons. Puis, satisfait, il vint se ranger aux côtés du dieu au trident, lui prêtant allégeance pour le reste de cette campagne maritime.
***
Zorka parcourut du regard le littoral qui s'étendait devant lui. Juché sur le château avant de son navire amiral, il pouvait apprécier avec justesse la puissance de son armée. Après seulement quelques échanges de tirs et coups d'éperons, les navires ennemis avaient sombré ou battu en retraite. Désormais, le port était à lui, les navires marchands venant de descendre leur pavillon en signe de reddition. Sa propre flotte s'engouffra dans la baie et, depuis des dizaines de navires, des chaloupes chargées d'hommes furent mises à la mer.
Au loin, sur la plage, il vit quelques soldats ennemis tenter de dresser des barricades derrières lesquelles se retrancher pour harceler les agresseurs. Zorka sourit de leurs maigres efforts et d'un geste du bras, donna l'ordre aux navires restés en réserve de venir bombarder ces fous. Quelques minutes plus tard, une volée de pierre et de flêches vint mettre un terme aux velléités combatives des derniers marins. Au même moment, ses troupes abordaient la plage et s'élançaient à la poursuite des fuyards, qu'ils tuaient sans y prêter gare, leur lançant un javelot entre les omoplates.
Dans les rues de la cité en flammes, quelques citoyens avaient pris les armes pour défendre leur liberté, tandis que leurs femmes en larmes et leurs enfants craintifs se réfugiaient dans l'hôtel de ville. Les troupes fortement armées de Zorka brisèrent sans difficulté leur résistance désordonnée et se précipitèrent à l'intérieur de l'hôtel de ville, des pulsions lubriques traversant leur regard, ce que corroborait les grosseurs qui apparaissaient au niveau de l'aine. Leur chef les laissa faire, après ces longues heures d'incertitude, d'attente et de peur, alors que les éléments furieux se déchainaient autour d'eux, puis que la flotte ennemie les bombardait, il pouvait les laisser se défouler un peu. Ce n'était qu'à ce prix qu'il pouvait espérer conserver leur loyauté. Ils n'étaient après tout qu'une bande de voleurs ayant pris un peu de galon au fur et à mesure de leurs victoires et de leurs conquêtes. Cette cité anonyme ne constituerait qu'un nom de plus dans la longue liste de leurs exploits passés.
Quand l'agitation parut se calmer, Zorka décida de rejoindre ses hommes. Laissant tomber sur le pont du navire ses armes et son armure, il enjamba le bastingage et plongea. Son état major, habitué à ce spectacle, détourna le regard un bref instant alors que son corps se métamorphosait pour devenir aussi effilé que celui d'un poisson, la blancheur de son ventre contrastant avec la noirceur de son dos. En rejoignant la plage, le Polémarque retrouva une apparence à peu près humaine. Si sa haute taille et sa musculature surdéveloppée suffisait déjà à le distinguer du reste de ses hommes, que dire de l'excroissance osseuse plantée entre ses omoplates, de ses pieds palmés, de sa peau glabre ou de son nez trop fin pour être normal. Même le barbare le plus abruti aurait compris en le voyant que Zorka n'avait rien d'un humain normal, ce que lui-même n'avait jamais caché, s'affichant aussi souvent que possible dans le plus simple appareil pour montrer à ses hommes qui les commandait. Si son apparence les dégoûtait, libre à eux de partir, et s'ils acceptaient de le servir, alors gare à l'imprudent qui viendrait à se moquer de lui. Sa fin sera d'autant plus atroce que l'appétit de Zorka était grand.
Le polémarque se pencha sur la dépouille d'un de ses hommes, et s'empara de son équipement. Ainsi équipé, il se lança sur les traces du gros de son armée, traversant les rues en proie au chaos. Il parvint rapidement près de la muraille extérieure de la cité, où les derniers hoplites adverses s'étaient repliés, probablement après avoir demandé de l'aide à leurs voisins. Malheureusement, leurs suppliques resteraient vaines, car Zorka s'élança, tenant un bouclier devant lui à bout de bras pour éviter qu'un trait ne le transperce. Puis, parvenu au pied du dernier bastion adverse, il défonça à lui seul la porte renforcée qui bloquait le passage. Lame au clair, il s'ouvrit un chemin dans la masse des hoplites embusqués dans le couloir, qui gênés par l'étroitesse du corridor, ne pouvait manoeuvrer correctement leurs armes et se gênaient mutuellement. Quelques instants plus tard, le dernier résistant rendait son dernier souffle.
***
Les Titans avaient recruté nombre de créatures terrifiantes pour garder les bas-fonds de leur domaine. La bataille fut longue et âpre, mais l'arrivée d'Arès faisait pencher la balance du côté des Olympiens. En dépit de leurs lourdes pertes, et malgré les plaintes des hordes de blessés et des agonisants, ils continuaient de progresser à travers les rangs ennemis. Un moment, Poséidon et Arès combattirent dos à dos, affrontant chacun des centaines d'adversaires ivres de sang. Mais l'un, usant de son trident aux pointes acérés, et l'autre de ses coups de boutoir dévastateurs, parvinrent à défaire leurs adversaires. Les survivants s'enfuirent au loin, à la fois pour panser leurs blessures et pour recruter de nouvelles troupes. L'armée olympienne ne les poursuivit pas, elle-même trop épuisée pour en être capable.
Fort de ce premier succès, ils continuèrent sur leur lancée, gagnant les batailles les unes après les autres, s'emparant des places fortes sous-marines les plus importantes. Au bout de quelques mois, la guerre touchait à sa fin, alors que des centaines de milliers de combattants avaient péri des deux côtés, et que la survie-même des espèces était remise en cause. Aussi la nouvelle bataille qui s'annonçait devait être la dernière, celle qui allait déterminer quel camp survivrait dans les mers terrestres, quel camp devrait s'incliner et laisser l'autre les dominer, voire l'exterminer si l'envie l'en prenait.
Pour l'occasion, les Titans avaient aligné les monstres les plus horribles de leur bestiaire. Les sirènes cotoyaient les krakens, eux-même dominés par les harpies, qui patrouillait au-dessus de l'armée adverse, prêtes à fondre sur l'imprudent cétacé venu respirer à la surface. De leur côté, Arès et Poséidon n'avait pu emporter que les plus expérimentés de leurs soldats, se contentant des malheureux cétacés, condamnés à combattre les harpies pour quelques bouffées d'oxygène, ainsi que des pieuvres munies d'oursins qu'elles lanceraient à tour de tentacules, sans compter quelques narvals survivants dont les rangs resserrés feraient figure de phalange hoplitique à défaut d'autre solution. Le reste de leur armée était resté en arrière pour occuper les citadelles prises à l'ennemi ou pour se remettre de terribles blessures. Tous les combattants étaient arrivés au bout de leurs forces, même Arès le bretteur au bras infatigable sentait une inhabituelle langueur s'insinuer en lui. Il fallait en découdre aujourd'hui, sous peine de ne plus jamais en être capable.
***
Alors que les vainqueurs s'adonnaient au pillage et au viol, au meurtre et à la destruction, Zorka sortit de la cité vaincue, passant sous la voute brisée qui jadis accueillait les athlètes chargés de récompenses glanées aux jeux panhélléniques ou les prêtres dispensateurs de prédictions et de bénédictions, pas forcément bénéfiques.
Se vidant l'esprit de toute pensée belliqueuse, de toute allusion au massacre du matin, il laissa ses pas le guider au hasard, se fiant à eux pour l'amener là où il devait aller. Il avait besoin, après chaque bataille, de se vider l'esprit, de sentir que la nature pouvait lui pardonner toutes les vies qu'il venait de lui ravir. Il ne pouvait trouver l'apaisement que dans ses longues errances solitaire, loin des rires gras et des faces avinées de ses compagnons. Ils étaient un mal nécessaire, le seul moyen pour lui de parvenir à ce à quoi il aspirait. Aussi, bien qu'il ait de plus en plus de mal à supporter leurs allusions lubriques et leurs pulsions meurtrières, il devait les laisser faire, sans jamais leur laisser deviner son propre dessein.
Au détour d'un sentier, surmontant la canopée ombrageuse, il vit une tour altière s'élancer vers les cieux, défier les montagnes dans sa course vers le domaine des dieux. Sans s'en rendre compte, il se retrouva quelques secondes plus tard à ses pieds. Devant lui, une ouverture s'ouvrait à son regard, sans aucune porte pour l'empêcher d'y rentrer. Mais, sans se l'expliquer, il se vit hésitant comme le jeune éphèbe devant sa première fille. Il eut honte de lui et, surmontant ses réticences, pénétra dans l'immense pièce obscure qu'il apercevait. Désarmé, il était presque à la merci de n'importe quel malandrin venu. Il était vêtu en tout et pour tout d'un pagne et d'un pendentif en forme de poisson suspendu à son cou.
Après quelques pas dans la pièce obscure, alors que ses yeux s'habituaient à la faible luminosité, il comprit aux statues ornant les murs qu'il se trouvait à l'intérieur d'un temple, et ce bien qu'il n'eut pas vu le moindre autel à l'entrée ni même le moindre signe d'une activité religieuse aux alentours. Le temple semblait désert, envahi qu'il était par les toiles d'araignée et la poussière, qui recouvraient ce qu'il devina être des épées de bronze et de lourds boucliers. Ainsi il se trouvait à l'intérieur d'un temple dédié à Arès, il pensa un bref instant que les habitants de la cité voisine n'avaient pas mérité un si illustre voisinage, eux qui n'avaient su résister plus de quelques minutes à sa troupe hirsute et disparate.
C'est à ce moment là qu'il vit une silhouette haute de trois mètres sortir de l'ombre et se diriger vers lui, glissant sur les dalles de marbre tel un fantôme. Zorka crut sa dernière heure arrivée et regretta de ne pas avoir ne serait ce qu'un stylet pour défendre chèrement son existence.
***
Les deux armées s'ébranlèrent au même moment, et le choc fut terrible. Ce ne fut au début qu'une mélée confuse, au sein de laquelle les dents déchiraient les chairs, les queues broyaient les poitrines, les griffes tailladaient les corps en mouvement. Dans cette cohue indescriptible, nul n'aurait pu dire qui avait l'avantage, et qui était sur le point de s'incliner. Enfin, les deux champions se trouvèrent face à face, et le duel put s'engager.
Arès devait affronter dans cet ultime combat une horreur innommable, un de ces grands anciens qui dans les temps immémoriaux avaient colonisé le monde avant d'être vaincus par les Titans. Ca avait des crocs, des tentacules, des griffes et encore une foule d'instruments contondants et perforants, et plus que tout, c'était si effrayant que Arès sentit son sang se glacer dans les veines à la vue d'une telle monstruosité. Tandis que son adversaire abattait ses tentacules tels des battoirs autour de lui, Arès tenta de l'éviter, mais son corps d'orque n'était pas assez souple pour tous les éviter et, inévitablement, il fut frappé par le monstre, et sentant que ses blessures suintaient un sang déjà empoisonné, il vit la vie le quitter, lui si jeune et sur les épaules de qui le sort d'un monde reposait. Aussi, au moment ou le monstre l'approchait de sa gueule pour le gober, il puisa dans ses dernières forces pour se débattre et, frappant de taille et d'estoc avec son nez effilé dans la masse des tentacules entourant la gueule de son adversaire, il parvint sans trop savoir comment à le blesser. Assez pour que celui-ci consentit à relâcher son étreinte. D'un coup de nageoire, Arès se dégagea, s'éloigna un peu et, après une brusque volte-face, fondit telle un faucon sur son adversaire. Tandis qu'il heurtait son flanc découvert, il arracha quelques uns de ses tentacules et le blessa profondément de sa nageoire dorsale. Le monstre hésita quelques instants, mais sentant la victoire lui échapper, préféra s'enfuir, sans se rendre compte de l'effet que sa défection aurait sur ses camarades, puisque ceux-ci rompirent les rangs aussitôt, et s'enfuyant de tous côtés, furent massacrés au cours de cette incroyable débandade.
Alors que les troupes olympiennes s'élançaient derrière les vaincus, Arès s'enfonçait vers les profonds abimes marins, incapable de se maintenir à la surface, trop profondément blessé pour émettre le moindre appel à l'aide. Alors qu'il allait disparaître dans une fosse infinie, il sentit confusément une machoire le happer par une de ses nageoires et commencer à le hisser. Affaibli par la perte de son sang, il renonça à voir qui était son sauveur et perdit conscience.
Quand il revint à lui, plusieurs jours plus tard, il découvrit avec surprise qu'il se trouvait dans une grotte sous-marine en compagnie d'une femelle orque, l'une de celle recrutée après son arrivée dans l'armée de Poséidon. Patiemment, elle avait désinfecté chacune de ses plaies, recousu ses chairs distendues, bandé ses côtes cassées et réduit ses fractures. Durant sa longue convalescence, alors que tous le croyaient mort, sa mystérieuse infirmière ayant tenu secret son sauvetage, il tomba amoureux d'elle, ayant oublié pour un temps sa condition de divinité. Orque il avait combattu, orque il avait failli mourir, pour lui, orque il devait rester.
Mais tous n'étaient pas du même avis. Le jour où Poséidon le retrouva, il crut lui faire plaisir en lui redonnant sa forme originelle d'homme. S'il avait su, peut-être aurait il préféré garder ce si précieux auxiliaire à ses côtés, car quelques semaines plus tard, un enfant naissait de cette union contre-nature entre une orque et un dieu. Aidé d'une naiade, Arès réussit à récupérer son fils et, sans parvenir à en faire un homme, fit de lui un hybride, un être mi-homme, mi-orque, un mutant à demi-dieu, dont le destin serait tout sauf banal. L'abandonnant à la porte d'un de ses temples, il lui laissa pour toute trace de sa divinité un pendentif représentant une orque, sur lequel était gravé son nom : Zorka. Les prêtres d'Arès recueillirent l'orphelin et l'initièrent aux arts de la guerre comme il convenait à une pupille du dieu de la guerre. Une fois atteint l'âge d'effectuer son éphébie, Zorka s'enfuit parcourir le vaste monde pour y inscrire à la pointe de son glaive le récit de ses exploits, ceux d'un demi-dieu digne cousin d'Hercule.
***
La silhouette translucide se figea devant Zorka, qui ne put retenir un hoquet de stupeur en découvrant l'armure finement ouvragée et les armes étincelantes que portait le fantôme. Levant la tête, il vit l'ombre d'un sourire moqueur figé sous un casque dissimulant les traits du visage. Le Polémarque comprit aussitôt à qui il avait affaire, et tomba à genoux devant la divinité qu'il vénérait depuis son enfance et à laquelle il avait voué sa vie.
_ Relève toi mon fils, ce n'est pas ainsi que doivent se passer les retrouvailles entre deux être séparés depuis des dizaines d'années.
D'abord, Zorka ne comprit pas ce que lui disait Arès, mais la vérité finit par se frayer un passage dans son esprit. Tout coincidait, son enfance dans le temple, ses dons exceptionnels pour le combat, son invincibilité – jamais il n'avait perdu un combat depuis qu'à douze ans, il avait fini par maîtriser parfaitement le maniement du glaive – et la crainte qu'il inspirait à ses ennemis. Il était si magnifique l'arme au poing, que tous croyaient véritablement que Arès venait combattre contre eux. Tout tremblant, il se remit debout face à celui qui se disait son père.
_ N'aie crainte Zorka, tu n'es pas abusé par tes sens. Je t'ai observé depuis ton enfance, et je dois dire que tu m'as toujours satisfait, toujours le premier au combat, le dernier debout, et le plus fort d'entre tous. Je n'ai jamais ressenti autant de fierté qu'en te voyant affronter des adversaires innombrables et déterminés, toi qui jamais n'a ressenti la peur et a toujours su triompher de la funeste défaite que te prédisait tes rivaux.
Alors, le dieu posa ses mains sur les épaules de son fils, et le considéra avec gravité. Zorka en profita pour prendre la parole.
_ Père, si vraiment je suis digne de prononcer ces mots, bredouilla-t-il, que désirez vous de moi pour m'apparaître maintenant alors que vous en avez eu des milliers de fois l'occasion ?
Ne relevant pas l'impertinence qui pointait sous la question, Arès soupira.
_ Je ne te suis pas apparu, c'est toi qui m'a découvert. Ce lieu, et ce faisant il montra à son fils la salle où ils se trouvaient, est ma véritable résidence, le premier sanctuaire que les hommes ont bâti à ma gloire. Hors de l'Olympe, les dieux résident dans leur sanctuaire originel, aussi n'ai je fait qu'attendre ta venue, car je savais qu'un conquérant tel que toi devait finir par aboutir ici. Je ne me suis pas trompé apparemment. Mais, ce faisant, tu viens de bouleverser ta vie. Désormais, il te faudra restaurer ce sanctuaire pour lui redonner sa gloire d'antan. Car sa décrépitude actuelle est comme un coup porté contre moi, privé de mon sanctuaire premier, je me sens faible et démuni comme le nouveau-né qui vient de naître. Fils, fruit de mes entrailles, Bâtis une cité sur les ruines de celle que tu viens de détruire et, à partir de cette île, répands mon culte sur le reste du monde. Les armes d'Arès doivent étinceler jusqu'aux limites de l'horizon, tandis que cette île sera la capitale de ton empire, ce sanctuaire, le plus grand de tous les sanctuaires.
Abasourdi par ce qu'il venait d'entendre, Zorka ne répondit pas. Finalement, tenaillé par le doute, il posa une dernière question.
_ Père, je voudrais savoir maintenant qui est ma mère, qui m'a donné ce corps difforme dont je tire fierté car il me donne force et vigueur, mais provoque dans le regard des autres horreur et mépris ?
_ Ta mère, mon fils, n'était pas humaine. Si tu as une apparence de cétacé, si l'eau a toujours été l'élément où tu as été le plus à l'aise, sans pour autant avoir jamais prié Poséidon, c'est parce qu'elle était une fille des océans. Et crois moi, pour accomplir la mission que je t'ai confié, cet héritage ne te sera pas de trop. Contente toi de ces quelques mots, sois fier de ton ascendance et obéit aux volontés de ton père. A cause de ton statut de demi-dieu, tu ne seras jamais libre, toujours tu seras le jouet du destin, mes paroles n'étant qu'un avatar de plus de ses exigences. Adieu mon fils, que jamais ton bras ne renonce à frapper l'ennemi sournois.
Sur ces paroles, Arès disparut, convaincu que son voeu serait exaucé et que son fils serait son digne représentant parmi les hommes. Oui, il allait redonner toute sa gloire à son sanctuaire et défendre son héritage les armes à la main.