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Sujets concernés par ce texte : Fantasy
Type de document : Essai

     
 
Les soldats aux bliauds frappés d'une l’hydre dorée avançaient prudemment. Ils venaient sans le savoir de dépasser l'endroit où leurs éclaireurs étaient tombés dans l'embuscade tendue à leur intention. Les corps avaient été soigneusement dissimulés, pas le temps de les tirer loin de la scène, cela se jouerait en un laps de temps bien trop court.
Harker engagea un chargeur dans l'arbrier de son arbalète. Il referma le mécanisme d’armement un peu trop brutalement, laissant résonner un cliquetis de mauvais augure dans l'air crépusculaire. Robwel lui jeta un regard mécontent, avant de mettre d'épauler. Les soldats s'étaient arrêtés, alertés sans doute par le bruit soudain, inhabituel.
Un croassement cru s'éleva des ruines, une forme noire s'évada dans un battement d'aile, menue mais sans doute repue. L'envol du corbeau acheva de décontenancer le groupe égaré. Tendus, il cherchait du regard un signe, un réconfort, souffles haletants. Leur officier leva le bras, dans un silence seulement rompu par les soubresauts de leurs coeurs affolés.
Harker jeta un coup d'oeil depuis son poste d'observation. Il connaissait ce type, c'était un de ceux qui avaient orchestré la boucherie, quelques jours plus tôt. Les impériaux étaient tombés en surnombre sur un repaire où Harker et ses compagnons laissaient leurs blessés, afin qu'ils se reposent et se soignent. Ils avaient tous été pendus, puis décapités, afin que leurs têtes empalées sur des piques puissent être exposée aux limites de la zone contrôlée par les légates de l'Imperium.
Robwel maugréait visiblement la même pensée, car il pointait l'officier, le regard brûlant d'une rage contenue, les dents serrées. Harker engagea un carreau dans l'arc métallique. Le faible cliquetis n'aurait pu être perçu que par un animal aux aguets.

Du coin de l'oeil, il vit les autres formes sombres, dissimulées dans les ruines, de chaque côté de ce qui avait du être une rue passante, épauler leurs armes. Il écarta la main de la détente. Une pression, et dans l'instant, les hydres regretteraient d'être sorti de leur domaine. Harker attira l'attention de Robwel par un geste silencieux. L'autre fronça les sourcils. Harker se contenta alors de croiser index et majeur, bien en vue de son compagnon. Le vieux Robwel répondit d'un acquiescement de tête, puis transmit l'ordre à celui qu'il avait en vue, à sa droite. Le temps que l'instruction fasse le tour, Harker avait ré-épaulé. La discipline de fer était la marque de sa compagnie, il n'avait pas à craindre qu'on lui vole le premier sang.
Il n'avait pas à craindre non plus de manquer sa cible. Il comptait parmi les meilleurs tireurs de la compagnie. Sans hésiter, son doigt pressa sur la détente alors que l'officier adverse abaissait son bras.
La pointe d'acier traversa le poitrail pour s'enfoncer profondément, malgré le plastron. Harker fit glisser son doigt entre détente et arbrier, pressant à l'inverse, vers le bas. Un nouveau carreau s’envola, depuis la seconde bouche de l’arbalète, trouvant cette fois la gorge de l'officier. 
Le chant des arbalètes doubles se fit vrombissement soudain, mêlé aux cris, aux chutes éclaboussées, aux fuites bruyantes des soldats à l’hydre d'or, aussitôt réduites à néant par un carreau sans pitié. Cela n'avait duré qu'une trentaine de secondes, Harker aurait pu les compter dans sa tête. Il restait quatre carreaux dans son carquois, quand il quitta son poste, rejetant en arrière son capuchon noir. L'étoffe sombre qui mangeait la partie basse de son visage dissimulait en grande partie ses traits, tout en le protégeant du froid mordant. Il glissa de poutres en pierres de taille, pour atterrir dans l'eau jusqu'aux genoux, son arbalète dans les mains, tout en engageant un nouveau carreau dans l’arc supérieur.

Ses compagnons ne quittaient pas encore leur position, ils attendaient son ordre. Il savait que Robwel le veillait, son arbalète pointée sur la moindre menace qui pourrait se révéler.
Un râle s'éleva. Un homme se trouvait écroulé dans l'eau stagnante et rougie, adossé contre une grosse poutre brisée. L’hydre mythique sur son bliaud était percée de deux carreaux profondément enfoncés. Un filet de sang s'échappait des lèvres de l'homme, dont le casque avait du rouler jusque sous la fange vaseuse. Une odeur nauséabonde de mort et d'intestins relâchés embaumait le moribond.
-  Pi.. Pitié...
Harker s'approcha. Les images du refuge revenaient dans son esprit, ainsi que les visages morbides de ses compagnons abattus sur leur lit de repos. Il abaissa l'étoffe noire qui couvrait le bas de son visage.

-  Pitié..? Tu en as eu pour ceux dont le sang macule ta lame ?

Le regard affolé du soldat ne pu soutenir l'étincelle de colère qui habitait celui d'Harker. Il laissa glisser sa tête en arrière, maugréant sans cesse un "pitié" trempé dans le sang.
Harker leva l'arbalète. Il avait beau se dire que c'était un moribond, qu'il mourrait de toute façon, les ordres avaient été clairs. Et ce type était un soudard. Qui sait combien d'hommes il avait tué, combien de femmes violées, avant que son estomac ne se relâche cruellement, percé par deux traits ?
Une pression sur la détente, un bruit mat, et le râle se tu.
Plus que trois, pensa Harker.
Et le corbeau, perché sur une branche déchue, lâcha un croassement rieur sur les cadavres des soldats de la Dame Noire.
 
 
     

 
par Knapp
le 31/01/2008
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