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Sujets concernés par ce texte : Fantasy
Type de document : Conte

     
  Gia les guida avec son efficacité habituelle. Derrière elle, ils durent courir pour ne pas la perdre de vue. Si Rafaël semblait être à son aise, Ménéas et Jezabel avaient plus de mal à suivre le rythme sans trébucher sur les divers obstacles proposés par le sol forestier. De plus, ils faisaient un bruit terrible.

Subitement, Gia ralentit notablement.

- Que se passe-t-il ? demanda Ménéas.

- Qu'est-ce qui se passe ? demanda Rafaël quasiment en même temps.

L'énorme loup-garou tourna vers eux sa gueule garnie de crocs effilés et gros comme des dagues.

- Punaise, mais qu'est-ce que tu as bouffé ? fit Rafaël en tournant la tête.

Ignorant la remarque, Gia répondit à la question initiale, avec sa voix habituelle, qui sonnait bizarrement utilisée par une telle créature.

- On approche du village, et avec le bruit que vous faites, on va se faire repérer.

- C'est vrai que vous n'êtes pas discret, confirma Rafaël.

Jezabel avait beau être exténuée, elle nota l'ironie dans le ton du jongleur.

- Donc, on va ralentir l'allure, reprit Gia.

- En parlant de discrétion, dit Rafaël, tu te trouves discrète ?

- Bien sûr.

- Je pense que tu le serais plus sous forme humaine.

Gia ne répondit pas, mais redevint humaine presque aussitôt.

- Je croyais ton odorat moins développé sous cette forme, fit Jezabel.

- Oui, mais on est presque arrivé, expliqua Gia. Pour une fois, Rafaël a raison : je serais plus discrète ainsi.

- Merci, fit Rafaël.

- Je suis sûre que tu en avait marre que je sois plus grande que toi.

- Comme si je m'arrêtais à ce genre de détails.

- Stop, les arrêta Jezabel. On a une mission à accomplir, alors en route.

- En route, renchérit Gia.

Et elle reprit sa marche à travers les bois, d'un pas décidé.

- On est reparti, fit Rafaël en s'engageant à sa suite.

- Là, on a un petit problème, déclara Rafaël.

Comme pour le Sanctuaire du Cerf Blanc, le camp du Cerf Noir était bâti dans une clairière. A la différence prêt qu'il était aussi au sommet d'une colline. Et que le ciel au-dessus du camp était d'un étrange noir moucheté de points jaunes, comme une sorte de grand drap qui aurait été tendu entre les cimes des arbres : un petit morceau de nuit, cadeau de Nox envers le Cerf Noir.

Mais ce qui inquiétait Rafaël était que le déboisage ne se limitait pas au camp : les fidèles du Cerf Noir avaient déboisé une large zone autour de leur haute palissade de bois noir, jusqu'en bas de la colline, en fait. Ainsi, les nombreuses sentinelles postées sur les remparts, ou dans les hautes tours de bois qui en faisaient les coins, avaient une vue parfaitement dégagée sur les alentours.

- Même le plus myope des hommes-cerfs verraient approcher une souris, pesta Gia.

- Et je doute que les plus myopes soient de garde, fit Rafaël.

- Très drôle. Très spirituel. Et puis ça nous aide vachement.

- On se calme, intervint Ménéas. Et on essaye de réfléchir posément.

- C'est tout réfléchit, fit Rafaël, on ne peut pas d'introduire dans le camp en douce. Sauf si tu te sens de creuser la colline.

- Ca ne sera pas nécessaire, déclara Jezabel.

Elle brandissait fièrement son carnet.

- Explique moi ça, la pria Rafaël.

- J'ai ici, s'exécuta la jeune femme en montrant son carnet, un sort qui devrait nous permettre d'entrer dans ce camp.

- C'est un sort qui va creuser tout seul, proposa Ménéas.

- Tu vas nous transformer en hommes-cerfs, tenta Gia.

Rafaël ne dit rien.

- Je vais nous rendre invisibles, révéla Jezabel. Mais vos idées sont bonnes aussi.

- C'est possible ça ? fit Gia, un poil sceptique.

- Tout est possible en magie, répondit Rafaël. J'ai entièrement confiance en Jezabel.

Celle-ci parut surprise.

- Ah bon, dit elle.

- Bien sûr. Enfin, j'espère qu'il durera plus longtemps que le brouillard de l'autre jour. Parce que si ton sort se dissipe avant qu'on soit entré dans le camp …

- Ou ressorti, ajouta Gia.

Jezabel prit une moue boudeuse.

- Proposez une meilleure idée, dit elle.

- Il nous faut admettre que nous n'en avons pas, dit Rafaël. Nous allons donc te faire confiance.

- Au pire, on devra massacrer tout le monde, dit Ménéas avec un air terriblement sérieux.

- Si c'est le pire qui puisse arriver, fit Gia avec un air nettement moins sérieux.

- Allez, c'est décidé, dit Rafaël, fais nous voir, si j'ose dire, ce sort.


- C'est quand même super bluffant, murmura Gia.

Ils étaient entrés dans le camp, par la porte principale, sans que personne ne les voit. Le seul impératif était d'éviter les collisions qui auraient pu révéler une présence dans les environs. Et il fallait qu'ils restent groupés.

- Il est immense ce camp, souffla Ménéas.

Effectivement, le camp était assez grand, et plutôt bien organisé. Il ressemblait d'ailleurs plus à un camp militaire qu'à un village. Et pas seulement parce que tous ses occupants étaient armés.

- Comment va-t-on retrouver le fils du Cerf Blanc ? demanda Jezabel.

- Je pense que nos amis doivent garder un œil dessus, lui répondit Rafaël.

- On cherche donc l'endroit le mieux gardé du camp ?

- J'en ai peur, confirma Rafaël.

- Tant qu'on est invisible, on ne risque pas grand chose, fit Gia.

- Explorons ce camp, déjà, proposa Rafaël. On avisera ensuite.

- Allons vers le centre, suggéra Ménéas. Les officiers devraient se trouver là, et peut être leur prisonnier aussi. Après tout, c'est un prisonnier de luxe.

Les autres acquiescèrent.

Dans un premier temps, alors qu'ils se faufilaient entre des tentes en peau et des baraquements en bois, ils ne virent que des hommes-bêtes, principalement des hommes-cerfs, mais aussi des hommes-corbeaux, des hommes-loups, quelques hommes-boucs et même une paire d'hommes-ours. Puis, près du centre du camp, apparurent quelques bâtiments faits dans une étrange pierre noire, qui n'était pas sans rappeler le faux ciel au-dessus du camp. Et des créatures qui rappelaient à Jezabel de mauvais souvenirs : elles mesuraient près de deux mètres, étaient bipèdes, avaient une tête de bouc ornée de défenses et une épaisse fourrure brune tirant vers le noir. Toutes portaient un plastron noir frappé d'une unique étoile d'or et des brassards et des jambières de mailles noires, et elles possédaient des armes aux lames noires ou rouges et des boucliers de bois noir renforcés de cuivre. Des Noctules, les soldats-démons de Nox.

- On dirait que Nox est effectivement dans l'embrouille, fit Rafaël. Pour ceux que la présence du ciel éternellement obscur au-dessus du camp n'aurait pas convaincus.

Personne ne lui répondit.

Enfin, ils atteignirent le centre du camp. Trois hautes tentes en peau noire s'y dressaient. L'une était très haute et peu large, et de la fumée s'en échappait, et des runes rouges et or y étaient peintes. La seconde étaient ronde, avec une armature de bois qui formait des cornes, et une simple étoile dorée ornait son toit. La dernière était assez large, et décorée de plumes, mais aucune marque n'ornait ses pans. Un feu brûlait entre les tentes.

Deux créatures sortirent de la plus haute tente. Ils ressemblaient à des Noctules, mais en plus petit, et leur fourrure portait des marques jaunes. De plus, plutôt que des pièces d'armure, ils portaient de longues tuniques sombres frappées de l'étoile d'or, et s'appuyaient sur des bâtons en bois noir.

- Des chamans, fit Ménéas.

- Celui de gauche porte une espèce de diadème avec un croissant de lune, dit Gia.

- C'est un Sorcier de la Nuit, dit Rafaël. Et son acolyte.

- C'est pas bon, tout ça, fit Gia.

C'est alors que les rabats de la seconde tente s'écartèrent et qu'en sortit la plus terrible créature que Jezabel ait jamais vu.

D'un certaine façon, il ressemblait à un Noctule. Mais en beaucoup plus grand. Il devait avoisiner les trois mètres, et il avait une fourrure d'un noir intense. Sa tête rappelait plus le loup que le bouc, mais elle était cornue, et ses crocs étaient si monstrueux qu'ils sortaient de sa gueule. Il portait une armure de plates complète, comme Ménéas, d'un noir intense et ornée d'une étoile d'or sur le plastron. A sa taille pendait deux crânes d'hommes-cerfs, ainsi qu'un lourd fléau aux boules hérissées de pointes. Dans son dos, pendait un énorme marteau, au manche en bois noir, et à la tête en métal noir patiné. A son cou, pendait un bois de cerf, comme un talisman.

- Un Capitaine de la Nuit, murmura Rafaël presque pour lui-même. Nox prend très à cœur cette guerre avec le Cerf Blanc.

- Ce doit être notre Cerf Noir, fit Gia avec un air pensif.

- Je ne suis pas sûr, la contredit Rafaël.

La dernière tente venait de s'ouvrir à son tour.

La créature qui en sortit avait un corps de cerf majestueux, de deux mètres au garrot, et un torse humain. Son visage était à la fois humain et cerf, et de grand bois couronnaient sa tête. Le centaure-cerf portait un plastron d'un noir intégral et des brassards assortis. Une longue cape noire s'enroulait autour de son corps de cerf et il portait un collier orné d'une pierre noire polie. Une large épée, à la lame noire, lui pendait à la taille, et il tenait en main une longue lance de bois noir à longue lame, noire également.

- Ce serait plutôt lui, le Cerf Noir.

- Effectivement, admit Gia, il correspond plutôt bien à la description.

Le Capitaine de la Nuit et le Cerf Noir s'approchèrent des sorciers.

- C'est bien beau tout ça, dit finalement Ménéas, mais si on retournait chercher notre prisonnier. Parce que c'est pas en regardant l'état-major de l'ennemi qu'on va le retrouver.

- Il a raison, dit Jezabel, remettons nous à sa recherche.

- Oui, fit Gia, le camp est encore grand.

Rafaël les arrêta d'un geste.

- Je pense que Ménéas à tort, dit il.

- Que veux tu dire ? demanda l'intéressé.

- Observez bien le Cerf Noir, expliqua Rafaël. En particulier sous ses pièces d'armure et sous sa cape.

Ils firent ce qu'ils disaient, mais l'armure et la cape noires couvraient quasiment tout le corps de la créature. Alors, le Cerf Noir fit un mouvement qui souleva momentanément sa cape, et Jezabel, comme Gia et Ménéas, put voir ce qu'avait aperçu Rafaël : des poils d'un blanc intense et pur. En un instant, tout fut clair pour Jezabel.

- Le Cerf Noir et le fils du Cerf Blanc sont une seule et même personne, souffla-t-elle.

 
     

 
par RossBeef
le 09/12/2007
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