Plus nous avancions dans la Forêt d'Ouzkan, et plus il devenait difficile de distinguer le jour de la nuit. De ce fait, nous perdîmes rapidement la notion du temps. Nous suivions plus ou moins, et plutôt moins que plus comme aimait répéter Rafaël, un petit chemin de terre qui serpentait entre les hauts arbres aux tronc noirs. Nous essayions, avec une réussite tout à fait mitigée, de maintenir notre cap vers l'ouest, et les Monts d'Acier, que nous espérions franchir par quelque ancien tunnel. Nous ignorions encore que notre chemin aller croiser celui d'un mythe …
Extrait des Chroniques de l'ascension de l'Impératrice d'Emeraude, par Jaad'Nur.
La charrette avançait lentement, se glissant entre les arbres, presque sans un bruit. Assis à la place du cocher, tenant mollement les rênes du cheval métallique, Ménéas regardait vaguement le chemin, perdu dans ses pensées. Ainsi immobile, dans son armure sang et sable, ses cheveux gris mi-longs écarté de son visage carré par une ficelle de cuir, il ressemblait à une statue antique. Lentement, il grattait sa courte barbe grise, qui tentait de masquer une cicatrice en demi lune sur sa joue gauche.
- J'ai l'impression qu'on ralentit, dit subitement Jezabel en levant la tête de son petit carnet à la couverture de cuir usée.
La jeune femme portait d'élégantes, mais néanmoins parfaites pour le voyage, robes d'un vert d'émeraude, et un diadème d'or et d'ivoire dégageait son pâle front de ses longs cheveux bruns. Autour de son poignet et de sa main gauche, était enroulé un chapelet orné d'un rubis. Elle se tenait mi-assise, mi-allongée à l'arrière de la charrette. Non loin d'elle, assis sur le rebord de la charrette, jonglant distraitement avec cinq balles de cuir coloré, Rafaël sourit.
- Je ne pense pas que ce soit possible, dit il.
Il portait sa tunique blanche et marine, et un bandana assorti qui cachait presque intégralement ses cheveux mauves. Son visage fin, illuminé par ses étranges yeux violets, paraissait perpétuellement rieur, voire moqueur.
- Si on ralentit, on recule, ajouta-t-il.
- Vu l'état de la route, répondit Ménéas sans même se retourner, on ne peut guère aller plus vite sans risquer l'accident.
- On devrait abandonner cette chariote pourrie, et continuer à pieds, intervint Gia.
Simplement vêtue d'un large pantalon en toile bleue et d'un débardeur blanc qui laissait ses bras musclés et tatoués nus, la druide marchait, pieds nu, aux côtés de la charrette. Le haut de ses cheveux sombres atteignait à grand peine le rebord de la charrette. Elle leva son visage aux traits animaliers, où brillaient ses yeux d'ambre dans l'obscurité ambiante, vers la charrette.
- Personnellement, je préfère la charrette, déclara Jezabel.
Rafaël et Gia éclatèrent de rire. Le jongleur s'arrêta même de jongler durant un instant.
- Peu m'importe le moyen de locomotion, intervint Jaad'Nur en surgissant du médaillon doré que Jezabel cachait dans ses robes, mais je ne serais pas contre, comment dire, une action quelconque. Mon récit des glorieuses aventures de notre chère Jezabel commence à tourner en rond.
Le génie avait la peau d'un bleu aquatique assombri par l'obscurité du sous-bois. Tout comme Gia, ses yeux argentés, sans pupille, brillaient doucement.
- Je pensais écrire un récit épique et mouvementé, reprit il, pas une excursion mortellement ennuyante dans une forêt sombre.
- Tu oublies déjà nos démêlés avec le vampire, réagit Jezabel, et l'attaque des agents de Nox.
- C'était il y a déjà plusieurs semaines, autant que je puisse en juger, riposta Jaad'Nur. J'ai eu le temps de réécrire cette aventure quatre fois.
- Recommence, suggéra Rafaël.
- Je suis très satisfait du résultat. En fait, la troisième version était déjà tout à fait valable.
- C'est à dire qu'elle ferait dormir un insomniaque, lança Gia.
Rafaël et Ménéas l'approuvèrent d'un rire franc. Jezabel masqua son propre sourire.
- Vous n'êtes que des sauvages incultes, grommela Jaad'Nur, incapables de saisir la portée lyrique de mes œuvres.
Cette fois, Jezabel ne put se retenir et se joignit à l'hilarité générale.
- J'aimerais bien lire ton … œuvre, dit Rafaël une fois le calme revenu. Rien que parce que tu parles de moi, et que j'ai mon mot à dire sur la façon dont tu parles de moi.
- Comme tu veux, fit Jaad'Nur en tirant une liasse de papier jaune et en la tendant au jongleur. De toute façon, ton avis ne me fait ni chaud ni froid.
- Je te délègue mon droit de regard, fit Gia, je n'aurais jamais la patience de lire tout ça.
- J'aimerais en faire autant, intervint Ménéas, mais je n'ai pas confiance en le jugement de Rafaël.
- Tu sais, déclara l'intéressé, ce que tu viens de dire me fait beaucoup de peine.
- Tu sais, je m'en contrefiche.
Rafaël ne répondit pas, car il était déjà plongé dans la lecture. Surpris, Ménéas se retourna.
- Tes écrits auront au moins servi à quelque chose, dit il à Jaad'Nur, cette fois, il n'a pas eu le dernier mot.
- Profites en, fit Gia, je ne pense pas que ça arrive très souvent.
Durant quelques heures, le silence revint. Jezabel s'était à nouveau plongé dans l'étude de son carnet, Jaad'Nur était retourné dans le médaillon et Rafaël lisait avec intérêt le récit du génie. Par moment, il grommelait quelque remarque inaudible, ou riait dans sa barbe. Parfois, il prenait des notes. Gia s'était éloignée de la charrette, et Ménéas semblait somnoler tout en dirigeant le cheval mécanique. Subitement, Gia bondit d'entre les arbres, et atterrit dans la charrette. Jezabel sursauta avec un cri, tandis que Rafaël leva à peine les yeux de sa lecture. Ménéas se retourna en portant la main à son épée.
- Il y a du grabuge dans le coin, déclara aussitôt Gia.
- Et alors ? demanda Rafaël sans quitter sa lecture des yeux.
- Il y aurait il quelque personne en détresse à sauver ? demanda Ménéas.
- Ou quelqu'un qui pourrait nous renseigner sur un chemin à suivre ? interrogea Jezabel.
- Entendrais je parler d'action ? se renseigna Jaad'Nur en sortant la tête du médaillon.
- En fait, répondit Gia, il y a de la baston à environ trois cent mètres par là. Je n'en sais pas plus, sauf que ça sent l'animal.
- C'est à dire ? s'informa Ménéas.
- Soit il y a des animaux, ou éventuellement des hommes-bêtes, expliqua Gia. A l'odeur, je dirais du loup et du cerf.
Il y eut un instant de silence, chacun méditant les paroles de la druide.
- Alors, demanda finalement Ménéas, que fait on ?
Tout le monde, même la tête de Jaad'Nur, se tourna vers Jezabel.
- Qu'est-ce que j'en sais, moi ! s'exclama-t-elle.
- Nous sommes à ton service, répondit Rafaël, c'est toi qui donne les ordres.
- Mais, j'en sais rien, moi !
- En même temps, fit Gia, si on attend suffisamment longtemps, ça sera terminé avant qu'on arrive.
- Votons, décida Jezabel. Qui est pour aller voir de quoi il retourne ?
Ménéas leva la main le premier, suivi par Jaad'Nur, qui dut la sortir du médaillon. Après un instant d'hésitation, Gia les imita.
- Trois sur cinq, exulta Ménéas, on y va.
- On dirait un gamin, se moqua Rafaël.
- Une seconde, dit Jezabel en se tournant vers le jongleur. Pourquoi ne veux tu pas y aller ?
- Je n'ai pas voté contre, éluda Rafaël.
- Tu n'as pas voté pour.
- Ca n'était pas nécessaire.
Avec un soupir, Jezabel renonça à argumenter. Jaad'Nur était déjà rentré dans le médaillon.
- Allons y, dit elle. Gia, passe devant.
- On y va à pieds ou avec la charrette ? demanda Ménéas.
- En charrette, décida Jezabel. Mais enclenche le turbo.
Ménéas hocha la tête. Gia bondit au sol, tira deux dagues à la lame effilée et s'élança sur le chemin. Ménéas lança le cheval mécanique au trot derrière elle. Rafaël manqua de tomber et Jezabel fut projetée au fond de la charrette.
- C'est beaucoup plus marrant comme ça ! s'écria le jongleur.
Environ trois cent mètres plus loin, dans la direction indiquée par Gia, il y avait effectivement un combat. Ou, plus exactement, une parodie de combat. Une demi-douzaine d'hommes-loups, dont la moitié n'étaient visiblement pas adultes, étaient encerclés par deux fois plus d'hommes-cerfs au pelage noir et aux yeux rouges. Ils portaient de longues piques et des plastrons de cuivre, et leurs bois étaient ornés de divers trophées, allant de quelques plumes à un crâne non humain. Les hommes-loups n'avaient qu'une arme pour eux tous : une branche que le plus âgé brandissait d'une manière très maladroite.
Avec un hurlement, Gia bondit sur le cerf le plus proche, lui plantant ses dagues dans le bas du dos, sous le plastron. L'homme-bête émit une sorte de braiement et tenta de se retourner. Ce faisant, il s'ouvrit une large plaie dans le bas du dos qui le déséquilibra, et Gia le cueillit à la gorge d'un coup précis.
Mes autres cerfs se retournèrent vers les nouveaux venus. Ménéas stoppa la charrette dans un grand crissement. Rafaël bondit aussitôt sur le cerf le plus proche, et lui assena un coup de poing chargé d'énergie sonique au niveau de la temps. Il y eut un bruit d'os brisés et le cerf s'effondra. Les cerfs réagirent enfin, et ils se dirigèrent vers leurs assaillants, avec un semblant de discipline.
Gia passa sous la lance du plus proche, et lui planta une dague dans la gorge et l'autre sous le bras, à la jointure du plastron. Dans le même temps, Rafaël était arrivé, en se déplaçant à une vitesse hallucinante, derrière le plus éloigné, et il tua d'un coup près à la base du cou. Ménéas descendit de la charrette, ou plutôt en sauta, tout en tirant son épée longue. Le choc de son atterrissage secoua le sol, tandis que l'arc de sa lame décapitait le cerf le plus proche.
Se redressant dans la charrette, Jezabel jaugea un instant la scène, sa fine rapière à la garde ornée d'une émeraude à la main. Gia et Ménéas, côte à côte, ou presque, défiaient six hommes-cerfs qui essayaient de former un mur de piques, tandis que le dernier faisait face à Rafaël, tâchant de maintenir le jongleur à distance avec sa pique. Les hommes-loups, regroupés autour d'un arbre, observaient la scène d'un œil inquiet.
Jezabel réfléchit un instant, puis choisit son sort. Dans l'intervalle, Ménéas et Gia avaient fait reculer leurs adversaires, réussissant à en blesser un au passage. Jezabel se concentra, l'émeraude de sa rapière et le rubis de son chapelet brillèrent, puis elle murmura un mot. Un éclair bleuté jaillit de la lame de la rapière et fila au milieu du groupe des hommes-cerfs, où il explosa. Les hommes-bêtes furent projetées dans tous les sens par le choc, et l'un d'entre eux grilla littéralement sur place. Profitant de la confusion, Ménéas et Gia se ruèrent sur leurs adversaires désorganisés et les achevèrent rapidement.
De son côté, Rafaël avait joué un moment avec l'homme-cerf qui lui faisait face, et qui tentait de la maintenir à distance avec sa pique. Au bout de quelques passes, le jongleur se lassa. D'un revers de la main, il écarta la pique. Une vague d'énergie sonique remonta l'arme, et secoua sur place l'homme-cerf. Rafaël fut sur lui avant même qu'il ne cesse de trembler, et d'un coup de poing en plein milieu du front, il l'acheva. Puis il regarda Ménéas et Gia terminer leur massacre, avec une sorte de sourire amusé sur les lèvres.
Les hommes-loups se montrèrent d'abord méfiants envers leurs sauveteurs, au grand dam de Jezabel et Ménéas. Rafaël préconisa de laisser Gia mener la discussion.
- Et pourquoi donc ? grommela l'intéressée.
- Parce que tu es une druide, expliqua Rafaël comme si il parlait à un enfant.
- Arrête de me parler sur ce ton, siffla Gia, je ne suis pas débile !
- Alors pourquoi suis-je obligé de t'expliquer pourquoi c'est toi qui es la mieux placée pour leur parler ?
Gia s'abstint de répondre, et grogna. Sans un mot, elle se dirigea vers le groupe d'hommes-loups.
- Quelle tête de mule, fit Rafaël.
- N'en rajoute pas, lui recommanda Ménéas. Elle peut être assez susceptible, et se montrer violente.
- Elle ne me fait pas peur.
- Alors ? s'enquit Jezabel.
- J'ai soif, répondit Gia.
Elle avait réussi à entamer la conversation avec les hommes-loups, et cela faisait presque deux heures qu'ils parlaient. Toutefois, ils refusaient pour l'instant de parler à quelqu'un d'autre que Gia. Rafaël tendit une gourde à la druide, qui but une longue gorgée.
- D'après ce que j'ai compris, commença-t-elle, c'est une famille. Ils vivent plus haut dans la forêt, au sein d'un petit groupe. Si j'ai bien compris, ce sont des sédentaires, et ils ne sont pas très portés sur le combat. Les hommes-cerfs les pourchassaient depuis plusieurs jours, et ils ont fini par les coincer ici. Ils nous remercient de les avoir sauvé.
- C'est la moindre des choses, fit Rafaël.
- Des hommes-loups qui ne savent pas se battre, déclara Ménéas, poursuivis par des hommes-cerfs sanguinaires. Je trouve cela assez ironique.
- Les cerfs ressemblaient beaucoup à des servants de Nox, reprit Rafaël en ignorant la remarque du paladin. Ou de l'un de ses larbins local.
- C'est aussi ce que je pense, abonda Gia.
- Tu as dit qu'ils venaient d'un village plus haut, intervint Jezabel.
- Oui.
- Il est loin ?
- Deux ou trois jours de marche, si j'ai bien compris.
- Que faisaient ils seuls, si loin de leur village, si ils sont incapables de se défendre ?
- C'est là que l'histoire devient drôle, répondit Gia, ils sont en pèlerinage.
- En quoi ? s'exclama Rafaël.
- En pèlerinage. Ils se rendent au Sanctuaire du Cerf Blanc.
Durant l'espace d'un instant, la clairière fut silencieuse. Subitement, Jaad'Nur surgit du médaillon de Jezabel. Les hommes-loups s'agitèrent à son apparition, mais Gia les rassura aussitôt.
- Ai-je bien entendu ? s'informa le génie. Quelqu'un n'aurait-il pas parler du mythique Cerf Blanc ?
- Qu'est-ce que tu veux ? demanda sèchement Gia.
- Le Cerf Blanc, répondit Jaad'Nur avec une légère excitation dans la voix, le légendaire et mythique Cerf Blanc, le Roi des Forêt.
Je pourrais vous raconter des milliers et des milliers d'histoires et de contes le concernant.
- Mais tu vas t'en abstenir, le coupa Rafaël. Qu'entendent-ils par le Sanctuaire du Cerf Blanc, reprit il à l'attention de Gia, une sorte de temple ?
- Il me semble qu'ils parlaient plutôt d'un village, ou d'une petite ville. J'ai l'impression qu'ils allaient voir le Cerf Blanc.
- Voir ! s'exclamèrent en même temps Ménéas, Jaad'Nur et Jezabel.
- Voilà qui expliquerait bien des choses, murmura Rafaël.
- Qu'est-ce que tu dis ? s'enquit Jezabel.
- Le Cerf Blanc serait donc plus qu'un mythe, dit le jongleur.
- Pourquoi pas, déclara Gia, après tout, chaque légende a un fond de réalité.
- Même pour un érudit tel que moi, il ne s'agit que d'une légende, intervint Jaad'Nur, et je suis plus âgé que chacun d'entre vous. Et plus instruit.
- La légende du Cerf Blanc est enseignée à tous les druides comme une histoire vraie, fit Gia. Peut être l'est elle.
- Qu'y a-t-il ? demanda subitement Jezabel à Rafaël.
Le jongleur semblait perdu dans ses pensées.
- Rien, répondit il. Cette histoire de Cerf Blanc me rappelle de vagues souvenirs. Peut être une réminiscence de ma mémoire génétique. Il est possible que l'un de mes ancêtres ait croisé cet être de légende.
Il y eut un instant de silence.
- Si ils ont raison, et je ne vois pas pourquoi ils mentiraient, dit finalement Gia, nous devrions peut être les suivre. Si quelqu'un connaît bien cette forêt, c'est sûrement le Cerf Blanc. Il pourra sans doute nous aider à trouver un chemin sûr pour franchir les Monts d'Acier.
- Peut être même a-t-il entendu parler de la Pierre du Kila, s'enflamma Jezabel.
- Ca m'étonnerait, fit Rafaël, mais ça ne coûte rien d'aller lui demander.
Jezabel observa un instant ses compagnons de voyage. De quête, même.
- Alors, escortons ces braves gens vers ce sanctuaire, décida-t-elle, nous verrons bien ce que nous y trouverons.
Gia hocha la tête et retourna vers les hommes-loups pour leur annoncer leurs plans. Ménéas approuva en silence et se dirigea vers la charrette. Rafaël se contenta de sourire. Jaad'Nur, lui, cria sa joie sans aucune discrétion, jusqu'à ce que Rafaël le fasse taire, d'un coup de branche sur la tête.
Les hommes-loups avaient refusé de monter dans la charrette, et ils menaient la marche, en compagnie de Gia. Ménéas guidait la charrette derrière eux, transportant Jezabel, qui essayait d'étudier son carnet mais ne parvenait pas rester concentrer plus de dix secondes tant elle était excitée à l'idée de rencontrer le mythique Cerf Blanc, et Rafaël et Jaad'Nur, qui discutaient des écrits du génie. Le jongleur avait terminé de les lire, et il avait quelques remarques à faire à l'auteur. Finalement, incapable de lire, Jezabel s'approcha de Ménéas.
- Tu crois qu'il existe vraiment ? lui demanda-t-elle.
- Quoi donc ?
- Le Cerf Blanc.
Ménéas prit un instant pour réfléchir.
- Je ne sais pas, dit il finalement. J'ai toujours cru que c'était un mythe, un conte pour les enfants. Et les druides. Mais ces loups ont l'air d'être persuadés qu'il existe. Alors, je ne sais pas.
- Maman me racontait des histoires du Cerf Blanc quand j'étais petite, dit Jezabel d'un ton rêveur.
Elle se perdit un moment dans ses pensées, et des larmes lui montèrent aux yeux lorsqu'elle repensa à sa mère, désormais morte. Assassinée par les agents de Nox. Ménéas ne savait pas trop quoi dire, aussi garda-t-il le silence. Jezabel sécha ses larmes et s'essuya le visage avec un mouchoir en dentelles, frappé d'une tête d'aigle : le sceau d'Ibéris.
- J'ai hâte de le rencontrer, dit elle finalement.
- Moi aussi, avoua Ménéas, j'ai tellement entendu parler de lui.
- Les légendes sont rarement à la hauteur de leur réputation.
Visiblement, Rafaël en avait fini avec Jaad'Nur, et il s'était invité dans la conversation. Jezabel lui fut reconnaissante de ne faire aucune remarque sur ses yeux rouges.
- Tellement de choses ont été dites sur le Cerf Blanc, reprit le jongleur, toutes ne peuvent pas être vraies.
- Je m'en souviendrais, fit Jezabel avec aigreur.
Sans trop savoir pourquoi, elle en voulait à Rafaël se s'être incrusté dans la conversation.
- Il a raison, déclara Ménéas. Nous devons aborder cette rencontre avec prudence, et ne pas placer trop d'espoirs dans cette entrevue. Si le Cerf Blanc peut nous aider, tant mieux, si il ne peut rien pour nous, nous ferons sans.
- Il reste un être mythique et légendaire, insista Jezabel, et on en rencontre pas à tous les coins de rue. Ou de forêt. Alors je suis contente de le rencontrer si je veux !
Sur quoi, elle retourna dans son coin, avec un air boudeur sur le visage. Ménéas se pencha vers Rafaël.
- L'aurait-on vexée ? chuchota-t-il.
- On dirait bien, lui répondit Rafaël sur le même ton, avec les jeunes d'aujourd'hui, tout est possible.