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Sujets concernés par ce texte : Fantasy, Littérature
Chapitres : 1 2
Type de document : Conte

     
 

La Harpie

Deux années se sont écoulées depuis que Takkris sauva le dragonnet argenté.

Le petit dragon a grandi, et mesure à présent treize mètres de haut pour vingt de long. Ses cornes ont poussé et partent en arrière, se recourbant à la fin vers le haut; ses ailes aussi se sont déployées, lui donnant une envergure du double de sa hauteur, l’emmenant majestueusement dans les airs.

Takkris s’est beaucoup assagi depuis qu’il connaît le "petit argenté", car c’est ainsi qu’on le surnomme à ce jour. L’apprenti est dans sa dernière année de magie, et souhaite devenir maître mage à la tour de Bugade, après le passage de son diplôme.

Takkris et le petit argenté sont très liés, et le mage passe du temps à apprendre le draconique afin de mieux comprendre son ami dragon. Mais il ne maîtrise pas encore bien cette langue difficile qui possède plus de cinq milles lettres.

Le petit argenté apprend aussi; aucune créature n’est plus intelligente qu’un dragon, les argentés plus que tous les autres. Les dragons ont une énorme énergie magique car ils possèdent des pouvoirs héréditaires très puissants. Lui en apprendre plus ne peut qu’accroître sa puissance.

Lors d’une banale journée d’enseignement à la tour de Bugade, Daguorhin Fruse, le grand maître de la tour, puissant parmi les puissants, réunit ses maîtres-mages dans la salle du conseil.

- « Mes amis, je vous ai fait venir pour vous parler d’un événement très grave... je vais vous montrer. »

Daguorhin sortit un petit coffret qu’il ouvrit; à l’intérieur une plume noire y était posée: Les maîtres se penchèrent pour la voir. Ils s’écartèrent rapidement quand la plume sortit d’elle-même du coffret. Elle s’envola soudainement pour s’immobiliser au milieu de la salle, se mettant à tournoyer, puis brûlât, laissant un nuage de fumée noire s’échapper, formant les lettres d’un langage diabolique.

- « Oui mes amis, vous avez tous bien lu... la harpie est de retour. »

Les paroles du maître soulevèrent un grand frisson de peur dans toute la salle. Un des maîtres qui paraissait le plus jeune prit en premier la parole:

- « Maître Fruse, si je me rappelle bien ce que j’ai lu, vous parlez de LA harpie Caradeille, celle qui se brûla les ailes en offrande au dieu du feu malin, Armotor, pour qu’il lui offre le don de la flamme maléfique.
- Oui jeune maître Gannir, vos dires sont exacts; et je sais ce qu’elle vient chercher... »

Pendant cinq heures les mages discutèrent du problème, et la conclusion fut que la tour serait protégée par les mages uniquement, car la garde du royaume n’avait rien pu faire contre la harpie.

« Espérons qu’elle viendra à pied, » fut la phrase qui fit le plus trembler...

Le petit argenté se tenait en haut de la tour, les mages l’avaient aménagée pour que le dragon puisse s’y mettre, afin de scruter les horizons... Il voyait tout sur des lieues à la ronde, rien ne lui échappait.

Ce jour-là, il ne fit pas exception à la règle. Au loin une ombre noire avançait...

Le jeune dragon d’argent s’envola, et descendit en piqué ver les jardins, là où se trouvait le maître Fruse. Il atterrit avec légèreté, donnant de grands battements d’ailes pour ralentir sa descente. Le dragon communiqua à Daguorhin ce qu’il avait vu. Fruse récita quelques incantations... l’air grave qu’il prit voulait tout dire, la harpie arrivait...

Dix minutes. Ce fut le temps qu’il fallût pour que les mages de la tour soient tous prévenus.

L’ombre avançait, les magiciens créaient des protections magiques, car aucune chose, aucun objet non-magique ne pouvait toucher la harpie.

Le domaine du feu était exclu, cela ne pourrait qu’accroître la puissance de l’assaillant.

Le petit argenté planait au-dessus des jardins de la tour. Il regarda à nouveau l’ombre, qui avait grossi dans le ciel, et au-milieu de cette masse d’obscurité, une créature bien plus grande que lui, était chevauché par une personne sombrement vêtue, tenant dans sa main une lame dont le manche était aussi long qu’une jambe.

Une orbe d’énergie partit d’un des balcons de la tour. Il fut tout de suite évité par ce que l’on reconnaît enfin comme une vouivre noire, sombre créature ressemblant comme deux gouttes d’eau à un dragon.

La vouivre, à la suite de son esquive, descendit vers les jardins pour piquer sur les mages, qui plongèrent aux sols, mais le dard de la bête se planta dans le buste du premier homme venu. Elle remonta avec le corps du pauvre mage au bout de sa queue.

Takkris était positionné dans l’un des jardins, il tremblait de peur, suant, car il entendait les cris et voyait ses camarades voler dans les airs...

Un corps sans jambes, et dont le bras avait fait un tour sur eux-même, tomba à coté de lui; l’homme à qui il restait encore un souffle, le rendit dans d’horribles convulsions. 

Cette scène brisa le moral de Takkris qui tomba à genoux.

Le petit argenté soufflait de toute sa flamme sur les deux êtres obscurs, mais en vain: aucun feu ne pouvait atteindre la harpie et sa monture. Il utilisait aussi les quelques sorts qu’il avait appris, mais la harpie les dissipait avec autant de facilité qu’un nain peut boire.

Caradeille faisait un vrai massacre parmi les apprentis; ils n’avaient pas la puissance nécessaire pour repousser toutes les attaques. Parfois, elle arrivait même à repousser des sorts qu’elle envoyait sur la tour, faisant exploser les murs, projetant d’énormes rochers qui volaient dans toutes les directions. Chaque bloc de pierre se fracassait au pied de la tour, là où les derniers mages s’étaient regroupés.

La tour était beaucoup touchée, il ne restait plus qu’une dizaine de mages, dont Takkris, qui était blessé à l’arcade. La tour était dans le pire des états, mais elle avait résisté au temps, restant six cents ans debout, toujours belle et haute, mais à l’issue de cette bataille, elle ressemblait plus à du gruyère qu’à une tour légendaire...

Le petit  argenté s’occupait de rattraper les blocs qui tombaient de la tour avant qu’ils n’écrasent un mage. Mais il ne pouvait pas tous les rattraper, et l’un de ces énormes blocs tomba vers le dragon, ne le voyant pas arriver, et malgré la grande endurance de la créature, il fut assommé sur le coup. Les mages virent le dragon tomber jusqu’en bas, sans signe de vie, et cela ne fit qu’accroître leur terreur…    

Daguorhin arrêta ses incantations pour observer un bref instant le niveau de la catastrophe: il voyait mourir ses élèves un à un et sa tour tomber, Sa raison de vivre se flêtrissait pour mieux mourir...

Dans un élan de désespoir, le maître de la tour partit en lévitation dans les airs, et s’approcha de Caradeille. La voix du maître résonna quand il prit la parole.

- « Caradeille, je sais ce que tu es venu chercher, mais je suis le seul à pouvoir passer la porte de Zafairi, elle est liée à moi; si je meurs, jamais plus personne ne pourra la passer... tu ne souhaites pas ma mort, n’est-ce pas ? »

La harpie prit un air malfaisant, et répondit d’une voix très sensuelle : « Mon cher Fruse, c’est vous qui allez m’y conduire, et bien vivant. »

L’homme n’eut pas le temps de répondre qu’il prit un coup de queue sur la tempe à en assommer un troll. Le corps de Daguorhin commença une chute vertigineuse; alors la vouivre noire descendit en piqué vers le pauvre maître, mais elle se heurta contre un bouclier magique crée par un mage. Takkris se jeta en direction de Daguorhin qui arrivait très près du sol, il se mit en-dessous du maître, ouvrit les bras, et ils tombèrent tous les deux au sol dans un nuage de poussière.

Caradeille dissipa le bouclier qui lui barrait la route... Sa vouivre secoua la tête pour reprendre ses esprits, et descendit près des deux hommes. Takkris avait le souffle coupé par le choc : il avait reçu le maître Fruse sur le thorax. Les mages restant se précipitèrent au secours de Daguorhin, tandis que la harpie descendait de sa sombre monture pour s’approcher de Takkris et Fruse. La vouivre s’interposa entre sa maîtresse et les mages, l’un d’eux courut vers le monstre en enflamma sa main grâce à un sort, car il était l’un des plus puissants de la tour de Bugade, un elfe aux pouvoirs magiques très développés...

La harpie arriva au niveau des deux hommes:

- « Si ce n’est pas pitoyable, un maître-mage assommé, des élèves morts ou en fuite, une tour prête à s’écrouler, vous me décevez Daguorhin », ronronna-t-elle d’un air suffisant. Takkris ne put répondre que par un râle suffocant. puis elle ajouta en grognant, tout en se penchant:

- « Pas de temps à perdre, je vous prends votre maître et je vais chercher ce qui m’est dû ».

Takkris, malgré sa douleur, sortit sa dague et sauta vers son maître... mais ce fut le trou noir...

 
     


Chapitres : 1 2  
par Damocles D'Elryn
le 19/05/2005
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