La Quête de l'Impératrice d'Emeraude – Episode I :
Quatre jours passèrent. Quatre jours calmes et sans problème. Jezabel se sentait bien. Après plus de mois de fuite, ils pouvaient enfin se poser, et la jeune femme appréciait le contact d'autres gens, et en particulier celui des jeunes adultes du village. Mais le quatrième soir, alors que tout le monde écoutait Jaad'Nur raconter une ancestrale histoire de chevalier, de princesse en détresse et de dragon, les gardes brisèrent la quiétude de la soirée.
« Alerte ! Les brigands arrivent !
- Attaque ! Tout le monde aux armes ! »
En un instant, les villageois bondirent sur leurs pieds. Les hommes et les femmes en âge de combattre se saisirent des armes qui étaient entreposées près de la place, tandis que les autres partaient se réfugier dans la salle commune.
Ménéas fut parmi les premiers à la porte, brandissant sa longue épée. Il dirigea les villageois pour organiser la défense. Au côté de Jezabel, qui restait en retrait en préparant ses sorts, Gia et Rafaël se préparaient eux aussi. La druide avait sorti ses dagues tandis que le jongleur faisait des exercices d'assouplissement.
« J'hésite à me transformer tout de suite, dit Gia.
- Je croyais que tu préférais éviter de te transformer trop souvent, fit Rafaël. Ta dernière métamorphose remonte à moins de cinq jours.
- Si ils sont aussi nombreux que les renforts de l'autre jour, je serais "obligée" de me transformer.
- On a toujours le choix, assena Rafaël.
- Tu es un imbécile.
- Ils arrivent, les interrompit Jezabel comme une grande clameur se faisait entendre.
- Allons les accueillir comme il se doit, fit Rafaël avec un sourire. »
Gia se contenta d'arborer un large sourire carnassier.
« Par moments, fit Jezabel, vous êtes carrément flippant. »
Et elle leur emboîtant le pas.
Les brigands étaient plus de cent cinquante. Les villageois étaient une bonne trentaine.
« Ils n'ont jamais été aussi nombreux » fit l'un des villageois.
Les autres acquiescèrent bruyamment.
« J'ai comme l'impression qu'ils sont un peu énervés par la correction qu'on a donné à leurs potes, fit Rafaël.
- Et c'est nous qui allons payer, se plaignit un autre villageois.
- C'est eux qui vont payer » fit Ménéas.
Les brigands chargèrent sans vraiment de cohésion. Les premiers arrivés furent les premiers tués, principalement par Ménéas et Gia. Jezabel jeta un sort qui provoqua une énorme explosion au milieu du groupe des brigands, et en mit une douzaine hors de combat.
Malgré tout, le nombre bien supérieur des brigands obligea les défenseurs à battre en retraite à l'intérieur du village. C'est alors qu'un second groupe, d'une bonne cinquantaine de brigands, pénétra par l'arrière du village, et les attaqua par derrière. Comme Ménéas et Gia, qui venait de se transformer, étaient occupés en première ligne de l'assaut principal, Rafaël réquisitionna une dizaine de villageois, et organisa le second front.
La haute stature de Ménéas, dans son armure sang et sable, dominait le combat près de la porte. Il tranchait allègrement dans la masse des brigands, gardant toutefois son sang froid afin d'analyser la situation et de replacer les autres défenseurs. Ce n'était pas le cas de Gia. Transformée en loup-garou, elle ne se contrôlait plus vraiment, se contentant de distribuer la mort avec une efficacité sanglante. En soutien, Jezabel lançait ses sorts avec précaution, visant proprement afin de ne pas toucher un allié par erreur, et déchaînant sa puissance sur les brigands.
De l'autre côté, Rafaël semait lui aussi la mort dans les rangs ennemis. Il bondissait de brigand en brigand, assenant ses coups mortels sans aucun remords. Régulièrement, il se plaçait en retrait, observait la scène, et réorganisait les villageois.
Subitement, Jezabel sentit un danger. Elle se retourna vivement, mais fut plaquée au sol avant d'avoir terminé son mouvement. Sa rapière lui échappa et se planta dans le sol. A moitié sonnée, elle sentit qu'on la soulevait et qu'on l'emportait. Elle aperçut la haute silhouette de Ménéas, et elle cria.
« Ménéas ! Ménéas ! A l'aide ! »
Elle le vit se retourner, puis elle reçut un coup sur la tête et tout devint noir.
Ménéas vit un brigand passablement grand et costaud qui courait, avec Jezabel sur son épaule. Il jura et chercha autour de lui. Rafaël n'était pas loin.
« On a un problème, amorça le paladin.
- De quel ordre ?
- Regarde par là. »
Rafaël suivit l'indication de Ménéas, aperçut la même scène que lui, et jura également. Il fut un peu plus grossier que Ménéas.
« On a effectivement un problème, admit il. Que fait on ?
- Il faut la libérer.
- Où est Gia ? Demanda Rafaël.
- Tu veux dire la tueuse frénétique ? »
Rien qu'au ton de Ménéas, Rafaël comprit qu'il serait vain d'espérer un quelconque soutien de la druide.
« Pour une fois, la louve aurait été bien utile, grommela-t-il.
- Je n'arriverais jamais à le rattraper avant qu'il n'atteigne la palissade, fit Ménéas. Tu as une solution ?
- Tu crois que tu arriverais à me lancer ?
- Pardon ?
- Tu as très bien compris. »
Ménéas regarda un instant Rafaël.
« Je peux, dit il finalement, mais sûrement pas assez loin.
- Donne moi une bonne impulsion, fit Rafaël, je m'occupe du reste.
- Ca marche. »
Ménéas attrapa Rafaël par la ceinture et le col, le souleva et le propulsa le plus loin possible. Il sut aussitôt que son lancer serait trop court. Avec un cri, Rafaël déploya ses bras. Une vague d'énergie quitta la paume de ses mains et le propulsa plus haut, plus loin.
Rafaël atterrit à quelques mètres du brigand qui emmenait Jezabel. D'autres brigands l'avaient rejoint, pour l'escorter. Rafaël prit appui au sol, et bondit sur le brigand le plus proche. Avec son style aérien si personnel, il passa de brigand en brigand, donnant un unique coup, mortel, à chacun. Finalement, il plongea derrière celui qui portait Jezabel, glissa sur son côté, le frappant derrière les genoux en passant. Le brigand poussa un cri et s'effondra. En se redressant, Rafaël frappa très vite au niveau de son cou, le tuant sur le coup.
Il lâcha Jezabel, qui glissa doucement vers le sol. Elle se réveilla quasiment au moment où elle toucha le sol. Elle poussa un gémissement et se redressa.
« Allez, on se relève, fit Rafaël.
- Merci, fit Jezabel en se levant. Je suis désolé de m'être faite attraper.
- Pour une sorcière de ton calibre, ça fait un peu désordre. »
Même au milieu du combat, Rafaël prenait le temps de faire de l'humour.
« Ma rapière, s'écria Jezabel, j'ai perdu ma rapière ! »
Rafaël observa les lieux.
« Elle est là bas » dit il.
Jezabel jura : la rapière était planté au sol, non loin de la porte, et un groupe de brigands arrivait. Jezabel paniqua.
« On se calme, fit Rafaël, tu es une sorcière ou une imbécile ?
- Pardon ? Fit Jezabel, piquée au vif.
- Cette rapière et toi êtes liées. Tu pratiques la magie. Fais la venir à toi. »
Jezabel chercha une réplique cinglante, mais finit par admettre que c'était une bonne idée. Elle tendit le bras, se concentra, et murmura un charabia incompréhensible. Le rubis de son chapelet brilla. Au loin, l'émeraude de la rapière en fit autant. Puis l'épée quitta le sol, et s'envola vers sa propriétaire. Au passage, elle tua une demi-douzaine de brigands. Jezabel la réceptionna parfaitement.
« C'est bon, fit Rafaël, tu te sens mieux maintenant ?
- Oh, oui, répondit la jeune sorcière, et je sens que je vais me lâcher.
- Voilà qui va être intéressant. »
Jezabel leva sa lame. Le rubis de son chapelet et l'émeraude de sa rapière brillèrent à l'unisson. Elle cria un mot, un simple mot, qui fit trembler la terre et le ciel. La foudre frappa subitement, surgie de nulle part, et vingt brigands tombèrent. Puis elle tomba à nouveau, et encore une fois. Les brigands commencèrent à fuir. La foudre frappa encore.
« C'est bon, fit Rafaël, on a gagné. »
Jezabel hocha la tête et baissa ses bras. Le jongleur et la sorcière coururent vers la porte.
« Ménéas, appela Rafaël, Ménéas ».
Le paladin se retourna.
« Retiens Gia, elle risque de les poursuivre.
- Fais le toi même !
- Tu es plus près, argumenta Rafaël, et ton armure résistera à ses griffes mieux que ma tunique. »
S'inclinant devant les arguments du jongleur, Ménéas traversa les rangs des défenseurs qui criaient leur joie, et se précipita sur Gia, qui massacraient les fuyards. Il l'attrapa par la peau du cou, la forçant à se retourner. Les griffes acérées frappèrent le plastron de son armure, n'y laissant que de fines traces. Son énorme gueule pleine de crocs claqua près du visage du chevalier, qui recula devant l'odeur de sang et de mort mêlées.
« Stop ! » Fit le géant d'une voix ferme.
Les griffes crissèrent sur son armure encore une fois ou deux, puis le loup-garou se calma. Gia poussa un hurlement à glacer le sang, puis redevint humaine. L'odeur ne la quitta toutefois pas, et son sourire évoquait encore celui de la bête, tandis que dans son regard brillait encore une étincelle de bestialité. A la suite de Ménéas, Gia revint vers le village où les villageois fêtaient leur victoire. Elle jeta un dernier regard aux fuyards, et il lui sembla voir, plus haut entre les arbres, une haute ombre s'éclipser.