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Sujets concernés par ce texte : Fantasy
Type de document : Conte

     
 

Une paire de mois à peine avait passé depuis le Jour du Serment, quand Ménéas de Belcantor, le paladin errant, Rafaël, le jongleur voyageur, et Gia Virin, la druide avaient juré de protéger la jeune Jezabel, sur la tombe du vieux sorcier Toriban, lorsque nous atteignîmes la grande Forêt d'Ouzkan, de sinistre réputation. Nous nous attendions à des embûches durant cette traversée, mais nous espérions secrètement qu'elles arrivent le plus tard possible …

 
Extrait des Chroniques de l'ascension de l'Impératrice d'Emeraude, par Jaad'Nur.


Dans le crépuscule, la forêt paraissait presque menaçante, même vue du haut de la colline. La charrette de bois s'y arrêta un instant, et ses occupants contemplèrent en silence la masse verte et noire de la Forêt d'Ouzkan qui s'étendait à perte de vue, à peine dominée par les pics argentés des Monts d'Acier.


- Et vous comptez rester planter là comme des idiots durant combien de temps, au juste ? S'enquit Rafaël d'un ton grinçant.


Vêtu de sa tunique blanche et bleu nuit, son bandana assorti laissant à peine voir ses cheveux mauves, le jongleur aux yeux violets et au visage rieur s'était perché sur le bord arrière de la charrette.


- On n'est pas près de la traverser si on reste ici à la regarder, ajouta-t-il en tirant trois boules de cuir usées de sa ceinture.


- Je déteste dire ça, commença Ménéas, mais il a raison. En route.


Assis à l'avant de la charrette, engoncé dans son armure sang et sable impeccablement polie, ses cheveux gris mi-longs retenus par un fin fil d'argent, il fit repartir le cheval mécanique en acier poli qui tirait la carriole. Tout en grattant sa courte barbe argentée qui cachait à grand peine une cicatrice en demi-lune sur sa joue, il continuait de fixer la forêt de ses yeux bleus clairs.


- J'ai entendu pas mal d'histoires sur cette forêt, finit il par dire pensivement.


- Ne me dis pas que tu as peur ! S'esclaffa Gia. Un grand gaillard comme toi ! Ce n'est qu'une forêt !


Pieds nus dans l'herbe sur le bord du chemin de terre, juste vêtue d'un pantalon de toile bleu un peu long et d'un débardeur beige qui laissait ses bras tatoués et musculeux nus, Gia marchait au côté de la charrette, un sourire animal sur son visage, ses yeux d'ambre luisant dans l'obscurité.


- Je n'ai pas peur, la contredit Ménéas, je dis juste que cette forêt à une certaine réputation.


- L'un de vous est il jamais allé dans cette forêt ? Intervint Jezabel.


Plus ou moins confortablement installée à l'arrière de la charrette, vêtue d'élégantes mais néanmoins pratiques robes émeraudes, un diadème d'or et d'ivoire dégageant son front pâle de ses longs cheveux bruns, Jezabel fixait de ses yeux verts la masse sombre de la forêt, avec une légère inquiétude dans le regard.


- On dit que même celui qui a vécu toute sa vie dans la Forêt d'Ouzkan peut s'y perdre car chaque jours les chemins changent, murmura Rafaël en rejoignant la jeune femme à l'intérieur de la charrette.


- Ce qui nous intéresse, ajouta Ménéas, puisque nous fuyons les sbires de Nox.


- Je ne serais point étonné qu'il y ait des gens au service de Nox dans cette forêt, rebondit Rafaël en s'installant et en commençant à jongler. Il paraît qu'on y distingue pas le jour de la nuit.


- C'est une forêt, reprit Gia, rien de plus, rien de moins.


- Erreur, ma chère druide, rétorqua Rafaël sans cesser de jongler, c'est la Forêt d'Ouzkan, la plus terrifiante des forêts.


- C'est moi qui raconte les histoires, intervint Jaad'Nur en surgissant du médaillon de Jezabel et en s'asseyant entre l'infante et le jongleur.


Dans l'obscurité naissante, sa peau d'un bleu aquatique prenait une teinte plus sombre, et ses yeux sans pupille argentés semblaient briller encore plus que ceux de Gia.


- Je suis l'historien.


- On les connaît tes histoires, et on s'en passera, le coupa Rafaël. Contente toi d'écrire celle de Jezabel.


- Et arrange toi pour que ce soit intéressant à lire, renchérit Gia.


- J'ai beau être talentueux, je ne peux pas rendre intéressant un pauvre voyage en charrette sur un chemin de terre vallonné, où le principal danger est de régurgiter son déjeuner ! S'emporta le génie.


- Calme toi et respire quand tu parles, le railla Ménéas.


- Je pense que tu auras bientôt des choses intéressantes à écrire, intervint Rafaël avant que le génie ne réponde.


- Qu'est-ce qui te permet de dire de telles choses ? S'enquit Jaad'Nur.


- Ma main à couper qu'on tombe dans une embuscade avant demain midi.


- Ca me paraît évident, abonda Gia.


- Avant demain midi, ça fait un peu rapide, quand même, fit Ménéas.


- Au contraire, rétorqua Rafaël, les brigands aiment bien tendre des embuscades juste après l'entrée en forêt.


- Si le plus dangereux qu'on risque de croiser dans cette forêt, c'est une bande de brigands, je veux bien devenir nonne, fit Gia avec un grand sourire presque carnassier.


- Allons, fit Rafaël avec ce ton sarcastique qu'il affectionnait tant, ce n'est qu'une forêt, Gia, ni plus, ni moins.


- Ce n'est pas pour cela qu'elle n'est pas dangereuse. Toutes les forêts sont dangereuses.


- C'est pour ça qu'on t'a emmenée avec nous : les druides aiment bien les forêts, et réciproquement.


- Il faut toujours que tu aies le dernier mot, toi, grommela Gia.


- Toujours, confirma Rafaël avec un grand sourire.


Lentement, la trouée de jour derrière la charrette rétrécit, jusqu'à devenir un simple point semblant si loin, puis disparaître. Entre les troncs épais, le chemin paraissait très mince, et les feuillages épais masquaient toute lumière, formant une sorte de toit vert et noir.


- C'est oppressant comme endroit, murmura Jezabel au milieu du silence.


- C'est une forêt, fit très vite Rafaël avec un regard malicieux en direction de Gia. N'est-ce pas, ma chère ?


- Parfaitement, confirma l'intéressée.


Le silence revint, à peine perturbé par le bruit des sabots d'acier du cheval mécanique.


- Il vaut mieux nous habituer à l'ambiance, déclara finalement Rafaël, nous risquons de passer un certain temps dans cette forêt.


- Pas forcément, le contredit Ménéas. On pourrait trouver un chemin à travers les Monts d'Acier plus vite que tu ne le penses.


- Bien que cela reste du domaine du possible, intervient Jaab'Nur sans relever son regard de ses notes, c'est extrêmement improbable.


- Mais pas impossible, insista Ménéas.


- Arrête de rêver, lâcha Gia.


La druide marchait toujours à côté de la charrette, les yeux toujours en mouvement. Elle semblait nerveuse. Ce qui n'échappa pas à Rafaël.


- Je croyais que ce n'était qu'une forêt comme toutes les autres, lança-t-il sans pour autant s'arrêter de jongler. C'est bien ce que tu as dis, non ?


Gia se tourna vers le jongleur, et retroussa ses lèvres, révélant des dents blanches et pointues. Elle se contenta de grogner. Rafaël eut un léger rire moqueur.


Au détour d'un virage, Gia s'arrêta subitement, semblant humer l'air. Quasiment au même moment, Jaad'Nur leva vivement la tête de ses notes.


- Stop ! Dit il.


- Pourquoi ? Demanda Ménéas en arrêtant tout de même le cheval.


- Attaque, siffla Gia.


Jaad'Nur eut juste le temps réintégrer le médaillon de Jezabel avant que les brigands ne surgissent. En un instant, ce fut le chaos.


Ils étaient une bonne quinzaine, vêtus de noir. Certains portaient des morceaux de tissu sur le bas du visage, d'autre des cagoules. Ils brandissaient diverses armes en plus ou moins bon état, principalement des épées ou des sabres. Une flèche se planta dans la charrette.


Gia tira deux dagues effilées de sa ceinture, les fit tournoyer et accueillit les premiers brigands. Durant ce laps de temps, Ménéas descendit de la charrette et tira la longue épée qu'il portait en travers du dos, alors que Rafaël bondissait directement sur le brigand le plus proche. Jezabel se redressa et tira une rapière finement taillée à la lame argentée gravée de runes. L'émeraude sertie dans la garde, ainsi que le rubis sertie dans le chapelet enroulée autour de son poignet gauche commencèrent à luire comme elle concentrait son énergie magique.


Gia avait déjà égorgé deux brigands et blessé un troisième quand ses compagnons entrèrent dans la danse. L'épée longue de Ménéas trancha trois brigands en deux dans le même mouvement, et deux de plus sur le suivant. Rafaël, semblant virevolter au-dessus de la mêlée, frappait des coups précis, chargés d'énergie sonique, à une vitesse hallucinante. En quelques minutes, la moitié des assaillants étaient morts. Jezabel jeta alors son premier sort. Un éclair de lumière jaillit de sa rapière et serpentant entre les arbres, frappant et tuant sur le coup quatre bandits. Les survivants marquèrent un temps d'hésitation. L'un d'eux tira un cor de sa ceinture, et souffla dedans, juste avant de mourir.


Le dernier brigand avait à peine touché le sol que la deuxième vague arriva. Avec un cri sauvage, Ménéas les chargea, imité par Gia, qui lâcha ses dagues et se métamorphosa. Son corps grandit et grossit, son visage devint une énorme gueule de loup bardée crocs effilés, une fourrure blanche recouvrit sa peau. Avec un hurlement effrayant, le loup-garou dépassa Ménéas d'un simple bond, atterrit au milieu des brigands et commença le massacre.


Prenant le temps de souffler, Rafaël observa rapidement les alentours, et il aperçut une sorte de feu de camp entre les arbres, un peu plus loin dans la direction d'où venaient les brigands. Entre les silhouettes de quelques bandits, il vit une forme courbée et visiblement entravée. Ayant vérifié que Ménéas et Gia s'en sortaient très bien tous seuls – mais qui aurait pu résister à un loup-garou en furie et un chevalier en armure – il se tourna vers Jezabel.


- Je reviens tout de suite, annonça-t-il.


Et avant que la jeune femme ait pu répondre, il s'était élancé entre les arbres.


Autour du feu, il restait une demi-douzaine de brigands, et une jeune femme entravée, et visiblement effrayée. La plupart des brigands observaient le combat, mais l'un d'eux regardait de l'autre côté, vers le sommet d'une colline proche. Rafaël s'arrêta un instant dans l'ombre des arbres et observa la scène.


- Comment ça se passe ? Demanda celui qui regardait la colline.


- Mal, lui fut il répondu. Le géant en armure et la bête sont en train de massacrer tout le monde. Et de ton côté ?


- Toujours rien, mais ...


Il ne put développer plus loin sa pensée, car Rafaël fut subitement sur lui, et il le tua prestement. Les cinq autres se retournèrent, mais aucun n'était assez rapide. Bondissant d'un adversaire à l'autre, le jongleur les tua tous d'un coup rapide judicieusement placé avant même qu'un seul parvint à tirer son arme du fourreau. Puis il se dirigea vers la prisonnière.


Elle n'avait pas plus de seize ans, portait des habits simples de paysan, et avait le visage et les mains sales, et les cheveux emmêlés. Une corde lui liait les mains et les pieds et elle était recroquevillée sur elle-même. Des larmes récentes avaient tracés des sillons clairs sur ses joues.


Avec des gestes rapides et précis, Rafaël la libéra de ses liens, puis il l'aida à se relever.


- Je m'appelle Rafaël, amorça-t-il d'une voix douce, et vous ?


- Joséfia, balbutia-t-elle.


- Enchanté. Ne vous inquiétez pas, vous ne risquez plus rien.


A peine avait il terminé cette phrase que le sol trembla. Une sorte de clameur commençait à se faire entendre. Rafaël leva la tête vers la colline et comprit ce que le brigand surveillait : entre les arbres, une centaine de brigands, dont certains n'étaient clairement pas humains, arrivaient en courant. Rafaël entraîna Joséfia par le bras, la portant à moitié.


Sur la route, Gia et Ménéas avaient achevé tous les brigands lorsque Rafaël fit son retour, traînant la jeune paysanne, et poursuivit par la clameur. En voyant l'énorme loup-garou, Joséfia faillit s'évanouir. Elle serra fortement le bras de Rafaël, trébucha et balbutia.


- Qu'est-ce qui se passe ? Interrogea Ménéas.


- Les renforts, répondit Rafaël, on dégage.


Il poussa Joséfia vers la charrette et l'aida à monter, tandis que Ménéas rangeait son épée et reprenait sa place. Le temps qu'il remette en route le cheval mécanique, les brigands arrivaient.


- Je confirme, fit Jezabel, on dégage.


Elle lança un sort, qui eut pour effet de jeter au sol le premier rang des nouveaux arrivants, tandis que la charrette prenait de la vitesse. Gia et Rafaël accueillirent le second rang, afin de permettre à la carriole de suffisamment s'élancer, puis Rafaël grimpa sur le dos de Gia. Alors qu'elle s'élançait à la suite de la charrette, Rafaël tira deux boules de cuir de sa ceinture et les lança derrière eux. Elles s'explosèrent en heurtant le sol, répandant un épais nuage de fumée.


En trois bonds, Gia rattrapa la charrette, qui prenait de plus en plus de vitesse. Rafaël sauta à l'intérieur, aussitôt imité par la druide, qui reprit forme humaine en plein vol. A nouveau, la jeune paysanne parut sur le point de tourner de l'œil. Derrière, les premiers brigands émergèrent de la fumée mais la charrette étaient déjà trop loin. Jaad'Nur choisit alors d'apparaître, et il poussa un cri de joie. C'en fut trop pour la pauvre paysanne, qui s'évanouit pour de bon.


- Et comment va-t-on retrouver son village, maintenant ? Grogna Gia.


Quelques heures plus tard, la charrette ralentit, puis s'arrêta. Une légère fumée montait d'une patte arrière du cheval mécanique.


- Que se passe-t-il ? Interrogea Jezabel qui veillait la paysanne toujours inconsciente. Pourquoi s'arrête-t-on ?


- Le cheval a un problème, grommela Ménéas en descendant.


- Tu peux réparer ?


- Normalement oui. Mais je ne sais pas combien de temps ça va me prendre. Voyons le problème.


Gia se redressa et huma l'air.


- Je ne sens pas de danger proche, dit elle. Mais cette forêt est leur territoire, ils ne tarderont pas à nous retrouver.


- Peut être, peut être pas, relativisa Rafaël qui jonglait assis sur le rebord de la charrette. Après tout, nous sommes dans la forêt d'Ouzkan.


- Où même les locaux se perdent, railla Gia, je sais. Mais je suis certaine que si on reste trop longtemps immobiles, ils nous retrouverons sans problème.


- Qu'ils viennent, fit Rafaël, nous saurons les recevoir.

- Si vous m'aidiez à réveiller cette demoiselle, intervint Jezabel, qu'on puisse la ramener dans son village.


- Gia pourrait peut être retrouver le village, fit Jaad'Nur, grâce à son légendaire flair.


L'intéressée se pencha sur la paysanne avec un haussement d'épaule.


- Trop de parasites, finit elle par dire, elle a passé trop de temps avec les brigands. Je risquerais de nous conduire droit sur eux.


- Ce qui n'est pas le but, fit Rafaël.


- Surtout qu'ils vont arriver, fit Gia.


Il y eut un instant de flottement, durant lequel le silence s'imposa, à peine perturbé par le bruit de Ménéas qui réparait le cheval.


- Au fait, fit abruptement Rafaël en arrêtant de jongler et en se tournant vers Jezabel, tu n'es pas une sorcière ?


- Si, formée aux Iles de Khaa, par les plus grands sorciers des Neuf Mondes. Pourquoi ?


- Et tu ne connaîtrais pas un sort pour la réveiller ?


Jezabel réfléchit un instant.


- Ce n'est pas impossible, dit elle finalement. Laissez moi consulter mon carnet.


Elle tira de ses robes un petit carnet à la couverture de cuir ornée de fils d'or.


- Tu aurais dû y penser toute seule, fit Rafaël en recommençant à jongler.

- Je ne peux pas penser à tout, riposta Jezabel en tournant les pages. C'est pour ça que vous m'accompagnez. Après tout, je n'ai que dix sept ans, je ne peux pas tout savoir.


- Quelle belle preuve de maturité, et de sagesse.


- Tu peux me lâcher une minute ! S'écria Jezabel.


A nouveau, le silence s'installa, toujours perturbé par le travail de Ménéas.


- Voilà, dit finalement Jezabel, j'ai trouvé quelque chose qui devrait fonctionner.


Elle posa sa main gauche, celle qui avait le chapelet au rubis autour du poignet, sur le front de la jeune paysanne. Elle murmura quelques mots, le rubis brilla, une sorte de brume bleutée se forma entre la main et le front, et s'étendit, jusqu'à recouvrir le visage de la paysanne. Jezabel ôta sa main et attendit. Lentement, la brume s'insinua par les narines et la bouche entrouverte de Joséfia, jusqu'à ce qu'elle est tout inspiré. Quelques secondes plus tard, elle ouvrit les yeux, se redressa et souffla un nuage bleuté.


- Où suis je ? Murmura-t-elle.


- En sécurité, répondit Jezabel.


- Pour l'instant, pondéra Gia qui surveillait toujours les ombres de la forêt.


Joséfia se tourna elle. Puis elle vit le génie, et eut un mouvement de recul.


- Ne craignez rien, c'est un ami, la rassura Jezabel, vous ne risquez rien.


- C'est un peu tout le contraire d'un guerrier, renchérit Rafaël.


- Je suis un poète, un artiste, fit Jaad'Nur. Je suis fier de ne pas m'abaisser à faire couler le sang.


- Je pourrais le faire aussi, fit Rafaël, si j'avais un médaillon où me réfugier en cas de danger.


- Ca m'étonnerais, fit Gia, tu es un guerrier, tu aimes le sang. Comme moi ou Ménéas.


- Erreur, rétorqua Rafaël, j'aime le combat, pas le sang. C'est pour ça que je m'évertue à tue en évitant de trop le faire couler : ça colle et les tâches sont impossibles à récupérer.


- Chochotte, fit Gia.


- On voit bien que tu n'as pas l'habitude de prendre soin de tes vêtements.


- Traite moi de clocharde aussi !


- Druide, clocharde, fit Rafaël, c'est un peu la même chose. Les druides sont les clochards des forêts.


- Ne me cherche pas, fit Gia en se levant.


Son visage était crispé et ses yeux emplit d'une fureur animale. Rafaël arrêta de jongler et regarda la druide dans les yeux, sans se départir de son sourire.


- Serais-ce une menace ?


Pour toute réponse, Gia grogna. Son visage sembla s'allonger, des poils commencèrent à masquer les tatouages de ses bras et ses ongles commencèrent à devenir des griffes acérées.


- Ca suffit, fit Jezabel en se mettant entre eux deux. Je vous rappelle que vous sommes dans le même camp.


Au prix d'un gros effort, Gia se calma.


- Evite tout de même de trop provoquer la bête, Rafaël, lança-t-elle.


Et elle sauta de la charrette. Jezabel se tourna vers Rafaël.


- Ne recommence jamais ça, siffla-t-elle, ça ne sert à rien !


- Ne t'en fais pas, elle ne m'aurait pas tué.


- Je ne préfère pas prendre le risque, fit Jezabel. Et ça ne devrait pas être à moi de régler ce genre d'embrouilles !


- Je suis désolé, fit Rafaël avec un air qui prétendait le contraire.


- Je m'en tape, lui retourna Jezabel en se rasseyant auprès de Joséfia.


- Ne te sens pas obligé de garder cet échange pour la postérité, dit Rafaël à Jaad'Nur. Après tout, ça ne concerne pas directement Jezabel.


Le génie leva son regard argenté.


- Certes, admit il, mais c'est important pour replacer le contexte. Et puis, ça met un peu d'action, c'est amusant.


Rafaël haussa un sourcil.


- Après tout, c'est toi l'auteur, fit il.


Et il se rassit, ressortit ses balles et recommença à jongler. Enfin, Ménéas se redressa.


- C'est réparé, annonça-t-il, on peut repartir.


- Parfait, fit Jezabel.


Gia, qui tournait autour de la charrette, s'arrêta.


- Et par où va-t-on ? S'enquit elle.


- Je vais vous guider jusqu'à mon village, répondit Joséfia en se redressant.


- Alors, en route, fit Ménéas en reprenant sa place.


Joséfia s'installa à côté de Ménéas, tandis que Gia remontait à bord. Elle jeta un regard noir à Rafaël.


- Je m'excuse, fit Rafaël en s'arrêtant momentanément de jongler.


- C'est oublié, fit Gia. Mais évite de trop me chercher à l'avenir.

Rafaël se contenta de sourire et recommença à jongler.

 
     

 
par RossBeef
le 23/09/2007
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