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Sujets concernés par ce texte : Fantasy
Type de document : Conte

     
 
 
Il faisait froid dans la vallée, et le vent au souffle de cristal amenait les premiers flocons de la saison des neiges.
Deux semaines...deux semaines que Morgano marchait, coupant par les bois et les rivières, voulant éviter à tout prix les hommes et leurs villages.
Le soir, quand la lune se découvrait dans le ciel étoilé, le garçon allait se blottir près d'un cours d'eau et il pouvait enfin dormir en paix, rassuré par le chant de la rivière et sa présence humide. Mais surtout, parce que près des eaux, lui l'enfant de Enwanel, la nymphe des rivières des landes, il entendait le murmure de celle qui lui avait donné la vie et pour l'enfant qu'il était encore, c'était mieux qu'un toit et une porte verrouillée.

Après avoir quitté les landes, l'enfant avait laissé Néa rejoindre les siens, lui rendant une liberté qu'il ne lui avait jamais totalement enlevée en fin de compte. La gazelle aux cornes d'or le remercia dans le vieux langage des sauvages que le petit comprenait, puis s'en alla vers le Sud tandis que Morgano continuait sa progression vers l'Ouest suivant les dernières paroles de sa mère.
Il se débrouillait plutôt bien comme vagabond errant. Marchant sans se plaindre et se nourrissant des plantes qu'il cueillait en chemin et des lapins qu'il tirait pour ses dîners. Le seul problème était qu'il devait toujours se situer à proximité d'une ressource aquatique, l'eau lui étant indispensable plus qu'à n'importe qui.

Les arbres le guidaient. Enwanel lui avait appris à leur parler et surtout les écouter, ce qu'il appliquait à merveille, demandant son chemin pour trouver le Sorcier Blendam dont il ne connaissait que le nom.
Les chênes lui indiquèrent les montagnes, et plus particulièrement le sommet d'Enda où selon les rumeurs des feuillages, un sorcier de ce nom vivait en ermite, recevant de temps en temps la visite d'humains qui lui demandaient conseils.
Morgano suivit cette route, se dissimulant au passage de chaque charette. Craintif, mais surtout haineux envers les hommes.
 
Au bout d'un certain temps, l'enfant trouva enfin la demeure du sorcier. Il était fourbu, épuisé par la longue et pénible ascension qui l'avait conduit jusqu'au seuil du vieil homme. Blendam le trouva là en ouvrant la porte, harassé et assoiffé, sur la pente des vivants et morts...Tout au long de la montée, l'eau s'était montrée absente et Morgano mourrait peu à peu.
Il leva les yeux vers le vieil homme, et sentant qu'il sombrait lentement dans l'inconscience, il lâcha dans un souffle étouffé :
 «  Enwahnel... »
Puis s'évanouit sur les pieds du sorcier qui plissa les yeux, faisant apparaître de nombreuses rides qui creusaient son front et ses joues. L'homme s'ébroua par mécontentement. Il faillit tout d'abord le laisser là, puis dans un soupir las, il le traîna à l'intérieur et claqua la porte derrière lui ce qui fit trembler sa vieille chaumière.
 
Morgano ouvrit les yeux, respirant avec difficulté, ses lèvres craquelées. Cependant, sa peau se trouvait légèrement humidifiée, et il sentait qu'on l'avait fait boire même si son organisme en réclamait encore.
La vue sur un plafond croulant sur ses poutres rongées par les mites, l'enfant tourna la tête vers sa droite pour découvrir une minuscule pièce de forme carrée, comblée par des tas de livres qui s'entassaient sous la poussière. Le seul meuble du lieu se trouvait être une petite table basse sur laquelle un vieil homme penché en avant, inspectait de nombreuses feuilles de papiers jaunies par le temps.
Il l'observa un instant, avec fascination et répugnance devant les cicatrices qui parsemaient la peau grisâtre de l'homme. Ses cheveux sûrement blancs au départ s'emmêlaient dans la sueur de sa nuque, dissimulée par une épaisse cape de laine rongée et déchirée.
Il douta d'être bien chez celui que sa mère avait nommé : le sorcier Blendam. A ce moment, le sorcier leva vers lui son regard sévère dans lequel brillait des lueurs de feux lointains.
 «  Ah tu es enfin réveillé ! »

Sur ces mots, il le dévisagea un instant puis reprit l'étude de ses parchemins.

Morgano se hissa en se mordant les lèvres, pour se retrouver adossé sur le tas de paille qui devait servir de lit à l'inconnu.
Il hésita, ne voulant pas troubler la quiétude du sorcier puis se lança :
 «  Vous êtes vraiment Blendam? Le sorcier Blendam ? »
L'autre ne prit pas la peine de lever la tête mais répondit d'un ton absent :
 «  Belle perspicacité mon garçon » se gaussa t-il en gardant un visage fermé.

Morgano fronça les sourcils, trouvant à son tour la question idiote. Il s'attendait à ce que le sorcier l'assaille de questions sur sa mère, sur lui, sur la forêt, mais ses parchemins semblaient plus importants que l'arrivée d'un gamin perdu.
Il se risqua à nouveau : 
 « Je suis le fils de Enwahnel...Elle m'a dit de venir vous trouver car on ne pouvait plus vivre dans la forêt des landes. Les hommes l'ont envahie. Ils ont tué Okolo et la plupart du peuple des bois. »
Le sorcier ne releva pas ses informations, il farfouilla dans sa paperasse, les tria puis les glissa sur une pile d'autres parchemins reliés ensembles avec du cuir. Morgano s'impatientait.
 «  Vous m'écoutez ou quoi ? » demanda t-il d'un ton agacé.

Sur ces mots, le vieil homme se retourna face à lui et le toisa d'un air sarcastique et dédaigneux devant lequel l'enfant se sentit étrangement petit. Sa bouche s'entrouvrit pour laisser s'échapper une voix cassante et autoritaire :
 «  Je pensais que ta mère t'aurait au moins inculqué quelques formes de politesses et de respect. Mais on dirait bien qu'encore une fois cette chère Enwahnel n'a pas décidé de me simplifier la tâche. Quelle petite nymphe rusée ! »
Sur ces paroles étranges, le garçon se leva d'un bond et tout en s'aspergeant le visage d'eau fraîche qui se trouvait dans une céramique à ses pieds, il demanda encore :

 «  Vous parlez par énigmes. Qu'entendez-vous par le mot "tâche" ? Et pourquoi ma mère voulait-elle que je vienne vous trouver ?
- Apprends mon garçon que je ne parle pas par énigmes mais juste le strict nécessaire dont tu as besoin. Quel âge as-tu ?
- Bientôt onze ans, mais vous n'avez pas répondu à ma question ? »

Blendam ignora sa remarque tout en contemplant l'enfant aux cheveux ébène et aux yeux plus bleus que le fond d'une rivière. Il semblait absent mais présent malgré tout et le sorcier en parlant, ne s'adressait pas réellement à lui.
 «  Cinq ans de retard...cinq misérables années...Enwahnel tu as voulu me tromper...
- De quoi parlez-vous ? Je veux comprendre, expliquez-moi ! »

Blendam revient subitement à la réalité, il jeta un regard foudroyant à l'enfant qui n'abaissa pas les yeux, le défiant même avec intrépidité. Le sorcier sourit et sortit de la demeure, suivi du garçon qui le harcelait de questions.
Le vieil homme parla d'un coup, le regard perdu dans le paysage montagneux qui s'ouvrait sous le crépuscule.
 « Cesse de poser des questions mon garçon. Ca a tendance à m'énerver profondément, et je ne suis pas un homme fréquentable quand je suis en colère. Tu arrives tard mais maintenant que tu es là, nous allons pouvoir commencer. »
Morgano écarquilla les yeux. Il ne comprenait plus du tout ce qui se passait, tout se bousculait dans sa tête.
 «  Mais commencer quoi à la fin ?
- Mais ton entraînement mon garçon. On ne devient pas un élémentaliste d'eau du jour au lendemain. »
 
 
     

 
par Semio De Labsos
le 13/08/2007
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