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Sujets concernés par ce texte : Fantasy
Type de document : Conte

     
 

Il a mal. Cette nuit, le rêve est revenu. Et comme d'habitude, il se réveille avec un grand mal de dos. Le rêve est toujours le même; le vent qui file sur son corps et qui fouette son visage, ses ailes puissantes qui battent au rythme de la vie du ciel, la sensation de liberté sans commune mesure. A chaque fois, c'est pareil. Il vole dans le ciel; l'horizon est sans limite. Il n'a d'autre destination que celle qu'il pourrais choisir mais, dans le rêve, il ne fait que voler et sa destination n'est jamais aperçue tant son plaisir est grand.

Pourtant, il ne sait pas si il s'en réjouit, de ce rêve. La douleur au réveil lui fait peur. Il doute. Il a peur de la douleur. Elle est si présente durant la journée. Et si elle venait à contaminer son rêve? C'est la seule chose qui lui apporte un peu de réconfort. Si il tient tout le temps que le soleil cruel, brûlant les terres que ses parents, ses frères et sœurs et lui cultivent avec tant de peine, se couche apportant la fraicheur de la nuit; c'est dans l'attente de son rêve.

Il faut dire que la vie est si dure. Depuis que l'Homme a lancé toutes ces bombes, toutes plus toxiques les unes que les autres, une grand partie de la civilisation a disparu. De nouvelles races sont apparues, tantôt d'une grande beauté, tantôt d'une laideur à faire peur. Mais toutes avec un point commun, un même but, une même envie: détruire ce qui reste de l'Homme. Ces nouvelles créatures Lui en veulent terriblement de les avoir fait telles qu'elles sont; monstres craints et hais de tous, obligés de vivre cachés en attendant leur heure. Elles crient vengeance. Parfois, il les comprend. Lui aussi, il en veut à ceux qui ont fait cela au Monde. Ces dirigeants stupides et bornés qui ont décidé de tout détruire pour satisfaire leur orgueil démesuré en prétendant agir pour le peuple. Tout le monde a dû payer à cause de leur inconscience. Oui, il les comprend, ces monstres qui crient vengeance et qui les haïssent.Le rêve disparait de son esprit peu à peu, comme une brume matinale. Le travail l'attend. La récompense sera bien maigre; une partie étant volée par les Créatures, une autre par un soi-disant seigneur sous prétexte qu'il les protège. Le peu qu'ils leur restent doit être partagé entre tous. La famille est nombreuse bien que beaucoup de ses frères et sœurs soient morts. Il ne sait combien. De toute façon, ls connaissance des chiffres et des lettres ont disparu. La survie plus que tout. Et savoir compter ou lire n'aide pas à vivre.

Le travail est dur. Parfois viennent des être mi-dragons, mi-hommes, descendants dégénérés et génétiquement modifié de ces créatures si nobles qu'étaient les dragons. Les contes les plus vieux parlent encore de leur noblesse. Ils sont mort en essayant de sauver l'Homme de lui-même. Leur échec et leur mort ont été les premières pierres de cet immense édifice qu'est la haine de l'Autre.Ces demi-dragons sont les pires de toutes les Créatures. Leur haine est sans égale. Leur raids, rapide et mortel. Ils sont craints et hais de tous. Quand un des leurs est tué, son corps est exposé puis profané de toutes les manières possibles et imaginables afin de venger les morts.

Et l'engrenage est remis en route.

La peur engendre la haine. La haine engendre la mort. La mort engendre la peur. Et ainsi de suite.

A cause de cette peur et de cette haine, il n'ose pas raconter son rêve. Il est pourtant sûr que ça ne ferai que du bien à tous, un si beau rêve. Mais depuis quelques temps, des prêtres sont arrivés. Ils ont amené avec eux la Religion. Une religion dure. L'Homme a péché et doit faire pénitence. Ils ont induit la suspicion dans le village. Avant, ceux qui subissaient des transformations dues aux radiations étaient tolérés. Maintenant, quicquonque est soupçonné de traiter avec ceux qu'ils appellent engeances maléfiques et abomination de la nature, voir d'être des leurs (ce qui est pensé pour ceux qui mutent) est méthodiquement torturé puis tué. Il risque la mort si il parle. Hier, ils en ont encore brûlé trois. Bientôt le village ne sera plus habité que par des morts et des prêtres. Peut-être est-ce leur but? Comme ça au moins, tout le monde sera absout, vu qu'ils se considèrent au dessus des pécheurs qu'ils côtoient.A cette pensée, il sourit. Il se reprend aussitôt; sourire est devenu suspect depuis l'arrivée des prêtres. Pour eux sourire signifie être heureux et comment peut-on être heureux quand on est un tel pécheur? Il regarde le ciel à l'horizon sans limite et soupire. Ca, au moins, ce n'est pas suspect. Pas encore. C'est vital et il faudra du temps et de la persuasion aux prêtres pour que le regard de ces rescapés n'aillent plus du côté du ciel.

Pourtant, il sait que ses raisons sont différentes. Il ne quête pas un ennemi. IL est attiré par le ciel, cet horizon sans limite où il n'y a que liberté. Il tente de rattraper les sensations de son rêve. En vain. Depuis quelques jours, la douleur de son dos s'est focalisée sur deux points, juste à côté de ses omoplates. Il a l'impression que deux branches s'enfoncent en permanence à partir de ces deux points. Une torture continuelle. Rester penché des heures à travailler la terre n'aide en rien. Peu à peu, il découvre qu'il a moins mal quand il se tient bien droit. Maintenant, il dort couché sur le dos. La douleur s'atténue dans cette position. Et le rêve est toujours là, léger réconfort dans sa vie.

Ce matin, le village s'agite. Les hommes en noirs, les prêtres, courent partout. Renversent les caisses. Eventrent les tonneaux. Entre dans les maisons, secouant les maigres couvertures. Ailleurs, un jeune garçon court. Il a mal au dos. Le souffle lui manque. Mais il doit courir. Sa vie en dépend. Dans son dos qui lui faisait si mal, jaillit deux petites protubérances. On le voit mal à cause de sa chemise mais une fois que les coutures auront craqués, une petite paire d'ailes sera visible pour tous. Sont-elles assez grande pour lui permettre de voler? Elles ont commencé à apparaitre voilà cinq jours. Elles sont encore petites mais on voit distinctement de quoi il s'agit. La première fois qu'il les a vue, une onde de joie l'a traversé. Il allait enfin pouvoir voler!  Son rêve prenait corps! Puis, très vite, la réalité est revenue. La peur. Si le village voyait ça, il était mort. Il a réussi à cacher sa mutation quatre jours. Tout est arrivé ce matin, le cinquième jours. Une vieille femme l'a percuté et a senti ses ailes. Avant qu'il ait pu faire un geste ou dire un mot, elle était loin. Hurlant au monstre.Tout est allé vite ensuite. Très vite. Les prêtres sont arrivés tels des corbeaux sentant un animal agoniser.

Maintenant, il court pour sa vie. Il halète. Ils l'ont retrouvé. Il perd ses forces tandis qu'eux se rapprochent de plus en plus. Pour tenter d'aller plus vite, il agite ses ailes. Il gagne quelques mètres qu'il perd rapidement. Il a été blessé. Ses parents lui on jeté des pierres. L'une d'elles l'atteint au creux du genou, minant peu à peu ses forces. Puis, le miracle. Il s'envole. Echappant ainsi aux prêtres. Le décollage est difficile, il monte, il descend puis remonte. Mais il s'envole. Finalement, il est trop haut pour qu'ils puissent l'attraper. A peine s'ils peuvent l'effleurer en sautant. Il rit. Quelques mètres encore et il est sauvé de la mort qu'ils lui destinent.

Soudain, il chute. Quelque chose de lourd le retient. La haine? La peur? Une douleur le traverse. La vengeance? La Religion ? Tout devient noir. Il s'évanouit. Seule la douleur reste et l'accompagne dans les ténèbres. Une fumée noire s'élève. Les gens chantent et dansent autour du feu. Même les prêtres s'autorisent un sourire. Le supplice a duré longtemps. De plus, il a survécu jusqu'au bout tant ils sont devenu bon dans cet art qu'est devenu la torture. Un monstre de moins.

Le visage est encore visible. Les yeux voilé par la mort depuis peu. Une mort affreuse d'après les stigmates encore visibles. Les flammes lèchent maintenant le bas de son dos. Les ailes ont brulé depuis longtemps, arrachées puis jetées aux pieds sanglants du jeune garçon. Malgré tout, son visage a beau être tordu par la douleur, un sourire extraordinaire l'illumine. Sa dernière pensée a été pour le ciel. Dans un ultime effort, il a levé les yeux dans sa direction. La mort est venue le prendre alors qu'un vent nouveau se levait.

La nuit est venue puis le soleil est revenu. En ce nouveau jours, les gens sortent peu à peu de leurs misérables masures. Encore groggy par la mort de celui qui était des leurs il y a quelques jours encore. Malgré la dure journée qui les attend, ils sourient en passant devant les restes fumants du cadavre. Etrangement, leur état de bien-être dure. Encore plus étrange; les attaques des Créatures se raréfient avant de disparaitre complètement. Le village commence à mieux vivre. La peur s'amenuise. Les moissons sont bonnes et ils mangent plus. Les moines en profitent pour s'en attribuer le mérite. La Religion gagne en puissance.

Malgré tout, la vie est meilleure. La civilisation revient petit à petit. l'Homme est sauvé. Pour un temps, du moins. Dans le ciel à l'horizon sans limite, invisible aux yeux des mortels, vole un être. Une étrange créature, aux magnifiques ailes blanches. Des ailes puissantes, battant au rythme de la vie du ciel. Pourtant, le reste du corps mérite aussi qu'on lui porte attention. Fin, élancé et surtout petit. Assez petit pour appartenir à un jeune garçon. Il a un visage au delà de tout. Il porte dessus les indices d'une grande souffrance, de celle que seul l'Homme est capable d'infliger. Et pourtant...et pourtant un sourire d'une grande bonté l'illumine. Même quand il déserte un instant ses lèvres, ce n'est que pour mieux se loger dans ses yeux.

Mais il revient toujours quand son regard se baisse vers le sol. Vers l'Homme. Ils ont beau l'avoir fait souffrir, il ne leur en veut pas. Il est comme ça. Il peut voler, ça suffit à son bonheur, pourquoi se souvenir de ce qui fait mal ? Pour eux, il a chassé les Créatures. Il les a convaincues de l'inutilité de leur haine. Maintenant qu'il est mort, il vole. Il sent le vent sur son visage et il l'entend siffler à ses oreilles. Il ne connait pas de mélodie plus douce. Maintenant, il n'a d'autre destination que celle qu'il choisi. Mais l'horizon reste toujours sans limite tant son plaisir est grand

Parfois, il revient vers son village. Son sourire se teinte alors de tristesse. Mais il continue à les aider de son mieux.
Eux et tous les autres.
Il est ainsi.
Il est ange.

 
     

 
par Visdal
le 03/07/2007
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