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Sujets concernés par ce texte : Fantasy
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Type de document : Essai

     
 
Escapade.

Pour une nuit et un jour

Je fut seule, perdu cette fois

Au milieu du fleuve et des bois

Mais un sauveur me porta secours.

                                                               Aileen
 

Lentement, et avec ardeur, Aileen s’extirpa des limbes de l’inconscience dans lesquelles le lutin l’avait plongée. Luttant comme si elle escaladait une montagne, elle émergeait, ouvrant les yeux, encore et encore. Ainsi, elle éveilla également la vive douleur sur le côté de son crâne. Elle se souvint enfin du dernier instant avant l’obscurité : la statue du lutin fonçant sur elle, son saut sur le côté pour l’éviter, le choc avec le mur. Puis là, sur un lit, dans une chambre plongée dans le noir, ses mains et ses pieds étaient retenus par des liens de chanvre enserrant ses poignets et ses chevilles. Lorsqu’elle leva sa tête bourdonnante de l’oreiller, elle remarqua que ses cheveux étaient collés entre eux et au drap par du sang séché. Mon sang séché ! réalisa t’elle. J’ai du m’égratigner en tombant.

Elle s’assit sur le lit, doucement tant sa tête tournée, et remarqua qu’il s’agissait de sa chambre, avec des braises finissant de se consummer dans l’âtre. Il faut que je me libère de ses liens, et que je m’enfuis. Elle se leva tant bien que mal, et s’approcha de la cheminée en sautillant. Chaque saut lui coûtait un élancement terrible vers l’oreille. Faisant attention à ne pas se brûler, elle posa sur les braises la chanvre retenant ses mains. Petit-à-petit, chaque fibre claquait, jusqu’à libérer ses mains. Plus facilement, elle retira la chanvre de ses chevilles. « Et maintenant, ma petite Aileen, se murmura t’elle ». Déjà, elle se couvrit chaudement, frigorifiée par l’atmosphère du manoir, et en prévision de sa fuite. Elle glissa sur son épaule, en bandoulière, son sac, puis tenta d’ouvrir la porte. Fermée, evidemment. Elle songea à l’enfoncer, mais, si même elle y parvenait, le bruit attirerait quelqu’un. Elle se tourna vers la fenêtre, mais l’étage était trop haut pour risquer un saut. Cependant la fenêtre de la pièce d’à côté était toute proche, visible dans la nuit claire. Elle se mit debout sur la corniche de la fenêtre, puis se colla au mur, se tenant de la main droite au cadre de la fenêtre. Du bout du pied gauche, Aileen chercha la bordure de l’autre fenêtre, puis quand elle l’eu trouvée, elle s’agrippa à son cadre de la main gauche. L’angoisse de la chute la pris, là, accrochée entre les deux fenêtres, oh Alvya, quelle idée ai-je pu avoir !  Courageuse, elle trouva la force, d’un mouvement de hanche, de basculer vers la bordure de gauche, se ratrappant comme elle put.

Après avoir cassé les carreaux, en priant que personne ne l’entende, elle entra dans un petit bureau lambrissé. Le propriétaire avait décoré ses murs de dagues suspendues. L’un d’elle, venant sans doute du Sud, plut à Aileen, qui la décrocha pour s’en faire une arme. Elle sortit, pour se rendre compte qu’elle n’était plus dans l’aile de l’Héron, mais dans celui du Cerf. Donc en descendant l’escalier, je serais devant la porte de sortie, il faudra que je cours. Effectivement, passant sous la porte du Cerf, elle n’avait dès lors plus qu’à courir vers la sortie. Pensant à Clémence, elle savait que le doute n’était plus possible sur son innocence dans la chute de la statue. Elle avait parlé de meurtre, et conduit Aileen ici comme prétexte. Sans doute même est-ce Ckain qui avait poussé le lutin. Ils préparent quelque chose. Mais pourquoi m’ont-ils laissée en vie ? Elle sentit une certaine colère envahirent ses membres. Ce qui la fit émerger de ses pensées. Comme prévu, elle dévala l’escalier et traversa le hall, qui résonnait du bruit de sa course. Elle aperçut même la statue brisée du lutin. Arrivée à la porte, celle-ci ne s’ouvrait pas.

Affolée, son coeur battait fort et vite, transformant ses maux de tête en douleurs insupportables. Elle est verrouillée ! C’est impossible, j’aurais du y penser. Réfléchissant, elle remarqua que le loquet était juste baissé. Le soulagement gagna Aileen quand la porte s’ouvrit enfin vers l’extérieur. « Petite garce ! » Interpellée, Aileen se retourna pour voir l’homme-tueur courir vers elle. D’instinct, Aileen claqua la porte au visage du tueur, puis prit la fuite à travers le bois. Elle courut, courut sans s’arrêter, complétement essouflée et perdue. Elle arriva après vingt minutes de course folle près d’une rivière, avec un embarcadère et une barque. Le lieu était plutôt tranquille, la lune se refletait defformée dans l’eau agitée de la rivière, et une brise froide pliait les jongs. Apaisée, Aileen reprit son souffle. Brusquement, elle se retrouva dans la terre vaseuse. Le tueur, hargneux et l’oeil fou, l’avait bousculée violemment.

« Je n’ai pas la pitié de Clémence, moi, cracha t’il. Je vais te crever comme les autres filles du Havre. » Il devint alors calme et froid, tenant tendu entre ses poings une fine cordelette. Lorsqu’Aileen comprit son sort en voyant l’objet de sa mort, elle s’obligea à rester calme, et sortit la dague de son fourreau. Alors que l’assassin se pencha sur elle, et en détournant le visage, celle-ci cria et enfonça l’arme dans son abdomen. L’homme n’avait pas vu le coup venir, et gémit longuement. Folle, Aileen retira l’arme, et la planta plus haut, sous les côtes, et poussa en se relevant. Le tueur s’écroula, la dague dans le ventre, et cracha du sang. Horrifiée, la jeune femme courut sur l’embarcadère et sauta dans la barque. La corde d’amarrage tomba à l’eau, et la perche s’enfonça dans la vase pour faire avancer la coque de noix. Aileen poussait toujours plus fort, et la barque descendait la rivière, éloignant l’aînée Fléseau de l’homme moribond. J’ai tué un homme, bon sang, et je l’ai frappé deux fois... Mais il voulait ma mort ! Pas comme Clémence...

Epuisée de pousser la perche et par la baisse de tension succédant à la peur, elle s’assit lourdement dans l’embarcation, puis, regardant les étoiles scintiller dans le ciel clair d’une nuit froide, elle s’assoupit. Cependant, jamais elle ne dormait, toujours réveillée par le froid, par un poisson qui plonge, une chouette qui la survole. Au fond de sa barque, elle attendit, emmitouflée dans ses manteaux, que l’aube se lève. Mais peu avant les premières lueurs, elle se rendit compte que son bateau prenait de la vitesse. Elle réfléchit alors que la rivière, immanquablement, se jetait dans l’Automne. Aileen se releva difficilement, toute courbaturée, puis replongea la perche afin de conduire la barque vers la rive. Or, le lit de la rivère était déjà trop profond, et Aileen se retrouva en peu de temps au milieu de l’Automne, puissant fleuve des Vaux Gris. Pourvu que je ne rencontre aucune galère remontant le fleuve, sinon, je coule. Et jusqu’à l’aube, sruveillant les ténèbres, elle n’en vit aucun. Et quand le soleil illuminait le haut des arbres, elle n’en vit aucun, comme si tout commerce s’était arrêté entre le Havre et Aval.

Découragée, Aileen songeait à combien elle était loin de chez elle, de son frère Ron, de ses parents, et même du Havre désormais. Le voyage, si excitant au départ, était au final chalonné de traîtrises et de dangers. Et là, assise dans sa coque de noix, elle attendait un imprévu, qui la rapprocherait d’une des rives. Mais les courants la maintenaient, possessifs, au milieu du fleuve. Quand le soleil fut à son zénith, elle avait croisé une dizaine de personnes, qui sur les berges, la regardaient comme une curiosité. Aucune d’elles n’avait réagi à ses appels à l’aide. Désappointée, affamée et exténuée, la jeune fille se posa sur le bord de la barque, caressant l’eau du bout de sa main, pensive. « En restant au milieu de l’Automne, j’arriverai fatalement à Aval, demanda-t-elle à son reflet. Et de là, je rejoindrai le Havre... Oh Grand-mère, quelle idée ai-je eu de te désobéir et de te décevoir. Je voudrai tellement que tu me prennes dans tes bras, ici, pour me rassurer ». Et elle resta là, commentant ses regrets à son reflet brouillé.

Aux alentours des deux heures après midi, Aileen sentit le canot changer de direction. Elle se releva du fond de l’embarcation pour comprendre que le fleuve se scindait en deux, dans un paysage moins vallonné que plus à l’Est. Le bateau, un peu chahuté, fut porté sur le plus petit bras de l’Automne, puis le courant s’affaiblit toujours plus, alors que les rives se rapprochaient. Aileen n’y croyait pas : « Un bras mort ! Je vais pouvoir quitter cette barque, et trouver de l’aide. » Après une demi-heure, l’embarcation s’échoua sur une grève de galet couverte de mousse, de branchages et de feuilles brunes. Tout autour de la jeune femme, qui descendit maladroitement du canot, s’étalait une forêt à l’ocre et aux roux vieillissants. La végétation envahissante prouvait que l’endroit n’était pas très fréquenté, au grand désarrois d’Aileen.

Pourtant son objectif était de rejoindre le port d’Aval, à l’embouchure de l’Automne. Il suffisait pour cela de suivre son cours, mais le bras mort avait conduit Aileen assez loin du fleuve, et elle se refusait à retourner sur ses pas. Elle s’orienta donc avec le soleil, vers l’Ouest, priant pour retrouver l’Automne. Aileen, se sentant ridicule au milieu des arbres immenses, s’enfonça dans la forêt, d’abord vaillemment, pleine de courage, puis plus hésitante, inquiétée par la pénombre des bois, plus épais au fil de sa marche. Celle-ci, par ailleurs, se révéla lente, car entravée par les buissons, les fougères et les arbustes.

Après un temps qu’elle ne sut qualifier, la jeune Fléseau comprit qu’il lui suffisait de suivre le parcours de la faune des bois pour se déplacer plus aisément. D’abord enchantée par le gazouillement des oiseaux, l’odeur douce et fraîche de l’humus et les couleurs d’automne de la forêt, Aileen sentit la faim, la fatigue et sa douleur lui peser toujours plus. Le désespoir la gagna, lorsque le soir venu, elle n’avait trouvé sur son chemin ni le fleuve, ni âme qui vive. La pénombre du lieu se transforma en oscurité, et la relative chaleur apportée par le soleil disparut lorsque celui-ci devint Vesper. Alors, le gazouillement des oiseaux laissa place aux bruits inquiètants d’un loup qui hurle au loin, des sangliers retournant le terre moins loin. Affligée, au bord des larmes, Aileen s’arrêta près d’une source, et s’écroula dans l’humus fraîche et humide. Seule et perdue, elle se laissa aller à ses émotions quand elle entendit un grondement proche d’elle. Une horde de sangliers ?! Un hennissement lui donna la réponse. Des chevaux ! Sans attendre, pleurant et criant, elle se précipita vers le bruit, giflée par les branches, trébuchant sans cesse sur les racines. Elle se retrouva soudain sur un chemin, sur lequel s’éloignait une colonne de cavaliers.

En détresse, Aileen hurla à se déchirer la voix, poursuivant en pleurant les cavaliers. Mais elle s’étala de fatigue dans la poussière, submergée par l’espoir en voyant un des cavaliers arrêter le convoie et brider son cheval pour revenir sur ses pas. L’homme s’approcha d‘Aileen et l’aida à se relever. A travers ses larmes, Aileen décrivit son sauveur, un jeune homme d’un vingtaine d’année, châtain. Ses yeux couleurs de brique, surmontés d’épais sourcils, captivaient la jeune femme. Soulagée, elle le serra dans ses bras. Lui, un peu géné d’abord, la consola. « Venez, lui dit-il. » Il la fit monter devant lui sur son cheval, puis rejoignit le groupe.

« Comment vous appelez-vous ? lui demanda t’il d’une voix chaude.

-Je suis Aileen Fléseau... dit-elle entre deux hoquets.

-De la maison de Valgrive ? Que faites-vous ici ? fit-il surpris. » Elle lui raconta sans détail son aventure, puis ce fut à lui de se présenter. « Je m’appelle Gillian. »  Arrivés vers les autres, un homme, l’arc dans le dos, demanda « Qui est-ce, monseigneur ? 

-Une demoiselle perdue que nous ramenons à Aval.

-Monseigneur ? Aval ? interromput Aileen.

-Hum, oui, je suis le second fils d’Eniard Griseaux, comte de la maison d’Aval. »

On expliqua à Aileen que Gillian revenait de chasse, pour une raison qui l’interpela : la naissance du fils du Duc, nommé Nathalien. Gillian regagnait donc Aval, afin de participer aux festivités du lendemain. Il expliqua que son frère Andréa était au Havre, mais la chevauché berça Aileen qui s’assoupit dans les bras du jeune homme.

Gillian la réveilla pour lui montrer sa ville : Aval, coupée en deux par l’Automne, s’étalait jusqu’à l’océan sous le regard ébloui d’Aileen. Eclairée par la lune et par ses propres lumières, le port scintillait, avec ses trois phares. Les grands navires étaient ballotés, tous alignés face aux quais, et d’autres gagnaient le port. « Ils se mettent à l’abri de la flotte de Fergard, murmura t’il .» Mais Aileen n’écoutait pas, captivée par le palais en construction sur une falaise au-dessus de l’estuaire. Si le château et le donjon étaient massifs, ce que Gillian nommait la Grande Galerie crevait le ciel étoilé de ses pinacles dentelés. Légère et élégante, cette Grande Galerie était ouverte sur le paysage de la ville par d’immenses baies percées dans les dentelles de pierres. Gillian lui expliqua que les travaux finissaient, après quinze années. Que seule la flèche, qui attendrait quarante-cinq mètre de haut, serait fini d’ici un an.

Après avoir traversé des ruelles, qui pour fêter la naissance, était très animées des chants des marins, des scènes de boisson et des bagarres conséquantes, les cavaliers furent accueillis dans la cour du château. Voyant Aileen affaiblie, le jeune Griseaux la porta directement dans une chambre et demanda à ce qu’on lui amène un repas. Il n’arriva pas assez rapidement, car Aileen avait déjà plongé dans un sommeil quiet et réparateur, sous le regard presque amoureux du jeune homme, qui la veilla jusqu’au matin.

Dans ses rêves, Aileen se battait avec Clémence, prenant la défense de ceux qu’elle aimait. Parfois, la blonde jeune femme du Nord prenait le visage d’Abaell, ce qui n’arrêtait aucunement les coups d’Aileen. Sur le visage de l’endormie, un sourire se dessinait. Là, elle rêvait du soir prochain, du bal qui sera organisé sous les verrières de la Grande Galerie, avec son sauveur...

 

 
     


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par Gabyel
le 14/06/2007
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