Doux instants fatals.
Dans mon bordel on m’apprit
A rester discrète et sourde
Au Havre d’Automne on le doit également
Mais personne ne me l’a dit.
Marta
La robe maculée de boue collait à sa peau, le manteau trempé lui pesait sur les épaules, ses bottes s’enfonçaient dans le sol rendu visqueux et glissant, et pourtant elle courait comme elle ne l’avait jamais fait. La peur lui donnait la force d’aller toujours plus vite, malgré les chutes douloureuses, les branches qui lui griffaient le visage, qui agrippaient ses cheveux de feu. Elle ne cessait de regretter sa curiosité, mais il fallait qu’ils sachent. Qu’elle se sauve et qu’ils sachent, tous.
Marta glissa encore une fois dans la boue, et s’effondra dans la vase. La chute lui coupa le souffle et l’énergie du désespoir. Désorientée, elle percevait toutefois les bruits de succion qui ponctuaient chaque pas de son poursuivant ; toujours plus proche. D’un geste nerveux et vif, l’homme lui agrippa ses cheveux roux et tira sa tête en arrière. Il va m’égorger, et s’en sera fini. Ni la peur, ni la douleur ne prenait le dessus sur son regret. La matinée avait été si douce pourtant, dans tes bras…
Si douce… Pour la belle rousse, la veille commença comme la veille avait terminée, dans les bras d’Edan. Leur chaleur commune était d’autant plus appréciable que régnait dans la chambre un froid d’hiver. Rien au monde n’aurait pu la dégager de l’étreinte de son amant. Rien au monde sinon rose Fléseau. Ainsi elle bouscula Edan, qui grommela, avant d’ouvrir les yeux, rieurs. « Vous êtes bien cavalière ! Jeune femme.
-C’est qu’en son temps, cela peut arranger mon seigneur, taquina t’elle, d’un regard entendu. Mais ma Dame, ce tyran, doit s’impatienter de mon absence.
-Tyran ? Quel grand mot ! Un point irrévérencieux d’ailleurs… fit-il d’un faux air outré. Je devrais vous punir, jeune femme, pour avoir oser déshonorer la mère de mon maître. » Habillée, Marta s’approcha d’Edan, encore au lit.
« Et un bon amant ne devrait-il pas me secourir du tyran, par hasard ? Comme un vrai chevalier ?
-Tiens ? Possible… Mais suis-je un bon amant, ma douce ? » Riant de ce jeu, il la prit dans ses bras par la taille et la fit tomber sur lui, dans le lit. Marta se débattit, un court instant, puis ils s’embrassèrent.
« Vraiment, je dois y aller Edan, se rebella doucement la jeune femme. Et toi aussi sans doute. » Elle se releva, prit les vêtements du jeune homme et les lui jeta au visage, avec un doux sourire. Elle ouvrit la porte puis sortit de la cellule, qui servait, depuis la construction du donjon, aux amoureux qui souhaitaient être tranquilles.
Elle passa de l’atmosphère frileuse du donjon à l’agitation du logis. Les délégations venues pour l’hommage au Duc et à l’enfant apportaient avec elles un flot de serviteurs, de dames d’atours. Une valse presque orchestrée par les ordres criés par ci, par là, animait le hall et les couloirs. Aux seigneurs et dames, que l’excentricité des costumes n’avait d’égal que leur ego, succédaient les laquais, en rouge et blanc, et les courtisans de basse naissance, aussi pauvre dans les habits que dans leurs manières. La compagnie des soldats est tellement plus simple.
Marta entra le plus discrètement possible dans le petit salon des Fléseau. Rose discutait avec deux femmes. La blonde semblait malade, sa pâleur étant accentuée par le bleu azur de sa robe. La brune, très belle, cachait mal derrière ses fars les cernes et les yeux bouffis, témoins de ses longues nuits à pleurer.
« Tiens, Marta ? s’exclama Rose. Maintenant que tu es là, il ne manque plus qu’une bouteille de liqueur sur cette table. »
La retardataire s’exécuta, fouillant les malles de la pièce adjacente. Je devrais m’estimer heureuse qu’elle soit dans un bon jour. Elle apporta et versa la liqueur ambrée dans trois coupes, qu’elle tendit aux trois femmes. Puis elle s’installa dans un coin, ajustant les habits de sa maîtresse. Celle-ci tentait en vain de calmer les inquiétudes de Dyane Asileus.
« Vous ne semblez pas vous rendre compte, Rose ! s’énervait Dyane. Ils ont peut-être ignoré Wyzen aujourd’hui, mais les navires de Fergard vont atteindre le détroit d’Aigue dans deux jours, tout au plus. Ils pourraient prendre Aval, et remonter jusqu’au Havre !
-Voyons, Dyane, commença doucement Rose, en lui prenant la main. Vous pensez bien que le Duc a fait relever les chaînes à l’embouchure de l’Automne. Aval possède deux forteresses, et quand bien même ils passeraient les chaînes, il leur faudrait une grosse journée et toute la force des rameurs et du vent pour gagner le Havre en remontant le fleuve. Nous aurions le temps de réfléchir à notre défense, à la contre-attaque.
-Ah oui ? répondit sèchement Dyane. Et saviez-vous que la flotte d’Aval envoyée à Wyzen est maintenant derrière celle de l’empereur. Qu’un amiral incompétent n’a pas réussi à faire demi tour à ces navires quand les flottes se sont croisées. Ah ils doivent bien rire en ce moment à Sise. Comme au Cyn et à Entreaux d’ailleurs, car nous n’avons reçu aucun message de soutient de leur part.
-Mais nous ne sommes pas en guerre, intervint calmement Deirdre Orpad. Nous sommes une nation forte.
-Oui ! Une nation forte dont la plupart des barons sont là, à attendre que l’enfant pousse son premier cri. Depuis le début, j’ai été contre ce rassemblement stupide. »Elle laissa planer un silence. « Et mesdames, ceci est un secret, mais l’enfant devrait naître d’ici à deux jours. Si Léorn l’apprend, il pourrait en profiter pour attaquer les Vaux Gris pendant que nous serons à nous extasier devant le nourrisson.
-Je sais que vous êtes angoissée pour votre époux, reprit Rose plus durement. Ce n’est cependant pas une raison pour tomber dans l’irréalisme. Léorn sait qu’Owena est presque à son terme, mais comme tout le monde, Owena comprise, il ignore quel jour. Il peut s’en douter, mais le premier caprice d’un enfant est celui de choisir le jour de sa venue au monde. Et qui pourrait bien l’informer de l’état de notre Dame ? Moi-même, je ne peux pas me rendre à son chevet. »
La question suspendit le débat, alors qu’Aileen, suivie par une jeune femme blonde, entra dans le salon. Marta sourit à sa jeune maîtresse mais celle-ci garda son air préoccupé.
« Ah Aileen ma petite ! s’exclama Rose. Tu daignes donc te joindre à nous pour aujourd’hui. Marta, je te prie, vas donc chercher quelques autres brioches, et vite. Allons, ma chérie, assoie toi avec ton amie et … »
Marta sortit de la pièce et descendit aux cuisines. Perdue dans ses pensées, songeant à Edan, elle failllit trébucher sur quelque chose qui se faufila entre ses pieds. Alors qu’elle cherchait son équilibre, une fillette fonça sur elle. Elles se retrouvèrent toutes les deux à terre, quelques gâteaux étalés sur le sol. Marta, d’abord agacée, se fendit d’un sourire lorsqu’elle reconnut le visage espiègle de Sybille.
« Et bien, jeune demoiselle, que faites-vous encore à vadrouiller ainsi ?
-Marta ! Souria Sybille. Et bien je cherchais Neil, et je te cherchais aussi.
-Et bien me voici, de manière fracassante.
-Oui ! Ria la fillette. A vrai dire je cherchais des adultes, donc toi, pour m’accompagner jusqu’à mon trône dans la colline. Je voudrais y emmener Neil et Sharah. Je me suis promis de faire revivre le bonheur de Sharah, alors, j’ai pensé que ...
-Je veux bien t’y accompagner, petite Sybille, dit tendrement Marta. Mais ta grand-mère risque de s’y opposer.
-Et bien... songea t’elle. J’avais promis à Edan de lui montrer mon royaume de là-haut, alors si un soldat vient avec nous, Grand-Mère acceptera sûrement.
-Sans aucun doute, si Edan vient... » Finit Marta, une idée derrière la tête.
Sans oublier de passer aux cuisines, Marta et Sybille s’empressèrent de remonter au salon. Une balade dans les bois avec Edan, que c’est excitant... En approchant de la pièce, elles virent Clémence. Et Sybille tourna au coin du couloir. Lorsqu’elles entrèrent dans le salon, l’atmosphère était lourde, Rose tremblait d’énervement, et les deux autres femmes restaient muettes, comme interdites. Sybille se précipita vers Rose.
« Grand-mère, tu me permettrais que...
-Fait ce qu’il te plaît Sybille, répondit sèchement Rose, le regard absent. Mon autorité n’a plus de force pour ce temps, ni mon avis après tout. » Sans un mot de plus, elle se dirigea, défaite, vers sa chambre, oubliant de saluer ses amies. Marta, surprise, observait Sybille, qui oscillait entre la joie de faire selon ses caprices d’enfant, et la peine de voir sa grand-mère chérie complètement abattue. Puis finalement, toute excitée, elle prit la main de Marta : « nous allons tellement bien nous amusés aujourd’hui, tu te souviendras de cette journée. »
La forêt était triste et silencieuse, et le temps rendait l’atmosphère grise et humide. Mais les rires de Sybille et de Neil, et la certaine joie qu’affichait Sharah faisait de cette promenade un doux instant. Il avait été difficile de réunir tout le monde avant le départ. Neil apprenait les rudiments de la médecine avec Amboise, Edan aidait aux réparations des dégâts dus à l’orage, et Sharah n’avait pas été facile à convaincre, mais une promesse la liait à Sybille.
Marta trouvait à Sharah une très grande beauté pour son âge, ce qui rendait, selon elle, sa cécité d’une plus grande cruauté. Toutefois, si elle avançait lentement, elle se gardait de demander de l’aide à quiconque, même si de temps à autre, Edan la portait pour les passages escarpés.
Sybille guidait le groupe dans cette forêt, présentant par son nom et son grade ses « amis » de pierre, membre de sa cour. Mais la neige, encore présente à certains endroits, cachait les statues qui servaient de repère à Sybille. Il leur fallut donc plus d’une heure pour atteindre le sommet de la butte. Quand le trône fut en vue, Sybille et Neil se mirent à courir, en hurlant « c’est le mien, c’est le mien ! », tandis que Sharah tentait d’accélérer le pas, en criant « attendez-moi, attendez-moi ».
Marta et Edan, eux, ralentirent. Le jeune homme embrassa son amante, tendrement d’abord, puis Marta y mit plus de passion. Elle se sentait submergée par le désir, mais une petite enquiquineuse vint troubler leur étreinte. « Il faudrait trouver un moyen d’être tranquille, susurra Marta à Edan.
-Edan ! Edan ! fit Sybille, essoufflée par sa course. Tu es mon chevalier, tu dois donc terrasser Neil, qui a prit mon trône et règne en tyran sur mon royaume. »
Sur ce, sans qu’il n’ait eu le temps de protester, elle le prit par le bras, et le tira jusqu’au sommet. Là, entourée par les pierres dressées, sur le trône de granit, se trouvait l’intrus. Mais Neil était en train de céder sa place à la seule héritière des Vaux-Gris. Sharah montait sur le siège et s’y assis, prenant un air royal. Chacun resta subjugué par l’apparence hiératique de la jeune princesse. A ce moment, un vent fort libéra le soleil de sa prison nuageuse, irradiant le lieu de lumière, donnant à cet instant un aspect irréel. Sharah sourit alors, excitée. « Comment me trouvez-vous alors ? Suis-je faite pour être reine ? Ou pourquoi pas impératrice ?
-Assurément, ma Dame, affirma Edan, lui baisant la main, un genou à terre. Je suis à vos ordres.
-Très bien.
-Si j’ai un conseil, ma reine, commença Marta, rentrant dans le jeu. Vous serait-il plaisant de jouer à se cacher ?
-Oh oui !! s’écria Sybille. J’adore y jouer.
-Mais, c’est que je ne peux pas... fit tristement la reine aveugle.
-Je resterai avec toi, Sharah, proposa Sybille. Nous allons nous cacher ensemble, Neil et Edan tous les deux séparément. Et Marta, comme c’est toi qui à proposer le jeu, tu devras nous trouver. »
Ainsi fut-il fait. La belle rousse se mit contre un menhir pour compter, et les autres allèrent se cacher dans les bois, en riant. Je vais trouver les trois enfants en premier, puis j’irai retrouver seule Edan, pour être tranquille. Pendant qu’elle comptait, les nuages cachèrent de nouveau le soleil, et un vent frais la fit frissonner. Après cinquante-neuf, elle fit semblant de compter, ne sachant pas aller au-delà. Puis elle releva la tête, et se mit à chercher du regard dans quelle direction elle irait en premier. Elle prit donc un Sud, et s’enfonça dans les bois, toujours aussi silencieux.
Silencieux du bruit des oiseaux, mais le vent agitait la frondaison des arbres, les bois s’entrechoquaient, parfois violemment. L’obscurité grandissait alors que les cieux devenaient toujours plus menaçants. Marta trouvait que l’atmosphère angoissante du lieu ajoutait de l’excitation au jeu. Elle pensait d’abord trouver Sybille et Sharah, à cause de l’infirmité de la princesse. Mais elle ne trouvait aucun indice du passage des jeunes filles, ni de Neil ou d’Edan. Je devrais peut-être arrêter de descendre, ils ne sont sans doute pas allés aussi loin. Mais elle se rendit compte qu’à force de regarder le sol à la recherche d’indices, elle n’avait pas fait attention à son chemin. Bah, il suffit de suivre la pente vers le sommet.
Elle commença donc à remonter lorsqu’elle entendit du bruit plus bas. Ah finalement, si ce n’est pas un animal, c’est peut-être eux. Elle suivit donc le bruit, qui en s’approchant se transforma en voix. Mais il s’agissait de deux voix d’hommes, adultes. Elle se dirigea sans bruit vers eux. Elle reconnut tout d’abord le viel Amboise avec sa béquille. Mais que fait-il là, celui-ci ? En face, elle vit un autre homme blond, mince et nerveux, qui lui rappelait vaguement quelqu’un.
« ... l’herbe que j’ai demandée ? Parla le blond. Tu ne me trompes pas ?
-Oui je l’ai, celle qui provoque des crises de folie. Mais avant de te la donner, je veux être certain que mon fils vit !
-Je t’ai apporté la béquille qu’il a fabriquée après la bataille, pour fuir. Que veux-tu de plus vieillard ? Aller, donne moi l’herbe et je te dirai où il se cache.
-Je... » Amboise sortit un sachet de sa besace. « Mais qu’allez-vous en faire, de cette herbe ? Trancha le médecin, hésitant.
-Laisse, ça ne te regarde pas, et donne moi cette herbe !
-Mais à trop forte dose, elle peut provoquer la mort ! Ou des folies meurtrières, s’inquiéta t’il.
-Donne ! Hurla l’homme en mettant la main sur son épée. » Marta s’accroupit dans les buissons, en mettant la main devant sa bouche, afin de retenir son souffle qui s’emballait.
« Mais vous ne saurez pas l’utiliser, s’emporta Amboise
-Que trop bien, vieillard ! » L’homme dégaina son épée et transperça le médecin. « Tu voulais revoir ton fils ? Susurra t’il à Amboise en tournant l’arme dans la plaie. Et bien, il t’attend de l’autre côté...
-Com-ment... »
Marta vit le corps du vieil homme s’écrouler au sol, éructant une gerbe de sang. Des convulsions agitèrent la jeune rousse alors que l’inconnu nettoyait son arme sur les habits du cadavre. Il prit le sachet d’herbe et le glissa dans l’un des sacs que portait son cheval. Alors que Marta se relevait lentement pour fuir, le tueur se retourna et leurs regards se croisèrent. L’homme se ressaisit le premier : « oh ma jolie, ne bouge pas. On se connait tous les deux. Tu sais que cela fait deux jours que je te cherche partout.
-On... on se connait ? L’interrogea t’elle, en reculant alors qu’il avançait vers elle.
-Et bien oui, beauté rousse. Tu es celle qui nous a surpris dans la salle d’audience, une nuit. Tu sais que par ta faute, d’autres filles sont mortes ? » Une folie calme illuminait son regard. « Je les ai tué pensant que c’était toi. Alors maintenant que tu es là...
-NON ! »
Marta fit volte-face pour grimper la butte afin de retrouver Edan le plus vite possible. Mais le tueur était plus rapide et agile, il l’attrapa par la taille. Elle se retourna, un branche à la main, et le cogna à la tête. Une fois, deux fois, puis il lâcha prise en jurant. Elle descendit alors la colline, prenant la direction du Havre. Là bas, je me cacherai, on me protègera. Elle courut donc comme jamais, ne se souciant ni des griffures des branches, ni de la boue qui maculait sa robe ou ralentissait sa course. Elle sauvait sa vie, qu’importait le reste. La pluie se mit à tomber, à verse. Le sol glissant toujours plus, elle chuta. L’homme la rattrapa. Elle se releva, mais chuta encore, et encore. Le tueur lui prit les cheveux et tira sa tête en arrière.
« Pitié, réussit-elle à dire entre deux sanglots.
-Pitié pour qui ? Enragea t’il. Pour toi, sale catin ? Crève oui ! »
Elle trouva dans la boue une pierre, qu’elle lui envoya dans le genou avec la force du désespoir. L’assassin d’Amboise hurla et relâcha Marta, qui rampa dans la boue avant de fuir en courant. Pour Marta, le cauchemar prenait fin, la poterne du château était presque visible derrière les arbres, toujours plus clairsemés.
Mais une douleur intense et soudaine lui déchira l’épaule, et elle tomba de nouveau, à genoux, gémissant et pleurant. Non, je vous en prie, Mère de tous, sauvez moi. Moins rapide, en boitant, l’homme arriva et retira le poignard qu’il avait lancé de l’épaule de Marta. Fébrile, elle restait à terre.
« Alors, tu souffres ? Jubila-t-il. Ne t’inquiète pas, mignonne, je ne vais pas t’égorger. » Marta releva la tête, le visage crispé, croyant presque à ces derniers mots. « C’est... vrai ? Osa-t-elle murmurer.
-Bien sûr. » Il fouilla dans son sac et en sortit une corde. « Je réserve un autre sort au catin de ton genre. » Il la plaqua au sol avec son genou valide, et lui glissa la corde autour du cou. Marta hurlait et se débattait malgré la douleur. Puis l’assassin la traîna au sol, l’étranglant à moitié, elle essayant de desserrer la corde. « Ne soies pas impatiente, tu vas voir, c’est presque sans douleur.»
Il lança la corde par dessus la branche d’un chêne et tira, tira, jusqu’à ce que Marta s’élève du sol, en agitant les pieds, cherchant un appui. Ses mains tentaient en vain de retenir la corde qui se serrait toujours plus. Elle eut alors l’idée de s’accrocher à la corde au-dessus, mais ses bras n’en avaient plus la force. Ses convulsions se calmèrent en même temps que l’air quittait sa bouche, que la vie échappait à son corps. Cette délivrance… C’est fini ? Le galop d’un cheval accompagna ce dernier instant, si doux …