La main levée, le regard fier, le corps droit et l’esprit calme. Mara se tenait face à la tribune Impériale sans même voir l’Empereur. Il devait sûrement boire du vin de la meilleure cuvée avec des grappes du meilleur raisin attendant que le sang coule pour se divertir de la mort des autres. Mara s’en foutait. Tout ce qu’il voulait c’était voir le sang de son éternel concurrent, Utay. Après la salutation du chef de l’état, celle des combattants. Ils se prirent le poignet à la façon guerrière et se choquèrent l’épaule. A ce moment là, Mara voulut prendre la parole et glisser un mot désagréable pour énerver son ennemi mais rien ne lui vint à l’esprit. Il entendit pourtant Utay lui dire adieu. Il en fut surpris et touché. Cette parole eut même des effets inespérés et surprenants.
Dégainer, un mouvement que Mara maîtrisait parfaitement. Il l’avait réalisé des centaines de fois. A chaque début de duel, il avait prit son épée pour la sortir de son fourreau. Cela faisaient quatre années qu’il était devenu gladiateur. Cela faisaient quatre années qu’il jouait avec la mort une fois par mois. Cela faisait quatre années que son arme fusait de son fourreau pour faire ses ravages. Pourtant, cette fois-ci il eut du mal et fit grincer sa lame. Il se sentit ridicule quelques secondes seulement après l’afflux de fierté qu’il avait senti en lui.
Il regarda Utay et vit qu’il se tenait déjà prêt à l’attaque. Ne voulant plus attendre plus longtemps, Mara sauta en avant. Son épée fusa de taille vers les côtes plus pour tester son ennemi que pour le blesser. La lame ennemie para facilement et riposta avec une botte spectaculaire qui attaqua d’estoc pour finir à trois centimètre du ventre de Mara. Il venait de parer l’attaque fulgurante de manière désespérée. Il savait maintenant que le combat serait bien plus difficile qu’il ne le croyait. Il regretta tout de suite d’avoir attaqué en premier.
Reculant pour se mettre à l’abri des attaques furieuses d’Utay, Mara se rendit compte que le regard de son adversaire ne laissait rien transparaître alors que son cœur battait la chamade. Il sut alors que l’issue du duel serait sans équivoque. Alors qu’il pensait, une entaille apparût à sa poitrine d’un coup d’estoc qui avait pénétré son gilet en cuir. Mara se demanda alors pourquoi il n’avait pas mis son plastron. Il aurait facilement évité cette blessure gênante et importante pour le mental. Il avait voulut rester léger avec du simple cuir. Il le regrettait.
Il remarqua alors que le public s’était levé pour acclamer la première goutte de sang et malheureusement pas la dernière. Ils ne virent pas la larme. Il sentit la rage le gagner. Il voulut lutter contre mais il n’y mettait pas de cœur. Un peu plus de force ne ferait pas de mal. Un sentiment de haine parcourut tout son corps jusqu’au bout de ses ongles. Il pensa appliquer une botte qu’il connaissait depuis bien longtemps grâce à laquelle il avait tué bien des grands bretteurs. Coup de taille, glisse le long de la lame, coups de taille inverse, tournoi des lames, coups de poignet, bloque l’arme ennemie, coup de coude suivit d’un coup d’estoc en plein cœur.
La joie se lisait dans les yeux de Mara. Il avait exécuté la botte de façon experte. Il apercevait même Utay au sol. La réalité le frappa pourtant de pleine face. Il n’avait pas sentit sa lame trancher la chair. Le temps se figea alors. La peur envahit l’esprit de Mara engloutissant la joie. La lame d’Utay fusa et se planta dans sa cuisse. Criant de douleur, l’infortuné s’écarta se traitant de tous les noms pour avoir cru pouvoir tuer le grand Utay d’une simple botte. Il regretta alors d’avoir laissé sa rage le submerger.
Dernière manœuvre probablement, Mara passa à l’attaque d’un simple coup taille écartant l’épée ennemie et son poing partit pour brasser l’air. Utay avait anticipé son coup et venait de riposter taillant le bras gauche. Mara pleurait à chaudes larmes. Il s’était cru tellement invincible quelques jours plus tôt qu’il se sentait maintenant comme un débutant dans le métier. Des gouttes de sang coulaient sur son ventre, sur sa jambe et sur sa main. Laissant pendre mollement son bras gauche, Il décida de tenter le tout pour le tout. Il le regretta avant même de passer à l’action.
La lame entama l’épaule droite de Mara. Celui-ci sentit une vive douleur transpercer tout son bras. Encore la même douleur qu’il avait endurée pendant les dernières minutes. Cette blessure eut pour effet de faire tomber son épée au sol. Il sentit alors des gravillons lui rentrer dans les genoux. La poignée de son arme était à portée de main. Mara était à genou. Il fixait son épée, mais ne fit pas mine d’aller la chercher. Il remarqua l’ombre d’Utay qui était derrière lui. Mara se fit tomber en avant, mais ne fit rien pour amortir sa chute. Il se racla la moitié droite du visage. Ses autres blessures étaient bien plus douloureuses. Mais même elles, il ne les sentait pas.
Il se revit boire la veille avec ses amis pour fêter le combat. Utay était un grand gladiateur. Mara aussi était un excellent bretteur. Ils avaient tous deux été repérés au même moment. Ils avaient grimpé les échelons en parallèles dans le sable des arènes. Le public les aimait tous deux, mais il n’arrivait pas à se mettre d’accord sur lequel était le meilleur. Jusqu’au jour où il fut décidé d’organiser leur rencontre. Mara en avait été heureux. Il le regrettait car il se battait maintenant avec la mort.
Il reprit ses esprits. Il se tenait debout, l’arme à la main, face à Utay. Mara compris qu’il ne voulait pas le rabaisser en le tuant au sol. Ce n’était finalement pas un homme si mauvais. Mara se demanda alors s’il aurait fait la même chose. En y réfléchissant, il se vit le décapiter au sol et faire un tour de piste avec la tête tenu par les cheveux. Il allait pourtant mourir dignement alors qu’il ne le méritait sûrement pas. Mara se rappela qu’il n’avait jamais parlé à son concurrent et qu’il ne l’avait jamais vu en dehors des sables de l’arène. Il le regrettait car ils auraient pu s’entendre.
Il revint à la réalité. Il se trouvait toujours debout, l’arme à la main, mais Utay n’était plus dans son champ de vision. Il chauffait le public, il hurlait, il levait ses bras et le public lui répondait. Mara en profita pour se remémorer la prostituée qu’il avait louée la veille au soir. Elle lui avait été conseillée par un ami. Il ne lui avait pas demandé son nom. Il le regrettait car elle avait été belle et elle lui avait donné beaucoup de plaisir.
Il rouvrit les yeux. Utay était revenu devant lui. Il se préparait à donner le coup de grâce. Mara se doutait qu’il profitait de son heure de gloire. Il vit pourtant que son adversaire ne souriait pas. Au contraire, il paressait presque triste. Il prit son épée à deux mains. Il mit sa pointe sur la poitrine de Mara, face au cœur encore jeune de vingt-quatre printemps. Celui-ci fixait bêtement la pointe de l’épée sans vraiment la voire. Jusqu’au moment où elle disparu sous la chaire. Mara eut un pincement au cœur, entendit les hurlements de joie du public, puis rien. Il mourut avant d’avoir pu faire quelque chose de sa vie. Il le regrettait.