Je ne suis pas l’auteur de ce texte. L’auteur est ma petite amie, elle a décidé de le soumettre à votre jugement. Puissiez-vous l’apprécier.
Chapitre I
Voilà comment tout à commencé... Titia m’avait invitée à l’une de ses fêtes, première fois depuis deux ans. Cela faisait bien longtemps que nous ne nous parlions plus. « Viens à la fête, pour une fois que t’es invitée ! Didrick vient lui aussi. » Avait-elle ajouté.
Didrick... cause de toutes mes joies et malheureusement aussi de toutes mes peines. Je ne savais pas quoi faire. Seulement, même si je ne voulais pas réellement y aller, c’était ma seule chance de parler à Didrick. L’envie fut plus forte que la raison.
Quand je suis arrivée chez mademoiselle Fanfreluches, c’est Alfred, le majordome, qui m’a ouvert. Enfin quand je dis qu’il m’a ouvert, il a plutôt poussé le bouton de la « super télécommande que mon père m’a achetée ! ». Je croirais encore l’entendre celle là « Il l’a ramenée du Japon. Elle contrôle tous les appareils qui fonctionnent avec une télécommande. » Dommage qu’elle ne puisse pas abaisser le débit de ces bêtises que tu ne peux empêcher de sortir de ta bouche ! Stupide !
Bref lorsque j’ai franchi le seuil de la porte, tous les regards se sont tournés vers moi. Pour une fois « Mademoiselle » comme l’appelle les autres, n’était plus le principal centre d’intérêt. Moi Sabat, 1m60, 53 kg, âgée de 15 ans et 10 mois, j’étais le principal centre de... moquerie. Oui, malheureusement, j’avais commis l’ultime erreur à ne pas commettre à savoir : m’être laissée guidée dans le bazar du grenier par... ma Mère ! En effet, « Pour une fois que ma petite pupuce va à une surprise-party, il faut qu’elle soit toute belle ! » L’enthousiasme de ma merveilleuse maman m’étonnera toujours. Enfin, j’étais habillée et maquillée comme pour un défilé des créations de Paco Rabanne. Malgré les railleries je m’expliquai :
« - Je pensais que c’était une soirée costumée.
- Evidemment que c’en est une, mais le thème était les groupes de rock ! Pas les voitures volées !
- Mais c’est l’un des costumes de scène de... du groupe... Oh ! Je ne me rappelle plus le nom.
- Mais bien sûr Sabat, allez rentre, tu connais le chemin de la salle de bain. »
Plus antipathique que jamais, Titia me fit entrer. Je montai à l’étage sous les yeux de ces idiots en train de se trémousser sur de la techno.
En entrant dans la salle de bain, je vis le magnifique miroir panoramique. Les meubles étaient en marbre, entourés de bleu. A l’extrémité de la pièce on distinguait derrière un paravent l’immense baignoire, et en face, les cabinets, bleus, eux aussi. En définitive, toute la pièce était plongée dans une ambiance marine, un mélange de blanc cassé et de bleus. J’ouvris le robinet. L’eau jaillit comme d’une fontaine. Je rejoignis mes mains sous l’eau afin de pouvoir me rincer le visage. J’entendis frapper à la porte :
« - Mademoiselle, je vous apporte une serviette et de quoi vous remaquiller. C’est Mademoiselle, qui l’a demandé.
Les domestiques de Titia on toujours eu tendance à en faire trop.
- Entrez, je vous en prie. »
Une jeune femme entra, elle était rousse avec des tâches de rousseur et des yeux bleus. Habillée comme on l’imagine dans les films : une robe noire, avec un tablier et un col blanc. Ses cheveux étaient ramenés en un chignon sévère qui allait se défaire dans quelques instants. Je pris la serviette qu’elle me tendait. Je m’essuyai, impatiente d’enlever tout ce maquillage de fête. Je me regardai à nouveau dans le miroir : je ne vis qu’une fille sans grand intérêt. La domestique déposa le nécessaire à maquillage à côté du lavabo. Je la remerciai et fermai la porte.
Je commençai par regarder les objets. Tous étaient de grandes marques. J’entrepris de ne me mettre que du crayon noir et du mascara. Néanmoins le rouge à lèvre « rose irisé n° 6 » me séduit.
Après avoir rangé le nécessaire, je descendis dans le salon qui, lui, était plongé dans une atmosphère de rose orangé. Des murs d’un blanc immaculé et une moquette orange clair. Il y avait des couples, sur les sofas, des verres de punch dans les mains ou posés sur la table basse. Je ne pus m’empêcher de remarquer qu’ils avaient tous l’air débile, niais. L’air d’être amoureux, j’eus alors un pincement au cœur. Je continuai, j’arrivai dans la cuisine où le buffet était installé.
Là, par contre, pas de vrais couples, justes des ados dont les hormones encore instables cherchaient de la compagnie pour la nuit. La cuisine, toute de vert et jaune parée, était la pièce la plus petite. Soudain j’entendis distinctement une voix à travers le brouhaha :
« - Un verre de punch, oui s’il te plait. Merci. Et sinon à part servir, tu fais quoi ? »
Je la reconnus dès les premières intonations. Je me retournai : Didrick était là, la chemise hawaïenne bleue ouverte, laissant voir sa peau bronzée. Il avait mis son baggi beige, celui que je préférais. Il avait repris son verre, il allait quitter la cuisine. C’était ma seule chance de lui parler. Je m’avançai, un peu plus vite. Il m’avait tourné le dos pour sortir :
« - Didrick ! »
Je n’étais qu’à deux pas de lui. J’étais si prés ! Trop près malheureusement, lorsqu’il se retourna en entendant son prénom la main avec laquelle il tenait le punch me frappa le ventre et le verre se renversa sur nous.
« - Oh ! Je suis désolée, vraiment. Excuse-moi. »
Je me confondais en excuses, tout en attrapant à la hâte des serviettes de papier posées sur la table de bois. Il en avait partout, sur les bras, la chemise, le baggi et le ventre. Je n’en avais que sur le bas du ventre, deux ou trois petites tâches. Je commença à l’essuyer, à ma grande surprise il fit de même, en essuyant mon haut disco :
« - Non, c’est ma faute je suis affreusement maladroit ce soir : c’est le troisième depuis le début de la soirée. Merci, ça va aller. C’est gentil.
- De rien, c’est normal.
Je devais avoir l’air d’une cruche.
- Viens, je vais aller me chercher un autre verre. Je t’en prends un aussi ?
- Oui merci.
- Oui, encore moi. Deux punchs cette fois-ci, please.
Il avait l’air tellement sympathique. Puis en se retournant vers moi :
- Sympa ton haut.
- Ah ! Tu aimes ? C’est un vieux truc que j’ai retrouvé dans mon grenier.
- Oui, je vois ça. Ma mère en a des comme ça. Moi je trouve ça particulièrement ringard. Mais si tu aimes, c’est ton choix. T’assumes, c’est génial. »
J’étais totalement démontée. Je venais de gacher ma seule chance d’avoir une réelle conversation avec Didrick, à cause de ma garde-robes ! Ou plutôt de la garde-robes de ma mère. C’est à cet instant précis que j’entendis la voix pour la première fois : Moi je te trouve ravissante comme ça. Je croyais que je devenais folle. Ce ne pouvait pas être Didrick, il riait avait celui qui servait le punch. Je regardais par la fenêtre : c’était la pleine lune ce soir là. Rien de particulier. Viens avec moi. Je me retournai. Personne. Je me dirigeai vers le hall d’entrée où se trouvait la piste de danse. Soudain je sentis une main sur ma hanche :
« - Pourquoi tu t’es sauvée ? Je ne voulais pas te vexer. Tiens, voilà ton verre.
C’était Didrick, encore et toujours avec son magnifique sourire.
- Merci. Je ne me sentais pas très bien. On danse ? »
La piste était bondée. Viens, je t’attends. Il me semblait que tous les regards étaient tournés vers moi. C’était certainement le cas, je dansais avec Didrick ! Pourtant je n’étais pas aussi contente que j’aurais du l’être. Cette voix m’intriguait. Viens. J’étouffais. Il fallait que je sorte. La porte, vite, vite. Dehors, enfin, Didrick m’avait suivi :
« - Qu’est ce que t’as ?
- Rien, il fallait que je prenne l’air, excuse-moi. Nous pouvons rentrer à présent. »
Non, reste, laisse-le rentrer, mais toi reste. Que faire ?
« - Euh, non, en fait, je ne me suis pas encore tout à fait remise.
- Tu préfères que l’on reste dehors ?
- Oui. Enfin, non, vas-y, rentre. Je peux rester seule.
- Tu en es sûr ?
- Oui, aucun problème.
- Bon, je t’attends à l’intérieur alors, je serai dans le salon.
- Très bien, je te rejoins dès que ça va mieux. »
Il rentra. J’étais seule sous le porche illuminé. Il y avait au milieu de la cour un bassin où une Vénus de marbre était immobilisée à jamais, le dos légèrement courbé, un pied en suspens au-dessus de l’eau fraîche. Le porche était entouré de deux murs de briques de chaque côté qui laissaient place à des colonnes reliées par une barrière. C’est bien. Merci.
« - Où es-tu ? Montre-toi. »
J’allais devenir folle s’il ne se montrait pas. Je suis là, calme-toi. Je le cherchai de tous cotés.
Je fais un aparté, pour que tout le monde comprenne bien que, même à ce moment là, je savais que ce n’était pas la voix d’une femme que j’entendais dans ma tête. Enfin, reprenons...
Je le cherchai donc. Personne. Puis, je sentis une présence. C’est en me retournant que je le vis. Il était appuyé contre le mur une jambe repliée contre celui-ci. Il était plus grand que la moyenne, constituée de la bande d’idiots assemblés à l’intérieur, ses cheveux légèrement ondulés lui tombaient sur les épaules. Il semblait qu’une lumière émanait de lui. Il leva la tête, de là où il était, je ne pouvais pas le distinguer correctement. Il quitta les briques, et s’avança d’un pas lent et sûr. Lorsqu’il arriva à environ deux mètres de moi il s’arrêta. Si tu veux partir, je ne te retiens pas. Mais j’aimerais te parler. J’eus un mouvement de recul. Attends. Il n’avait pas prononcé un mot et pourtant j’étais sûre que c’était lui. Il avait tendu le bras pour me rattraper. Je regardai sa main, large aux longs doigts. On pouvait voir ses veines. J’en suivis une des yeux, sinueuse et toujours aussi voyante elle remontait vers le coude, puis elle disparue derrière le tissu de sa chemise noire. Ses épaules étaient larges et carrées. Il était rasé de près, sa peau était hâlée et ses lèvres, très nettement dessinées, étaient teintées d’un rose clair, ses yeux, d’un vert si profond, avaient des filaments jaunes autour de la pupille et me donnaient l’impression de me transcender. Je fis un pas vers lui comme pour dire : « ne t’en fais pas, je reste. »
« - Pouvons-nous parler ?
Il avait un ton léger, et poli mais presque autoritaire. Je pense qu’il voulait dire « Il est impératif que l’on parle. Je ne te laisse pas le choix. » Vous savez comme lorsque vos parents vous demande de ranger votre chambre avant de sortir.
- Je n’ai pas le choix je suppose ?
- Non, en effet.
Il avait mis ses mains dans les poches de son baggi. Cela m’étonna. Je n’avais pas remarqué qu’il était habillé comme les autres. Il ne devait pas avoir plus de 17 ou 18 ans.
- Très bien. Puisque je suis obligée. Suis-moi, par-là c’est tranquille.
Je connaissais ce jardin par cœur : fut un temps, Titia et moi avions été amies. De grandes amies. C’était un temps bien révolu hélas.
- Tu sais, je ne pense pas que cette Titia soit une grande perte. Si elle t’a reniée ainsi c’est qu’elle ne méritait pas ton amitié. Ne regrette pas.
- Qui es-tu ? Et comment sais-tu que je regrette. C’est totalement faux !
Faux, en effet. Faux et archi faux, bien sûr que je regrettais. Comment ne pas regretter ?
- Exact. Comment ? »
Il ne me regardait pas, il se contentait de marcher de ce même pas qu’il avait eu il y avait quelques instants. Les mains croisées derrière le dos, il fixait l’horizon lointain. Et moi, j’étais là, à le décrire dans les moindres détails. Son ample chemise et son baggi ne me permettaient pas de deviner son dos. J’en avais presque honte.
« - Pourquoi ? Dit-il en me regardant.
- Pardon ?
- Pourquoi en as-tu honte ? Il n’y a pas de quoi. »
Je m’arrêtai net. Cette fois ci on ne pourrait pas me dire qu’il avait dit cela par hasard.
« - Qui te l’a dit ? Pas moi en tout cas.
- De quoi parles-tu ?
J’étais sidérée. Comment faisait-il ? Lisait-il dans mes pensées ?
- Oui c’est exactement ça. Assieds-toi, je t’en prie. »
Le temps que je reprenne mes esprits, il s’était assis dans l’herbe. Il m’attirait doucement à lui en tirant sur la jambe de mon pantalon des années folles, à la manière des petits enfants dont il avait ainsi l’allure. Il me suppliait de ses grands yeux verts où se reflétait la pleine lune. La fragile lumière de celle-ci le caressait en dévoilant ainsi les moindres détails de son visage. Je m’assis.
« - Je suis heureux de pouvoir enfin te parler.
- Réponds-moi, qui es-tu ? Tu n’es pas né ici, je ne t’y ai jamais vu.
- Ne dis pas jamais, ce mot ne devrait pas faire parti du dictionnaire. Mais tu as raison, je ne suis pas né ici. Mais on s’est déjà vu.
- Ah ! Non je regrette si je t’avais déjà vu, ne serait-ce qu’une seconde, je ne t’aurais pas oublié !
- Mais tu ne m’as pas oublié. Tu ne me reconnais pas c’est tout. »
Je ne savais plus que dire ou que faire. Il avait l’air tellement sincère. Comment avais-je pu oublier quelqu’un d’aussi magnifique ? A cet instant précis, il me sourit. C’était l’un de ces sourires un peu moqueurs bien qu’affectueux que les adultes ont parfois lorsqu’ils entendent parler les « tout-petits ». J’étais assise les genoux repliés sur ma poitrine. Il passait un slow à l’intérieur.
Soudain, il se leva, il commença à enlever l’herbe qui était sur son baggi. Instinctivement, je pris l’initiative d’envoyer balader les dernières restées sur son admirable fessier. Il se retourna vers moi, et me tendis la main :
« - Tu danses ? »
Bien sûr que je dansais, quelle question ! Je ne connais pas une fille qui n’aurait pas accepté. Je pris sa main : elle était chaude et un peu humide. Pas moite. Il m’attira à lui avec force, si bien que je faillis tomber, si je ne m’étais pas arrêtée sur son torse. Ah ! son torse ! Derrière sa chemise on sentait qu’il était puissant. Il était réellement grand, il devait faire un mètre quatre-vingt, ce qui est assez rare de nos jours, où la moitié de la population masculine s’arrête au seuil d’un mètre soixante quinze. Et encore, je parle ici des plus grands que je connais. Heureusement que dans la panoplie que m’avait remise ma mère, elle y avait mis ses anciennes « plate-forme shoes » d’environ dix centimètres de talon, plus cinq de compensation ! Ce qui me faisait atteindre, environ, 1m75. A cette hauteur, je voyais distinctement ses lèvres. Elles me faisaient penser aux fraises tagadas.
Ce n’est qu’à cet instant que je remarquai que nous dansions. Mes mains étaient autour de son cou, je posai ma tête sur son épaule, en sentant ses mains sur mes hanches. J’avais oublié d’enlever l’herbe. Tant pis pour les taches, je ne pouvais me décider à me dégager de ses bras. Je m’y sentais si bien. Ses mains glissèrent alors plus bas. J’en fus surprise : je le pensais différent des autres mais en fait, il était exactement comme eux. « On peut parler ? » Tu parles ! Mon œil que tu voulais parler ! J’étais exaspérée. Ne le prends pas comme ça. Il frotta l’herbe et remonta ses mains.
« - Comment t’appelles-tu ?
- Tu le sais. »
Sur ces mots il me lâcha, pour me prendre juste la main. Il m’amena vers l’un des nombreux bancs de pierre et nous nous assîmes.
« - Il y a des êtres ici. Pas des humains. Ils l’ont été un jour, bien entendu, mais à présent ils sont autre chose. Ils ne vivent que la nuit, et se fondent dans les zones d’ombre. J’ai appris, il n’y a pas longtemps, que c’était toi leur prochaine victime.
- Mais qu’est ce que tu me racontes ? Moi la prochaine victime de choses ! Tu as une imagination florissante ! Tu devrais écrire un livre, avec la chance que tu as, il devrait finir best seller après seulement une semaine de parution !
- Ne ris pas Sabat. Ils sont encore loin, ils ne feront rien avant d’être tous rassemblés. Cela prendra peu de temps. Il faut que tu te prépares. Je veillerai sur toi la nuit, mais parfois je devrai m’absenter, tu seras alors à leur merci. Aussi stupide que ça puisse paraître, ne t’enferme pas. Essaie de rester comme ce soir, avant que tu ne sortes, avec le plus de monde possible autour de toi.
- Je ne te crois pas. Pourquoi m’en voudraient-ils à moi seule ?
Il regarda sa montre, depuis quelques instants, il me paraissait blême, comme malade.
- Le jour va se lever, il faut que je parte. Tiens, prends cette fiole contenant mon sang. Garde précieusement ce talisman comme le gage de cette promesse que je te fais : nous nous reverrons. Si un jour tu te sens en grand danger, brise cette fiole, et ils sauront que tu es avec moi. »
Il avait mis dans ma main un magnifique collier, avec comme pendentif la fameuse fiole. Comme je baissai la tête, je sentis un doux baiser sur le front. Je n’y fis pas attention, j’observais la fiole. Elle était en verre, et contenait en effet du sang. Le temps que je l’admire, quand je relevai la tête il était parti. Le jour apparu bientôt à l’horizon. Les premiers rayons de soleil me permirent de distinguer que la fiole était enlacée dans une mâchoire de vampire. On pouvait constater des canines plus aiguisées et plus longues.
Tout en enfilant le collier, je me mis à marcher en direction de chez moi. Après cette nuit, j’avais bien besoin d’une journée de repos.