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Sujets concernés par ce texte : Fantasy
Type de document : Conte

     
 

« Vite ! Allez, plus vite, dépêche-toi ! »
Couchée sur sa monture, une pauvre jeune femme encourageait sa compagne avec dans la voix plus de terreur et de supplications qu’elle n’en avait jamais eu.
Cette jeune femme fuyait à bride abattue, et poursuivie par une douzaine de cavaliers prêts à tout pour l’arrêter, une vie difficile et cruelle.
Elle était pauvre, ne possédant en plus de sa monture que quelques objets de voyage, un cuir, une épée courte et un arc, taillé grâce à son couteau de chasse, quelque peu abîmé, mais seul souvenir qu’il lui restait de son père, mort alors qu’elle était très jeune, ainsi qu’une maigre bourse, tirée de la vente de sa maison en ruines.
Cela faisait deux semaines qu’elle était partie de chez elle, après six mois de recherches poussées, pour réussir enfin, grâce à un étrange coup du hasard, à localiser son lieu de destination. Elle était partie remplie de joie, un sentiment qu’elle n’avait pas éprouvé souvent, et pressée d’arriver à bon port.
C’était en effet grâce à une rencontre incongrue qu’elle avait enfin réuni les informations essentielles qu’il lui manquaient. Elle se trouvait dans la plus grande bibliothèque de la région, qu’elle avait infiltré sans autorisation, lorsqu’un bibliothécaire, un homme noble et riche, l’avait aperçue, malgré sa discrétion, et était allé la voir. Elle avait alors cru sa dernière heure arrivée, mais à sa grande surprise, celui-ci lui avait gentiment demandé ce qu’elle faisait dans cet endroit, et après avoir écouté des explications bredouillantes et remplies de prières afin de ne pas être pendue, il l’accompagna en un endroit qu’elle n’aurait pas vu s’il ne le lui avait pas montré, et lui conseilla d’effectuer ses recherches par ici.
L’homme, semblait-il, avait eu pitié de cette jeune femme courageuse et déterminée, et avait pris parti de l’aider au lieu de la dénoncer. Il l’avait amenée dans le seul endroit susceptible de lui apporter les informations qu’elle voulait, et lui avait conseillé les ouvrages les plus intéressants pour elle. Après avoir effectué ses recherches et avoir récupéré les détails qui lui importaient, elle retourna donc le voir, et le remercia avec chaleur. « Ce n’est rien, lui répondit-il, et si tout se passe bien, comme je le pense, vu ton caractère, nous nous reverrons bientôt. »
Hélas, cela ne s’était pas passé si facilement. Elle était partie dans la bonne direction, et ne doutait pas de trouver ce qu’elle cherchait par les informations qu’elle avait pu récupérer dans la bibliothèque grâce au gentil noble, mais des rumeurs étaient parvenues à ses oreilles. Voilà trois jours qu’elle avait appris que des cavaliers la suivaient, et elle en avait ressenti un très mauvais pressentiment. Celui-ci s’était confirmé depuis peu lorsque, après avoir dépassé une belle colline verdoyante, ils la virent. Elle les avait entendu crier, et s’était retournée pour  voir de quoi il retournait. Elle les avait alors vus dégainer leurs armes, épées et sabres, ainsi que des lances, et lancer leurs chevaux au galop dans sa direction. Ses craintes étaient confirmées. Elle était partie, elle aussi, au galop, mais sa monture était fatiguée, et moins robuste que celles de ses poursuivants, principalement à cause de son long voyage. Elle même n’étant pas une excellente cavalière, et étant également fatiguée, ne savait pas comment bien stimuler son cheval, et avait du mal à tenir en selle. C’était si bête, si près du but, à quelques kilomètres de la falaise qui délimitait la frontière derrière laquelle se trouvait l’endroit qu’elle désirait atteindre.
Encore quelques kilomètres, deux, peut-être trois, et elle serait libre ! Les hommes, derrière elle, étaient à quelques cent mètres, et si leurs chevaux étaient à fond, elle pouvait espérer y arriver. Ceux-ci s’essouffleraient bientôt, perdraient de la vitesse, et prendraient plus de temps pour la rattraper, ce qui lui serait salvateur. D’un autre côté, s’ils ménageaient leurs montures, elle n’aurait aucune chance, car dans ce cas, quand ils l’auront presque rattrapée, ils lanceront leurs chevaux au maximum, et la forceront à s’arrêter avant la falaise, ce qui signifierai l’échec de son entreprise, et la destruction de son rêve. Ou peut-être la tueraient-ils tout de suite, sans même prendre le temps de l’arrêter ?
Elle était à bout de nerfs, et l’état de son cheval la désolait et la désespérait. Elle souffrait de devoir ainsi le pousser à bout, jusqu’à ses dernières forces, mais elle n’avait pas le choix, si elles voulaient se sauver, sa jument et elle. Elle se désespérait également de l’épuisement croissant de sa jument, qui les ralentissait considérablement, et risquait de leur coûter la vie à toutes deux.
C’est en se retournant qu’elle perdit espoir. Les cavaliers s’étaient trop rapprochés, beaucoup trop. Leurs montures avaient augmenté leur allure, et menaçaient de la rattraper d’ici peu. Elle n’aurait jamais le temps de traverser la falaise.
Lorsque l’un de ses poursuivants l'attrapa par le bras, c’est avec l’énergie du désespoir qu’elle se débattit, réussit à faire lâcher prise à son adversaire, et à le faire tomber de sa selle. Il se fit marcher dessus par son cheval, et ne se releva pas. Elle salua cette victoire d’un sauvage cri de joie qui la fit frissonner elle-même. Un regain d’espoir venait de l’assaillir. Elle sentait une nouvelle force couler en elle, dans ses veines, et se sentait à la fois indestructible, et risquant sa vie aux mains de ces cavaliers qui la poursuivaient. Elle n’était plus très loin de l’entrée de la faille qui permettait de traverser la falaise. La Faille de la Liberté, comme l’appelaient certains ouvrages qu’elle avait lus. A les en croire, cette faille était suffisamment étroite pour qu’aucun de ses poursuivants ne se risque à tenter de la doubler, ou même de se mettre à son niveau. Elle avait encore une chance, et c’est sur celle-là que tout se jouerait, qu’elle tenterait tout, son espoir comme sa vie.
Elle se retourna encore une fois, et eut la très agréable surprise de voir que ses ennemis avaient grandement ralenti. L’un d’entre eux, un lancier, semblait même blessé au bras qui tenait la lance. Elle en fut étonnée, mais comprit bien vite en se retournant. Son cœur en fit un bond dans sa poitrine. En effet, à l’entrée de la Faille, venait d’apparaître un bataillon de cavaliers , à l’image de gardiens du passage, ainsi qu’une phalange d’archers de chaque côté, dans des abris creusés à même la roche.
Avec un impressionnant mélange d’exaltation et d’appréhension, elle continua dans la direction prise, en espérant de toutes ses forces que les « gardiens » n’avaient pas de mauvaises intentions à son égard. Elle avait en ce moment même une peur bleue de ce qui allait se passer.
C’est en arrivant sur eux qu‘elle croisa le regard menaçant de l’un d’eux, qui était parmi les plus proches d’elle, et donc des plus dangereux, se poser sur elle, et s’adoucir légèrement, avant de se porter sur les poursuivants, pour se durcir de nouveau: ils étaient venus pour l’aider, pour la sauver, elle, et repousser, sinon tuer ses ennemis.
Elle se promit, si elle les revoyait, de remercier de tout son cœur chacun de ses sauveurs, archers comme cavaliers, car elle n’en avait alors pas le temps. Déjà, elle s’était profondément enfoncée dans la brèche. La lumière ne perçait pratiquement pas, et ne provenait atténuée en bas que grâce à un impressionnant jeu de miroirs fixés aux parois de pierre. Elle ne consentit pourtant à ralentir que lorsqu’elle vit la sortie de la brèche, visible par sa lumière forte et la couleur de l’herbe, absente dans la brèche. Elle accorda alors un peu de repos à sa jument, en la laissant aller au pas, et souffla un peu, se détendant après ce moment de grande anxiété. Ce n’est qu’alors qu’elle se rendit complètement compte de ce qui venait de se passer, et des conséquences que cela entraînait.
Ça y était, elle avait réussi, elle était parvenue dans cet endroit merveilleux qu’elle rêvait d’habiter, et ce rêve venait de se réaliser !
Jamais jusqu’alors elle n’avait considéré le fait de réussir cette entreprise comme acquis, mais maintenant, elle pouvait se le permettre. Elle ne savait pas encore comment elle allait être accueillie, ou même comment elle allait vivre, mais elle savait tout au moins que sa vie future serait mieux que celle qu’elle avait vécue jusqu’à présent. Elle descendit lentement de cheval, savourant pleinement sa victoire, le contact du sol sous ses bottes, et dévorant du regard le paysage alentours. Une multitude de gens était réunie pour l’accueillir, et tous avaient un sourire engageant. Il semblait que tout le monde savait qu’elle allait arriver, et qu’un comité d’accueil avait été prévu pour elle. Chacun semblait amical, et elle souhaitait déjà être amie avec tous et chacun d’entre eux.
« Bienvenue parmi nous, mademoiselle », lui dit aimablement un homme apparemment éminent, qui n’était autre que le bibliothécaire noble qui l’avait aidée à recueillir les informations nécessaires pour venir ici. Elle sentit un grand élan d’affection pour cet homme, qu’elle avait été trop confuse pour remercier lors de sa découverte par lui dans la bibliothèque. Pour la première fois, Malthenarad se sentit enfin chez elle.
« Heureuse d'être parvenue dans votre pays, Monseigneur ».

 
     

 
par d_killer
le 12/05/2007
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