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Sujets concernés par ce texte : Fantasy
Type de document : Conte

     
  Il y a fort longtemps de cela, lorsque la paix régnait dans les royaumes elfiques, une elfe d’une beauté sublime vivait en un lieu retiré appelé Bëagalltòr. Ce curieux nom pouvait se traduire par Petit ruisseau d’or lorsque l’on s’attardait à ses vaines activités qu’est la traduction du nom des lieux.
Des paillettes de ce métal apparaissaient d’ailleurs avec parcimonie lorsque la maîtresse de la clairière où passait ce ruisseau daignait se pencher sur l’onde pure et claire et que son bras d’albâtre déchirait sa surface pour aller caresser délicatement le sable et les pierrailles de son lit.

Malgré sa beauté, Mearwën, car c’est ainsi qu’elle s’appelait, vivait seule n’ayant aucun soupirant s’activant à la séduire. Elle n’aimait pas vraiment les hommes de son peuple qu’elle trouvait prétentieux et arrogants. L’un de ceux-ci par contre, usant de patience et d’attention avec la belle finit par devenir un bon ami sans pour autant faire de lui un amoureux.

Elle aimait les pierres précieuses que celui-ci lui apportait de ses nombreux voyages d’exploration. Un grenat par-ci, une émeraude par-là, du jade en provenance de contrées lointaines et parfois même des saphirs qui allaient si bien avec ses jolis yeux. Elle gardait toutes ses merveilles et trésors sous le tronc d’un vieux chêne se trouvant légèrement à l’écart.

Vint un jour où se lassant de n’être qu’un ami, son galant désespéré de ne pouvoir conquérir plus de terrain demanda à sa belle quel serait le cadeau digne de remporter ses faveurs les plus ardentes. Mearwën demanda alors à ce dernier de revenir le lendemain afin de prendre le temps de réfléchir à la question. Le galant s’exécuta donc en se retirant, car qu’est-ce qu’une simple journée, eu égard à la longue vie des elfes?
Le lendemain arriva donc sans qu’aucune décision ne soit prise. Elle demanda donc à son soupirant de bien vouloir attendre une semaine afin que sa demande soit sérieusement réfléchie. Et le galant de s’exécuter une nouvelle fois en se disant bien que celle qu’il désirait serait bien obligée de céder à ses avances un jour ou l’autre.

La semaine passa sans aucun autre résultat. Cela ne découragea aucunement notre prétendant, bien au contraire. Ses ardeurs se déchaînaient de façon de plus en plus pressante. Assidûment, il revenait à la charge avec des pierres de la plus belle eau sans jamais se plaindre de son renvoi. Pourtant, un jour, la belle Mearwën lui tint ses propos :

« Andahmar, fils de Éloïmgell sache que tu auras mon cœur le jour où toi-même en trouvera un de même grosseur que le mien ».

Interloqué par cette demande inattendue, Andahmar ne put dire un seul mot. Il salua pourtant sa dame profondément en s’inclinant et en exprimant à haute voix :

« Qu’il en soit ainsi »
Signifiant par là qu’il relevait le défi lancé par sa belle. Il se retira ensuite pour aller parcourir le monde à la recherche du plus précieux des cadeaux aux yeux de sa belle.

Longtemps, il parcourut le vaste monde, allant de villages en hameaux, explorant plaines et montagnes, creusant parfois même la terre de ses propres mains. Rien ne décourageait l’ardeur de notre soupirant. Questionnant partout où il passait, arrêtant tout être sur deux pattes qui pouvait le renseigner.

De nombreuses années passèrent ainsi sans résultat. Pourtant, lorsqu’il explora pour la seconde fois les montagnes, il finit par tomber sur une troupe de nains qu’il ne connaissait pas. Il se fit connaître d’eux de la meilleure des façons, en indiquant aux nains des lieux intéressants où ceux-ci pourrait trouver quelque profit pour eux-mêmes. Sans oublier de préciser ce qu’il cherchait lui-même. Une pierre grosse comme un cœur et ayant la même couleur.

Les yeux des nains brillèrent de convoitise,à la simple pensée de la valeur que pourrait bien avoir une pierre de cette grosseur.  Ayant eu vent des informations qu’ils avaient reçues de la part de notre elfe, ils auraient certainement pu garder pour eux toute indication à ce propos; cependant, ils prirent pitié de lui et de son amour qui le condamnait à l’errance s’il ne trouvait pas ce qu’il cherchait. Ils lui indiquèrent donc une vielle mine désaffectée qu’ils avaient eux-mêmes abandonnée peu avant en lui disant qu’avec un peu de chance et de bons outils, il finirait peut-être par trouver ce qu’il cherchait avec tant de conviction dans cette dernière.

Il acheta donc aux nains les outils nécessaires et se dirigea vers la mine indiquée. Il travailla avec acharnement ne s’arrêtant que pour manger ou pour dormir. Il ne s’occupait de rien d’autre. Même sa propre personne était négligée. Ses longs cheveux négligés pleins de poussière, ses mains usées par le travail. Il avait même cette senteur de fauve en nage après la chasse. Rien ne l’arrêtait dans sa tâche. Pendant des mois il travailla ainsi.

Un jour, il tomba sur une grande poche formée naturellement et qu’il avait percé par hasard. Dans cette poche, il trouva le plus gros rubis qu’il lui avait été donné de voir. La pierre était si énorme que ses arêtes placées sous l’éclairage de fortune lançaient des rayons aveuglants dans toutes les directions.
Enfin! Se dit-il, ma quête touche à sa conclusion. Il empaqueta ses affaires, mit la pierre dans une toile qu’il fourra dans un sac à bandoulière et repartit vers la clairière de sa belle. Il voyagea ainsi pendant longtemps encore avant d’atteindre finalement son but.

À chaque fois qu’il s’arrêtait pour prendre une pause, il dégageait la pierre précieuse de sa gangue rocheuse. Elle avait la forme grossière d’un cœur, il suffirait de la tailler quelque peu afin de faire ressortir son éclat encore plus. Il n’avait pas vraiment eu le temps de prendre soin de lui-même. Tout sale et pouilleux, il en était maintenant méconnaissable. Et c’est ainsi qu’il finit par aborder la forêt où était située la clairière de celle qu’il avait choisi d’aimer.

Cependant, alors qu’il approchait en toute confiance, Mearwën ne le reconnut pas tellement il avait changé. À ce moment, il ressemblait plus à une bête sauvage qu’a un elfe. Peureuse et effarouchée qu’elle était Mearwën prit son arc, encocha une flèche et tira sans aucun avertissement. La flèche heurta Andahmar de plein fouet, transperçant son cœur. Il n’eut même pas le temps de dire un mot qu’il s’effondrait d’un seul coup, face contre terre.

Lorsque Mearwën s’approcha, elle reconnut son soupirant en voyant le joyau qui était sorti par inadvertance du sac de Andahmar. Lorsqu’elle s’aperçut de son erreur, elle pleura toutes les larmes de son corps en se jurant à elle-même qu’elle n’aurait pas d’autre amour et qu’elle chérirait jusqu'à sa mort le cœur de pierre qui était désormais le sien, en l’honneur de l’amour de cet être d’exception qu’elle n’avait su reconnaître au bon moment.

Elle nomma cette pierre Eledhwen " Le fardeau de Mearwën ".
Et c'est ainsi qu'elle passa le reste de sa vie, à chérir un caillou perdu au fond du trou sous son vieux chêne.

 
     

 
par Harald Le Rouge
le 20/04/2007
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