Glissant doucement au sein du velours noir de l’espace, un immense vaisseau-prison, le premier de cette série, avançait prudemment. En provenance de Sol III, il transportait dans ces flancs, outre un équipage entièrement volontaire, la lie de l’humanité. Près de 600 humains, hommes et femmes mélangés, en léthargie, condamnés à l’errance parmi les étoiles. Depuis longtemps leurs accusateurs s’étaient désintégrés au sein de la terre de leurs ancêtres, là-bas sur leur planète d’origine.
Soudainement, les systèmes automatiques depuis longtemps inactifs s’éveillèrent aux alarmes anti-collision réparties tout au long de sa coque. Cependant, malgré la multitude des canons anti matière et la vitesse fulgurante de leurs temps de réaction, ceux-ci n’eurent pas la possibilité d’éviter la collision des multiples météorites composant le champ d’astéroïde barrant le passage d’Alpha Lyrae et mieux connu sous le nom de Véga de la Lyre par les habitants de Sol III.
L’équipage, précédemment éveillé pour préparer les manœuvres d’approche de la planète la plus susceptible d’habiter la vie, eut à peine le temps de réagir.
Pensez donc, 25 années lumière de distance et un sommeil de près de 600 ans. Les moteurs ioniques, éteints depuis l’entrée dans le système planétaire de Véga, étaient silencieux. Seul encore perceptible, le bruit des pilotes de mise à feu de ceux-ci ronronnaient doucement. De toute urgence, l’équipage activa les boucliers de protection, mais trop tard. Déjà, les premiers impacts avaient touché des composantes sensibles et défensives du vaisseau. Une brèche de plus en plus large déchirait déjà la coque.
Il fallait à tout prix tenir jusqu’à la sortie de cet enfer de roches en suspension. Puis, après plusieurs minutes d’attente, de manœuvres périlleuses et pratiquement impossibles, le silence s’installa, menaçant.
L’équipage profita de ce répit pour faire le point sur la situation et voici ce qu’elle découvrit : 45% de la coque avant était encore en état. De la coque arrière n’arrivait plus que quelques informations sur les cellules de survie, et celles-ci étaient loin d’être positives. Un à un les indicateurs de survie passaient au rouge, puis rapidement s’évanouissaient dans la noirceur de la cabine de pilotage faiblement éclairée par les instruments de vol.
Le pire, cependant, devait survenir. Une météorite de bonne taille heurta de plein fouet la partie arrière de vaisseau le déchirant tout du long et arrachant de grands lambeaux de métal telle un requin qui arrache la chair de sa victime. Un appel d’air rapide et soudain se fit sentir. L’équipage se regardant soudain avec inquiétude, vérifia les systèmes de fermeture d’urgence des sas de sécurité. Le capitaine poussa un soupir de soulagement à la vue des résultats rassurants que lui renvoyaient les écrans contrôles. Après plusieurs vérifications plus aucun contrôle de navigation n’était fonctionnel, sans parler de la section des moteurs de poussée qui déjà commençait à se faire la malle avec la partie arrière du vaisseau.
Puis, aussi soudainement que le silence était venu, une série de craquements et d’explosions successives se fit entendre par les coursives créant le vacarme des sirènes de perdition du vaisseau hurlant de leurs haut-parleurs.
Tous les systèmes d’urgences furent automatiquement mis en branle et l’équipage soudainement effrayé des conséquences qui allaient suivre n’eut d’autre choix que de vérifier les dernières données de vol afin de déterminer leur chance de survie.
Rapidement, le capitaine rédigea son rapport au transmetteur toujours dirigé vers la terre et pour les multiples boites noires qui survivraient inévitablement à cette catastrophe :
« Distance, 18 minutes lumière d’une planète visiblement habitable. Les parties maintenant séparées du Méphisto ne sont plus que deux masses de métal en direction de la planète que j’ai temporairement nommée Alpha Véga IV faute de mieux. Les autres paramètres du Méphisto étant automatiquement enregistrés depuis une trentaine de minutes diront à ceux qui nous suivront ce qui c’est passé ici. Malgré notre bonne volonté, nous ne pouvons espérer sauver les pauvres bougres que nous transportons. J’abandonne donc ce navire à son destin. Que les puissances divines les reçoivent selon leurs mérites ! Fin de transmission ».
Puis, s’écartant, déclencha les manœuvres de déboulonnement de la cabine de pilotage.
Tous savaient que cette cabine était en fait un vaisseau à faible autonomie. Autonomie d’autant plus courte que celle-ci n’était prévue que pour les situations extrêmement urgentes et totalement désespérées. Son premier lieutenant fermait déjà le sas donnant sur la coursive de service qui menait au reste agonisant du vaisseau. Le second lieutenant s’escrimait sur une manœuvre manuelle de sortie des moteurs d’appoint de cette navette improvisée.
Décidément, plus rien n’était fiable en ce 38ième siècle de l’humanité.
Le navigateur avisa son supérieur qu’une orbite d’approche était calculée et programmée dans l’ordinateur de bord.
Puis, légèrement hésitant, le capitaine fit sauter les ancrages.
La navette suivit un tracé rectiligne et uniforme tout en s’éloignant doucement de ce qu’il restait des parties principales du vaisseau. Une petite poussée des moteurs d’appoints accéléra la vitesse de la navette qui s’éloigna de plus en plus rapidement de ce que le capitaine considérait désormais comme une épave. La fin du Méphisto était proche désormais. Seule la chance ou encore une puissante entité divine pouvait encore quelque chose pour les survivants des deux parties de ce monstre de métal.
Se détournant du hublot de service, le capitaine donna l’ordre de transmettre une demande d’aide sur toutes les fréquences connues. Voici ce que par trois fois, il fit envoyer : « MAYDAY », « MAYDAY », « MAYDAY » Vaisseau en perdition dans secteur spatial inter-planétaire Véga, demandons aide de toute urgence ou instruction d’approche de spacioport. « MAYDAY », « MAYDAY », « MAYDAY »
Abandonnons maintenant nos naufragés pour aller voir ce qui se passait dans les deux parties restantes du vaisseau désormais totalement laissées à elles-même.