Maklar se tenait face à ses troupes, monté sur un sublime destrier blanc, recouvert de plaques. Sa longue épée dans les mains, et son bouclier dans le dos, il s’avança pour s’adresser aux nombreux régiments devant lui :
« Soldats ! Guerriers venus de tout le continent ! Aujourd’hui va se sceller l’avenir du monde ! Regardez ce qui avance vers nous ! Vous êtes ici pour protéger vos royaumes, vous ne faillirez pas ! »
Entendant cela, tous relevèrent la tête, ils leur semblait que rien ne pourrait les vaincre, car Maklar était avec eux.
« Si nous échouons, alors les morts seront les plus chanceux, car ils ne verront pas la chute de tout ce qu’ils ont jamais aimé ! Mais cela n’arrivera pas, car vous vous battrez, jusqu’à votre dernier souffle ! »
Derrière lui, la horde d’Hommes-Bêtes continuait d’avancer, à une insoutenable lenteur, leur marche désordonnée rythmée par quelques tambours que l’on avait apporté.
« Tous les yeux sont rivés sur vous ! Soyez braves mes frères ! acheva-t-il levant sa grande épée vers le ciel. »
Alors, tel un seul homme ils dégainèrent leurs longues lames, qui, brillantes comme des astres s’élevaient dans une grande clameur.
« Parés à tirer ! hurla l’un des capitaines, puis l’ordre se répéta tout le long de la ligne de bataille. »
Du flanc droit s’élevait une mélodie gracieuse mais dramatique, alors que des voix d’Elfes dominaient le tumulte de la horde qui s’approchait toujours plus près. Sur une centaine de rangées les brillantes armures azurites semblaient resplendir de quelque sorcellerie, et leurs étendards flottaient au vent. Lithir lui-même était présent, et on pouvait clairement entendre sa voix qui semblait percer malgré le sourd piétinement des Hommes-Bêtes :
« Envoyez leur une volée ! »
Les archers elfiques empennèrent leur première flèche, et dans une même claquement, un millier de dards scintillants s’élevèrent en direction de la masse scintillante. Alors que la première vague n’était pas encore retombée, les archers en lâchèrent une seconde, puis une troisième. Lorsque l’averse de mort retomba, la horde se mit en branle. Dans une complainte morbide, une nuée de grossiers traits noirs s’envola en direction des rangs resplendissant, tandis qu’ils se brisaient sur les grands écus ovales des premières lignes. Formant une longue ligne de pointes acérées, les Hommes-Bêtes se lancèrent à l’assaut, dans un vacarme de fin du monde. De leur arrière garde s’élevèrent des boules de magma incandescent, qui firent hurler les hommes lorsqu’ils reconnurent des tirs enflammés de catapultes. Elles s’écrasèrent sur les rangs humains dans un fracas assourdissant que suivirent de nombreux cris. Aussitôt Maklar donna le signal. Une flèche écarlate s’éleva dans le ciel, tandis que les rangs humains s’ouvrirent, vomissant deux colonnes de splendides cavaliers, lances pointées vers l’avant, qui s’élancèrent au galop. Maklar se joignit à eux, et, agitant son épée au dessus de lui il hurla :
« En avant ! Chargez ! »
Derrière lui, les voix de milliers d’hommes clamant le nom de leur bien aimé maréchal hurlèrent à la charge. Vociférant leurs litanies de combat, ils attaquèrent de front. Derrière eux les archers délivraient de mortelles pluies de flèches sur la masse immonde qui leur faisait face. Très vite, les cavaliers formèrent un triangle et s’enfoncèrent dans les lignes ennemies, ouvrant une brèche béante dans la formation des bêtes. Non loin derrière les hommes se ruaient sur ceux qui avaient survécu à la charge, soufflant dans leurs cors courbés en guise de nouveau signal, avant de s’enliser avec bêtes dans des combats sanglants et d’une rare violence. A droite les Elfes formaient leur mur de bouclier et s’avançaient, présentant un mur de piques et de boucliers que rien ne semblait pouvoir briser.
« Relevez les arcs ! hurla un capitaine qui se tenait sur la butte entouré de ses archers. Relevez-les et visez leurs renforts ! »
Aussitôt les flèches sifflèrent et s’élevèrent haut dans le ciel avant de retomber en une pluie qui se révéla moins efficace que les précédentes, car les bêtes avaient levé leurs boucliers.
« Il faut couvrir le flanc gauche, dit le roi à Guelmar, envoie une compagnie supplémentaire, et dit à Zubrik et ses guerriers de préparer les catapultes. »
Du haut de la colline d’où le bataillon royal observait la bataille, on pouvait voir le trou béant que la charge de cavalerie avait causé, tandis que flanc droit était imprenable, alors que le solide bloc Elfe avançait sans que les bêtes ne puissent les atteindre. Sur le flanc gauche les nains avaient armé leurs machines de siège quand Guelmar le leur avait ordonné, et les pavés d’infanterie attendaient l’ordre de charge de leur seigneur Zubrik qui se tenait debout sur un rocher, sa hache dans la main et attendant la venue des renforts ennemis.
Maklar tranchait de sa lame dans tout ce qui se présentait, et nombre d’ennemis avaient déjà été balayés par lui et ses guerriers montés, mais les colonnes avaient été dispersées et avaient muté en petites poches de résistance, encerclées par des murs de lances et de lames. Maklar empala sur place une bête à la tête de bélier, tandis que sa lame restait coincée dans le thorax de sa victime. Il frappa du bouclier pour se dégager mais sa monture fut mise à terre, et il lui sembla qu’elle fut dépecée dans l’instant même.
Il se relevait d’un bond et ramassait une lance, quand il vit non loin de lui l’étendard royal se faire noyer sous la masse et disparaître dans un cri d’agonie. Il se retrouva mis à terre et sauvagement frappé par un colosse au visage d’ours, alors qu’autour de lui la bataille semblait s’apaiser, et se taire. Ses yeux se voilèrent tandis qu’il perdait connaissance.
« Repliez-vous ! hurla un des cavaliers, agitant un étendard pour se faire repérer. Suivez-moi ! »
A peine eut-il terminé sa phrase qu’il fut percé de plein fouet par deux carreaux empennés de noir qui vinrent se ficher dans sa poitrine. Néanmoins les derniers cavaliers réussirent à se dégager, tandis que masse de bêtes se reformait et chargeait de nouveau. Une voix effrayée s’éleva quelques secondes au dessus des affrontements, tandis qu’on entendait :
« Regardez ! Regardez au dessus de nous ! »
Un gros nuage noir fondait sur les hommes, précédé par un cri strident qui leur glaça le sang. Une volée de flèches en jaillit, et s’abattit sur le bloc des Elfes, creusant une brèche où immédiatement les bêtes s’engouffrèrent. Aussitôt les archers de ceux-ci ripostèrent, et une seule volée suffit à décimer presque toutes les noueuses bestioles aillées qu tombèrent au milieu des cadavres et des combats. Les autres abandonnèrent le combat.
Les lignes étaient brisées, et la bataille avait nettement tourné en la faveur des Hommes-Bêtes. Le roi Mendel sonna la retraite en soufflant dans son cor, du haut de la colline, tandis que le repli des hommes était couvert par quelques volées de carreaux. Les bêtes au centre reculèrent et se mirent hors de portée des tireurs humains.
« Lithir ! hurla Mendel, repliez-vous, nous vous couvrons ! »
Aussitôt Lithir prononça quelques mots en elfique et ses frères refluèrent. Les guerriers qui avaient tenté de les suivre se retrouvèrent criblés de flèches blanches avant même d’avoir pu toucher qui que ce soit. La vague bestiale se disloqua et battit en retraite.