Prologue:
‘Boaly’ Blood enrageait dans son bureau en désordre dans une de ses nombreuses planques : le sous-sol d’un cabaret branché dans la banlieue de July, une de ces grandes villes où les quartiers mal famés étaient presque tous sous l’égide d’un gang quelconque, soumettant les commerçants et les tenanciers de bars à leur dictature. Boaly était un de ces chefs, avides de pouvoir ; il y réussissait d’ailleurs bien jusque là : tous se soumettaient à lui, ayant peur des conséquences de leur désobéissance… Tous sauf un bar de nuit : le Twillight. UN seul maudit bar ! Et pourtant ce seul petit établissement suffisait à faire monter le sang à la tête du motard baraqué à la barbe blonde et graisseuse. La tenancière du bar, une certaine Veronia, une noire bien enveloppée, refusait toujours de se soumettre.
« Maudits soient ces sales monstres ! rugit-il soudain en frappant son bureau de son gros poing ganté, faisant se soulever plusieurs factures. »
Il s’efforça de se calmer. De son sang froid dépendait le comportement de ses hommes. S’il faisait des éclats devant eux, sa crédibilité en prendrait un coup.
Cela dit, il ne put s’empêcher de jurer dans sa barbe. Avant, il pouvait harceler Veronia tranquillement, il était persuadé qu’elle finirait par céder, ou par partir, probablement très vite remplacée par quelqu’un de moins borné … Mais depuis quelque temps, un groupe de jeunes gens mystérieux s’étaient mis à fréquenter la boite, et un jour que Boaly avait décidé d’aller mettre l’établissement à sac, à l’heure de pointe, pour effrayer les clients, ces ‘monstres’ comme il les appelait, les avaient ridiculisés, jetant ses hommes dehors comme des fétus de paille. Et depuis, chacun de leurs raids se soldait par un échec, repoussés à chaque fois par Tiamat et sa clique, sans aucune difficulté ! Oui, Tiamat. Tiamat ! Tiamat qu’il s’appelait ! Un nom étrange pour quelqu’un qui l’était tout autant ! Boaly le détestait avec son air hautain et son mépris au coin des yeux ! Son sourire amusé lorsqu’il les regardait se relever du caniveau ! Tout chez lui le faisait enrager ! Ah, si seulement il pouvait lui faire la peau lui-même… Mais il ne pouvait pas, Tiamat et les siens étaient trop forts, trop rapides… Trop… Inhumains…
Car c’est ce qu’ils étaient, inhumains, ils avaient une apparence humaine bien sûr, mais c’était tout ; leur force et leur agilité, comparables à celles d’un guépard, le dépassaient à chaque fois qu’il les croisait lors d’une rixe ! Cela dit, chez Tiamat, il n’était pas nécessaire de voir ses prouesses pour constater sa différence : ses yeux étaient de couleurs différentes, bon c’est vrai, les yeux vairons existent aussi chez les humains, mais aucun homme ne possédait d’œil gauche rouge ! Et Boaly savait bien qu’il ne portait pas de lentille, c’était la vraie couleur de son œil ! Celle de ses cheveux aussi était naturelle ! Longs jusqu'à ses chevilles, ils étaient blancs comme neige, sauf aux pointes où ils viraient au bleu ciel… Un véritable original à vrai dire !
Mais cette fois ! Cette fois, Boaly était prêt ! Avec ses nouveaux alliés, il ne résisterait pas longtemps, ce Tiamat ! Il éclata d’un rire sauvage. Il allait peut être enfin connaître la réponse à une question qu’il se posait depuis longtemps ! Il allait devenir le maître incontesté des banlieues de July ! Il deviendrait riche et puissant ! Il saurait enfin si le sang de ces monstres était aussi rouge que celui de l’homme !
Il rit à nouveau, la semaine allait être mouvementée !
1
Les soirs d’automne sont froids à July, mais ils l’étaient rarement autant que ce soir là. Tiamat resserra le col de fourrure beige de son chaud manteau. De la buée sortait de ses lèvres lorsqu’il respirait et il y avait un peu de vent. Mais cela ne le dérangeait pas, il aimait la brise, ou plutôt il appréciait de sentir le vent jouer avec sa longue chevelure, la faisant flotter au vent. Il esquissa un sourire. Quelque chose lui disait que la soirée allait être animée, et son intuition ne l’avait encore jamais trompé. Une petite lueur sauvage brilla dans son regard, il appréciait encore plus l’animation …
Il arriva à l’entrée du Twillight. Une longue queue de jeunes gens sur leur trente et un attendait déjà de pouvoir rentrer dans la boite. Jackson, le videur attitré, un grand black en costard-cravate les écrémait avant d’en laisser entrer certains et de refouler ceux qui ne lui plaisaient pas. Tiamat s’avança vers lui, dépassant la queue. Le videur lui fit un signe de tête accompagné d’un petit sourire et lui laissa le passage. Tiamat lui rendit son salut et rentra tranquillement dans la boite de nuit enfumée. L’air était lourd et épais de la chaleur dégagée par les danseurs mais Tiamat y était habitué. N’ayant que peu envie de rejoindre la masse se trémoussant sur la piste de danse, il s’assit sur un des tabourets du bar et attendit que la tenancière passe par-là. Il jeta des coups d’œils discrets autour de lui et modifia rapidement sa tenue vestimentaire très particulière : sa chemise entrouverte au niveau du col et son pantalon blanc absorbèrent le manteau et gagnèrent légèrement en épaisseur, tout en gardant leur couleur et leur forme initiale. Un homme blond ouvrit de grands yeux en le regardant. Tiamat lui fit un large sourire : rien à craindre, c’était un habitué. L’homme s’éloigna vers la piste de danse en secouant la tête. Enfin Veronia passa devant lui, derrière le comptoir couvert de boissons colorées, elle leva les yeux du verre qu’elle était en train d’essuyer et sourit en le reconnaissant.
« Tiens, Tiamat ! Ca faisait longtemps que tu n’étais pas venu ! Je commençais à me demander s’il t’était arrivé quelque chose !
- Merci pour ta sollicitude mais je laissais juste un peu la place à Rayan et à Morgan, après tout, mon corps est le leur à l’origine. »
Veronia sourit. Son interlocuteur était vraiment le personnage le plus étrange qu’elle ait jamais rencontré : Rayan et Morgan étaient deux frères jumeaux, de la même race que Tiamat, les dragons. En réalité, ils étaient deux princes dans leur pays, descendants de la lignée royale, et de Tiamat, par la même occasion, celui -ci étant mort à peu près 3000 ans auparavant. Mais la déesse de son peuple, la déesse Tfuälrev, était tombée amoureuse de lui, et avait prédit sa réincarnation 3000 ans après sa mort. Hélas, sa puissance était plus grande que celle d’un dragon ordinaire, donc trop grande pour être contenue en un seul corps, et Tiamat se réincarna en deux frères jumeaux : Rayan et Morgan, qui parfois lui prêtent leurs enveloppes charnelles pour qu’il puisse profiter de la deuxième vie qui lui était offerte.
Il arrivait parfois à Tiamat de se sentir coupable de prendre ainsi le temps d’autres, mais après tout, ce n’était pas lui qui pouvait décider les jumeaux de lui prêter leurs corps à leur place !
« Je suis juste venu prendre des nouvelles et du bon temps… »
Il jeta furtivement un œil aux belles qui dansaient au son d’une musique forte aux basses à vous donner mal au cœur. Il revint vers Veronia avec un sourire malicieux…
« Tu ne t’en es pas encore trouvée une ? Charmeur comme tu es, tu ne devrais pas avoir d’ennuis pourtant !
- Hm… disons que je suis du genre contemplatif dans ces choses là. »
Il regarda Veronia au fond des yeux avant d’éclater de rire. La tenancière renonça à essayer de comprendre en soupirant.
« Et bien sinon, de mon côté, le temps est plutôt calme, c’est même plutôt inquiétant à vrai dire… »
S’il lui disait que la soirée promettait d’être mouvementée, elle risquait de paniquer. Il préféra garder le silence et porter à ses lèvres le cocktail que Veronia venait de lui tendre. Il commençait à peine à boire quand il entendit des bruits étouffés venant de l’arrière salle. Son sixième sens claqua comme un fouet dans sa tête : l’animation entrait par la porte de derrière !
Il reposa brusquement son verre, faisant sonner le verre contre le lino du comptoir. Il se leva à l’instant où la porte de derrière éclatait en envoyant des morceaux de bois sur la piste de danse où les clients se mirent à s’égailler en courant et en criant.
La bande de Boaly ! Un sourire vicieux fendit le visage de Tiamat, il allait effectivement passer du bon temps. Il décocha une droite au premier motard qui entra par la porte éclatée. Il eut à peine le temps de secouer les bijoux de famille d’un deuxième lascar par un coup de genou bien placé avant que Jackson n’entre dans la salle, roulant dans les escaliers. Tiamat se précipita avant qu’il ne se fracasse le crâne contre une table et le rattrapa de justesse. Il vit d’autres sbires de Boaly entrer par la porte de devant, suivis de près par des hommes en noir.
Un frisson lui traversa l’échine. Il cria aux derniers clients de rouler sous les tables ou de se cacher derrière le comptoir. Les inconnus en noir sortirent des revolvers et des uzis de leur veste et se mirent à arroser la salle de plomb.
Tiamat se précipita derrière une table retournée après avoir lancé Jackson derrière le comptoir avec Veronia et sa barmaid. Il entendit les plombs s’écraser contre le métal de la table. Il aurait pu attendre là qu’ils se lassent ou que quelqu’un vienne à sa portée, sans avoir à risquer sa peau hors de sa barricade de fortune, mais Tiamat, c’était un casse-cou, un vrai !
Il sortit ses griffes : dix crochets durs comme de la pierre, pointus, et recourbés. Il se ramassa sur ses jambes et se propulsa vers le plafond où il planta ses griffes avant de dévier son élan vers le sol et vers la barbe blonde de Boaly. Les inconnus en noir tentèrent de rediriger leurs tirs vers lui mais il était trop rapide : après avoir emmené le chef des motards dans son élan, le faisant s’écraser sur le sol, il vira et se jeta entre les jambes d’un homme armé. Il saisit son arme tout en lui prenant une jambe, tira, le fit tomber et retourna s’abriter derrière la table avec le revolver. Il ouvrit le chargeur : cinq balles. Il n’aimait pas les armes à feu en général, cela ravivait en lui de cuisantes blessures, mais ça suffirait bien pour dérouter l’ennemi ! Il visa les spots et en fit voler cinq en éclat. Le dernier diffusait une lueur rouge, tamisée, et la salle était plongée dans une profonde pénombre. Il jeta le revolver vide au milieu de la salle qui fit un grand bruit en tombant sur la piste de danse. Comme il s’y attendait, beaucoup se précipitèrent dessus. Il en profita pour sauter sur ceux qui étaient restés près des entrées. Il trouva Boaly sans mal grâce à ses sens surdéveloppés, le plaqua contre le mur, une main sur la bouche, et lui écrasa la tête contre le béton. Le gros balourd s’effondra sur le sol. Ses deux compagnons avaient repéré Tiamat qui se saisit du premier motard avant de le jeter sur le deuxième avec une force surprenante.
Puis soudain la salle se remplit de lumière, quelqu’un avait trouvé l’interrupteur pour le plafonnier principal. Jurant entre ses dents, Tiamat se mit à courir vers les hommes rassemblés au centre de la salle. Il évita les premiers tirs en rasant le sol, mais une balle traversa son épaule gauche. Il retint un grognement et se lança sur trois des hommes, les projetant au sol. Il éloigna leurs armes d’un coup de pied avant de sauter en l’air pour éviter une nouvelle salve, il s’accrocha au plafond un instant avant de se laisser retomber sur un autre groupe. Il décocha un coup de queue à celui qui se tenait derrière lui, l’action fut si rapide qu’il espéra que personne n’avait vu que ce n’était pas un coup de pied qu’il avait donné.
Il continua ainsi à sauter dans tous les coins avec une grande agilité et parvint à épuiser les munitions de ses adversaires. Une fois qu’il fut certain de ne plus rien avoir à craindre de leurs armes, il se releva avec un sourire carnassier. Les intrus lui jetèrent un regard inquiet. Il en empoigna trois et les jeta par la porte de devant. Il se saisit de Boaly encore assommé et le brandit devant ses hommes.
« Sortez d’ici. Tout de suite. »
Ses yeux luisaient de l’ivresse du combat, le faisant paraître comme une bête sauvage aux yeux de ceux qui le regardaient. Les hommes de Boaly ne se le firent pas dire deux fois, ils déguerpirent à toute vitesse, abandonnant leur chef aux mains de ’l’homme’ qui à lui seul les avait tous chassés.
Tiamat emmena Boaly à l’extérieur et le jeta dans le caniveau. Le contact du pavé froid et mouillé réveilla le chef motard et il leva précipitamment les yeux vers Tiamat. Il eut un mouvement de recul : les yeux vairons étaient luisants de mépris et de haine et teintés de férocité bestiale. Boaly aurait voulut l’insulter, lui jeter à la figure toute sa rancœur d’orgueil blessé mais aucun son ne sortir de sa bouche ; il était totalement subjugué par ce regard étrange. Puis à son grand soulagement, Tiamat ferma les yeux et se détourna lentement avant de retourner à l’intérieur du club saccagé. Boaly se rendit soudain compte qu’il avait également cessé de respirer. Il inspira brusquement et toussota avant de se relever de sa position honteuse. Il jeta des regards perdus autour de lui et décida de rentrer à sa planque, pour retrouver ses hommes. Il redoutait leur réaction ainsi que celle de ses collaborateurs, mais il redoutait bien plus à présent de croiser à nouveau le regard de Tiamat, le regard d’un ‘dragon’…
2
Tiamat soupira.
Il était assis sur un des tabourets du bar. Il avait aidé Jackson, Veronia et sa barmaid à remettre la salle d’aplomb jusqu'à ce que Veronia lui ordonne de s’occuper de son épaule plutôt que des tables. Il aurait voulu protester mais elle lui avait jeté une trousse de premiers soins. Il s’était donc assis au comptoir et il serrait les dents en arrachant la balle de son bras à l’aide de ses griffes. Il retira le plomb noirci et couvert de sang et le tint devant lui avec des doigts tremblants.
Boaly et son gang étaient puissants dans le quartier, mais pas assez pour s’offrir des uzis. Tiamat était intrigué, et se rendit compte que finalement ça aurait pu très mal tourner, surtout qu’il avait été seul… Boaly avait su s’entourer d’alliés au bras long, et le raid qu’il avait organisé contre Veronia ne présageait rien de bon pour Tiamat et les siens… Il sortit un rouleau de sparadrap de la trousse à pharmacie ainsi qu’une bouteille de spray désinfectant, nettoya la plaie et fit un bandage serré autour de son bras. Ce n’était pas très réussi mais ça suffirait jusqu’à ce qu’il trouve mieux.
Tiamat soupira à nouveau, la balle qu’il avait reçue l’avait mis en colère ; à présent que la tension était retombée, il avait un peu la nausée, pas surprenant, il avait quand même dû perdre du sang. Mais il estima que ce n’était pas la peine d’aller trouver un médecin… Le groupe de dragons s’étaient finalement liés d’amitié avec un scientifique après nombre de péripéties, mais Tiamat détestait les scientifiques et n’allait le trouver que s’il ne pouvait vraiment pas faire autrement.
Il grimaça. Ca faisait un mal de chien. Mais plus il pensait à ces inconnus en noir, plus il s’inquiétait des événements de la soirée… Que Boaly et ses hommes aient été témoins de ses acrobaties n’était pas dérangeant, ils l’avaient déjà souvent vu à l’œuvre, mais Tiamat préférait ne pas laisser paraître ses pouvoirs devant des inconnus, ça lui avait déjà apporté une grande quantité de problèmes…
Et son intuition lui disait que ça ne faisait que commencer…
Il se lava les mains derrière le comptoir et retourna aider Veronia à ranger la salle. Il décida qu’il lui offrirait de nouveaux spots…
Au plus haut étage d’un bâtiment commercial d’une grande société, un homme d’une quarantaine d’années, robuste et élégant, était assis dans un fauteuil de luxe en cuir. Les bras croisés sur son impeccable costume gris en lin, il frottait pensivement sa barbe poivre et sel en regardant une cassette que deux de ses hommes avaient ramené d’une mission dans les bas quartiers de la ville. L’un des deux hommes avait un coquard à l’œil droit et la lèvre fendue. L’autre, blond, présentait rapidement à l’homme dans le fauteuil le déroulement des évènements de la soirée.
Le dirigeant acquiesça d’un signe de tête mais il n’avait pas réellement écouté, il était trop absorbé par ce qui se trouvait sur la bande : l’image était de mauvaise qualité, mais aucun doute, le jeune homme qui se battait dans cette boite de nuit avait des capacités surhumaines, lorsqu’il se déplaçait, on ne pouvait le suivre du regard que grâce à la longue traînée blanche qu’étaient ses cheveux, derrière lui.
L’homme blond saisit la télécommande et appuya sur le bouton ‘arrêt sur image’. L’homme dans le fauteuil ne voyait rien de particulier sur cette image. Le brun au visage amoché lui dit de regarder de plus près. Il se leva de son fauteuil et s’approcha du téléviseur. Il scruta l’image noire et blanche pendant un moment avant d’esquisser un sourire. Il avait trouvé ce qu’on souhaitait lui montrer : l’homme aux cheveux blancs avait frappé ses hommes d’un coup de queue. Bien qu’à l’œil nu cela aurait été difficile de déceler quoi que ce soit du mouvement, grâce à l’arrêt sur image, on voyait clairement l’appendice caudal couvert d’écailles blanches du combattant.
L’homme retourna s’asseoir dans son siège et prit un air grave. Il se tourna vers le jeune homme blond et ils échangèrent un signe de tête entendu, cet ‘homme’ suscitait chez lui un grand intérêt, mais il avait réussi à renvoyer un grand nombre de ses hommes, il faudrait se montrer prudent…
3
Le soir était tout à fait tombé lorsque Tiamat atteignit la porte le son loft. D’un tempérament solitaire, il avait préféré se trouver son propre logement, plutôt que de dormir chez Rayan, Morgan et leur famille… Il se sentait toujours mal à l’aise avec eux, ils avaient tendance à le traiter au-dessus de ce qu’il était, de le traiter comme un saint parfois même… et ça l’agaçait profondément. Mais c’était surtout de se retrouver face à Isys, la sœur de Rayan et Morgan, et de se dire que c’était à cause de lui que ses frères n’étaient pas là … manifestement, c’était parfois ce qu’elle pensait aussi….
Il soupira en s’étalant sur son lit avant de se relever brusquement. Il s’était allongé sur son épaule. Il jura en passant une main rageuse dans ses cheveux. Il aurait voulu frapper quelque chose …
Son loft, aux murs tapissés de briques était composé de trois ‘niveaux’ : légèrement en contre bas du palier où se trouvait la porte d’entrée, se trouvait la petite cuisine avec une petite télévision et une petite table… enfin bon, comme il vivait seul, tout était petit chez lui sauf peut être son lit, sur la mezzanine servant de plafond à la cuisine, et que l’on atteignait par un escalier en fer forgé en face de la porte d’entrée. A la tête du lit se trouvait une baie vitrée en forme de demi-cercle. Il avait une petite étagère avec surtout des livres de cuisine, un atlas et des ouvrages de mythes et légendes de la Terre et de chez lui…
Allamor… le monde d’où il venait… cela faisait bien longtemps qu’il n’y était pas retourné… Mais il paraît que chacun des dragons vivant sur Terre aurait des ennuis s’ils rentraient, Tiamat aussi d’ailleurs ! Mais celui-ci était persuadé qu’il aurait l’occasion d’y retourner un jour, alors il ne s’inquiétait pas trop…
Il se rendit d’ailleurs compte qu’il avait faim, mais il avait la flemme d’aller se faire à manger, et puis il était fatigué… Il déposa ses grosses chaussure à semelles épaisses, la seule chose dans sa tenue vestimentaire qu’il ne pouvait pas modifier à volonté, et par conséquent, faire disparaître… Il fit se retirer son manteau et ne se glissa même pas sous ses draps…
Il allait s’endormir au moment ou un grand cri le réveilla en sursaut ! Il se dressa précipitamment sur son séant et vit une jeune fille blonde debout devant lui, sur son lit, ses grands yeux verts, écarquillés sur sa blessure à l’épaule.
« Mais, mais, mais…. TU ES BLESSE !!!!!!
- Euh… Je peux savoir ce que tu… »
Mais la nouvelle venue ne lui laissa pas le temps de répliquer, elle se jeta sur lui avec force, le projetant sur son lit.
« Mon Tiamouneeeeeeettt !!! Mais, mais, mais qu’est ce qu’il t’est arrivééé ?!
- Aurie… Tu me fais mal… »
Elle se releva précipitamment, l’air penaud.
« Oh euh, ha ha ha, je suis désolée !
- Aurie, qu’est ce que tu fais là ?
- Disons que je m’ennuyais à la maison, ils sont tous partis manger des sushis mais moi j’ai du rester finir de faire mon exposé de biologie, bouh… fit Aurie avec une moue dépitée. Mais je l’ai fini, je t’assure !!
- Ben voyons… Et depuis quand tu finis tes devoirs avant de venir me casser les pieds ?
- Te casser les pieds ?! Comment oses-tu ! Moi qui m’inquiétais tellement pour toi ! Et regarde j’ai eu raison, je te laisse juste une soirée et tu te blesses ! »
Tiamat roula des yeux en levant les bras au plafond, avant de les redescendre brusquement en gémissant… Et en jurant ! Il leva les yeux vers Aurélia dont le sourire menaçait de lui dévorer le visage.
« Pourquoi est-ce que tu te bidonnes comme une baleine ?
- Parce que tu es une vraie chochotte !
- Une chochotte ?! Tu vas voir si je suis une chochotte, sale teigne ! »
Il se jeta sur elle et ils roulèrent à terre, enroulés dans les draps. Elle repoussa Tiamat d’un coup de pied avant de dévaler les escaliers vers la cuisine. Tiamat se releva à toute vitesse et sauta de la mezzanine pour atterrir devant elle.
« AHA ! Rends-toi, tu es cernée ! dit-il avec un sérieux effarant que son grand sourire démentait.
- Crève carcasse ! répliqua-t-elle en riant aux éclats et en s’emparant d’un halogène avant de le brandir comme une lance.
- Eh, mais tu veux vraiment détruire mon mobilier ! »
Il s’élança vers la cuisine et s’empara d’une écumoire.
« En garde ! »
Aurélia débrancha l’halogène avant de se lancer à l’assaut avec un geste théâtral. Ils échangèrent une série d’estocs fictifs, autant physiques que verbaux. Tiamat gagnait rapidement du terrain. Il s’empara d’une louche de sa deuxième main et mit à profit son ambidextrie pour désarmer Aurélia. Il lâcha son écumoire pour rattraper l’halogène avant qu’il ne tombe par terre, le remit droit et plaqua Aurie à terre.
« Vas-y, fais ton œuvre, bourreau infâme, je vais te montrer comment meurt une vraie combattante ! cracha-t-elle avec un effet tragique exagéré.
- Mourir ? Non… Crier, ouii !!! »
Et il se mit à la chatouiller frénétiquement avec un grand rire psychopathe… Aurie hurla en se débattant furieusement, elle essayait vainement de crier au secours mais elle riait trop et elle n’arrivait pas à prononcer quoique ce soit d’intelligible.
« Je vais t’apprendre ce que c’est que… l’ENFER DES CHATOUILLES ! MOUAHAHAHAhahaille, aille, ouille, ah non, non, non, tu me fais mal là, Aurie arrête ! »
Aurélia lui avait malencontreusement décoché un furieux coup de pied à l’épaule. Il la lâcha rapidement et remonta sa manche : sa blessure s’était remise à saigner. Il soupira en gémissant.
« Tu le fais vraiment exprès, hein ? dit-il en lui jetant un regard en coin. »
Aurélia ne riait plus du tout, mais le sourire de son ami la rassura. Elle l’aida à se relever et ils passèrent un marché : elle lui ferait la cuisine pendant qu’il lui raconterait ce qu’il lui était arrivé en refaisant son bandage. Il lui raconta la rixe au club.
Elle s’assit devant lui et le regarda manger ses tagliatelles au jambon.
« Tu ne prends rien pour toi ? lui demanda-t-il entre deux bouchées.
- J’ai déjà mangé, idiot !
- C’est ça, et par contre ça t’amuse de me regarder manger ? «
Elle soupira en roulant les yeux à son tour. Elle se leva et décida de prendre une pomme pour lui refermer le caquet.
« Tu ne devrais pas aller te faire soigner ? » lui demanda-t-elle innocemment, la bouche pleine.
Il haussa les épaules et lui sourit : il ne fallait pas s’en faire, il avait vécu pire que ça. Il lui proposa de l’accompagner acheter de nouveaux spots pour Veronia, le week-end suivant. Elle accepta avec un grand sourire et décida de s’incruster chez lui pour la nuit. Tiamat poussa un soupir à fendre l’âme, mais il sonnait bien faux, il appréciait toujours la compagnie de la petite blondinette. Cela dit, la nuit n’allait pas être de tout repos !