Coule doucement sur le sentier ravagé par la pluie,
Une lueur de lune, une tiède imagination qui s’accroupit sur terre,
Un instant.
Un petit bonhomme s’échappe de ce fleuve ambré et cobalt,
Mais aucun pas ne trace sa présence sur les rochers,
Ni même sur les arbres qu’il parcourt.
Il semble sautiller vers une branche chaque fois plus haute, vers une montagne qui ne s’écoule que dans son imagination.
Et ses yeux ne s’ouvrent toujours pas, sa tête semble somnoler, seulement attirée
Par le roulis du vent que produit l’air sur le coussin d’arbres haut de
18 milles pied.
Il trébuche sur l’air ensommeillé,
Naviguant entre deux flots de vent d’est,
Il taquine, et s’incline devant des cygnes enamourés,
Il pianote des constellations sur un fond d’air vaporeux et nordique.
Sa tête tourne de ce sommeil qu’il n’a pas,
Ces sens s’affolent d’une voix qui ne se fait sentir,
Sans doute la journée pourra le recueillir…
Et toujours, ses yeux, qui ne s’éclairent toujours pas
Assis sur une branche bien grêle, mais rassurante,
Il tourne vers la terre ses idées,
En éclot deux songes,
Deux tristes versions de réalité qui s’étirent,
Une fleur et une autre fleur,
Mais ô combien différentes !
Elles s’évanouissent de temps à autre, seulement, masquées par
L’ondulation du vent qui orchestre les péripéties des feuillus,
Aérien et sinueux dans cet univers.
Accroupi depuis sa tour émeraude,
Le petit bonhomme s’interroge sur ses fleurs,
Ou plutôt sur ces plantes...
En effet, elles ne semblent se mouvoir que par la force des songes du vent,
Et pourtant elles progressent vers un bout de chemin bien distinct du lieu de leur apparition.
Comment font elles ?
Et comment puis je voir ?
Moi, qui n’ai pas encore une seule fois levé les paupières.
C’est ainsi que s’allonge sur son mince refuge un être énigmatique,
Qui s’apparente à plus mystérieux, plus indiscernable pour lui même,
Que l’on ne pourrait en conter.
Et malgré cette lumière qui ne s’attarde pas sur ses yeux,
Il discerne cette nuit, et peut dire voir.
Tandis que sous sa demeure de l’instant, il ne reste plus de traces de deux petits êtres…