Caranthir, l'oeil hagard, reste à contempler cette acquisition dont lui parle Lestoits Traihideux. Un rayon de Solinar fait étinceler les appendices cuivrés de la machine rutilante et pétaradante et son esprit tourne à plein régime devant les perspectives qui s'ouvrent devant lui. Il pense tout d'abord à ouvrir une entreprise de ravitaillement en oeufs durs pour la taverne. L'option volaille rôtie, qu’il vient de découvrir et dont les agréables senteurs commencent à titiller son estomac, permettrait même d'étendre ses activités à la vente ambulante. Tout aussi bien pourrait-il se lancer dans les travaux publics et, grâce aux dalles de calcite, paver certaines rues de Duruune qui en ont bien besoin. Un pavage en coquille d'oeufs lui assurerait la gloire ! Peut-être même y aurait-il, offerte par une population reconnaissante, une rue baptisée Caranthir ?
Cette douce pensée caresse son bulbe rachidien et ses mains se mettent à trembler de plus belle. Un petit filet de salive apparaît aux commissures de ses lèvres. Le chasseur se tourne vers Lestoits qui, en le regardant, a un mouvement instinctif de recul.
- Maître Traihideux !
La voix de Caranthir semble normale mais Myrtion y décèle rapidement de légères harmoniques trop aiguës pour être honnêtes, ainsi que d'infimes déraillements dans les intonations.
- Votre machine me semble formidable et je suis prêt à l’acquérir. Mais avant de parler de transaction, m’accorderez-vous encore le temps d'en faire le tour ?
Aussitôt, et en fait sans attendre de réponse, le Demi-Elfe rouvre la trappe du poulailler désormais vide et s'engouffre en se contorsionnant dans les entrailles de l'écaleur 3000 afin d’en visiter les différents compartiments. Les deux gnomes attendent patiemment à l'extérieur, à l'écoute du moindre bruit insolite. On entend les claquements d'ouverture de clapets et de trappes. « Il est dans le poste de commande ! » Chuchote Traihideux à son voisin.
Parfois, leur parviennent des sons étouffés de raclements qui signalent un déplacement. Un instant la jambe gauche du chasseur réapparaît par une ouverture que Myrtion n’avait pas encore remarquée, puis elle disparaît à nouveau. Une porte interne s'ouvre en grinçant et la voix du chasseur réussit à s'échapper de la machine. « Houuu ! C'est zoli ça ! » Puis un tintamarre se fait entendre, ce qui inquiète Myrtion de plus en plus, et un autre compartiment est ouvert. « Houlà ! Gentil le crocodile ! Gentil ! » Suit une plainte douloureuse mais courte. Un vif claquement retentit et Caranthir continue sa progression. La trappe de livraison du poulet rôti s'ouvre et l'avant-bras du chasseur en jaillit. Les deux gnomes constatent, sur la main qui tâtonne l'air, de profondes entailles, visiblement d'origine dentaire. Sa mitaine de cuir est presque arrachée. Puis le bras retourne dans les profondeurs mécaniques.
Après un certain temps, assez long pour que Lestoits se soit décidé à faire une sieste contre une roue de l'engin, le rôdeur, tout essoufflé, s'extrait en nerveuses reptations de la machine. Il est couvert de poussière, de graisses d'engrenages et de poulet rôti. Par endroit, son manteau est taché de fiente de poule. Sa main saigne toujours et son regard est totalement fou. Il aperçoit son ami.
- Ha Myrtion ! Cette machine est merveilleuse !
Il prend le ménestrel dans ses bras et le soulève de terre pour l'étreindre chaleureusement.
- Quel bonheur! Et il y a plein de cuillères à l'intérieur !
Après que le demi-elfe a fini par reposer Myrtion au sol, celui-ci prend quelques minutes pour désincruster ses vêtements des différentes substances illicites qu'ils ont accumulées lors du contact avec le rôdeur. Dans le même temps, il regrette de ne pas avoir de don de télépathie, afin de pouvoir demander qu’on apporte un vêtement de circonstance à Caranthir dans les plus brefs délais. Vous savez, ces vêtements blancs, pleins de lanières de cuir et dont les manches se referment bizarrement. Car son ami lui semble maintenant avoir atteint un point dangereux qui pourrait le pousser à faire à peu près n'importe quoi.
Enfin, il n'y avait visiblement pas de personnel compétent à portée de vue, aussi Myrtion décide-t-il de tenter un début de lissage psychologique. Prenant un air de vieillard épuisé, il tire un bout de pantalon de Caranthir pour l'amener vers un banc contre l'un des murs de la taverne.
- Je commence à fatiguer légèrement mon ami, ne voulez-vous pas que nous rejoignions un endroit où je puisse m'asseoir ? Nous discuterons tranquillement des termes du contrat qui vous permettra d'acquérir cette merveille.
Caranthir, pupilles dilatées et rictus inquiétant aux lèvres, finit par s’apercevoir de la soudaine fatigue de Myrtion, malgré la mise à mal des rouages de son cerveau dont ont pourrait presque entendre le cliquetis entrer en résonance avec ceux de la machine. Le poids des ans semble lourd à porter pour son ami. Caranthir est ému. Dans son esprit, l’excitation technologique suscitée par une telle mécanique est trop forte pour le gnome. Cette antinomie est bien sûr une grave erreur de jugement, aucun gnome ne peut se fatiguer de technologie. A l’âge d’un an, un gnome bricole déjà avec les outils de son père. Tout cela laisse rêveur quant à la santé mentale de notre chasseur qui prend son ami par le bras pour l’accompagner vers le banc. Contrairement à l’ordinaire, la démarche du chasseur est raide, mécanique. Parfois un spasme lui secoue l’épaule droite.
Lorsqu’ils arrivent près du banc, Myrtion s’assoit mais Caranthir, voulant l’imiter, sent son pied d’appui qui glisse sur une substance organique pour le moins traîtresse. S’en suit une perte d’équilibre que le chasseur, toute souplesse l’ayant abandonné, n’arrive pas à compenser et, s’étalant de tout son long, c’est avec détermination et énergie qu’il fait avancer sa tête à la rencontre des moellons de calcaire de la taverne. Au moment de l’impact, il exprime toute la surprise qu’il ressent à déraper ainsi.
- Ga !
Myrtion abandonne aussitôt son simulacre et se précipite pour aider Caranthir à se relever. Celui-ci se tient la tête à deux mains. Lorsqu’il rouvre les yeux, son visage arbore une mine douloureuse, mais tout rictus en a disparu. Il palpe du bout de l’index la bosse qui pousse sur son front et, se redressant, regarde avec étonnement l’état de ses vêtements. Puis il dépose sur Myrtion son regard redevenu bleu cobalt. Un regard surpris, comme s’il ne découvrait qu’à l’instant la présence de son ami.
- Myrtion ? Que fais-je ici ? M’auriez-vous fait goûter ce jus de pissenlit que vous affectionnez tant ?
Légèrement vexé par les soupçons de Caranthir, mais heureux de le voir reprendre ses esprits, Myrtion laisse passer cette insulte au jus de pissenlit. Il se rapproche simplement du rôdeur, et avant que celui-ci ait pu se relever complètement, touche la bosse qu'il a au milieu du front.
- C'est une méchante commotion que vous vous êtes faite là. Peut-être devriez-vous mettre un linge humide dessus, ou une poche emplie de glace, si vous parvenez à en trouver par cette température, et sans mage à proximité. Enfin, vous vous sentez peut-être encore d'attaque pour cette petite transaction que nous avions débutée ? Vous n'avez pas eu un choc suffisant au point d'en oublier le splendide appareillage que vous étiez sur le point d'acquérir ?
Le vent semble avoir tourné. Peut-être que le rôdeur se maintiendra maintenant plus sur ses gardes face à Lestoits Traihideux, ayant pu mesurer l'ampleur des étranges qualités de persuasion de l'inventeur. Car Myrtion comptait sur l'oeil aiguisé du chasseur pour percer à jour les machinations de ce charlatan capable de vendre à n'importe qui les inventions les plus incroyables. Il avait bien observé celui-ci, pendant que le charme opérait, mais n'était pas parvenu à trouver la faille dans son stratagème. Il poursuit donc la discussion.
- Avez-vous d'autres questions à poser avant de vous lancer dans cette affaire ?
Après un instant d’hébétude, le chasseur se redresse de toute sa hauteur. Petit à petit, les élancements qui lui comprimaient les tempes, comme une éponge dans un étau, se font moins douloureux. En observant Myrtion, une constatation s’impose. Ce n’est pas le jus de pissenlit qui lui a fait perdre la raison. Et pour cause, même s’il n’en a jamais bu, Caranthir est sûr que si tel avait été le cas, il en aurait encore le goût en bouche. « Il faudra que je goûte cette boisson un jour… ». Pourtant, sans pouvoir tout se rappeler en détail, il se souvient d’avoir ressenti, dans un état proche de l’inconscience, une grande allégresse, une joie immense et une nervosité importante. Il n’a jamais vécu toutes ces émotions avec autant de puissance et cela lui semble très étrange. Son regard se tourne, méfiant, vers l’écaleur.
- Non Myrtion, je n’ai pas oublié…
Sa voix, expression de toutes les interrogations qui l’assaillent pour comprendre sa propre attitude, est devenue sombre tout à coup. Il plisse les yeux et regarde cette machine autour de laquelle Lestoits tourne comme un frelon autour de son nid. Quelque chose le tracasse. L’appareillage est énorme, grandiose, sonore, voire cacophonique. Splendide, non. Le chasseur doit lutter contre une partie de lui qui lui montre le contraire. Mais ses yeux voient cette machine qui halète, vibre et ronfle comme si elle était vivante. Dans une partie de son esprit, Caranthir sent la présence d’une idée. Ou plutôt une évidence qui lui échappe à chaque fois qu’il tente de s’en saisir. Il sait maintenant qu’il lui faut temporiser. Se retournant vers Myrtion, il essaie d’afficher un sourire. Pour une obscure raison, il ressent le besoin de dissimuler encore à son ami ce qui le tracasse.
- Oui mon cher Myrtion, j’ai encore quelques questions à poser à Traihideux. Ce ne sont que de simples formalités, vous conviendrez qu’il est normal de s’assurer de menus détails lorsque l’on compte investir… Retournons auprès de ce monsieur, je vous prie. Et demandons lui où se trouve la boîte que je vous ai confiée il y a quelques temps de cela, je ne l’ai pas vue pendant ma visite de la machine.
La boîte d’origine. Voilà, c’est elle l’évidence qu’il cherchait, comme un marin en plein naufrage recherche désespérément un espar auquel s’accrocher.
Myrtion et Caranthir s’approchent de Lestoits qui s’arrête de travailler et les attend imperturbablement. Le gnome, peut-être un peu tête en l'air, avait quelque peu perdu de vue (ou plutôt de pensée) l'appareillage original. Après avoir tenté de reboucher les trous de sa tête, par lesquels ces idées devaient s'échapper de son crâne, en se la frappant quelques fois contre l'arbre le plus proche, il consent à s'avancer à nouveau vers la machinerie écaleuse. La tension se fait... absolument inexistante au fur et à mesure que les deux enquêteurs s'avancent. Tout d'abord fermé par la concentration, le sourire de Lestoits commence à frémir pour finalement s'illuminer complètement, allant presque jusqu'à titiller ses orifices auditifs, une fois que ses potentielles victimes portent à nouveau leur regard sur son produit. Puis ce sourire disparaît complètement, d'un seul coup, presque par magie, alors que la question de Caranthir lui est posée. Mais il répond immédiatement.
- Eh bien, mon ami Myrtion ici présent m'a fait part de votre attachement à cet appareillage quelque peu vétuste, aussi me suis-je servi des quelques pièces qui le composaient pour assembler ce chef d'oeuvre que vous pouvez admirer devant vous. Comme ceci, vous aurez cette pièce qui vous était chère toujours avec vous lorsque vous vous déplacerez.
Pris dans sa conversation, il entend à peine le pseudo-gargouillement qui s'échappe des lèvres de Maître Plum’mol.
- Grmbl....Malin, le bougre !
Mais Lestoits Traihideux a une très bonne ouïe. Ou peut-être a-t-il entrevu sa réaction avant qu'elle ne se produise ? Cela serait-il son secret ? Myrtion frémit à cette pensée. Il se rend compte à l'instant qu'il n'avait malheureusement pas envisagé les pires cas de figure qui pourraient se produire. Comment l'inventeur réagira-t-il une fois ce secret éventé ? Quelles mauvaises surprises garde-t-il dans sa manche ? Enfin, tout ce qu'il sait pour l'instant, c'est que la cible de son enquête vient de répondre à ses grommellements.
- Plait-il ?
Que faire, que répondre, quelles insinuations contiennent cette question somme toute naturelle ?
- Euh...Oui ? J'ai dit quelque chose ? Excusez-moi, je pensais à voix haute. Le petit souvenir d'une chose que j'avais à faire m'est remonté à l'esprit. Ne vous souciez pas de moi, poursuivez, je vous en prie.
Et Lestoits commence à décrire à Caranthir les différentes utilisations qui ont été faites des pièces de son écaleur, omettant bizarrement de parler de la petite cuillère de laquelle tout est parti. De nouveau l’écaleur se remet à briller, reflétant les rayons de Solinar. Le doux son des soupapes, qui s’ouvrent pour contrôler la perte de charge de la ligne de vapeur sous pression, berce l’esprit du chasseur. Lequel tourne au diapason du système d’engrenages qui…
Caranthir se prend la tête à deux mains. Une fois de plus il a laissé le charme agir. Ces axes et ces courroies lui donnent le tournis. Il doit combattre de toutes ses forces pour être insensible au boniment de cet étrange gnome. Dans un sursaut qui souvent caractérise la proie qui s’en remet à son instinct de survie, il referme son poing autour du col de Lestoits et agrippe la matière élastique de sa combinaison.
Par un mouvement tournant, il soulève le gnome de terre et le plaque violemment contre la paroi de sa machine, ramenant son visage au niveau du sien. Pour la première fois, Lestoits ne porte plus son masque d’impassibilité et on perçoit, au fond de son regard, la petite lueur que Caranthir a vu mille fois dans celui du lapin au moment où la flèche lui traverse le flanc. Myrtion semble, quant à lui, surpris et désemparé par cet acte violent.
- Mon cher môssieur Traihideux. Je ne sens plus dans votre discours que traîtrise et forfaiture. La voix du Demi-Elfe est glaciale. Je ne sais encore comment vous vous y prenez pour ainsi m’hypnotiser, mais je ne vais pas tarder à le savoir.
Il se tait un instant pour laisser au gnome le temps d’enregistrer la situation dans laquelle il se trouve. Au passage, il raffermit sa prise sur le col.
- Où se trouve ma petite cuillère ?
Pauvre Caranthir ! Que l’inexpérience peut être cruelle pour la jeunesse ! Car il est un fait que personne n’aura ignoré, sauf notre chasseur. Lorsque vous soulevez un gnome de terre pour avoir son visage à hauteur du vôtre, vous amenez fatalement ses pieds (Sauf aux Cryptes qui ont à leur disposition des moyens plus subtils) à la même altitude qu’une partie de l’anatomie si sensible chez les mâles. Vous a-t-on dit que les souliers de Lestoits étaient ferrés ?
Un mouvement rapide de jambe. Les poumons du chasseur tentent désespérément d’emmagasiner à toute vitesse une quantité d’air que le cerveau, qui a sur l’instant autre chose à penser, lui refuse, provoquant un râle affreux car étouffé et bloqué dans la gorge. Caranthir, tétanisé, ne sent plus que deux points de douleur pure et concentrée, au-dessus de l’aine. Peu à peu cette douleur diffuse, lentement, inexorablement. Son visage devient soudainement blême et son front se couvre d’une fine pellicule de sueur. Son poing se desserre et lâche le gnome. Puis il s’effondre sur ses genoux, le buste plié sur ses bras qui compriment son ventre, et sa bouche, grande ouverte, recherche désespérément deux atomes d’oxygène qui se promèneraient par là. Myrtion, horrifié, observe la scène d’un air, très connu, de compassion : les sourcils froncés accompagnés d’une légère aspiration de la bouche. Lestoits en profite immédiatement pour s’échapper. Il ouvre nerveusement la porte du poulailler et, avant d’entrer dans la machine, il lance à la cantonade :
- Vous ne m’aurez jamais ! Jamais !
Et la porte se referme violemment sur un rire démoniaque.
Le choc de la fermeture fait sursauter Myrtion qui commence alors à reprendre ses esprits. Allongé maintenant au sol, Caranthir ne semble plus être d'une quelconque utilité et le regarde d'un air étrange, moitié puit de souffrance, moitié prise de conscience brutale. Eh oui, les gnomes peuvent également être dangereux au corps à corps ! Vous en doutiez ? S'étant assuré tranquillement, et sans grande inquiétude que son ami survivrait à cette épreuve difficile, il commence à avancer doucement vers la machinerie, craignant quelque fonctionnalité non encore dévoilée. Puis une idée lui vient. S'approchant des leviers de commande de l'écaleur, il monte la puissance au maximum, et la masse de boulons se met aussitôt à trembler et ronronner (enfin, un ronronnement digne d'un félin qui aurait attrapé diverses maladies mortelles en même temps et serait en train d'agoniser). Aussitôt, une petite voix issue de l'intérieur s'élève, inquiète :
- Oh oh !
Suivie immédiatement de ce qui ressemble fortement au bruit que ferait un corps tentant de se déplacer à très vive allure dans un espace restreint, multipliant les chocs dans sa précipitation.
- Aïe ! Ouille ! Non ! Ouch ! Aïe ! Ouille ! Vous n'avez pas le droiiaaaaaaaaaaaaaaaaAAAAAAAAAAhhhhhhhhh…
Ah ? Il semblerait que les turbines se soient mises en marche ! Ne pouvant laisser passer l'occasion d'admirer ce spectacle, Myrtion repère le levier permettant de découvrir la machinerie interne de l'appareil et l'abaisse. Bien sûr, il avait noté la présence de plaques de verre très résistantes empêchant, en cas d’un dysfonctionnement, l'appareil de propulser un rouage vagabond sur les observateurs. Aussi Lestoit ne peut-il pas s'échapper. Mais de toute manière, l'inventeur n'est pas là. Les petites cuillères frappent toujours le vide. Peut-être les reptiles n'étaient-ils pas spécialement attirés par la chair de gnome...
Cette constatation faite, Myrtion se retrouve confronté à un problème de conscience. N'étant pas cannibale, il ne s'était jamais posé la question : à quelle température le gnome se cuisine-t-il le mieux ? Mais il n'a pas le temps de faire ses calculs. Le cône soutenant les pales permettant à l'appareil de se mouvoir commence à libérer une légère fumée, qui produit bientôt un sifflement strident en s'échappant à haute pression. Puis, c'est l'explosion, et plusieurs énigmes se trouvent résolues.
Premièrement, Myrtion et Caranthir (enfin surtout Myrtion, vu l'état du rôdeur) constatent que le gnome résiste très bien à la chaleur. Celui qui s'envole à ce moment pousse un cri qui semble bien vivant. Deuxièmement, la viande de gnome, même la plus avariée, ne semble pas laisser les reptiles indifférents, car il en est un qui ne paraît pas vouloir lâcher l'arrière-train de sa possibilité de repas, même lorsque celle-ci s'élève avec célérité à plusieurs pieds au-dessus du sol. Pour terminer, la petite cuillère en bois de Caranthir semble avoir été retrouvée. Elle suit approximativement le même chemin que le gnome volant. Le petit être ailé qui s’y trouve ficelé laisse peu de doute quant à l'appartenance du couvert, et apporte une explication aux réactions de Caranthir, et d'autres personnes avant lui, face aux inventions de Lestoits Traihideux. Elle disparaît rapidement, laissant dans l'air un sillage de poussière de diamant.
Pour finir, parlons un peu de l'écaleur, ou de ce qu'il en reste. En effet, les mendiants, colporteurs, marchands véreux et autres vermines commencent déjà à en rassembler les morceaux épars, suivant la logique tout à fait compréhensible selon laquelle des pièces s'étant éloignées d'une distance suffisante de leur point de rassemblement initial ne doivent plus être utiles à grand-chose.
Myrtion en profite pour regrouper les pièces de l'écaleur initial de Caranthir, qui luisent encore légèrement (gâchant quelques fléchettes soporifiques dans le corps d'un gobelin qui ne voulait pas se séparer d'un ressort sous prétexte qu'il appartenait à la jambe de bois de son grand oncle demi-gnome...), puis se dirige vers le rôdeur en train de se redresser et le tire sur la voie du point de chute probable de l'inventeur.
- Venez, Caranthir, allons montrer à cet imposteur ce qu'il en coûte de se dresser face à la crème de cette cité ! Dit-il d’un air plein d’une farouche détermination.