Ah mais… que vois-je ? Qu’ouïs-je ? Qu’entends-je ?
Je reconnais ce son étrange,
Qui las remonte à mes oreilles,
Comme une ancienne ritournelle…
Approchez donc jeune étranger,
Je vous en prie venez auprès,
J’ai entendu le pas pressé,
De l’homme qui veut m’écouter
Asseyez-vous, souriez d’aise,
Dans ce fauteuil qui vous apaise,
D’un long voyage qui ne vous pèse,
J’en suis heureux, j’en suis fort aise.
Oh mais je sais que vous voyez,
Mes deux yeux blancs, vous regardez,
Allons allons pas de manière,
Je suis aveugle mais pas d’hier…
Je vois encore à ma manière,
Et je me dois de vous complaire,
Avec une fable vous satisfaire,
Je la revois c’était hier…
Plongez les yeux au cœur de l’âtre,
Laissez votre âme se débattre,
Elle ne pourra l’envie combattre,
De les revoir, les flammes folâtres
Mes deux yeux blancs les voient encore,
Les lueurs dansent comme la Mort,
La chair des bûches elles dévorent,
Elles s’en repaissent, flammes traîtresses
Je me souviens du temps naguère,
J’étais bien jeune, curieux et fier,
Et je ne sais par quelle misère…
Laissez couler mes larmes amères…
De mes pupilles au cœur si noir,
Si fait monsieur, je pouvais voir,
Au sein des flammes la charmante,
Je la voulus la belle amante…
C’est une gitane qui dansait,
Au cœur du feu elle souriait,
Ses belles mains elles me tendaient,
Si fait monsieur, je la suivais
Sa robe chaude de flanelle,
Me caressait d’une âme nouvelle,
Elle me brûlait la chair, si belle
Je n’en peux plus, je brise mes ailes
Je me souviens des yeux de braise,
Ils me perdirent quel malaise,
Et son arôme si fin si chaud,
Contre mes lèvres c’en était trop
Dans sa belle robe rougeoyante,
Je me consume pour cette amante,
Elle me prit mon cœur je crois,
Et avec lui ma vue ma foi
Désormais plus je n’pourrais voir,
La belle gitane aux yeux de moire,
Elle me rendit au monde si fait,
Et je quittais les flammes, défait
Je n’retiens que dans mon souvenir,
Son doux visage, ses chauds soupirs,
Si fait monsieur et je n’aspire,
Qu’au cœur des flammes m’endormir.