Tout en étant songeur quelques instants, alors que le char dévalait la pente qui le mènerait à une mort certaine, Elien vit les derniers mois de sa vie défiler devant lui, alors qu’il tentait désespérément de se remémorer le moment, et la raison de son enrôlement dans la Garde Impériale.
Tout autour de lui, à part le sergent, Kriz, tous étaient jeunes, et la peur se lisait sur leur visage. Même le fait de savoir qu’il n’était pas seul dans ce cas ne le réconfortait pas, et l’esprit d’équipe, celui qui maintenait le moral de chacun en vie, depuis leur arrivée sur ce terrible système, avait peu à peu disparu, laissant chaque soldat sombrer dans les plus sombres recoins de sa personne, à l’abandon, perdu entre le vide d’un esprit torturé et l’atrocité de la guerre qu’il endurait.
Elien se rappelait ce soir où il rentrait de son entraînement de baseball, et où, tout content d’annoncer à sa famille qu’un match allait se jouer entre son équipe et celle du district voisin, le sourire quitta ses lèvres instantanément alors qu’un homme en uniforme de la garde était assis autour d’une table, aux côtés de ses parents.
En effet, lui, comme tous les hommes entre dix-sept et trente-cinq ans furent enrôlés dans la Garde ce jour là, et envoyés aux quatre coins de la planète, pour la défendre des envahisseurs Orks.
L’entraînement militaire fut bref, et il apprit peu de choses à Elien, mais peu importe, le moment était venu, le moment de prouver sa bravoure, en se jetant dans les combats, dans les bains de sang, et, inévitablement dans la mort. A cette pensée, il cramponna son fusil laser, et ferma les yeux, en inspirant profondément. C’est alors qu’une écoutille du blindé fut transpercée par un faisceau rougeâtre, qui traversa la coque du char comme du papier, alors que dans un cri discret, l’un des jeunes soldats, ainsi que son voisin d’en face étaient balayés par l’explosion, leurs corps déchiquetés n’ayant même pas eu le temps de se défendre, tant l’énergie du tir était concentrée. Le sergent enclencha son épée tronçonneuse, et cracha son mégot au sol, avant de se lever, et de hurler, tout en balançant un coup de pied dans la trappe arrière de la Chimère pour l’ouvrir :
« C’est parti ! Suivez-moi, tirez au jugé, et posez des charges sur toutes les pièces d’artillerie que je désignerais ! Allez ! Soyez braves, héroïques, et ne songez pas à la mort ! Elle viendra vous prendre d’elle-même ! Pour L’Empereur ! »
A ses mots, Elien, ainsi que tous les autres soldats déployés dans le blindé se levèrent, et s’engouffrèrent dans l’ouragan de feu des combats ; deux d’entre eux furent fauchés d’une même rafale, qui cribla leur torse de projectiles gros comme le poing.
Le sergent avait déjà commencé à désigner du doigt un canon appartenant aux Orks, appelant Elien pour que ce dernier dépose les explosifs à sa base. Alors que ce dernier s’exécutait, une brute verte se jeta sur le sergent, qui, d’un agile bond en arrière put éviter de se faire broyer sous la masse de muscles. Il déchargea un chargeur entier dans le dos de l’Ork, avant d’enfoncer profondément sa lame tronçonneuse dans les cotes du Xénos, la faisant ressortir de l’autre coté, dans une gerbe de sang.
« Allez, barre-toi de là maintenant ! » hurla-t-il à Elien, qui prit ses jambes à son cou, afin de rejoindre les quelques membres de l’escouade qui restaient. L’explosion, bien que titanesque, se perdit presque dans le vacarme des combats, alors que des morceaux de métal virevoltaient en tous sens. Kriz fit signe de se regrouper derrière une énorme souche, que les bombardements avaient dû séparer de son tronc, alors que les quelques arbres présents sur le terrain avaient étés éradiqués afin de ne pas nuire à la visibilité des tirs de couverture.
Tommy, le porteur du bolter lourd, enfonça les barres de fer qui faisaient office de support à son arme dans le rondin de bois, et commença à couvrir le flanc gauche, en délivrant un feu nourri sur tout se qui pouvait dépasser des rares abris, et en tirant dans les groupes d’Orks n’étant pas engagés dans les combats.
« C’est bon ! Cessez le feu ! Faudrait pas qu’on descende notre piétaille ! » hurla le sergent, lâchant son pistolet, et éteignant lame, afin de se saisir du fusil laser que le garde à côté de lui venait de lâcher, après que sa tête lui fut ôtée, alors qu’une balle la faisait voler en esquisses.
Les gardes semblaient avoir la situation en main, malgré les nombreux cadavres qui jonchaient le sol, mêlant dans un atroce panorama, Orks, et humains, membres, armes, éclats en tous genre, épaves, et tout ce que les combats avaient pu emporter, avec une violence extrême.
« Ca va petit ? demanda Kris à Elien, voyant le jeune soldat virer à un blanc de linceul.
- Oui … merci sergent, répondit-il, d’un ton hésitant.
- T’en fais pas, des situations comme celles-ci, j’en ai vécu des tas » affirma Kriz, avant de se relever, et de tirer une nouvelle rafale.
Qu’il en ait vécu des tas, ça, Elien voulait bien le croire, et de toutes façons, il le savait, cela se voyait rien qu’aux marques que Kriz affichait sur le visage, laissant libre cours à l’imagination pour ce qui était du reste du corps …
« Rassemblement sur le versant ouest de la colline, immédiatement ! » hurla une voix dont la portée avait été décuplée par un interphone, couvrant le vacarme des affrontements, qui avait diminué amplement, tandis que les Orks s’étaient repliés.
Elien se releva, et abattit un Ork, d’un tir qu’il aurait pu qualifier de chanceux, en pleine tête. Il suivit en courant quatre à quatre, le sergent Kriz, et les quatre autres membres de tête de l’escouade, tout juste suivi de Tommy, que le poids du bolter lourd ralentissait considérablement.
La colline était proche,quand un souffle invisible précédé d’un grondement sourd souleva Elien, qui alla s’écraser deux mètres plus loin, sur l’arrière train, tandis qu’une pluie de boue s’abattait sur lui et les autres soldats alentours. Il fut vite relevé par Kriz, alors qu’en se relevant, il constata qu’un cratère était en lieu et place de Tommy, dont les restes étaient sûrement le dépôt noirâtre qui fumait au fond du cratère causé par l’obus.
« Allez, on suit, pas le temps de faire, la sieste, on est repartis ! déclara Kriz d’un ton légèrement ironique.
- Bien monsieur, je vous suis ! répondit Elien, mettant tout l’enthousiasme qu’il put dans sa voix afin de couvrir le sérieux état d’angoisse dans lequel il était plongé.
- Bien brave garçon, mais avant cela, nettoyez vous les épaules, cela fait mauvaise image » ordonna Kriz, en pointant du doigt les viscères qui pendaient et recouvraient le dos d’Elien.
Aussitôt qu’il s’en rendit compte, il fit un bond en avant, et s’aida de la crosse de son fusil afin de se débarrasser de ces infâmes restes humains, qui semblaient très certainement appartenir à Tommy …
L’escouade, qui désormais était réduite à la moitié de ses effectifs de départ, avait repris la route, et était arrivée au pied de la colline, avant de se ranger dans un espace qui la distinguait bien des autres. Le périmètre était une zone à peu près circulaire, et une équipe d’armes lourdes était disposée dans des fortifications, à base de sacs de sable, et de troncs d’arbres, tous les dix mètres autour du régiment. En haut de la colline, qui devait s’élever à une dizaine de mètres, tout au plus, était posté l’état major, qui allait donner les nouveaux ordres. Elien scruta longuement l’endroit, car son originalité le marqua assez vivement. C’était en réalité un énorme cratère, sûrement causé par les bombardements orbitaux, et, au centre, un amoncellement de terre remontait, et formait donc la fameuse colline, pouvant ainsi poster les dirigeants et officier en évidence des autres gardes, tout en les protégeant d’éventuels tirs ennemis.
Autour de cela, quelques arbres, et rocher finissaient de couvrir la zone, appuyés, évidemment par les équipes d’armes lourdes. En haut de la colline, un homme de forte stature, le capitaine Breward, bolter en main, s’avança avant d’annoncer :
« Bien, les Orks ont été repoussés, notre assaut frontal a été radical, et nous les avons repoussés au-delà du fleuve. Néanmoins, nous avons également subi de lourdes pertes, des renforts ont donc étés appelés par radio, et d’après les gars du Q.G, ils seront là d’ici quatre heures. »
Le capitaine recula, et consulta le carnet de notes que le scribe à côté de lui avait rédigé.
« Bien, il reste environ vingt-huit escouades complètes, et une centaine d’hommes dont les effectifs de l’escouade initiale ont été amputés. Tous ceux dont l’escouade ne compte pas au moins six hommes, vous resterez ici, et commencerez à bâtir le campement. Les autres, donc ceux dont l’escouade a encore des effectifs corrects, vous allez être assignés aux points stratégiques suivants : le lit de la rivière ; la butte ; l’entrée du bosquet ; et ce qui sera prochainement notre héliport. »
Il continua à dicter à la lettre les instructions pour chaque escouade, tandis que le tour de celle d’Elien était venu, et lui et ses camarades se virent confier la tâche de déployer les sacs de sable, et d’établir les barricades, aidés par une vingtaine d’autres hommes.
De nombreuses escouades étaient parties à leur poste, et la colline était dégagée dès lors. L’endroit était vraiment un point stratégique très bien positionné, car, non content de disposer d’une ligne de vue plutôt dégagée, il offrait un terrain assez plat pour pouvoir établir des fortifications de fortune. Ainsi, un hôpital, un arsenal, un poste de commandement, et un réfectoire furent montés en presque deux heures. Durant ce temps, les éclaireurs n’avaient décelé aucune présence ennemie dans le secteur, sur plus d’un kilomètre. Après pas moins de trois heures d’effort, Elien et son escouade purent enfin se reposer, et ils s’installèrent dans une des tranchées qu’ils avaient aménagées. Il souffla un peu, et pensa à ce qui allait arriver. Il était exténué, ses camarades, y compris le sergent en étaient de même, et le régiment comptait seulement trois-cent vingt-six hommes, face à une marée d’Orks, ou du moins, si leurs effectifs n’avaient pas diminué depuis les trois heures qui s’étaient écoulés, car toutes les escouades n’étaient pas pourvues de radio …
« Alors c’est ainsi hein ? demanda le sergent.
- De quoi sergent ? demanda Trul, un homme noir, d’une musculature à la limite du ridiculisant pour les hommes à proximité.
- La guerre pour Platir II a commencé. Elle sera longue, comme toutes celles qui mettent en scène des Orks et des hommes … Bientôt déjà, on entendra que les villes ont été rasées, et que les forces militaires engagées ici sont les seuls survivants de ce monde. Je connais ce scénario, je l’ai déjà vécu, dans un autre contexte. »
Elien ne prêta guère attention aux dires de Kriz, et se contenta de s’installer du plus confortablement qu’il pu contre la paroi terreuse de la tranchée, enclenchant le cran de sécurité de son arme. Il était un peu bouleversé par ce massacre, et par cette situation, et il estima qu’un peu de repos ne lui ferait pas de mal. Sa tête glissa le long de la paroi, et son casque se stoppa sur un sac de sable, faisait office d’oreiller, faute de mieux …