Pour mon âme je vous dois raconter,
Une histoire qui me semble compter.
Dès ces mots oubliez à l'instant,
Cette aiguille en la ronde du temps.
Je demeurais en Thébaïde, exilée,
Quand je vis le visage d'un ange s'avancer,
En ces landes désertiques et glacées,
Où las, mon coeur s'est réfugié.
De sa rencontre naquirent des larmes,
Chancelantes, telles une pluie de flammes,
Reflétant l'astre d'Hélios qui me condamne,
A souffrir la finesse de ses charmes.
Je vis l'Aube succéder à la Nuit,
Et ses lueurs m'extirper de l'oubli,
Je le sais le charmant ne le vit,
Mais mon âme par ses yeux fut ravie.
De la glace mille éclats miroitants,
Naquit le rire aux attraits bienveillants;
Il me toise d'un regard irradiant,
Je me soustrait d'Hélios qui se fait menaçant.
Pardonnez cette fougue enfiévrée,
Pardonnez ma jeunesse égarée,
Qui ne peut ce mystère étranger,
A mes lèvres le tenir scellé.
Par malheur je ne peux avouer,
Les doux mots qui me font vaciller,
Par bonheur je ne peux oublier,
Un espoir est venu m'embrasser.
O Tourmentes venez trancher mes ailes,
Par malheur je ne sais si je suis Celle!
Laissez-moi donc lui être fidèle,
Tout comme la jeune Elaine à Lancelot,
D'affliction avalée par les flots.
Seul le voir me paraît agréable,
Laissez-moi en désert confortable,
Laissez-moi ce n'est pas une fable,
Pour l'aimer comme on aime, Misérable!
Doux geôlier séquestrez-moi en ce lieu ci
Achevez pour ma grâce cette hérésie,
Ange tentateur qui sème en moi le doute,
N'oublie pas celle qui fut sur ta route!
Quelle est donc cette fée qui me toise céant,
Elle réclame patience de ses yeux irradiants,
Dès l'instant oubliez cet humble présent,
Car patience il me faut quérir à présent.
Pondéré est le coeur embrasé,
En retard est celui qui me plaît,
L'ange cette fois s'est sûrement éloigné,
Je me retire en Thébaïde où je suis réfugiée.