Deuxième partie des elfes dans la littérature, une analyse qui porte sur la trilogie "Le crépuscule des elfes". Je pense que beaucoup d'entre vous l'on lu donc le resumé n'est pas vraiment nécessaire mais j'étais obligée de l'incorporer dans ce travail !
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Sommaire :
Partie 1 : Les elfes à travers différentes époques
Partie 2 : Romans modernes
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Les elfes dans les romans modernes
Ce chapitre va traiter de trois romans choisis où les elfes tiennent une grande place.
1. La trilogie « Le crépuscule des elfes », « La nuit des elfes », et « l’heure des elfes » de Jean-Louis Fetjaine.
2. La trilogie du « Seigneur des Anneaux », « La Communauté de l’Anneau », « Les Deux Tours » et « le Retour du Roi », de J. R. R. Tolkien.
3. « Thomas le Rimeur » d’Ellen Kushner.
Le premier a été choisi parce que c’est un des romans les plus récents qui traite d’un monde imaginaire ou les elfes jouent un grand rôle et ont leur place dans les légendes au coté des humains. Le deuxième parce que c’est un roman qui a réinventé complètement la culture des elfes des légendes du Moyen-âge et a défini ce peuple très précisément dans la littérature, qui lui a complètement créé une culture, une image et une place auprès des humains. Et le troisième parce qu’il s’inspire d’une vielle légende qui date du Moyen-âge, et c’est donc par conséquent un récit présent dans notre culture depuis longtemps, avec les elfes imaginés comme autrefois, mais revisité par un auteur d’aujourd’hui.
I. « Le crépuscule des elfes », « La nuit des elfes » et « L’heure des elfes » de Jean-Louis Fetjaine.
I. 1. Biographie de Jean-Louis Fetjaine, auteur de la trilogie « Le crépuscule des elfes »
On ne sait pas grand-chose au sujet de Jean-Louis Fetjaine, car c’est un auteur très peu médiatisé. Il est né en 1956, et a un diplôme de philosophie et d’histoire médiévale. Il a mené une carrière de journaliste, d’éditeur, et d’auteur de textes humoristiques. La trilogie des elfes est son premier ouvrage dans le genre fantastique. Il reconnaît que Tolkien est sa plus grande et seule influence dans ce genre.
I. 2. Résumé de la trilogie « Le crépuscule des elfes », « La nuit des elfes » et « L’heure des elfes »
Un conseil se réunit à Loth, au royaume de Logres, la plus grande ville des humains, pour lequel tous les plus grands représentants des peuples de la terre se sont déplacés. Le roi des nains et le seigneur des elfes, Llandon, sont invités chez le roi des humains.
Le conseil se réunit parce que le talisman des nains a été volé, un objet de la plus haute importance. Le roi nain accuse l’elfe Gael de l’avoir volé. Comme l’accusation est très grave, une compagnie est formée pour enquêter sur l’affaire. Deux représentants de chaque peuple forment cette compagnie. Pour les elfes il y a la reine Lliane, épouse du roi Llandon, avec le pisteur Till qui parle le langage des animaux.
Pendant leur recherche de l’elfe Gael, du talisman des nains, et de la vérité, beaucoup de choses se passent dans le monde. Les hommes dominent de plus en plus le monde et les elfes sont brûlés et pourchassés par les prêtres.
La troupe des enquêteurs finit par trouver Gael, mais il est mort. Lliane utilise sa magie pour voir les dernières images qu’il a vues avant de mourir, pour connaître son meurtrier.
Pendant leur voyage Lliane et Uter, chevalier envoyé par les hommes, tombent amoureux. C’est Uter qui lui apprend ce qu’est l’amour parce que les elfes ne connaissent pas ce sentiment.
On découvre à la fin du premier livre, que ce sont les hommes qui possèdent l’épée de Nudd, Excalibur. Le roi l’utilise pour vaincre le peuple des nains et les anéantir. C’est aussi à la fin qu’Uter rencontre Myrddin ou Merlin qui lui apprend que Lliane est enceinte et qu’elle va lui donner une fille. Lliane accouche dans la forêt. Elle nomme sa fille Rhiannon. Quand elle revient de son accouchement, elle présente sa fille au roi Llandon, son mari. Mais il la rejette car elle est à moitié humaine et ne ressemble pas à un elfe. Le lendemain, Llandon et les siens ont quitté la forêt d’Eliande, ils sont partis en guerre contre les hommes. Lliane finit par aller vivre dans la forêt, seule avec sa fille. Elle finit par atteindre Avalon, l’île des dieux. Uter l’attend au bord du lac qui entoure Avalon. Un jour, une barque apparaît à travers la brume et semble venir chercher Uter. Il se rend sur l’île et rencontre sa fille pour la première fois.
Puis grâce à la magie des elfes, Lliane se fond en Uter, ils sont deux personnes dans un seul corps. Uter devient alors le Pendragon, il a la force des hommes et la sagesse des elfes. Il devient le chef des hommes libres qui vont se battre contre le complot du sénéchal Gorlois, qui veut la domination des hommes et l’anéantissement des autres peuples. Il a aussi acquis le soutien des elfes grâce a Lliane qui parle par sa bouche. Puis, Lliane retourne sur Avalon, et Uter se marie avec une autre femme, Ygraine, qui lui donne un fils : Arthur. Mais le peuple des monstres menace les hommes. Uter forme une armée et marche contre eux. Mais pour les anéantir, il doit leur prendre leur talisman. Lliane participe au plan de diversion pour obtenir le talisman, mais autrement, aucun elfe ne participe à la bataille finale. Les hommes gagnent et les autres peuples disparaissent petit à petit.
I. 3. Analyse personnelle
Dans son roman Jean-Louis Fetjaine mélange le fantastique à la tradition celtique et aux légendes arthuriennes pour introduire les elfes naturellement. Il utilise le nom de « Tuatha de Danann » pour désigner les hommes qui peuplaient la terre, comme les Celtes le faisaient. Il y a en plus trois autres peuples : les elfes, les nains et les monstres. Tous appelés Tuatha de Dannan, qui désigne dans les légendes celtes la dernière génération de dieux qui régnèrent sur l’Irlande, et qui avaient des pouvoirs magiques. C’est le peuple de la déesse Dana. Les Tuatha de Dannan apportèrent, selon la légende, quatre talismans :
• La pierre de Fal, qui crie quand un roi légitime approche. (Chez les Irlandais c’était quand il posait le pied dessus.) Elle appartenait aux hommes, le peuple de l’eau.
• L’épée magique de Nuada, ou de Nudd. Arme qui ne peut infliger que des blessures mortelles dans les mythes irlandais. Fetjaine va jusqu’à l’associer à l’épée Excalibur du roi Arthur. Elle appartenait aux nains, le peuple de la terre.
• La lance du dieu Lugh, qui ne manque jamais son but. Chez les druides Lugh est un dieu lumineux qui a une très grande valeur guerrière. Elle appartenait aux monstres, le peuple du feu.
• Le chaudron de Dagda, dieu qui est le tout premier des druides et qui conduit à la connaissance. Il appartenait aux elfes, le peuple de l’air.
Dans le monde de Fetjaine chaque peuple possède un de ces talismans. Les elfes ont hérité du Chaudron de Dagda, récipient de la connaissance inépuisable. Dagda est un dieu qui représente le père du peuple, l’être absolu, patron des vivants et des morts.
Les légendes celtes ont beaucoup influencé les caractéristiques du peuple des elfes. Par exemple l’auteur dit que les druides étaient en premier des elfes, qui possédaient une plus grande connaissance que les humains. Chez les Celtes les druides sont les intermédiaires entre le roi et les dieux, ils détenaient la connaissance, et l’autorité législatrice. Ils mettaient en place les lois et le roi les appliquaient. Mais ils étaient aussi au service du roi et du peuple qui recherchaient leurs conseils, informations et enseignements. On ne sait plus grand chose d’eux car les druides pensaient que l’écriture fixait éternellement la connaissance, alors ils préféraient transmettre leurs connaissances par oral. C’est pour cela qu’il reste très peu d’écrits ou de renseignements à propos des druides.
Fetjaine va même jusqu’à utiliser un poème celte, qu’il met dans la bouche des elfes [1].
Il y a une autre coutume qui vient des cultures nordiques que Fetjaine a utilisée. Les elfes utilisent une méthode de divination des runes totalement inspirée des vikings. C’est un système où chaque rune est gravée ou peinte sur un morceau de bois ou un caillou. Et la personne consultante tire une rune pour le passé, une pour le présent et une pour l’avenir, Fetjaine utilise exactement les mêmes significations [2] que les vikings, quand les elfes utilisent les runes.
Le premier druide mi-elfe, mi-humain est Merlin (l’auteur utilise aussi le nom gaélique Myrddin), le premier homme à posséder la grande connaissance des elfes et celui qui a transmis la connaissance aux humains. C’est un des personnages qui apparaît initialement dans le cycle arthurien, et Fetjaine le réutilise dans son roman. On y retrouve aussi :
• Le chevalier Uter, qui selon les légendes était le roi d’Angleterre et le père du roi Arthur.
• Le sénéchal Gorlois, le bras droit du roi Pellehun, à qui va succéder Uter, selon les légendes Duc de Cornouailles, second époux d’Ygraine.
• La reine Ygraine, épouse successivement du roi Pellehun, du sénéchal Gorlois, et d’Uter.
• Morgane, fille d’Uter et de Lliane. Cette dernière l’avait nommée Rhiannon. Et sœur d’Arthur. (L’auteur interprète autrement la racine du nom de Morgane : « née de la mer » parce qu’elle était fille d’une reine elfe, peuple de l’air mais aussi d’un humain, peuple de l’eau.)
• Galaad, qui se nommera plus tard Lancelot. (L’auteur interprète aussi la racine de son nom et la réputation de sa pureté différemment ; Galaad a pu prendre le talisman des monstres, qui a la particularité de faire ressortir tout ce qu’il y a de pire en chaque être. Mais comme il a l’innocence de l’enfance, comme il n’y a rien de mauvais en lui, il a pu prendre le talisman sans aucun danger. Il en devient le gardien, l’enfant à la lance, donc Lancelot.)
Les personnages changent quelques fois de filiations suivant la version ancestrale du roi Arthur, mais il y a quand même énormément de points communs.
On rencontre aussi Avalon, « l’île aux pommes », le fruit de la connaissance chez les druides.
Jean-Louis Fetjaine fait une synthèse entre ces légendes arthuriennes et légendes celtes pour mieux constituer un monde fantastique, pour lui donner plus d’ampleur et de vérité en se servant de ces légendes.
Il s’en sert aussi pour décrire les autres peuples de son monde fantastique. Par exemple il utilise les écrits de Jules César qui parlent de sacrifices humains chez les Celtes pour décrire la cruauté du peuple des monstres, peuple au talisman de la lance de Lugh.
Il cite aussi des textes de « Lancelot du Lac » de Chrétien de Troyes incorporés dans des descriptions du roman et utilise aussi des phrases en vieux français. Par exemple, une longue description de la reine Ygraine est entièrement tirée de « Lancelot du Lac ». Des noms d’objets sont aussi en gaélique comme le talisman des nains, l’épée de Nuada, qui est associe à Excalibur, Caledfwch dans la tradition druidique. Fetjaine raconte la naissance de la légende de cette épée d’une façon très originale. Le chevalier Uter, reconnu comme roi par la pierre du Fal Lia qui se mit à vibrer, enfonça de rage l’épée talisman des nains dans la pierre. Voila pour la légende de l’épée dans la pierre.
Pour décrire les elfes, Jean-Louis Fetjaine les compare aux humains. Concernant leur aspect physique, les elfes ont le corps et la constitution d’un adolescent humain, mais plus ils sont grands et plus élancés, ils ont les membres fins et un visage au premier abord plutôt juvénile. Mais leurs visages sont plus graves et leurs regards plus sages que les hommes, car ils vivent plus longtemps qu’eux et ne sont pas touchés par des maladies, et surtout parce qu’ils possèdent une très grande connaissance de la nature et des choses invisibles que le humains n’ont pas. Et aussi, détail inhabituel, la peau des elfes est bleu pâle ou grise. Les nouveaux-nés elfes sont gris et très fragiles comparés à ceux des humains. La plupart ne survivent que quelques semaines, mais les autres arrivent très rapidement à l’age adulte, ils sont plus vite matures que les hommes.
Pour décrire leur habitat, qui est la forêt d’Eliande, associée par l’auteur à Brocéliande en Bretagne, l’auteur compare aussi les elfes aux humains. Leurs villes ne sont pas semblables car ils n’ont pas les mêmes notions de confort ou de construction que les humains. Les elfes s’adaptent à la nature au lieu de vouloir la dominer comme le font les humains. Pour ces derniers les villes des elfes ne ressemblent qu’à un amas d’arbres. Les elfes de Fetjaine n’ont pas besoin de biens matériels, l’auteur insiste surtout sur leurs richesses spirituelles. Ce sont des êtres très proches de la nature, sauf les elfes dénaturés, comme Gael, qui agissent comme les hommes et n’ont plus de contact avec la nature. Ils vivent très proches d’elle, comme le montre leurs habitations qui ressemblent plus à des terriers ou des nids, ou le fait qu’ils ne craignent absolument pas le froid ni la pluie, et qu’ils comprennent et savent utiliser les forces mystérieuses de la nature, ils vont jusqu’à se fondre dedans. Ils voient parfaitement bien la nuit. Ils peuvent se camoufler mieux que les animaux. Fetjaine va jusqu’à dire qu’ils sont si semblables aux bêtes qu’ils ne connaissent pas le sentiment de l’amour. On le remarque quand le chevalier Uter tombe amoureux de la reine elfe Lliane, il doit lui expliquer ce qu’est l’amour et comment on le ressent. Par contre, les elfes sont des modèles pour les humains pour beaucoup d’autres choses. Ils en deviennent un idéal. Les hommes admirent et essaient de copier la mystérieuse sagesse et la beauté de elfes, ce qui donne naissance à beaucoup de modes et de « philosophies ». Par exemple on apprend que ce sont eux qui ont appris aux humains comment embrasser avec la langue. Les femmes portent des robes très aériennes et ne s’exposent pas au soleil pour rester très pales, et portent des coiffes très grandes avec des foulards dessus pour paraître plus grandes et plus aériennes.
Les elfes possèdent une connaissance et une « magie » que les humains ne comprennent pas et qui leur fait souvent peur. Nous avons des exemples de cette « magie » grâce à la reine Lliane, qui lorsque qu’Uter est malade le soigne avec des herbes dont seuls les elfes ont le secret, et des incantations. Ou aussi lorsqu’elle utilise sa magie pour voir la dernière personne que Gael a vue au moment de mourir. Elle fait des incantations et arrive à partir de son cadavre, à voir quelle est la dernière personne qu’il a vue. Cela montre aussi que les elfes ont un rapport différent avec la mort que les humains. Ils sont immortels, ne sont jamais malades, mais cela ne veut pas dire qu’ils soient indestructibles. Mais ils sont moins touchés par la peur de la mort et des maladies. Dans leur monde, la religion chrétienne prend de plus en plus d’importance et les prêtres conditionnent la population à voir les elfes comme des démons, car ils ne peuvent pas mourir et ont une grande connaissance des choses occultes.
Dans ce monde mi-imaginaire, mi-reconstitution de légendes, les elfes vivent dans le même monde que les humains. Ils sont très différents dans leur culture, leur façon de vivre, leur morphologie. Les elfes sont devenus l’idéal des humains. Mais ils ont très peu de contact entre eux. Ils n’ont pas de place dans l’histoire des hommes car ils se font petit à petit éliminer de la scène du monde.
[1] Textes recueillis par Jean Markale, Paroles celtes, Editions Mondo, 1996.
[2] Ralph Blum, Les Runes divinatoires, le langage sacré des Goths et des Vikings, Robert Laffont