Le 17 mars, pour la saint Patrick, la fête nationale irlandaise, on fera la fête dans toute l’Europe et une bonne partie des Etats-Unis. A cette occasion, je me suis penché sur le mystère de l’incroyable longévité du celtisme, sur ses racines, ses mythes et sa descendance.
Les Celtes

Historiquement, les Celtes ne sont pas apparus en Irlande ou en Bretagne, mais bien en Allemagne, au milieu du second millénaire avant J.C. Leur implantation dans la sphère anglaise, irlandaise et bretonne daterait du VIIème siecle avant J.C., période à laquelle ils dominaient la majeure partie de l’Europe occidentale, jusqu’à l’Espagne et l’Autriche. Lorsque l’Europe passe sous domination romaine au cours du premier siècle, leur influence se restreint aux îles britanniques et à la Bretagne. C’est cette periode mythique du début de la chretienté que l’on retrouve dans la majeure partie de l’actuelle renaissance celtique, où mythologie païenne, renouveau du druidisme et attrait pour la bijouterie traditionnelle tiennent une grande place.
L’ Irlande
Terre d’élection du renouveau celtique, l’Ile verte n’a, contrairement à ses voisines britanniques, jamais fait partie de l’empire romain qui considerait comme négligeable cette île pleine de tourbières et de lacs, peuplée de quelques tribus de sauvages. Envahie par les Celtes au cours du VIème siècle avant J.C., l’île fut colonisée par des tribus aux noms aujourd’hui légendaires : Tuatha De Danann (qui devinrent des dieux dans la mythologie irlandaise), Fomoriens, Némédiens et Firbolgs. Evangélisée au cours du IVème siècle par Saint Patrick (339-461), l’île devint un des hauts lieux de la chretienté, qui se comportait dans ces contrées comme une declinaison des pratiques druidiques. C’est à lui que l’on doit l’emblème du pays, le trèfle à trois feuilles, qu’il utilisa pour représenter la Sainte Trinité. Conquise par l’Angleterre en 1189 après une guerre longue et éprouvante, l’Irlande entra en résistance lorsque l’édit de 1366 interdit à ses habitants la pratique du gaelique et des coutumes traditionnelles celtes. Une longue série de conflits entre les deux pays, sur le point de s’achever, vit l’Irlande divisée en 1937, la République d’Irlande devenant indépendante, tandis que sa voisine du Nord restait sous domination britannique.
Les Légendes

Mais plus que par leur histoire, c’est par leurs légendes, par les personnages fabuleux, que les Celtes ont pu enflammer les imaginations jusqu’à nos jours. D’Arthur à Tristan et Iseult, de l’Ankou aux Banshees, les terres celtes sont riches en mythes célèbres.
Probablement inspirée de la vie d’un petit roitelet guerrier, la légende du roi Arthur, popularisée par Geoffroi de Monmoth dans son histoire de la Grande Bretagne, ne cessera plus jamais d’inspirer les auteurs (Chrétiens de Troyes, Marion Zimmer Bradley…) et lecteurs. Fils adultérin d’Uther Pendragon, Arthur est fait roi à 15 ans. Il part en guerre contre les Saxons avant de devenir roi des Pictes (Ecossais) et des Gaulois. C’est alors que son neveu Mordred s’empare de son trône et enlève la reine Guenièvre, forçant Arthur à revenir en Angleterre. Dans la bataille qui s’ensuivit, Mordred fut tué, et Arthur, grièvement blessé, dut partir se soigner sur l’île d’Avalon, où il rencontra Merlin. A cette légende initiale s’ajoutèrent bientôt la Table Ronde et ses chevaliers, Lancelot du lac, Brocéliande et la quête du Graal, qui acheva de transformer en parabole chétienne cette légende païenne.
Les mêmes mythes originels sont à rechercher dans la légende de Tristan et Iseult, les deux amants tragiques, qui perdront leur vie en luttant contre un destin qui ne peut que les opposer l’un à l’autre. Assassin de l’oncle d’Iseult, Tristan succombe à la beauté de celle qui est promise en mariage à son suzerin, en gage de paix entre leurs 2 royaumes. Leur amour « barbare » contraire aux convenances de l’époque, les jettera dans l’ombre avant de les séparer à jamais. Encore d’actualité, cette légende déséspérée vient de subir une relecture contemporaine des plus convaincantes (L’orée
des flots, rêverie tristanienne par Philippe le Guillou, éd. Artus) qui atteste, s’il en était besoin, que les légendes celtes, propagées par les chroniqueurs chrétiens, sont immortelles.

Immortelles aussi, les figures du folklore, qu’il soit irlandais ou breton, écossais ou gallois. Les fées qui s’ébattent dans l’ombre des mégalithes ont fait la joie des enfants et des rêveurs depuis des siècles.
Quelques figures récurrentes, parmi celles ci, nous concernent plus particulièrement :
Promeneur de la nuit et messager de la mort, l’ankou a l’aspect d’un grand homme décharné, conduisant une charrette silencieuse. Dernier mort de l’année précédente, il a la charge de venir chercher les nouveaux arrivants du royaume des ombres. Malheur à celui qui le voit, car il saura que son tour ne va pas tarder. Et il est vain de tenter de lui échapper, comme l’explique Claude Seignolle dans ses excellents Contes fantastiques de Bretagne (éd Terre de Brume).
C’est également la mort qui pousse la Banshee à crier. Esprit féminin des peuples celtiques, dont le nom signifie femmes des fées, la banshee émet un cri horrible qui « tient à la fois du hurlement de loup, du cri de l’oie sauvage, de la plainte de l’enfant abandonné et du gémissement de la femme en couche » . Celui qui l’entend dans la nuit sait que l’un de ses proches va mourir.
Des lieux et des symboles
Peuple de la terre et de l’eau, les celtes attachaient une grande importance aux lieux , et il n’est guère étonnant de voir que certains ont pris une ampleur qui dépasse de très loin leur fonction originelle, telle la forêt de Brocéliande qui, figure centrale de la légende arthurienne, est le lieu de repos du Graal, finalement trouvé après une longue quête, maintes fois racontée, de mille manières, de la plus païenne à la plus chrétienne. Aujourd’hui encore, la forêt de Paimpont, en Bretagne, profonde et superbe, siège de la mythique Brocéliande est l’objet de toutes les attentions et revit même la légende grâce au centre de l’imaginaire arthurien, qui en organise des visites ciblées.

Quant aux nombreux menhirs, dolmens et sites mégalithiques répartis un peu partout en Europe, ils demeurent, même si une certaine partie est antérieure à l’arrivée des Celtes, le symbole privilégié de cette civilation. Rites druidiques, cérémonies lunaires et païennes, leur présence ne cesse d’engendrer les suppositions les plus folles. On citera pour l’exemple le fameux site de Glastonbury, au sommet de la colline du Tor, qui ouvrirait la porte à l’île des fées, Avalon.
Quant au triskèle, symbole par excellence de la civilisation celte, il apparaît au début de l’âge de fer où il supplante la svastika. Marquant l’importance majeure prise par le chiffre 3 dans les rites et coutumes celtes, il symboliserait le passage d’une année de quatre saisons à un calcul basé uniquement sur trois saisons. Son usage sera abandonné lorsque le christianisme introduira le motif de la croix, qui inscrite dans un cercle, rappelle la rouelle, ou roue du temps, qu’utiliseraient les premiers druides. La résurgence phénoménale de ces deux symboles sous les formes les plus variées (bijous, tataouages…) montre bien, hélas, que l’appropriation de la culture celte est aussi une question de mode.
Riche et complexe, la civilisation celtique, qui survit dans l’imaginaire collectif, les langues régionales et les festivals (les rencontre interceltiques de Lorient restant à ce jour la plus renommée de ces manifestations), fait également l’objet de nombre d’études très documentées. Impossible ici, de m’y arrêter, car le sujet mériterait bien plus que ces quelques lignes. Plongez vous donc dans les superbes ouvrages de Claude Seignolle, Donatien Laurent, Michael Page, Claudine et Hervé Glot, qui vous ouvriront grandes les portes d’un voyage dans le temps et l’espace que je n’ai pu, ici, qu’entrouvrir. Bon vent à tous.
Sources :
- Guide la Bretagne mysterieuse, Jean-Paul Clabert, éditions Tchou
- Encyclopedie des mondes qui n'existent pas, Michael Page et Robert Ingpen, éditions Gallimard
- La nuit celtique, Donatien Laurent et Michel Tréguet, éditions Terre de Brume / Presses universitaires de Rennes
- Les Fées, Brian Froud et Alan Lee