Petit historique des vampires

"Il existe une autre vie. Non pas la vie éternelle des chrétiens, peuplée d'angelots assis sur des petits nuages et tirant des accents éoliens quoique mièvres sur leurs harpes, mais quelque chose de sombre, de profond et d'impétueux, aussi hardi et pur dans l'exaltation de l'Abnégation que Lucifer lui-même." - Jeanne Kalogridis

"Il existe une autre vie. Non pas la vie éternelle des chrétiens, peuplée d'angelots assis sur des petits nuages et tirant des accents éoliens quoique mièvres sur leurs harpes, mais quelque chose de sombre, de profond et d'impétueux, aussi hardi et pur dans l'exaltation de l'Abnégation que Lucifer lui-même."
Jeanne Kalogridis

Faire un historique des vampires est une tâche des plus difficiles, surtout lorsque comme moi on n'est pas "expert es mythes". Donc tout ce que je vais vous dire se trouve dans plusieurs livres que je présente dans la page littérature (en particulier Sang pour sang de Jean Marigny).


Pour ceux qui ne désirent pas s'acheter ces livres, voici en gros ce qu'ils y trouveraient :

Tout le monde semble s'accorder à faire remonter les origines des vampires à la naissance de l'homme, et à toutes les divinités suceuses de sang qui foisonnent dans les mythologies anciennes. Le sang a de tout temps fasciné, par son côté "fluide contenant la vie". Et ce statut lui a coûté d'être incessamment la cible d'esprits maléfiques avides de dérober le seul bien essentiel à l'homme, riche comme pauvre. Un exemple est celui de Lilith qui terrorisait les peuples car elle suçait le sang des enfants, et s'attaquait à la virilité des adolescents.

Puis tout au long des âges les monstres dévoreurs d'enfants ou absorbeurs de vie et de virilité vont se succéder sous des noms différents (stryges chez les grecs, incubes et succubes chrétiens...) mais on ne peut réellement parler de vampires car il ne s'agit en aucun cas de morts réincarnés. Tout au plus de simples esprits très peu intéressants à mon goût. La véritable histoire des vampires commence aux alentours du XIIe siècle au cour duquel des cas de cadavres retrouvés loin de leurs tombes sont signalés de plus en plus fréquemment, dont un signalé dans le Dictionnaire infernal de Collin de Plancy. C'est le début des cadavres suceurs de sang, idée dont le succès va faire fureur.

Ces cadavres sont essentiellement des grands pêcheurs, des excommuniés, des suicidés et autres assassinés n'ayant pas reçu la dernière onction. Ils se lèvent la nuit et vont dépouiller les vivants de leurs âmes. Il s'agit pour eux du seul moyen de continuer à exister, puisque leurs âmes perdues leurs interdissent le repos éternel. Il sont donc condamnés à errer et à tourmenter cette vie qu'ils désirent. Mais la terreur n'est pas encore mûre dans l'esprit de l'époque, et cela reste anecdotique.

Les vampires vont connaître leur heure de gloire au XVe siècle, mais avant cela il est nécessaire de parler de deux personnages qui ont fortement contribués au mythe : Gilles de Rais, un français qui fit périr des centaines d'enfants pour obtenir de leur sang la vie éternelle, et surtout Vlad Tepes. Ce dernier fut l'inspirateur de Bram Stocker pour son célèbre Comte Dracula.



Vlad III, Tepes, Dracula (1430-1476)

Il fut un prince (voïévode) roumain (de Valachie) qui chassa les Turcs hors de son royaume, et il fut pour cela considéré comme un héros parmi les siens. Mais à côté de cela il fut d'une cruauté extrême (quoique pas forcément rare à l'époque). Un de ses hobbies était d'empaler ses prisonniers et de manger parmi eux, "trempant sa main dans leur sang". Un jour il fit élever en haut d'un pal plus haut que les autres un de ses courtisans qui se plaignait de la puanteur au sol de tout ces cadavres en décompositions. Sa cruauté fut à l'époque diffusé en Europe par un livre écrit de son vivant (dit sur le voïévode Dracula) qui commence dans sa deuxième édition russe ainsi :
"Il était une fois au pays de Munténie un voïévode chrétien de foi grecque, dont le nom en roumain était Dracula, ce qui veut dire dans notre langue le Diable. Il était si méchant que sa vie fut à l'image de son nom."
Mais dans sa folie ce personnage était adulé autant que craint par son peuple car il avait créé une sécurité certaine dans ses frontières, personne n'osant être malhonnête par crainte de son souverain et de ses punitions toujours mortelles (telle est du moins la légende qui court toujours).

Son surnom de Dracul, dont Dracula est un diminutif, lui vient de son père qui appartenait à l'ordre du Dragon, et aussi la traduction de "Fils du Diable" en roumain. Quand à Tepes, son deuxième surnom, il provient simplement de la traduction d'Empaleur toujours en roumain.

Il fut emprisonné par son roi Mathias Corvis pour "trahison et crimes inhumains" alors qu'il devenait encombrant pour celui-ci. Il est libéré en 1476 pour retourner se battre contre les turcs qui se font à nouveau menaçants et il mourra au combat quelques semaines plus tard.


1484 est une date charnière, puisqu'il s'agit de la reconnaissance par le pape de l'existence des succubes, des incubes et autres revenants. Le vampire est donc officialisé, et va apparaître subitement dans beaucoup d'endroits en Europe. Il va être le sujet de beaucoup d'ouvrages scientifiques de l'époque, de rapports qui vont amener sa reconnaissance par les protestants, mais il est à l'époque très différent de la forme que l'on lui connaît actuellement. Sa principale manifestation est de faire des bruits de mastication dans sa tombe. Puis on le retrouve la nuit loin de chez lui entrain d'apporter malheur et mort à ses proches.

Les manifestations de vampirisme sont alors fréquentes en cette période de chasse aux sorcières, mais commencent à s'estomper dans l'Europe de l'Ouest alors qu'à l'Est le mythe subit une véritable explosion favorisée par l'affaire de la comtesse de Barthory, qui aimait bien les jeunes filles qu'elle a kidnappée par centaines dans les Carpates, pour les torturer et puiser dans leur sang jeune et fort de quoi prolonger sa vie. Au XVIIe siècle le vampirisme prendra une ampleur démesurée dans ces pays, jusqu'à devenir une véritable psychose collective.

Au XVIIIe siècle les échos de ces manifestations arrivent aux oreilles des grandes cours européennes et des articles (De masticatione mortuorum) commencent à informer le peuple du vampirisme de l'Est, ce qui est un paradoxe assez amusant dans ce siècle de la Raison, éclairé par les Lumières. Ces rumeurs sont renforcées dans l'esprit du public par l'épidémie de peste qui sévit, et par le compte rendu d'un médecin militaire, cosigné par plusieurs officiers, sur le cas d'Arnold Paole, un paysan qui aurait décimé son village et son bétail alors qu'il était bien mort. Ce rapport publié pour la première fois en Autriche en 1732 parle de "vanpir"(mot inédit jusque là), terme qui la même année sera utilisé pour la première fois en français (le Glaneur, gazette de l'époque) sous l'orthographe de vampyre et en anglais. Le succès de la mode vampire est telle que les philosophes s'en offusquent.

Mais la Raison finira par s'imposer et en ces temps de révolutions les mythes cessent d'être sujets de croyances et tombent dans un sommeil passager.



Le Vampire

Au XVIIIe siècle les bases du vampire tel que nous le connaissons sont posées, et elle sont:

Il s'agit d'un mort qui s'attarde sur terre et qui a besoin de sang pour rester en vie.
Il se procure le sang par succion de la peau, par absorption à distance, ou par une morsure.
Le vampire peut prendre toutes les formes animales qu'il souhaite
L'ail ne semble fonctionner qu'en Roumanie car cette légende n'existe pas ailleurs.
Son corps ne se décompose pas dans sa tombe et il n'est pas atteint par la rigidité cadavérique.
On deviens vampire en mourrant de l'attaque d'un vampire, si l'on est excommunié, suicidé, enterré dans une sépulture non chrétienne, ...
Les objets et signes religieux l'arrêtent (hosties, croix, prières...)
Pour le tuer il faut lui transpercer le cœur d'un pieu en bois, et si le corps ne se décompose pas on le décapite


Le vampire retrouvera ses lettres de noblesse dans la littérature romantique du XIXe qui lui donnera une dimension fantastique qu'il ne possédait pas jusque là. C'est l'apparition du personnage du vampire féminin (La fiancée de Corinthe de Goethe, Carmilla de Le Fanu, La morte amoureuse de Gautier, ...), mais le précurseur du roman gothique qui conduisit à Dracula de Bram Stocker fut Le vampyre de William Polidori, médecin de Byron. Avec Carmilla le côté sensuel, séducteur et érotique du vampire éclate pour ne plus être abandonné : le vampire est avant tout un séducteur et il n'a plus besoin de faire peur pour se nourrir, ses victimes s'offrent à lui sans résistance. Dracula inscrira ensuite profondément sa marque en plaçant les histoires de vampires au milieu de la transylvannie, en lui attribuant toutes les caractéristiques connue alors : crainte de l'ail, pas de reflets, plus celles déjà citées plus haut. C'est le premier récit qui peut sembler authentique aux yeux du lecteur car résolument moderne.

Et le succès vampirique va se perdurer avec l'invention du cinéma qui va permettre de porter devant un plus large public nos amis assoiffés avec des personnages comme Bela Lugosi et surtout Christopher Lee.

Le vampire n'a cessé d'évoluer et aujourd'hui encore il s'adapte aux tendances, ses anciens tabous disparaissant (il se sépare de sa peur ou attachement au christianisme), il ne peut être que séduisant (les acteurs ne peuvent être que beau s'ils incarnent un vampire), et il a subi ces dernières années une remise au goût du jour à coup de super-productions (Dracula de Coppola, Entretien avec un vampire, ...) mais il continue à incarner les peurs et le désir d'immortalité, immuable.

Les hommes ont peur de lui mais l'envient, les femmes aussi ont peur de lui, mais il est en mesure de leur offrir qu'aucun homme ne possède. Dracula offre l'immortalité.
Jim Hart.