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Le parfum de son eau de toilette musquée, certainement choisie pour la circonstance afin de rappeler à ses compagnons qu’il était le seul niveau 13 d’Yria à avoir autant de points sur la case charisme (oubliant au demeurant de se garder le kit minimal d’XP sur la force et l’endurance ;)), formait des vagues autour de la table, rejetant au loin les relents d’alcools et de tords boyaux divers et douteux, et il ôta d’un geste empli de grâce sa longue cape de velours empesée, où perlaient, tels des diamants éphémères, les gouttes de la pluie fine, avant de commander à la jeune humaine apparemment émoustillée (à en juger par la couleur de ses joues et sa façon particulière de tirer sur son corsage sévèrement amidonné de manière à faire ressortir ses charmes féminins) une boisson.
L’ancien scribe assis à ses côtés, sentant venir l’amourette à plein nez (malgré les fragrances du charismatique after Shave), lui décocha un discret coup dans les côtes, avant de lui montrer, d’un mouvement de menton significatif, le lourd bloc contenant les premières annotations des réformes politiques ; se recentrant sur la question, les personnages rapprochèrent sensiblement leurs chaises de la table (sans oublier dans le même mouvement de maintenir leurs chopes à une distance acceptable de leurs mains), et attendirent dans un silence presque extatique, alors que lentement la vie reprenait son cours normal dans la taverne (à savoir des éclats épars de chansons paillardes narrant les mésaventures de Cork l’orc et de Crack la Girafe, sans oublier les lamentations de Gamabaël, l’elfe trahie par son amant nain (histoire honteusement reprise par un conteur Humain sous le nom de Alfa Roméo et Julie Andrews)), la manifestation de l’attention archimagienne.
Manthor, prenant tout son temps afin de savourer les instants de pur suspens que sa lenteur occasionnait chez ses compagnons, agita quelques instants ses mains en murmurant pour lui-même une mélopée incompréhensible (à moins qu’il n’ait récité à haute voix son prochain discours destiné aux hautes Chambres des Arcanes, ou la liste des boissons qu’il aimerait goûter avant de quitter les lieux), tandis que l’Inquisiteur, ayant rangé dans sa besace ses bouderies, sa mauvaise humeur et ses premières esquisses de sa Grâce Impériale Thaïs, faisait miroiter le blanc spectral d’un bout de parchemin lisse et vierge de toute écriture.
Quelques secondes passèrent, puis des symboles ésotériques se dessinèrent sur la surface de la feuille, traçant des lignes chamarrées d’un noir d’encre formant, peu à peu, les contours d’une carte aux limites mouvantes…Un « ohhhhh » extasié s’échappa des lèvres des protagonistes dans un recueil quasi religieux (la petite Eve elle-même ne put s’empêcher de battre des mains, mouvement sévèrement réprimé par la moue dubitative de Damoclès), et les têtes se penchèrent sur le bout de papier déterminant les frontières du monde d’Arcanes (Umbre en profita pour esquisser un léger sourire sardonique, destiné à n’en pas douter à faire rejaillir une ambiance sombre dans l’histoire et à récupérer un peu de son attrait mis à mal par les spectaculaires démonstrations magiques de Manthor et l’incroyable sourire dents Blanches de l’Ambassadeur à l’accent chantant).
Myrtion le Gnome, repoussant avec regret, à en juger par l’aspect peiné de son visage (sous les rides que sa sagacité naturelle et les années écoulées avaient creusé sur sa peau fragile), sa chope de bière mousseuse, entreprit de prendre furieusement des notes (à en juger par la façon dont sa plume accrochait furieusement les moindres aspérités de son parchemin, il ne devait goûter que fort peu aux joies d’être pris pour un scribe, étant donné son niveau actuel et sa toute récente profession, apprenti Ménestrel, mais finit par se résigner en pensant que, peut être, dans la soirée, il aurait l’extrême honneur de pouvoir gratter son luth et composer une ode à la beauté des demoiselles présentes (dont sa Grâce Impériale * désolée elle était trop facile il fallait que je la fasse *) : s’ensuivit un dialogue plus ou moins entrecoupés des suggestions radicales de Damoclès concernant l’hérésie impure et blasphématoire de certains hauts membres de la confrérie Arcanienne, dialogue reposant en grande majorité sur les plus-values que pourraient apporter un commerce avec les Peuples encore Inconnus à ce jour et qui devaient vivre en profonde autarcie et décrépitude, mais également sur les velléités plus ou moins bien cachées de changer le régime politique de l’ancienne Yria en installant *BIP* sur un des trônes marquants de la contrée de *BIP* et d’en faire un homme dévoué à la cause de *BIP*…Quelques questions furent notamment posées à Thaïs concernant sa terre natale, questions qu’elle éluda, comme d’habitude, d’un geste impérieux et hautain de la main droite, dans un froufrou de soie et le visage sévère, prétextant le secret qu’elle avait jadis promis aux Messagères de son Empire.
Sa mauvaise volonté apparente, suivie de près par les récriminations outrées de l’ambassadeur, à qui l’Archimage faisait remarquer que les dépenses annuelles concernant le budget de l’ambassade n’étaient pas toutes sensées passer dans l’achat d’une nouvelle garde de robe, de coûteux bijoux pour ses nombreuses maîtresses ou dans l’embellissement de ses appartements privés, contribua fortement à ce que, une fois de plus, les auteurs de fantasy que nous affectionnons tous particulièrement nomment, avec le plus grand respect, le « déclenchement de l’action » (dans l’ordre, pour les petits futés qui n’auraient pas suivi la démarche hautement psychologique du déroulement de l’intrigue, il existe tout d’abord une rencontre, puis un élément perturbateur, et enfin le déclenchement de l’action, rythme ternaire des plus originaux qui se retrouve dans la quasi-totalité des nouvelles d’HF)
Là où notre histoire diffère quelque peu du sacro saint rythme tripartite * un peu de vocabulaire ne fait jamais de mal*, c’est dans la façon dont s’exprima cette « action » (si l’on peut la qualifier ainsi, jugez en par vous-mêmes)
D’habitude, c’est quand les héros, attablés dans un boui-boui quelconque perdu dans un trou on ne peut plus paumé d’une région au nom imprononçable, achèvent de cuver, un sourire béat de contentement physique plaqué sur leurs figures rougies par l’accumulation et (il faut bien le dire) l’abus de produits terrestres, tels charcuteries graisseuses, alcools aux saveurs âcres et monticules de crème pâtissière, les effets de leurs bières diverses, que les méchants (sous le couvert des inévitables trolls, orcs ou autres pauvres gars ayant le seul malheur d’avoir une trogne un peu moins photogénique que les dits héros) débarquent en traîtres et les attaquent sauvagement, en profitant pour tabasser au passage l’aubergiste et deux ou trois gueux innocents qui ne servaient strictement à rien dans l’histoire (mais ce sont des méchants, ne l’oublions pas)… c’est « le déclenchement de l’action » dans toute sa splendeur.
Mais ici, ce fut un simple mouvement d’impatience de l’Ombre, qui semblait de temps à autre avoir des ratés concernant d’obscurs nouveaux pouvoirs ou avec sa résurrection toute fraîche, qui entraîna une série de catastrophes en tout genre. Epuisé par les parlottes insupportables de ses compagnons, Umbre acheva de retirer son lourd manteau, signalant de cette façon subliminale que la réunion allait être très, très longue…Ce faisant, il fit naître des sortes d’ondes pseudo maléfiques (sans doute ramenées par son manque d’attention, du Royaume des Morts), ondes qui, se jouant des immenses capacités extrasensorielles de l’Archimage en grande conversation avec Sa Grâce Thaïs et l’Ambassadeur à la verve exacerbée, formèrent des volutes d’une fumée argentée et firent tomber en panne l’écran de la Boite à Image.
Stupéfaction dans la Taverne…Jamais auparavant il n’y avait eu la moindre coupure (étant donné que l’aubergiste n’avait jamais compris comment on appuyait sur un interrupteur), et le bruit de fond était presque devenue, dans la trame compliquée de l’incessante musique (mélange de rires gras, de couinements d’instruments anciens et de chocs de verre, ajoutant ça et là des bruits de castagne et de portes défoncées), un élément à part entière de la vie de tous ses malheureux.
Un silence de mort s’installa résolument dans la pièce, un enfant qui n’avait rien à faire là se mettant à gémir faiblement sous la stupeur de l’instant. L’Archimage secoua désespérément la tête, pensa à se pencher pour regarder de plus près l’étrange appareil, mais les crépitements de souris asthmatiques et les étincelles qui accompagnèrent son geste vers l’écran l’en dissuadèrent très vite…Tous les regards étaient braqués, mornes pour la plupart (ou tout du moins de cette vitreuse fixité dû à l’abrutissement éthylique) sur le groupe de nos compagnons, regards à tel point effrayant que l’Ombre entreprit de recamoufler son visage sous le lin rêche de son vêtement et que l’Ambassadeur diminua quelque peu l’intensité de son sourire Colgate (pressentant, grâce à ses talents de télépathie, que ce n’était peut être pas le bon moment pour user de son charisme époustouflant).
L’anonymat de chacun des membres de la Convention (la 6ème du genre pour faire précis et sérieux dans ce récit qui est tout sauf sérieux) risquait à tout moment de voler en éclats, et la situation semblait sans issue (surtout que Manthor avait oublié son sort élémentaire de première année, celui qui permet d’effacer la mémoire des misérables manants qui n’en ont pas besoin de toute façon ;)) : c’est alors que, dans la brise fraîche s’échappant de la porte ouverte avec fracas, arrivèrent deux nouveaux compagnons.
Avançant avec dignité, repoussant parfois les assauts de mains tendues et avides, Nacil le Sage, témoin des Anciennes Guerres Médianes, et précieux élément dans la conspiration des plus fondamentales qui se nouait se soir, s’approcha de la table, sobrement vêtu de tissus épais et noués à sa taille, suivi de peu par Luuna, la Lame de Mort, moulée dans un haut des plus provocant qui suscita un déclanchement spontanée de sourires baveux et de mains baladeuses.
Une torsion du poignet et un rapide aller retour d’un poignard, sorti d’on ne sait où (mais les Lames de Mort ont leurs petits secrets), mit fin à ses pénibles et ridicules tentatives de flirt.
Luuna n’était pas venue ici pour se trouver un dîner d’éphèbe, mais bien, comme son ami Nacil, pour transmettre des informations toutes récentes…
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