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Daguelle
par Daguelle (Archer Monté | niveau 8) le 08/01/2005 à 20h48  
"La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles"

Un arbre sublime s'élève au-dessus de la forêt.
à l'ombre de cet être quasi-divin, une atmosphère paisible vous enchante. Les dryades se cachent, mais laissent entendre au loins leur chant mystique. Sur la mousse fraiche et douce dans la lumière tamisée, on peut distinguer les traces des lutins venu entretenir ce lieu de culte...
Des lucioles éclairent l'entrée du temple dans la base de l'arbre et vous guident à l'intérieur du lieu sacré.
De gigantesques escaliers mènent alors aux plusieurs étages de ce temple vivant.

Le souffle s’éteint.
Le monde dans l’arbre de la Forêt supérieure s’éteint.
Mais, à l’extérieur du temple, la Vie et la Mort s’entremêlent soigneusement. Le ciel s’obscurcit et laisse se déposer, dans le parc qui l’entoure, une nuée d’argent pur, d’étincelles de couleur ocre, formant un voile d’une trame aussi belle que terrifiante, nimbant chaque silhouette, chaque brin d'herbe . Et, l’arbre lui-même, voit ses racines remonter à la surface de la terre, ramenant entre elles des cendres rosées entre les mottes d’herbe ; emportées par une légère brise, les cendres se recoupent sur le voile d’argent, et y demeurent prisonnières. Les Dryades se taisent, et se retirent dans les arbres tortueux leur servant de refuge, leurs visages évanescents se fondant dans l’écorce rude pour y demeurer. Seules les feuilles, d’un velours vert luxuriant, frissonnent encore légèrement.

Le temps de l’innocence est passé.

La Mort existe à présent dans le parc, plus sûrement qu’elle ne l’a jamais été, et y pose son empreinte mélancolique, attachant les marques de sa présence par chaque souvenir de Thaïs, gisant au cœur de l’arbre. Attendant de se réveiller
Et, autour de l’arbre, des plantes sauvages, des fleurs de lierre, viennent s’épanouir, glissant le long du tronc comme de nouvelles reliques d’une solitude que rien ne pourra jamais effacer.

Shariva, Déesse de la mort et de la vie, vous y attend...

Edité par Thaïs Erin le 15/08/2006 à 12h17
 
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Discussion liée : 295 messages, dernier de Knapp (Contrebandier | niveau 7) le 12/09/2008 à 14h49
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Fleur Sauvage
#282 Fleur Sauvage (Ange Noir | niveau 18) le 01/05/2007 à 10h18  
en réponse au message #281
luuna (Maître Assassin | niveau 16)
le 30/04/2007 à 21h13
* Sa main était sur la garde du poignard attaché à sa cuisse ; petit souvenir de sa dernière rencontre avec Moghan…
Cependant, ne sentant aucune menace dans la voix qu’elle reconnaît sans effort, l’archère s’est relevée lentement, sans prendre la peine de dégainer sa lame, tout en regardant autour d’elle à travers les mèches sombres qui lui caressaient le visage au grès du vent.
Elle sentait la chaleur dans sa main droite, mais elle n’était pas encore consciente de la douleur, pas encore. Elle continuait d’observer en silence, comme si elle avait du mal à croire où elle se trouvait.
La mort les encerclait. Les troncs noircis, les cendres… le Grand Arbre dont la silhouette imposante se dessinait dans la faible lueur rougeâtre d’un jour nouveau… puis son regard vient se poser sur Thaïs toujours au pied de l’Arbre, entourée des ombres de son passé, pâle, immobile, si forte et si fragile, et seule la fée assassin entend les mots que Fleur prononce d’une voix devenue rauque d’émotions.*


... non… laisse les partir…

* Cette sensation que le temps n’existait plus et que rien n’avait de sens imprégnait son esprit. Il semblait que le seul maître de ces lieux devenus désolés et maudits soit le vent glacial qui pénétrait leurs vêtements et entremêlait cendres et poussières sur son passage.
Luuna paraissait interdite, la fixait de son regard vert avec méfiance. Fleur s’était tournée face à elle à présent avec un air d’incompréhension mêlé à la rage contenue qui grandissait en elle... *


Par Firun, mais… mais, qu’est-ce qui t’a pris ?!
Je ne savais pas que… j’avais besoin… d’une garde… rapprochée…

*La voix de Fleur est devenue murmure… sans la quitter des yeux, elle caresse le pendentif de cristal noir sur sa poitrine du bout des doigts et lui adresse un léger sourire, penchant la tête de côté pour saluer sa sœur d’arme, mais bientôt son expression devient hésitante ; brusquement, elle baisse son regard surpris sur sa paume baignée de sang et machinalement, elle ressert son poing en plissant les yeux, portant l’autre main à son front.
Luuna l’avait arrachée à Thaïs tandis que l’espace d’un souffle elle s’était retrouvée liée à elle. Pourtant quelque chose déjà avait changé. Des images floues se matérialisaient, défilaient dans son esprit ; des visages, des statues, des endroits qui lui sont inconnus… et une femme, une superbe femme au regard doré.
Ses sens lui disaient que Thaïs se rapprochait d’elles d’un pas chancelant, et cela avant même de percevoir son mouvement du coin de l’œil.
Par réflexe, par instinct peut-être, Fleur avait déjà fait un pas vers la prêtresse.*


Tu ne peux comprendre, Luuna… et je ne peux la laisser se détruire…
 
luuna
#283 luuna (Maître Assassin | niveau 16) le 02/05/2007 à 14h11  
*Luuna fit une prise à Fleur , la bloquant contre un tronc noirci.fleur encaissa le coup violent avec un
gémissement douleur fixant la faery avec rage, elle essaya de se débatre mais la prise se fit plus ferme*

crois tu que je ne comprends pas... tu me sous estimes petite soeur... ta rage t'égare.
qu'est ce qui m'a pris le demandes tu ? il m'a pris que tout le monde cherche à utiliser
cette âme miroir si pure que tu possèdes, il me prend que aveuglé à revandiquer le droit à la vie pour tous,
tu oublies que certaines choses doivent mourir pour pouvoir renaitre, et que mourir est également un droit...
Qu'est ce qui me prend? il me prend que j'ai eu la faiblesse de croire que nous pouvions être amie !
*les yeux de luuna brillaient, on pouvait y lire un mélange de colère et de profonde tristesse*
tu es une grande fille me dis tu , tu n'as besoin de personnes ...
*La fureur de Luuna était à son comble, son genoux écrasait la gorge de fleur, la faisant suffoquer.Celle ci
essaya de saisir son poignard mais en vain.Luuna prit le pendentif et l'arracha violemment, le jetant au loin,
celui ci se mit à luire d'une étrange lumière sombre puis retomba dans les cendres de la foret de shariva.*

voila plus de protection , seule comme une grande !
*la voix de luuna était devenu presque un murmure, elle se releva laissant Fleur a bout de souffle, frotter sa
gorge endolorie*

*soudain luuna fit une grimace, une douleur lui vrillait le cerveau. Thais utilisait le pouvoir des luneux, de
quel droit cette abomination entrait elle dans son esprit. non ça n'était pas elle... sans pourvoir
résister à la force qui la manipulait, ces yeux devinrent blancs, comme une poupée sans volonté elle se tint
devant fleur, la fixant de se regard de glace. Elle se mit à traduire les mots qui résonnait en elle, langue
gutturale des anciens *

Elen síla lúmenn' omentielvo
Auta i lómë !
Utúlie'n aurë !

Ce message est pour l'âme pure,
miroir immaculé de l'âme, tu es l'élue
pour nous libérer enfin tu es venue
approches toi et n'ai pas peur.
car pour la sauver tu dois ouvrir la porte
au fond de cette nuit où elle nous a plongé
piégeant nos âmes dans des ténèbres sans espoir.
montres nous la lumière et laisses nous disparaitre.
Prends garde à sa fureur cruelle, toi qui va la toucher
car avec l'eldoran tu dois compter,
elle ne connait aucune limite et a acquis les pouvoirs
des anciens dieux.
elle peut détruire les corps et pourrir les âmes, anéantir les mondes.
elle te montrera l'or dans le sang de la fée, bleuira
tes mains douce et fera naitre des mirages de souffrance,
trompant tes sens et dessinant la haine en volute noir sur ta peau blanche.
Montres lui ton âme, répand la douceur tiède de la lumière
sacré qui t'anime
enfouis à jamais les jours amers de solitude maudite,
de tant de vies volées qu'elles devinrent poison en son sang.
rallumes la lumière qu'elle crut éteinte à jamais.
donnes à thais la force de l'affronter


*les yeux de luuna reprirent une couleur normale , elle fut prise de nausées et se mit à vomir
elle glissa à terre, épuisée par l'effort, une terrible migraine lui martelait les tempes.
Une voix intérieur l'a surpris *

je te l'avais dit élimines la et n'en parlons plus, l'abomination mourra avec elle et nous pourrons faire un
bout de route ensemble , laisses toi faire, tu gagneras la puissance ...

*luuna hurla à la mort comme un loup pris au piège. la voix intérieure se tue soudainement, laissant place
a un vide glacial*


Edité par luuna le 02/05/2007 à 14h16
 
Thaïs Erin
#284 Thaïs Erin (Grand Alchimiste des Arcanes | niveau 19) le 02/05/2007 à 17h24  
en réponse au message #283
luuna (Maître Assassin | niveau 16)
le 02/05/2007 à 14h11
* Le lien s'est brisé. Quelque part, au fond de sa conscience qui ne cesse de se débattre, au fond de ce mélange d'angoisse, de haine et de souffrance qui surnage en elle, comme autant de brumes dessinant à l'envie ses craintes sur les cendres des dernières branches, quelque part au bout de cette réalité qu'elle perçoit de moins en moins bien, là où il n'y a plus rien, où tout se brise et se perd, Thaïs perçoit que le lien s'est rompu. La Spectre auprès d'elle soupire, et elle ne sait si c'est de tristesse ou de lassitude, si le poids sur ses épaules l'écrase, et les écrase toutes les deux. Mais la fée ne veut plus ouvrir les yeux, elle refuse de regarder ce qu'elle crée et détruit dans ce même mouvement qui est à la fois profondément interne, et externe, cette vomissure qu'elle crache sur le monde, et que le vent s'amuse à peindre en touches malhabiles sur les vestiges de la forêt. Ses paupières alourdies de ce chagrin qu'elle a toujours tu, agitées d'une vie propre, se rétractent et se contractent sur le spectacle de sa désolation.*
* La seule chose qu'elle ressent encore, au-delà de son corps tendu dans ces efforts pour contenir, juste une seconde, juste une, ce pouvoir qui envahit son être et qui tord chacun de ses nerfs, la seule chose qu'elle ressent, c'est ce vide près d'elle. Fleur lui a lâché la main, et la simple présence disparue, le seul contact qu'elle ait jamais pu accepter, ce contact qu'elle a fui si longtemps, et qui en ce moment précis la fuit à son tour, lui fait terriblement mal.*
* Jamais la solitude n'a été aussi palpable, même entourée de tous ces Spectres, à demi vivants. Peut être parce que c'est la première fois depuis bien des années qu'elle l'accepte, et qu'elle en ressent le besoin, comme un dernier rempart de marbre qui s'effrite au souffle de sa vie.*
* Elle entend une voix rageuse, des chocs au travers de la toile souple qu'elle tisse lentement, des sons qui se heurtent, les échos d'une dispute tournant en violence. Comme toute chose.*

* Alors, parce que la Spectre n'abandonne pas, qu'elle passe ses doigts erratiques sur sa joue creusée par des années de ressenti inerte et d'immobilité factice, qu'elle s'agenouille près d'elle, comme elle l'a fait, il y a bien longtemps, quand Thaïs était encore si jeune, si jeune, une éternité de secondes sur lesquelles jamais elle ne pourra revenir, une éternité de jours meurtris, parce que la Spectre lui soulève le menton, et force ses yeux à s'ouvrir, force le peu de lumière restante au travers des feuilles sèches et de l'herbe hurlante sous les danses lourdes d'Ombres aux bras décharnés, parce qu'il y a tout un tas de raisons, mais qu'aucune n'est juste, ni fausse, Thaïs tremble. Elle tremble au gré de ce qu'elle a créé, mais elle regarde.*

* Luuna…*
* Elle aurait dû s'en douter…personne d'autre n'aurait eu l'audace de se mettre en travers des chemins de pierre fendus qu'elle a dressé autour de Fleur, cette barrière de cristal et de plaintes gutturales qui les protégeait toutes deux de sa propre folie. Luuna, digne représentante de toute l'inconscience dangereuse, de toute la cruauté de leur race…Au nom de Luuna, s'associe celui de Moghan, ces syllabes haïes, celles qui ont tout déclenché, celles qui ont tracé dans sa chair des mots qu'elle n'oubliera jamais, dans le sang, et dans les larmes.*
* Thaïs se redresse difficilement, les pans de sa longue robe flottant sur le sol fissuré, s'accrochant aux rugosités de la terre souffrante, et elle laisse les anciennes paroles la transpercer de leur venin doucereux. La Spectre s'écarte, et lance un long regard glacé sur les jeux des Ombres au lointain, leurs membres s'allongeant et s'unissant, formant une trame de plus en plus impénétrable. Ciel d'encre. Ou de Rien.*

Très bien, Luuna…Puisque tu as voulu intervenir, tu en paieras le prix.
Tu es assez expérimentée pour savoir qu'en notre monde de déraison, en ce monde que nous rejetons, mais qui ne cesse de se rappeler à notre conscience, chaque chose, chaque acte, ne se paie pas, mais se vit.
Intensément.
Quel que soit le sens que l'on peut donner au mot « vivre »


* Tandis que Luuna transmet et traduit les anciens termes Faerys, et que le visage de Fleur, accoudée au bois de suie et de cendres d'un ancien arbre, se serre sous l'effet de quelque émotion indistincte, la fée s'avance, et chaque pas, chaque foulée, est aussi dure et âpre qu'une respiration haletante, celle qui suit la naissance des êtres, et qui précède l'extinction de l'âme. Ses lèvres se colorent de mauve, le sang pulsant sourdement sur ses bras dénudés, se mêlant aux traînées noires, aux anciennes blessures, sur sa peau qui n'a jamais cicatrisée ; ses boucles rousses, poisseuses de sueur malsaine, battent à ses tempes et sur son front contracté. Entraînés par ses mouvements saccadés, les Spectres se détournent, et la suivent, ronde de figures dont les traits se confondent, haie de pas chancelants de cette même douleur, tout comme la Terre se retourne et que les racines serrent leurs dernières forces, avant de sombrer.*
* Puis, épuisée par la tension s'étant, l'espace d'interminables minutes, emparée d'elle, Luuna s'effondre brutalement, ses jambes heurtant les pierres amassées autour d'elle en une danse mortuaire. Ses yeux tournés vers le ciel cillent faiblement, alors que la conscience tente de se percer une brèche dans ses pensées l'assaillant, ces pensées qui ne sont pas les siennes, et qui roulent, se dévident et se dévoilent dans son esprit désemparé. Thaïs s'approche d'elle, et pose sa main sur sa bouche au moment même où Luuna se met à hurler, tentant de rejeter loin d'elle, en un cri tordant sa chair, pliant sur ses lèvres l'acide de la terreur.*

Chut…Ne hurle pas plus que les Ombres ne le font déjà.

Vois tu, Luuna, cette débauche de bruits pourrait t'être fatale.
Ne me donne pas ce plaisir, de pouvoir, une fois, te prouver que tu as eu tort de t'en prendre à ce que tu crois être l'horreur.
Tu ne sais rien de l'horreur.
Tu crois peut être que ta pauvre connaissance de la guerre, des armes, et des jeux d'épées, des jeux d'amour aussi pervers que la torture des corps, t'ont préparée à l'angoisse, aux derniers chants, à cette intense douleur qui nous étreint quand les bougies s'éteignent, et que le noir n'est plus cet havre de paix et de tranquillité du sommeil, mais notre propre abîme.
Mais la seule vérité, c'est que l'horreur habite en nous, nous gouverne, nous mue en cette abomination que tu vois chez moi.

Tu ne m'as jamais comprise.

* La prise s'accentue, les ongles de Thaïs s'enfoncent dans la peau de la fée, près de ses lèvres qu'elle clôt en barrière de silence, et meurtrit leur douce membrane, où la vie affleure et palpite. Du sang s'écoule dans les interstices entre ses doigts, mais elle n'ôte pas sa main, et se contente de fermer un instant les yeux*

Tu es peut être une lame de Mort, Luuna, mais tu ignores le simple fait d'être toi-même porteuse d'une destruction insensée, tu ignores ce qu'est d'être le grain de poussière, qui enfle, se gonfle de fureur, et devient la flamme d'un incendie que, pour quelques secondes, tu regardes et aimes.
Parce qu'il traduit, le plus terriblement sans doute, mais de la façon la plus totale, ce que tu éprouves en face d'un univers dont les échardes de glace t'ont si souvent déchirée.
Et tu ignores ce que c'est, qu'être cette écharde glacée elle-même.

Maintenant, tais toi.

* A cet ordre lancé d'un ton sec, impérieux, Luuna se débat furieusement, et repousse d'un geste brutal la poigne qui la bâillonne, avant de rouler souplement sur le côté.*
* Un hurlement brise le voile des anciennes mélopées résonnant au creux de l'ancienne forêt, vibrant au creux des de chaque chose, s'exhalant des fissures de la terre.*
* Mais ce hurlement ne provient pas de Fleur, qui s'est relevée, ni de Thaïs, agenouillée dans les déchirures de sa robe s'envolant doucement. Cette plainte atroce s'échappe des lèvres ensanglantées de Luuna, qui porte la main à son buste, avant de déchirer furieusement sa chemise, dénudant son épaule gauche.*
* Une large ouverture, les vaisseaux apparents dans toute leur fragilité pourpre, le jeu des muscles saillants en tissus disparates, écarte sa chair morcelée de tâches sombres, comme si des mains invisibles avaient découpé une partie d'elle-même, repoussant les morceaux de peau rosée. Et Thaïs tend la paume de sa main, les yeux fermés sous les efforts imposés à son corps ; sur les lignes fines traversant l'enveloppe délicate de son épiderme, jaillissent de fines gouttelettes rouges, qui s'amassent, glissent dans les ridules, et forment une onde traversée de quelques étincelles.*
* Luuna hurle, encore, et encore, jusqu'à ce que les cris ne lui soient plus d'aucune utilité, et elle agrippe son poignard et tente de se précipiter sur la silhouette floue de Thaïs, mais le poids de son bras inerte l'entraîne vers le sol, et elle plie les genoux. Plier, plutôt que de sombrer dans ce martyre sans fin, alors que les mains se retirent d'elle, et que se tisse autour de la blessure purulente une trame de filaments nacrés.*

Je regrette, Luuna.
Je pensais que tu me comprendrais un jour, mais apparemment j'ai présumé de ton empathie, et de moi-même, sans doute.
Je n'ai plus envie de jouer, je n'en ai plus le courage.

Tu n'as donc pas vu, tu n'as donc pas perçu, que Fleur serait la dernière personne à qui je ferais du mal ? Me crois tu si dénuée de tout sentiment, de toute pensée rationnelle ?
Mais, Luuna, Fleur est plus qu'une personne à mes yeux.
Elle seule peut m'aider à me comprendre.

C'est peut être pour ça que je me suis arrêtée en Yria, et que depuis je ne suis plus jamais repartie, que j'y ai déposé mon âme, que j'ai essayé de survivre dans ma propre déréliction, avant que Moghan ne vienne tout compromettre.
Le fou…
* Thaïs frissonne sous le poids glacial de ses souvenirs, et la Spectre, se détachant des autres qui observent en silence la scène, le visage tendu en une tristesse résolue, murmure quelques mots à son oreille. La fée referme les mains sur le sang qui les macule, et pose sa tête sur l'épaule frêle de la femme*

Je suis si fatiguée, cela fait si longtemps que j'ai perdu le fil de mon existence, et que j'épuise mes dernières forces en vain.
Je voudrais tant m'endormir. Rêver, oublier. M'anéantir en moi-même.
Laisser l'Eldoran prendre ce qu'il y a encore à voler dans cet univers, y arracher les nerfs et la sève des hommes.
Et puis, Fleur est venue vers moi.
Alors que la Forêt se mourrait.
Il y a quelque chose, enfoui, caché sous un monceau d'images morbides et rampantes, un souvenir que je n'aurais pas dû oublier, quelque chose qu'un jour, on m'a dit, et Fleur a fait revivre cette parcelle d'une mémoire que je pensais enterrée sous les colonnes effondrées de mon passé…Je ne sais plus, mais j'ai besoin de savoir.
Parce que je ne veux pas mourir sans avoir eu, au moins, une réponse à toutes ces questions.

* La voix de la fée se heurte à ces derniers mots, et une lueur de doute, d'incompréhension, envahit un moment ses yeux sombres, alors que Luuna regarde, incrédule, sa chair se refermer sur des marques dorées, tressant une nouvelle membrane, une nouvelle cicatrice, sur son épaule douloureuse. Thaïs écarte ses mains, et l'onde se déverse sur le sol asséché, qui se rétracte sous la brûlure en laissant s'échapper une fumée bleutée, plongeant au centre de la terre, creusant un miroir trouble dans lequel la fée trempe ses doigts.*
* Pendant un moment, rien ne se passe*
* Et puis, naissant des nuages de sang, des silhouettes aux contours évanescents se forment, mettant en scène, sur les rideaux d'Ombres, des éclats de souvenirs…*

Edité par Thaïs Erin le 02/05/2007 à 19h38
 
Fleur Sauvage
#285 Fleur Sauvage (Ange Noir | niveau 18) le 14/05/2007 à 23h16  
*…Et le temps s’écoule, insensible aux évènements qui se trament, au sang versé, aux certitudes ébranlées… il reste imperturbable et sans faille… à certains moments pourtant, il paraissait lui échapper tandis qu’à d’autres il semblait s’animer d’une lenteur irréelle sous son regard fasciné…
Comme à présent…
Les cris ont cessé. Enfin. Et les bras invisibles qui la retenaient, la relâchent au même instant.
L’archère se tient immobile, frémissante, rassemblant les pans de sa longue cape sur ses bras marbrés par le froid. Elle répétait sans cesse dans son esprit le message de la Spectre, passant une main distraitement à son cou endoloris, observant les deux fées, Luuna et Thaïs, et puis l’Arbre… le ciel rosé par delà le bouclier des ombres … et son regard revient sur la prêtresse de Shariva. Celle-ci s’était emmurée là où rien ne pouvait l’atteindre, dans ses pensées… et un sourire énigmatique illumine son visage pâle, lui donnant une expression trompeuse d’insouciance presque enfantine.
Elle effleurait de temps à autres la surface mouvante d’un miroir projetant des éclats de lumière ambrée qui attisaient sa chevelure de feu et se reflétaient sur sa peau moite.
Des souvenirs qui s’éveillaient sous ses yeux où se lisait joie et douleur, car l’un est si rarement sans l’autre, avec du sang de faery…
Thaïs n’écoutait plus rien autour d’elle tandis que la Spectre toujours à ses côtés avait les yeux rivés sur Fleur et la suivait du regard lorsque, un pas, puis un autre, elle scrutait le sol asséché à mesure qu’elle avançait.*


*L’archère se déplaçait lentement, puis soudain, elle s’arrête et ramasse délicatement un objet avant de le porter plus près de ses lèvres. Son souffle apparaît alors dans l’air matinal et le vent glacial happe la poussière de cendres sur son passage. Elle se tourne alors vers la faery assassin… et, le dès de cristal serré dans sa main, pensive, elle l’observe.
Adossée à un tronc mort, la main sur son bras blessé, plissant les yeux, Luuna la fixait d’un regard noir. Sa blessure guérissait rapidement ; une étincelle du pouvoir de Thaïs ou bien la main de Shariva… les tissus de chair se formaient, la laissant vulnérable sous l’effort.
La douleur épuise et consume l’esprit…
Réprimant un gémissement, Luuna laisse ses paupières se fermer sur ses yeux verts pour ce qui lui parait à peine l’espace d’un instant...*


La lumière aveugle quelques fois et pourtant… ne montre t’elle pas aussi la voie à suivre…

*Intriguée et surprise de la proximité de sa voix, Luuna relève la tête et trouve Fleur, debout non loin d’elle, s’attachant un lien de cuir autour du cou. Le pendentif de cristal noir revient se poser sur la poitrine de l’archère.
Le regard de la faery devient dur. Ses mains fines se serrent et deviennent des poings. La fureur ne l’avait pas quittée, bien au contraire. Elle semblait prête à bondir à tout moment ; Fleur en était consciente.*


Je te déçois, mais… tu es venue ici, aveuglée par la haine que tu portes pour Thaïs.
Maintenant, tu sais.

*Lentement, elle s’approche davantage et lui offre une outre d’eau de source. Elle la regarde se désaltérer longuement, puis elle se penche et d’une prise ferme, se saisit de sa main et redresse sa sœur d’arme debout face à elle.
Luuna serre les dents. Des yeux, Fleur caresse sa blessure à l’épaule, puis son visage angélique où restent les marques laissées par les doigts de Thaïs qui déjà, commencent à s’effacer… et brusquement elle dégaine son poignard. Aussitôt, d’un geste vif, Luuna croise la lame échancrée de la sienne, gravée d’un serpent. Immobile, l’archère ne fait pas mine de reculer ni de baisser son arme. Elles se fixent en silence.*


Ton aide m’est précieuse et tu te méprises en pensant que je te sous-estimes… je te crois forte… et la force de ton art s’accroît en toi à chacune de nos rencontres. Cependant… ton ancien Maître a commis une erreur.
Ta fureur contre moi le démontre plus que tout… tu me haïs comme tu sais que je représente ce dont justement, on t’a incitée à te défaire ; l’amour, cette faiblesse que certains jugent si inutile

*Luuna reste silencieuse. Un sourire se dessine sur les lèvres de Fleur qui n’atteint pas son regard songeur.*

Umbre n’a pas réussi à t’empêcher d’aimer.

*Elle baisse et rengaine son arme, puis se recule doucement. Intriguée, la Lame de Mort inspire longuement. Son regard vert semblant si froid devient troublé et hésitant.*

Maintenant, accordes-moi le privilège d’être ton égale et non ta protégée…
Je suis venue ici de plein grès et je suis libre de partir.
Les choix que je fais deviennent de plus en plus pesant sur mon âme et plus dangereux aussi, peut-être… mais toi, Luuna, tu n’aurais aucun droit de me faire choisir maintenant… entre toi et Thaïs.
… Autant me demander de choisir entre la gauche ou la droite, l’or ou l’argent, l’eau ou le feu, le féminin ou le masculin…chacun se valent et sont liés sans commencement ni fin…

*Délicatement, Fleur lui effleure la joue avant d’incliner la tête devant elle et s’éloigne tandis que, prise d’un nouvel élancement, Luuna chancelle et s’appuie contre le tronc mort et noirci. Elle sort une petite fiole d’un liquide bleuté, l’avale d’un trait et s’essuie les lèvres du revers de la main en la regardant en coin.*

*Au centre de la dévastation la lumière ne pouvait percer le bouclier, la bulle où se trouvait Thaïs à présent. L’archère s’avance regardant le ciel… Solinar se levait à l’horizon.
Bientôt les ombres dansaient autour d’elle, si près qu’elle entendait leurs murmures et discernait leurs plaintes, sentait leur froid glacial tandis qu’il frôlaient ses cheveux et ses bras dénudés. Leurs visages sans expression étaient tous en sa direction.
Fleur s’approche de Thaïs, penchée au dessus du miroir qu’elle a créé du néant et la Spectre à ses côtés lentement s’écarte après avoir caressé avec un geste de tendresse, les boucles de la fée en murmurant quelques mots que l’archère ne comprend pas et brusquement, le silence… les ombres se sont tuent.*
 
luuna
#286 luuna (Maître Assassin | niveau 16) le 17/05/2007 à 13h33  
*jusqu'où Fleur irait elle
à quel point se pretrerait elle au jeu de Thais...le jeu de vie et de la mort. ce jeu pour lequelle elle semblait si fragile et si forte à la fois.
pourquoi vouloir rendre a thais son être véritable.Et si l'abomination était l'essence même de son âme maudite depuis bien avant sa naissance.
Trop simple , l'eldoran ne se résoudrait pas à un simple controle, elle voulait affirmer cette puissance qui la consumait depuis si longtemps, elle avait besoin de l'énergie de Fleur , cette innocence allait la nourrir et la renforcer...que ferait alors Fleur a ce contacte mental auquel rien ne l'avait préparé...Thais était une victime depuis le départ , condamnée et sacrifiée , elle était la victime d'une femme et d'un système...Que ferait elle une fois libérée ...*


*Luuna regardait autour d'elles. Des silhouettes flottaient maintenant l'effleurant d'un toucher glacial.
Des visions venues tout droit de l'esprit égaré de la fée maudite ou bien des âmes torturées qui enfin retrouvant la liberté, curieuses venaient les sentir, les toucher , essayant de retrouver des sensations si longtemps interdites à leur sens, construisant un langage muet avec les trois créatures qui les libéraient peu à peu des ténèbres. 3 femmes, 3 sorcières qui leur offraient le
salut, par le sang, l'amour et la magie.

Fleur s'approchait maintenant de Thais lentement, féline, concentrée, décidée. J'aurais voulu la retenir mais de toutes façons elle avait fait son choix , a quoi bon.Si c'était ce qu'elle voulait,elle s'engageait dans un périple dont elle ignorait pratiquement tout, avec pour seule arme l'amour et la confiance en la vie, elle en paierait le prix au creux de sa chair.
Luuna aurait voulu à ce moment la protéger, protéger cette innocence précieuse.
Elle baissa la tête, vaincu.

Déjà la magie des anciens faery faisait son effet,invoquée par Thais.Plus aucun bruit, les animaux avaient fui les lieux, un silence lourd puis un murmure grave et sourd comme le vrombissement d'un gros insecte pris dans une toile envahit l'espace.
La réalité se brouillait dans la tête de luuna. Nauséeuse, Elle se laissa tomber au pied de l'arbre.

Encore cette présence qui fouillait son esprit, la douleur l'aveuglait.Elle frappa sa tête contre le tronc, mouvement répétitif et rassurant.
Elle appela fleur dans un murmure, un instant le dé pendant au cou de fleur brûla d'une étrange lueur... puis l'oracle apparue,floue ...elle murmura à l'oreille de luuna*


nedh-godref...urugh ...gul luth...deleb... thais caul...

*des mots que seul un faery pouvait comprendre. Des mots qui lui faisaient peur pour FLeur
puis plus rien...
non, il y avait quelque chose ,les images affluaient lui donnant le vertige.
Des robes si belles, une musique, des rires , un bal de la cour...balagadil et la splendeur des grandes soirées faery...
Luuna n'avait jamais connu le faste de ces soirées magiques, son père, escorte de l'ambassadeur Luuneux , lui avait raconté,les parfums précieux, les mets rares et raffinés, les musiques et les couleurs envoûtantes, les belles toilettes faites sur mesures pour l'évènement, les boissons enivrantes servies dans des cristaux de roche sculptés...toute la splendeur des anciens se deployait devant ses yeux ...
c'était étrange elle semblait revivre des scènes par les yeux d'un autre... oui.. c'était cela par les yeux d'un homme.
Les personnes qu'il rencontrait, lui souriaient poliment,mais restaient à distance, à ses côtés une femme si belle mais semblant si dangereuse...
les images se brouillèrent...lentement l'homme avançait discutant et riant...l'image de Thais apparut devant lui...une dispute...d'étranges volutes noire envahirent le visage de la fée maudite ...L'image se brouilla encore, provoquant une profonde douleur qui obligea luuna a tenir serrer sa tête entre ses mains en gémissant...
un froissement de tissu , un cri étouffé, l'homme glissa lentement , les yeux fixés sur...
des morts , des gardes... un garde, le frère de larkan, il frappe , frappe encore et encore et...le corps de...
les poings de luuna se serrèrent , les articulations blanchies...elle a du mal à respirer..
les images reprirent ...son père était à terre ,il avait été trainé à l'écart au pied de l'impératrice comme un trophée, elle arborait un sourire hideux...
Luuna avança la main vers le fantôme ensanglanté de son père, en vain l'illusion se brouilla... Il lui vint à la bouche un étrange goùt de sang et de fer ...Elle se releva lentement,elle ne sentait plus rien...Elle fixait thais et fleur ...les spectres avaient disparu, mais quelques choses au fond de luuna venait de se briser.*

*Elle se redressa , et ferma les yeux, une veine bleue devint saillante sur son frond, Le dé noir, brula la peau de Fleur l'obligeant à mettre la main sur l'objet.Les yeux de fleur devinrent noirs pendant un instant, quelques choses c'était passé que seule les deux femmes avaient pu percevoir.quelques choses qui sauveraient peut être fleur...*
 
Thaïs Erin
#287 Thaïs Erin (Grand Alchimiste des Arcanes | niveau 19) le 10/07/2007 à 12h52  
* Il y a bien pire que les cris étranges, mélanges de consonances brutales, de raclements de tissus humains, et de mots inavoués, masqués par les membranes de lèvres putrescentes, des sons s’égarant en vain, s’étalant sur la toile d’ocre et d’encre tissée par les Ombres, le long des branches asséchées des quelques arbres. Il y a pire que les odeurs de tourbe et de sang qui planent dans l’atmosphère et se déposent en fines pellicules sur les corps endoloris de Luuna, et de Fleur, si tant est que le pire se matérialise, que la dernière limite soit franchie, avant la rupture, le déchirement, et le silence.
Oui, il y a le silence.
Cette angoissante sensation de vide qu’on ne ressent que dans les limbes de la souffrance muette, quand les paroles se taisent d’elles-même, cette absence résonnant comme un deuil infini, le néant brutal, concis, sans concession, radiant toute forme d’existence, la plus primitive, la plus infime ; et du sol autrefois fangeux, recouvert d’humus, de mousse luxuriante et de particules d’images volées à la vie, montent les nappes successives d’un rien pesant, lourdes et sinueuses écumes de velours élimé.*

* Ecartant leurs doigts démesurément grands, les Ombres achèvent leur œuvre, parsemant la toile invisible de leurs pensées morbides, comme un peintre trop zélé couvrirait de ses mains maculées de couleurs disparates son tableau, le condamnant à l’inertie croulante d’une peinture privée de vie sous les fatras indistincts des couches successives. Sans un bruit, les plaintes soigneusement dissimulées, grondant doucement dans leurs gorges atrophiées depuis bien longtemps.
Il n’y a plus que le silence, et ce bourdonnement incessant.*

* Et les silhouettes, nées du passé, des souvenirs et de la culpabilité, du mal et de ce rien qui envahit progressivement la forêt, qui dansent en se tenant par la main, qui forment des scènes surgies de l’esprit de Thaïs…Ces scènes qui font basculer Luuna dans la folie, qu’elle tente de nier, mais dont les contours larvesques prennent corps dans sa propre histoire, dans son propre sang. Peut être aussi, dans les larmes qu’elle n’a pas versées, dans toutes celles qu’elle a tues, retenues, et qui ont creusé ce fossé qui ne se comblera jamais.*

*Ainsi, c’est de cette façon que s’est achevée la vie de son père…Sur la terre morte d’un royaume enferré dans ses propres doutes, dans ses propres peurs, de la main d’un homme qu’elle ne connaît pas, mais dont chaque trait, chaque contour, de ses pommettes saillantes à ses yeux glacés, s’impriment dans sa mémoire. C’est donc de cette façon violente, froide, impersonnelle, que se terminent les contes que son père lui narrait quand elle était enfant, oh, si petite, avant que son monde se retourne comme pris de folie, et que son univers ne s’écroule dans le feu, au son des brindilles gémissantes d’une forêt, des hurlements de femmes, des sanglots d’enfants et des râles de son frère. Et la fumée âcre, les volutes cendrées, les ruisseaux croupis de sang…
Avant que les Luneux ne soient attaqués, pourchassés, attendant en vain une aide quelconque de l’Ancien Empire, une aide qui n’arrivera jamais.
Alors, c’est ainsi que tout a commencé.*


* Les visions s’éternisent, se succèdent à un rythme fiévreux, comme entrecoupées de pulsations musculaires, le long de fibres nerveuses hypertrophiées, elles bouillonnent, s’entrecoupent, se forment et se déforment, longeant la mare de sang aux pieds de Thaïs, glissant le long des pans de sa robe tachée de pourpre. Et, sur le visage de la fée, cette figure sculptée dans le marbre des palais détruits, à la mesure de la haine, à l’ombre de toute tendresse, et de tout amour, se tordent doucement des arabesques sombres, suivant les veinules bleutées saillant sous sa peau trop pâle.*
* Luuna voudrait hurler, ou briser par un mouvement hâtif, saccadé, chargé de toute sa rancœur et de sa détresse, cette ambiance ouatée, glauque, qui endort ses sens et ne lui laisse plus que sa chair mise à nu. Mais chacun de ses gestes, aussi léger soit il, se trouve irrémédiablement arrêté par un fil transparent de volonté qui lui échappe totalement, et, emprisonnée dans une incommensurable toile d’émotions et de force sous-jacente, elle ne peut que subir ; ses armes gisent à terre, leur métal luisant faiblement sous les flammes des formes se précisant, dérisoires monceaux d’une violence éteinte. Et les souvenirs affleurent dans sa conscience trop longtemps brimée…Ou peut être est ce ceux de Thaïs…
Dans cette bulle aux parois humides, suintantes de tristesse et de murmures étranglés, qui peut savoir véritablement qui il est, ce qu’il a fait, et ce qu’il est devenu ? Comme un seul corps de boue, d’argile et de cristal, leurs esprits volent, papillonnent et se confondent, les mémoires se vident, les silences s’agrandissent. Luuna, Fleur, Thaïs, n’existent plus vraiment en tant que telles, mais forment un tout mêlé de sueur et de douleur dont les mouvements spasmodiques heurtent les dernières bribes de leurs consciences.*


* Son père, son père est abandonné, les mains grotesquement tournées vers le ciel en une dernière supplique, les yeux vitreux dans le masque de son visage figé, et elle voudrait arracher cette expression de souffrance qu’elle lit le long des rides qui sont apparues au coin de ses lèvres, ces lèvres qui ont formé, depuis sa naissance, son monde, et, de sons en images, sa vie elle-même. Et cette femme, ces traits délicats façonnés dans un ensemble de cruauté et d’insouciance troublante, l’observe en silence, ses longs cheveux bruns relevés sur son front uni en un échafaudage compliqué de boucles et de perles scintillantes. L’ombre, et la lumière.
Près du corps, Luuna le voit à présent distinctement, ses facultés de concentration augmentant de seconde en seconde, s’épanouissent d’autres morts, sous leurs vêtements d’apparat brodés de fils d’argent, leurs membres demeurent inertes, et le sang s’écoule doucement. Leurs chevelures mêlées, en un tapis d’or, de brun d’automne et de gris d’acier, un tapis, maculé de terre et de cette odeur, cette odeur…
Et puis, la femme redresse ses épaules d’un mouvement altier, prononce quelques mots dont la signification se perd dans l’atmosphère oppressante, et se détourne, le pas agile, leste, des figures déposées devant elle en offrandes sordides. Les gardes la suivent, impénétrables, leur jeunesse désormais embourbée dans ce marais de cadavres. Sans un mot. L’Impératrice, car c’est bel et bien elle, Fiona Oz, tout puissant emblème d’un univers caché, celle que l’on a longtemps nommé la Maudite, avant que ce gracieux épithète se s’attache aux pas de sa fille, s’arrête un court instant et jette une dernière parole, le ton âpre, coupant, lame de mots aussi dangereuse que le fer, et les nuances troubles des poisons.
Au départ, Luuna ne peut percevoir à qui elle s’adresse, si tant est qu’elle s’adresse à quelqu’un.*


* Et, brutalement, elle la voit.
Pourquoi ne l’a-t-elle pas reconnue tout de suite, comment a-t-elle pu oublier ce regard torturé qu’elle a depuis appris à connaître, et à comprendre, à défaut de l’aimer ? Agenouillée sur le sol détrempé, la nuque fragile sous le poids d’un épais diadème, roulant sur son cou et ses épaules nues, les gemmes ruisselant sur sa peau comme autant de larmes, Thaïs écarte quelques mèches poisseuses du visage de son père. Ses mains tremblent, et ses doigts fins se crispent sous l’effet de quelque spasme intérieur, au contact des cheveux humides, mêlés de terre ; mais elle ne répond pas.
Elle ne répondra sans doute jamais.
Sur ses avants bras dévoilés par l’échancrure des manches de velours, roulent les volutes brutales d’arabesques serpentines, et sous chacune d’elles, une plaie achève de se refermer, cicatrice de chair, abominable rappel des meurtres commis.
Luuna comprend alors.
Elle réalise, avec cette acuité que seul peut apporter le vécu d’une de ces scènes dont elle a jadis entendu parler, sans pouvoir faire autre chose que de l’imaginer, avec tous les embellissements ou toutes les images que son esprit vagabond pouvait y apporter, qu’elle vient d’assister à quelque chose qui défie les lois de la vie elle-même, la vision, fulgurante, mais dont les sons et les odeurs s’imprègnent en elle, des pouvoirs de l’Eldoran, et de ceux de Thaïs.
Et que, meurtrière, actrice de ce prémisse d’un génocide, celui des Luneux, celui de son peuple, Thaïs est aussi l’unique responsable de la mort de son père.
Sur l’épaule agitée de soubresauts de la fée, sur les quelques boucles éparses, se dépose une main, la main d’un homme.
Larkan.
Et Thaïs, comme si elle avait senti, à travers les méandres de son esprit fou, apeuré, la présence de Luuna, se tourne pour un court instant, l’ébauche d’une seconde, vers elle, et ses yeux, immenses dans ce visage exsangue, s’accrochent à elle, et se perdent entre des larmes qu’elle tente de retenir, et une répulsion farouche face à ce qu’elle vient de faire.
Une étincelle au fond des iris mouvants.*


* Un bref et douloureux sursaut.
Ses cheveux se tordent sous la poigne dure de Thaïs, et Luuna sent sa tête partir en arrière, dévoilant sa gorge nue, la pression sur son crâne, non, dans son crâne, diminue d’intensité, remplacée par la souffrance cuisante des muscles de son cou, de son corps, se réveillant, lardés d’échardes glacées. Les images s’évanouissent, placentas flous, se délitant en parcelles noueuses, et elle ne voit plus rien. Ni de son père, ni de Larkan, ni même des corps affalés sur la terre ; le visage de la fée s’appuie sur le sien, les contours durs de sa mâchoire heurtant son oreille, alors qu’elle se débat et s’arque boute*

* La voix s’élève, mélange de tristesse et de colère à peine contrôlée*

A présent, Luuna, tu sais.
J’ai confiance en tes capacités à te piéger toi-même dans des situations inextricables ; tu l’aurais appris, tôt ou tard. Peu m’importait l’instant, le moment et l’endroit, la douleur aurait été la même, et ta haine se serait épanouie, encore, et toujours, de la même façon…

* La poigne qui la maintient se durcit encore, puis se retire, se fait plus ténue, alors que Thaïs soupire, et reprend, de son ton las, affaibli par les blessures récentes qui s’attachent à ses membres, aux liens l’unissant aux Spectres qui se fait de plus en plus cuisant*

Ce grain de vengeance, semé il y a des années, n’est jamais mort, ne s’est jamais éteint. J’ai toujours su qu’il en était ainsi, vois-tu, car je le ressens aussi.
C’est une fleur maladive, née de l’union de la peur, du sang et de l’absence, qui croupit en nous, et achève de corrompre toute autre forme de sensation.
Peut être parce que la fureur est la seule de nos émotions qui ne se ternit pas sous le flux incessant des années, qui ne s’érode jamais. Qu’en serait il de nous, alors, si elle ne nous portait pas au-delà de notre mémoire atrophiée ?

Je ne te dirais pas que je suis désolée, parce qu’il n’y a aucun mot pour embellir, voiler et rendre plus supportable ce que tu as vu, et que tu n’aurais jamais dû voir.
Et que nous savons toutes deux qu’il est un enfer que même les paroles n’adoucissent pas.
J’ai tué ton père, oui, comme j’ai achevé de mes mains les membres de l’ambassade de ton peuple, leur sang résonne encore en infimes et lancinantes pulsations en moi, et mes mains ont appris, depuis, à se contrôler.
Je ne tremble plus, Luuna, si ce n’est du froid que je fais naître, chaque fois.

* Thaïs se redresse, maintenant toujours la fée contre elle, en un effort qui fait saillir les veines de ses bras trop fragiles, et elle trempe une main inerte dans la mare de sang, achevant de faire disparaître les dernières bribes du passé, sous les yeux effarés de Fleur, coupée dans son élan par les doigts nacrés, empreints d’une volonté tenace, des Spectres.
Formant autour d’elle une sorte de ronde, sans aucune velléité agressive, comme s’ils voulaient la protéger, ou du moins, tisser un liseré délicat la séparant des deux jeunes femmes, infranchissable.*

* Luuna gît sur le sol, à présent, de ce que peut en percevoir Fleur, à travers la barrière mentale que les Spectres lui infligent, à travers leurs bras mouvants, translucides, empreints de cette sorte de lumière interne qui appose sur leurs corps épuisés un semblant de vie, et de respiration. Les lèvres de la fée se cyanosent, et s’entrouvrent avec peine sur l’air se raréfiant autour de son visage glacé ; Thaïs se penche sur elle, et examine sa blessure, dont les contours nets se dessinent en un rictus de folie, puis elle lui murmure d’une voix dure*

Maintenant, tu vas me dire ce que tu as vu.
Tu vas me dire ce que tu as entendu, et ce que je n’ai pu qu’entrevoir. Des mots ont été prononcés, un jour, quand j’étais encore enchaînée dans mon royaume de lave aux frontières sanglantes, mais je ne les ai pas compris. Ils volaient, mais leur sens m’échappait, et je pensais qu’en les ranimant, ils me parleraient enfin. Mais ils demeurent muets, et je n’ai plus le temps de perdre les quelques bribes de mon esprit encore debout, à tenter vainement de remettre en ordre ces parcelles qui se délitent à ma vue, et à mon âme.
Je dois savoir, tu comprends Luuna, tout comme tu avais, sans même t’en rendre compte, besoin de savoir quel était la chaînon manquant, entre le départ de ton père pour Balagadil, et la destruction de ton peuple.
Réunir les morceaux de ma propre histoire, avant de commettre l’irréparable…

* A ces dernières phrases, Thaïs baisse le ton, et, la femme Spectre, se détachant du cercle parfait, enchevêtrement de corps alanguis et de figures dont l’expression, empreinte d’un chagrin séculaire, consument l’atmosphère et la ternissent, se dirige vers elle, de son pas aérien, presque trop irréel. Hésitante un bref instant, elle glisse la main dans ses cheveux, et caresse tendrement sa joue, laissant dans son sillage une traînée irisée, comme si elle perdait peu à peu sa substance pour ne devenir qu’un être immatériel.
Un Spectre, dans son sens le plus strict. Souffle de sensations plus qu’impression fugace de membres alourdis.*


Thaïs…
 
Fleur Sauvage
#288 Fleur Sauvage (Ange Noir | niveau 18) le 13/07/2007 à 16h05  
en réponse au message #287
Thaïs Erin (Grand Alchimiste des Arcanes | niveau 19)
le 10/07/2007 à 12h52
* Laissant échapper un léger soupir, Thaïs ne se retourne pas vers celle qui l’appelle.
Une expression de compréhension ou d’indulgence sur son doux visage éthéré, la Spectre baisse alors son regard vers Luuna qui ne la voyait plus et d’un pas aérien, ne laissant aucune trace même de son existence, elle s’écarte avec grâce de la fée maudite.
Et Thaïs frémit imperceptiblement et se reprend aussitôt ; ce n’était que le début d’une lutte intérieure qu’elle réussit à peine à masquer, mais la fée ne se retourne toujours pas.

Les poings serrés, Fleur se débattait en vain au centre d’un cercle parfait, ces obstacles, cette toile d’illusions qui n’auraient jamais dû être, des spectres qui l’empêchaient de rejoindre les deux faeries, et aspiraient ses cris lorsqu’elle ouvrait la bouche, ne faisant d’elle ce qu’elle a du mal à supporter, un témoin silencieux, et la préservaient en la tenant à l’écart.
Apercevant la femme spectre s’avancer vers elle, la guerrière s’immobilise, perdue au milieu des filaments de nacre et ferme les yeux semblant s’abandonner un instant, le front baissé, comme persuadée de sa propre insignifiance…

Soudain, elle sent le contact d’une main ferme qui lui relève le menton tandis qu’une autre écarte doucement les mèches sombres révélant son front pâle, ses joues rosie par la morsure du froid glacial et ses yeux où brillaient un mélange de rage et de tristesse. La Spectre se tient debout devant elle et plongeant son regard merveilleux dans le sien, elle lui murmure deux mots dans le langage de son père, de l’elfique que son esprit embrumé ne reconnaît pas tout de suite…*


Càlë Indil…

* fleur de lumière … Tandis que la femme s’incline et se recule comme portée par le vent, intriguée, l’archère s’est redressée et l’observe en silence. Elle lève la tête en direction de l’astre de jour dont elle ne peut ressentir la chaleur bloquée semblait-il, par le voile des ombres qui s’accroissait, devenant de plus en plus épais, de plus en plus dense. Ou bien, peut-être n’étaient-ils pas les seuls responsables de cela…
Une fois encore, elle se remémore le message des spectres, délivré de la bouche de la Lame de Mort. Ceux-ci avaient tous leur regards aux orbites vides tournés vers elle et lentement, avaient commencé à desserrer leur entrave oppressante.
Fleur reste interdite.
Méfiante, elle hésite un long moment… puis enfin, de sa main blessée, comme si elle avait la connaissance, la certitude de ce qu’elle devait faire depuis toujours, avec assurance elle effleure les filaments nacrés un à un avec une infinie douceur. Retenant presque son souffle, sous son regard fasciné, petit à petit les liens iridescents brillent d’une lumière blanche presque aveuglante puis se décomposent et se délitent.*


* Enfin libéré, le premier d’entre eux danse une dernière fois parmi les siens puis, précisément au moment où Fleur le regarde, passe brusquement à travers son corps lui coupant le souffle et disparaît laissant un cri déchirant dans sa tête et une image de corps calcinés et défigurés, de dévastation qui s’éternise trop longtemps dans son esprit. Cette vision, ce contact glacial la paralyse un instant et la fait reculer d’un pas… elle chancelle et lève un regard d’appréhension vers ces êtres aux visages plus ou moins difformes qui continuent de flotter sans cesse autour d’elle, certains manifestant leur présence malsaine de quelques gémissements lugubres. Ils étaient tous des illusions, des rappels que Thaïs s’infligeait constamment depuis si longtemps…
Elle se reprend sentant la main de la Spectre sur son épaule dénudée et meurtrie et continue délicatement sa tâche avec soin, ayant conscience que Thaïs avait fait le choix de les laisser partir et qu’elle partage avec elle lorsque chaque ombre spectrale s’évapore, que chaque souvenir refait surface et s’intensifie à un degré à peine supportable, l’espace de quelques secondes, avant de s’effacer. La sueur perlait sur le front de l’archère et se mêlait à présent aux traces salées de ses larmes. Certains ressemblaient tant à la prêtresse et d’autres avaient l’apparence d’enfants dans des robes en haillons dont les couleurs avaient fané et se volatilisaient dans l’air glacial après ce qui lui paraissait une dernière révérence ou même un sourire étrange de reconnaissance.*


*Bientôt, il ne restait plus qu’un seul filament, celui-ci était entremêlé de nacre et de pourpre ; celui qui liait toujours la femme spectre à Thaïs, et sans doute la première illusion qu’elle avait créée avec toute sa sensibilité d’enfant. Cette femme qui ressemblait à ce que Fiona Oz n’avait jamais été ; l’image d’une mère.
Fleur reste immobile et laisse le vent parler pour elle.
Des rayons de lumière commençaient maintenant à percer, formant des espaces éclairés parsemés sur le sol craquelé du sanctuaire dévasté de Shariva. Pourtant, dans l’ombre du grand Arbre, les lèvres violacées, Fleur tremblait de froid et ses membres commençaient à s’engourdir.
Sentant son hésitation, la Spectre a posé sa main sur le bras de Fleur et au même moment, celle-ci perçoit un mouvement du coin de l’œil qui attire son attention.
Rassemblant ses forces, Luuna gisait toujours à terre et levait ses yeux verts vers Fleur de temps à autres, semblant en état de choc profond, tandis que Thaïs se soutenait contre un tronc mort près d’elle et regardait aussi vers Fleur sans prononcer les mots de son âme déchirée. Cependant, soudain alors qu’elle écarte une boucle de feu d’un geste gracieux de la main, un sourire étrange se dessine…
L’archère plisse les yeux aussitôt, rejetant la possibilité de cette vision troublante… et le temps d’un battement de paupières, le regard doré n’est plus.*


*Sans plus attendre, Fleur alors pose sa main délicatement sur le cordon nacré tandis que la fée et la Spectre échangent un regard pour la dernière fois. Cette fois encore, Fleur se trouve liée à Thaïs pour un bref instant alors que le lien se désagrège et que la femme lentement s’évanouit dans les airs, assez pour entrevoir à nouveau celle qu’elle devait redouter et qu’elle reconnaît.
Thaïs s’était libérée enfin. Pourtant, la demi elfe sentait toujours le froid qui allait la vaincre, l’envahir et la laisser à terre épuisée et vulnérable.
Troublée, elle se recule alors sans regarder où elle va jusqu’à sentir une des racines de l’Arbre à son talon, puis elle se penche et y appose sa main, celle où la blessure dans la paume s’est réouverte. Sa voix est à peine perceptible tandis que Fleur s’adresse à la déesse du sanctuaire.*


… Shariva, accepte mon sang…

* Des larmes ruissellent sur les joues de l’archère tandis qu’elle commence à sentir ses forces la quitter. Au bout d’un moment, le visage pâle, elle se redresse et serre les dents, se haïssant pour sa faiblesse, et tandis que l’Arbre montrait déjà quelques signes de la vie qui pulsait toujours dans sa sève, Fleur fait face à Thaïs Erin et s’adresse à elle et à la présence qu’elle ressentait depuis son arrivée en ces lieux.
Une invocation vers un fléau, un cancer de l’âme…*


Elle a pris possession de toi comme l’aurait fait un parasite. Elle s’est servie de ta grâce et de ta sensibilité et elle s’en est nourrie.
Elle s’est servie de tes pouvoirs pour décupler les siens et cela seulement pour anéantir, car n’est-ce pas là tout ce dont elle est capable...
Les années ont passé, et elle a réussi à te faire croire qu’elle pouvait être ton refuge, qu’elle était la délivrance.

Lorsque tu es devenue prêtresse de Shariva, elle a attendu puis elle t’a poussée à détruire cet endroit sacré par envie… et aussi par crainte, car elle n’est rien face à une déesse…
ici, elle est impuissante...

* Sa vision s’est troublée un instant, le vent soufflait de plus en plus fort et Fleur, déjà affaiblie, est forcée de tourner la tête pour inspirer une longue bouffée d’air et baissant les yeux un bref instant, elle remarque les lacérations sur ses bras, ce qui ressemblaient à des coupures qu’auraient infligées de fines lames de couteaux. Ses bras étaient en sang, le sol à ses pieds s’en abreuvait goutte à goutte, mais elle ne sentait plus rien, ni la douleur, ni le froid, ni la chaleur de la vie qui la quittait petit à petit…
Thaïs s’était approchée lentement d’elle, tandis que Fleur lui parlait, tournant le dos à Luuna ; mais Fleur n’arrivait plus à distinguer nettement son visage, prise d’un vertige, la tête lui tournait et respirer devenait un effort pénible.*


Je suis celle qui devait éveiller l’étincelle de l’espoir dans son cœur et malgré tous tes efforts, Thaïs est venue s’exiler en ces terres et je suis parvenue jusqu’à elle.
Luuna est celle qui a les réponses qu’elle attendait, et elle aussi a passé les barrières mentales que tu as érigées autour de cet endroit…

Tu n’appartiens pas à ce monde que tu ne comprends pas. Thaïs n’a pas besoin de toi, tu n’es que son ombre et sa malédiction. Tu sèmes la folie et le désespoir…
Tu es l’Eldoran.

*Une nouvelle rafale de vent glacé lui répond… Fleur s’effondre à terre sans un bruit, sans un murmure…
Il lui semble entendre un cri, une voix de femme qui appelait son nom et puis tout se voile tout se tait, il ne reste rien que chuchotements. Allongée ainsi, si pâle, sa chevelure brune entremêlées de cendres dorées, les yeux perdus dans le vague, elle ressemble à une noyée. Sur sa poitrine qui bougeait à peine au rythme de son souffle, le pendentif de cristal noir se met à briller d’une lueur verdâtre.
Thaïs, ou l’Eldoran, avait fait mine de s’avancer davantage vers elle mais s’était figée dans son geste ; un regard noir et luisant la fixait au dessus du corps de Fleur. Les crocs dénudés, et laissant échapper un grondement sourd et menaçant, les oreilles en arrière, les griffes plantées dans le sol poussiéreux, le corps musclé et puissant de la magnifique panthère noire était tendu comme un arc, prêt à bondir…*
 
luuna
#289 luuna (Maître Assassin | niveau 16) le 18/07/2007 à 23h22  
*Le souffle coupé par la douleur et les tremblements, luuna lentement essayait de se relever glissant dans les cendres et le sang.Dans un dernier effort elle s'appuya contre les restes du vieil arbre.dans sa tête les images dansaient,thais , son père ...son père,des sanglots lui coupait le souffle puis plus rien la colère avait fait place a un immense vide un gouffre dans lequel elle se sentait glisser sans résister.A quoi bon thais l'achèverait comme elle avait anéanti les siens, sans état d'âme.
Elle regardait fleur relacher les spectres , telle une musicienne qui jouait son ultime partition , offrant le meilleur d'elle meme à un public maudit avide des notes de sang qui s'échappait de ses doigts.
Elle ferma les yeux, épuisée, résignée, en proie au vertige.Le monde des rêves l'envahissaient peu à peu, déposant comme un pansement sur les plaies de son âme. Enfin la paix qu'elle attendait... THais pouvait bien la menacer elle ne saurait jamais de ce qui l'attendait, jamais elle ne l'obligerait à se soumettre , jamais...un étrange sourire se dessina sur le visage de Luuna.
cela faisait longtemps qu'elle se plaisait à flâner au bord du gouffre sans se décider.était ce le jour du grand plongeon?
thais venait de troquer sans le savoir une sentence de mort contre une condamnation à perpétuité.
Luuna cracha du sang, puis lentement tandis que la panthère tenait thais a distance, elle avança la main vers la torche qui brûlait encore au sol. Et alors que thais lui tournait le dos, la jeta sur sa robe, le lourd tissu brodé prit feu instanéemment . Rapidemment une abominable odeur de chair brûlée commença à s'élever, tandis que le visage de thais se parait d 'un rictus qui ne lui appartenait pas .*

Vas y ma belle, illumine ma nuit et régales toi... *ses yeux brillaient*

*Luuna recula vers Fleur en boitant, lasse, ne quittant pas des yeux thais ou la créature qui maintenant l'habitait, sûre que le répis ne serait que de courte durée. Thais était maintenant entourée par les flammes, monstrueux phoenix qui renaitra du feu de l'enfer .
Luuna se pressa, attrapant Fleur sous les aisselles elle l'a charga sur son dos du mieux qu'elle pu en grimaçant de douleur, l'éloignant aussi loin de thais qu'il lui fut possible avec le peu de forces qu'il lui restait.
Derrière elle un rire dément retentissait,mélange de douleur, de haine et de soif de vengeance.Elle fixa les flammes au coeur duquel le corps de thais semblait se complaire, mûe par une folie inhumaine.
Les dieux ont un plan pour chacun de nous lui avait on dit à la cathédrale ! quel était celui qui régissait le destin de Thais ...Quel dieu pouvait engendrer une telle abomination ...Luuna plissa les yeux.*

la mort peut etre douce , brutale ou bien douloureuse ma chère ...tout dépend du Bourreau, Sois le témoin de ta propre déchéance, déjà ton âme se dessèche libérer de ses protections illusoires , bientôt elle te remplacera et plus rien ne restera de la petite fille à sa maman, tu lui ressembles tant...elle est le feu qui brule en toi, ta soeur maudite , elle brulera tout , détruira tout ,jamais tu ne la controlleras.tu vas être enterrée vivante dans ce corps qui ne t'appartient déjà plus.charognard d'une ame damnée...

*Se reprenant elle souleva Fleur et attrapant le dé en onyx que l'elfe portait autour du cou, récita une lithanie à voix basse.
La pierre palpita encore un instant puis peu à peu repris sa couleur noir profond, je te l'avais dit petit soeur ,que cette pierre te sauvrait un jour la vie.
Elle caressait machinalement les cheveux de fleur en fixant les flammes , les yeux dans le vague..*

pourquoi fleur , pourquoi l'avoir libéré , pourquoi as tu fait cela...tu ne sais pas de quoi elle est capable ... pourquoi...
*Elle soupira profondemment*
tu viens de faire pencher la balance du coté des ténèbres...tu joues à un jeu dangereux petit soeur...çà n'est pas le moment de ton sacrifice, ne gaspille pas les instants qu 'il te reste , un destin plus noble t attend...
*Thais se dessinait maintenant comme une ombre au coeur des flammes, silhouette impudique et menaçante , créature damnée aspirant a créer son propre royaume de feu et de sang.*
 
Januara
#290 Januara (Ecuyer | niveau 2) le 21/07/2007 à 18h04  
*januara a laissé son maître pour se promener dans duruune. Elle erra dans la forêt repensant aux longues promenades avec sa mère. Elle était soucieuse de n'avoir plus de nouvelles de son père. Elle ne savait pas si il était toujours en vie. Au détour d'un chemin, elle apperçut un magnifique étalon noir qui la fixait dans un rayon de soleil.
Januara s'immobilisa pour ne pas l'effrayer.*

N'ai pas peur, je ne te veux aucun mal
*Elle s'approcha tout doucement pour le caresser et l'étalon se laissa faire.*
 
Januara
#291 Januara (Ecuyer | niveau 2) le 24/07/2007 à 11h40  
*Januara essaya de monter sur l'étalon mes celui-ci, surpris, renversa Januara par terre*
Calme-toi, je ne te veux aucun mal.
*Elle le caressait et elle essaya pour une deuxème fois de monter sur lui et ette fois ci, l'étalon ce laissa faire et januara pu monter sur lui en toute tranquillité. Il rentrère tous les deux à duruune.*
 
luuna
#292 luuna (Maître Assassin | niveau 16) le 26/08/2007 à 22h58  
*perdue dans les méandres de sa folie, Thais invoquait, hurlant d'une voix gutturale d'étranges paroles. La chaleur autour d'elle devenait intenable comme si la créature qui l'habitait attisait le brasier que Luuna avait déclanché.
Fleur inconsciente dans les bras , Luuna fixait fascinée le spectacle...
Les volutes rougeoyantes montaient vers le ciel,Thais n 'avait plus rien d'humain, on ne distinguait plus rien d'elle sinon une silhouette ténébreuse se débattant contre une magie d'un autre âge.
Par instant on entendait des bribes de la langue ancienne des faery,
Elen síla lúmenn' omentielvo
Auta i lómë !
Utúlie'n aurë... AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH*


*Luuna reprit alors ses esprits, libérée des liens maléfiques que Thais avaient tissé.

Toutefois, la situation devenait critique, la créature semblait gagner en force, il lui fallait trouver un abri pour Fleur, l'élue ne devait pas succomber, pas maintenant ça n'était ni le lieu, ni le moment.
Avisant le cheval de fleur qui hennissait et se cabrait comme un beau diable essayant d'arracher ses rênes enroulées autour d'une souche.
Elle avança le bras et plaça sa main entre les yeux du bel étalon ...elle murmura*

Stille nú, Westu hál. Ferðu, Ferðu...
*L'animal se calma alors et se laissa caresser.
Elle chargea fleur en travers de la selle, et monta, attrapant les rênes, elle regarda une dernière fois le spectacle qui s'offrait à elle. elle murmura *

tu es née par les rêves d'une reine, tu as vécu maudite sans comprendre, et tu meurs anéantie dans un cauchemar ...
*Elle baissa les yeux, donnant un coup de talon sur les flans de l'étalon, elle s'éloigna au galop, mettant le plus de distance possible entre elles et l'abomination qui continuait à se consumer dans la haine et la colère*
 
Thaïs Erin
#293 Thaïs Erin (Grand Alchimiste des Arcanes | niveau 19) le 30/08/2007 à 00h31  
en réponse au message #292
luuna (Maître Assassin | niveau 16)
le 26/08/2007 à 22h58
* Cette impression de n'être plus rien, un fardeau laissé à l'abandon que des mains brutales, aux doigts avides, serpentins, ongles acérés contre la jeunesse pourrissante déjà de la chair, fouillent à loisir, piochant en chaque parcelle de vie cette infime partie de vide pour l'amplifier, la chérir, et la laisser prospérer. Un néant, béant d'incertitudes, dont les limites, si limites il y a, s'ouvrent de jour en jour, de minute en minute, excroissances de peau putride, les bords nécrosés au son des flammes, du froid et de l'enfer ; un pantin, peut être, mais qui ne joue plus depuis bien longtemps, la figure inerte sous les couleurs factices d'un artisan consommé, les ficelles ensevelies sous une couche lourde de poussière moite.
Cette impression, Thaïs l'a ressentie, il y a bien longtemps ; avant que tout ne commence vraiment.
Avant les Spectres et leur existence trouble, avant les brutalités de l'Eldoran dont chaque jour, elle tentait de parer les coups invisibles.
Avant qu'elle ne commence, lentement, à percevoir un ailleurs empli de promesses inatteignables, mais dont le seul miroitement, éphémère, avait le mérite de maintenir en place le puzzle malhabile de sa vie.
La solitude, affreuse, incommensurable, dans ce corps qui est le sien, sans l'être vraiment.*


*Les Voix se sont tues, elles qui tissaient cette tapisserie douçâtre qui s'enroulait autour d'elle, porteuse de pulsations inconscientes imitant à s'y méprendre le son d'un coeur battant, de sons inaudibles pour qui ne sait pas écouter, et les caresses se sont éternisées, avant de sombrer. Celles qui savaient panser les plaies de l'âme, ces blessures secrètes dont on n'expose jamais l'étendue, par crainte, ressentiment ou manque de confiance en l'être, en l'humain inhumain, les mains aux sources de bien, de traces de tendresse, se sont racornies, l'une après l'autre, peau contre peau, et, évaporées dans ce ciel d'encre à l'horizon incertain, ont disparu.
D'elle, d'elles, et de cette enveloppe charnelle, matricielle, qui les nourrissait tout en mourrant un peu à chaque mouvement trop brusque, lourde de leurs vies avortées sans espoir de retour, et Thaïs…Thaïs ne supporte pas ce silence soudain, qui déchire son âme. Les filaments de nacre flottent, inutiles, autour d'elle comme des drapeaux sombres, des jalons de sa propre histoire, ils ne sont plus, déjà, que de fragiles ornements dont les délicates trames s'amenuisent.
Rupture.
Comme avant, en Balagadil. Le feu, la glace, et puis rien.
Mais désormais, ce rien résonne violement dans cette coquille creuse, affaiblie, qu'est son corps, en cet instant où plus rien ne lui appartient, que les échos des souvenirs et des jours passés, des nuits solitaires sans l'être vraiment. Souvent, bien trop souvent, elle a rêvé de se libérer de ces entraves invisibles, meurtrie de devoir se plier, toujours, à ce devoir cruel, celui de maintenir en vie, par tous moyens, les Spectres des anciens enfants Royaux, combattant incessamment entre les restes épars d'une bonté qui n'avait pas sa place dans son monde, et les assauts de l'Eldoran. Protégée en souffrant, aimée en silence, de ces Etres qui n'en étaient pas vraiment, et qu'elle seule pouvait percevoir.
Souvent elle a conservé en elle des larmes qu'ils n'auraient pas comprises, des larmes futiles, désuètes, souvent elle les a maudis, mais, au travers d'eux, c'est elle, et elle seule, qu'elle maudissait. De ne savoir vivre qu'au travers de luttes aux taches ingrates, au son du sang qui glisse et coule sur les pierres, et de l'Ombre sans fin.
Mais maintenant, oh, maintenant qu'elle n'est plus qu'elle-même, que toute chose a finalement trouvé sa place, et qu'elle demeure inerte, que les tiraillements violents, les soubresauts de vie, ont déserté son âme…Maintenant, elle donnerait tout, tout, pour qu'ils reviennent et qu'ils l'apaisent.
Parce que, brusquement, la solitude, la vraie solitude, est insupportable.
Parce que, pour la première fois, depuis son enfance aux accents dissonants, aux notes brisées, elle voit, au travers de ce miroir dégagé de tout nuage fastidieux, de toute trace, la vitre pure, lisse et sans fards, ce qu'elle est.
Ce qu'elle a été, ce qu'elle est devenue, et ce qui reste à faire.
Il n'y a plus, ni masques de satin effiloché, ni fioritures, mais la vacance sans précédent d'un avenir qu'elle se doit de maîtriser sans aide, puisque chaque béquille lui a été ôtée, et chaque sourire vidé de sa substance, se métamorphosant en grimace sanglante.
Larkan est mort, les Spectres aussi, Chalya est loin, et Luuna, Luuna qui aurait peut être pu comprendre, l'observe avec ce regard de haine qu'elle connaît bien. Il y a dans ses yeux verts, de cette couleur trop vive dans la pâleur de son visage mangé de mèches de cheveux sombres, bien plus qu'elle ne dira jamais ; les mots, parfois, sont inutiles, et le silence qui s'élève sous le poids des Ombres dansantes, flammes d'encre et tisseuses de mort, parle pour elles, dans chacun de ses murmures sinueux, dans chacune des paroles non prononcées.
Echange d'iris troublés par les réminiscences de leur passé qui, en cet instant, précieux dans son horreur, se recoupe enfin.
Sans tristesse, sans amour, sans peine, même si la haine les consume doucement, cette haine là finit par s'éteindre d'elle-même, et les traits de Luuna, jusqu'alors contractés dans un paroxysme d'une fureur destructrice, les mains serrées sur les plaies invisibles que Thaïs a creusé en elle, se détendent enfin.
C'est un gouffre dans lequel elle s'évanouit, dans lequel elle se perd, sans jamais en toucher le fond, comme si, soulevant des parcelles de terre brune d'un sol trop aride, elle découvrait, en dessous, bien cachés, d'autres univers aspirant chaque espoir, chaque nuance d'eau, pour achever leur lente agonie en un marais croupissant.
Thaïs, en définitive, a bien plus d'enveloppes que de souffle pour toutes les irriguer.*


* Qu'est ce qu'un geste de charité, si ce n'est la tentation que l'infraction subie par autrui, au nom de la crainte, de l'ignorance ou d'un mal insensé dont le nom demeure solidement ancré dans son mutisme, s'arrête ? Le refus de poursuivre l'acte entamé, le chemin déjà parcouru, la sensation de duperie et de lâcheté d'un univers mal agencé, et peut être, en filigrane, la peur que cet acte, s'il aboutit, nous poursuive et nous hante de ses conséquences probables ou non. La main tendue d'un mendiant, à Duruune, cette parcelle de vie sillonnée de nerfs, de veines et de chairs assouplies par les larmes, endurcies par le labeur, vide de toute chance de réussite, ne demande qu'à se remplir, et la simple charité voudrait qu'on l'y aide. Mais, quelque part, n'est ce pas aussi, inconsciemment, le triste et douloureux retour sur sa propre histoire, l'angoisse qu'un jour, cette main soit la notre ? La sensation que le monde est injuste, que la balance ne s'équilibrera jamais. Que, si magie et alchimie, complots et trahisons, se succèdent et s'annihilent, se corrompent mutuellement, elles perdent en chemin bon nombre d'âmes errantes…Et que notre tour peut arriver, à tout moment.
Alors, finalement, la charité est aussi, sous la bonté du geste, le reflet de notre propre égoïsme : sauver pour se sauver, soi-même, un jour.
Alors, finalement, le geste de Luuna, ce mouvement du bras embrasant le corps de son ennemie, meurtre pour meurtre, cicatrices pour blessures, est peut être l'un des rares actes de bonté de la fée…La brutalité ne va jamais bien loin, sans la poésie pour la narrer.
Et de chacun de nos actes, les plus abjects soit ils, peut naître une infime étincelle de bien.*


la mort peut être douce, brutale ou bien douloureuse ma chère ...tout dépend du Bourreau, Sois le témoin de ta propre déchéance, déjà ton âme se dessèche libérée de ses protections illusoires

* Les mots s'emmêlent dans l'esprit de Thaïs, étouffé sous la pesanteur des flammes qui montent jusqu'aux cimes encore vaillantes de quelques arbres épars, et le feu l'envahit de son haleine faussement douce, vigoureuse jusqu'à l'extase, léchant les contours des Ombres dont les mouvements secs s'amplifient. Sous les nuances de bleu, le rouge s'étale en une nappe pourpre sur les branches parsemant le sol, s'infiltre dans les interstices du sol craquelé, enduisant chacune de ses plaies d'un cataplasme de suie, et de soleils mourants. Les sons se débattent au coeur du brasier, et, sous l'effet des nappes de chaleur, les derniers fils nacrés exhalent une symphonie sèche, avant de friper leur trame de soie, et de se détacher. Inutiles.
Le feu.
Etendard de sa colère, il luit au travers des larmes que Thaïs verse, sans en avoir vraiment tout à fait conscience. Le feu est au diapason des boucles qui se collent à ses joues, traître rappel du sang jadis versé, et sa douleur, sourde et muette, parce qu'il n'est plus besoin ni de sons, ni de phrases, pulse jusque sous sa peau, où, déjà, se profilent des brûlures, cloques suintantes de souffre, de pleurs, et de ses anciennes attaches matérielles.
Les yeux fermés, la fée respire par intermittence, laissant le brasier frémissant enduire ses poumons d'un gonflement glauque, et, sous les pans de sa longue robe blanche, ses membres tressaillent imperceptiblement.
Là où quelques secondes auparavant régnait la peur, l'intense et terrifiante vacuité du rien, n'existe plus à présent que son simple esprit, épuré de tout sentiment.
Le feu ravage, oui, il consume et rend chaque objet identique aux autres, uniformise les contours et disloque les silhouettes…Mais justement, le feu éteint tout autre sensation, et recouvre de cendres d'argent terni les émotions contradictoires qui, jusqu'alors, ballottaient violemment Thaïs.
Il y a quelque chose d'infiniment doux, pur, à se savoir condamnée, et à n'en éprouver aucun remords. Alors, le feu échoue dans son élan de mort, et chaque geste de terreur ou de colère se retourne contre celui qui l'a esquissé.
Parce que c'est aux portes de la fin que tout peut recommencer.*


*Les Voix se sont tues, mais les branches craquent, et chaque chose, chaque choc, finalement, font partie d'un tout. La bulle de Thaïs s'est brisée, les éclats de cristal fendus gisent sur le sol qui évapore ses senteurs âcres en fumées noirâtres, et elle appartient enfin au monde, elle le ressent au plus profond d'elle-même.
Elle est actrice.
Personne ne peut guider ses pas, ni l'induire en erreur sur la démarche à suivre, ni rituel fourbe, ni Spectres trop bien attentionnés, et l'Eldoran, pour la première fois, est désemparée.
Ses sursauts abjects, le crissement de ses ongles sur la paroi mentale que Thaïs a dressée autour d'elle, s'achèvent en hurlements, et ses mains avides agrippent sa chevelure, y laissant des filaments de sang coagulés, et des lambeaux de sa peau déchiquetée sur les murs épais de sa conscience.*

* Les mots prononcés, atroces dans leur ineffable douceur, brisent l'atmosphère comme un coup de poignard*

Jamais je n'aurais pensé que tu abandonnerais si vite, mon amour, cette vie que nous partageons et qu'enfin tu retrouves, parfaitement tienne.
Ne te rends-tu pas compte que le départ des Spectres n'est qu'une étape, et que nos dernières barrières viennent de se rompre, éradiquant les peurs et les vagues de notre pouvoir ?
Réagis, Thaïs, laisse moi te protéger.
Laisse-moi revenir, éteindre les flammes, maîtriser l'espace et les Ombres.
Tu as déjà perdu, te rappelles-tu ?
Ne fais pas de ta défaite notre fin.


* Les doigts s'accrochent, et, plus encore que le feu dont les étincelles virevoltent au gré du vent indifférent à tout, le souffle haletant de l'Eldoran assèche, près de son oreille, sa peau frémissante. Ses échos forment une toile visqueuse, tout comme des milliers de voix aux intonations diverses, un dédale d'images et de notes disparates.
Thaïs ouvre les yeux, cédant à la pression de ses paupières brûlantes, et contemple. Son regard absorbe, dévore, chaque détail de ce qui gémit près d'elle ; si les larmes ne sont qu'un réflexe physique face à l'insoutenable, elles tremblent aussi de tout ce qu'elle n'a jamais dit, et qui, aujourd'hui, la rend étrangement plus forte.
Ses poings se crispent, et au creux de ses paumes fermées se dessinent des croissants rouges, alors que, lentement, le feu s'approche. Il prend son temps, il déploie ses anneaux, les dresse en cercles concentriques, ogre malicieux à l'appétit démesuré, se repaissant des bruits, de la terre inerte et de la danse désorganisée des Ombres ; il se joue, car le temps lui appartient, et que ses flammes peignent d'autres ombres, vigoureuses, à défaut d'être plus terribles.
Le long des bras dénudés de la fée roulent un mince filet de sang, filtrant au travers de ses mains.
L'attente.
L'attente n'est bouleversée que par les tentatives de l'Eldoran pour détourner l'attention de Thaïs, elle qui se débat contre l'impensable et vrille de ses paroles l'esprit qui la maintient en place.*


Tout ce chemin, et toutes ces morts. Toute cette terre ravagée et ces souffles éteints, Thaïs.
Je n'ai pas fait tout ça pour rien.
Je veux respirer l'air, même empuanti de tes erreurs, et fouler le sol, quand bien même il me faudrait marcher sur des corps en cendres, les visages tournés vers un ciel qui se désintéresse bien d'eux.
L'égoïsme, Thaïs, a du bon, lorsqu'il nous renforce ; alors peu importe les cris qui ont salué ma naissance, et les mains qui ont voulu me rejeter, peu importe les bras non tendus, l'amour non reçu, et les rires étranglés.
Pourquoi faut il que tu aies un sursaut d'indépendance en ce moment où nous pouvons sombrer toutes deux, pourquoi faut il que tu prennes, toujours, les mauvaises décisions ?
Tu as besoin de moi.

* L'attente.
Goutte après goutte, froissements après froissements, le sang touche l'herbe séchée, caresse sensuelle malgré l'horreur, et les Ombres, se tordant, creusant dans leur ronde folle des abîmes entre le ciel invisible et l'enfer palpable, se tournent vers Thaïs. Comme attirées par une force, un fil ténu mais dont les attaches s'agencent.
Goutte après goutte.
La fée observe toujours, puis elle déchire méthodiquement les derniers pans de sa tenue, laissant le tissu fragile tomber à ses pieds noircis, les yeux fixés sur une vision d'ailleurs, quelque cri terrestre.
L'attente.
Lourde, un coeur qui se répand sur le sol et n'en finit plus de s'épancher.
Puis, brutalement, un sourire se profile sur les lèvres de la fée.
Et elle abaisse, d'un mouvement ample, sec, les remparts amoindris par les coups de l'Eldoran.
Rupture.*


* L'Eldoran ramasse les parcelles d'elle-même dont elle usait, chandelles de cire noire, à la fumée ocre, rendant peu à peu l'esprit de Thaïs aussi opaque que ses propres desseins, et se lance à l'assaut des fêlures se profilant sur les murs. Longue traversée, le contact rude des barrières sur sa peau laisse des traces argentées qui se nécrosent aussitôt, abîmant la surface de son corps ; elle s'aide de ses mains, de ses pieds endoloris, pour cette seconde naissance qu'elle provoque ; et elle sent l'odeur, reconnaissable entre toute, du sang de Thaïs.
Son appel vibrant, résonnant jusque dans ses fibres se réveillant d'un sommeil forcé.
L'air, enfin…*


Enfin…

* La fée resserre ses bras contre sa poitrine nue, tarissant d'une pression la douleur sourde qui se joue sur ses paumes, la marque de ses ongles.
L'attente est achevée.
Suivant la brise montante, ouvrant la voie aux chemins escarpés et tortueux des flammes, les Ombres se déplacent, développant autour d'elles un chant aux consonances rauques, une ancienne mélopée, des termes en Faery Archaïque dont les tonalités oscillent entre vague provocation, colère et apaisement. Mélange hétéroclite, aussi mouvant que leurs membres déliés, rampant près de Thaïs.
Un instant, le sang versé se trouble, puis il laisse vibrer quelques faibles ondulations, avant de dresser la silhouette d'une femme, habillant ses longs cheveux humides d'un contact translucide et malingre. Et les contours s'affinent, se sculptent dans le néant, le pinceau trempé dans la source même de la vie ; s'illustrent la courbe dure d'une mâchoire trop souvent serrées, le tracé plus fin des sourcils, et la lueur, sans précédent, sans équivalent littéraire pour la décrire, d'iris dorés, teintés d'encre.
L'Eldoran tousse, et porte la main à ses lèvres, les enduisant d'une touche de nacre égarée là, comme par mégarde.*


J'ai enduré ce que tu ne connaîtras jamais, Kalin, pour être présente en cet instant, alors que l'univers se délite. Je suis née une seconde fois, comme des milliers d'autres, sentant s'attacher à chacune de mes tentatives infructueuses l'haleine de la mort que je sème.
Mon bourreau, mon alliée.
Mais je nous sauverais.

* L'entité, les traits empruntés, jusque dans leur plus léger détail, à ceux de la fée, tend sa main et touche de ses doigts vifs la paume immobile de Thaïs. Subtil effleurement de peaux identiques, et pourtant si dissemblables, l'étau se détend, puis la caresse se fait plus pressante, et leurs poignets se joignent.
Le contact est amer, et plus encore que le feu qui vomit son fiel sur les vêtements de soie amassés à leurs pieds, douloureux ; mais Thaïs se tait, le visage soudain fermé, aride, perdant de seconde en seconde la joliesse héritée de son peuple. Il n'y a que ce sourire de sphinx, à demi effacé, qui trône comme une plaie sur sa figure pâlie.
Quelques minutes d'éternité, alors que le monde bascule, et que silence, hurlements, larmes et rires se confondent en une bouillie indigeste, offrande aux flammes dont l'intensité perdure au-delà des mots.
Pourtant, ces quelques minutes suffisent à dresser les Ombres contre le danger imminent, façades sombres contre assauts vengeurs du feu.
Pourtant, ces quelques minutes suffisent à l'enlacement de deux corps nus, aux lignes se détachant, aquarelles marbrées sur le fond tour à tour or, et nuit sans fin. L'Eldoran tient la fée entre ses bras qui ne tremblent pas, sous sa peau qui ne ressent ni les gerçures du froid que cette union fait naître en elles, ni l'étreinte violente de la chaleur, poisseuse, de la sève brûlante des arbres et du sang qui s'égoutte.
Elles luttent, mais la lutte n'est pas égale, et les forces en présence n'ont jamais été les mêmes ; le feu demeure ce gagnant, parti tête haute, qui se brise à présent sur une magie dont personne, pas même les concernées, n'a jamais pu percer, ni les tenants, ni les aboutissants.
Juste le battement d'un coeur, pulsations virevoltantes, sonnant en martèlements au travers des lignes de cristal dressées, érigées…Pas jusqu'au ciel, non, là où l'on raconte que sommeillent par intermittence les Dieux qui créent, reprennent et s'amusent, se désintéressent ou contrôlent sans intervenir jamais. Pas jusqu'à la terre, symbole d'un matérialisme qu'elles ont perdu jadis, peut être entre les deux.
Là où, normalement, rien ne peut exister.
C'est là, dans cet espace restreint, que toute chose peut s'inventer, puisque, par définition, elle ne vit pas encore.

Sur les bras de Thaïs se dessinent les arabesques habituelles, profondes et sinueuses, contournant habilement les anciennes cicatrices et en créant de nouvelles, mais la douleur est familière, elle ne l'est que trop, tout comme l'est le ballet des Ombres, tout comme l'a été sa vie, un ramassis d'idées apposées sur elle comme un sceau de fer, une marque indélébile, l'empêchant d'être vraiment.
Et qu'est ce que la vie, si elle s'embarrasse de frontières trop étroites sans espoir de perceptions différentes d'un conditionnement puéril ?

Lentement, sans faux geste trop hâtif qui pourrait faire éclater l'alchimie se nouant entre elle et l'Eldoran, Thaïs se détache de l'embrassement de ses sens et des bras la maintenant en place, en cette place qui a été la sienne, et qui l'enserre ; un à un, les doigts se détachent, les paumes s'oublient, et les peaux se détournent.
Les deux femmes ouvrent leurs yeux en une ultime seconde, les mouvements synchronisés, les paupières se contractant sous le spectacle irréel du feu s'acharnant autour d'elles.
Mais le sourire, lui, n'est pas le même.*


Thaïs…

* Le murmure, adouci par la chaleur alanguie de l'étreinte, souffle sa fausse innocence au ceux de l'épaule de la fée, qui se retourne lentement.
Avant d'oser, enfin, parler, les mots roulant dans sa gorge, franchissant ses lèvres comme des pierres à la rondeur tranchante*


Pour la première fois, tu t'es trompée, Eldoran.
Tu ne nous as pas sauvées, bien au contraire. A chacune de tes apparitions, tu nous condamnes un peu plus, car à travers moi, tu souffriras. Peu importe le temps que cela prendra, tu finiras par accéder à ce que tu désires, et l'humanité te blessera aussi sûrement que tu lui auras infligé des plaies béantes…
En voulant vivre, tu mourras, comme je meurs chaque jour.
Tu apprendras la souffrance, non pas de ton corps qui connaîtra le froid, l'absence, la solitude et l'intolérable cruauté de l'amour que l'on perd, mais celle des autres, celle que l'on donne en tuant sans remords.
Mais je n'avais pas compris…Non, je n'avais pas compris jusqu'à présent, que ce moment où tu connaîtrais les émotions m'appartenait autant que ma propre vie.
Que le soutien que tous ont cherché à m'apporter ne pouvait tout simplement pas m'aider, parce que le vide ne peut être comblée que par la personne qui le creuse.
Chalya savait qu'un jour je reviendrais en Bagadil, mais le sens de ses paroles, je ne l'avais pas perçu.
Balagadil n'est pas une terre cachée, elle parlait de mon propre enfer, de mon propre désert, de mes propres limites.

La seule chose que je regrette, c'est que Larkan, en cet instant, ne soit pas à mes côtés. Je lui aurais prouvé que j'avais réussi à percer l'étendue de l'amour qu'il me portait, et qu'il avait raison.

* Tout se déclenche ensuite très vite, et tout se déchaîne dans le même temps, comme si les actions, longuement retenues, n'en pouvaient tout simplement plus, et explosaient à la surface d'un univers implosant de toute part, les yeux grands ouverts sur sa propre déchéance.
Thaïs franchit d'un pas rapide la barrière souple formée des corps entremêlés des Ombres, et, jetant un dernier regard sur les arabesques ensanglantées parsemant sa peau, tend les avants bras au feu.
Les flammes s'en emparent aussitôt, et leurs piaillements de joie, leurs craquements exultants, sont à la mesure du hurlement qu'elle ne peut retenir, alors que des ongles brûlants griffent la membrane délicate de ses cicatrices.
Mais rien n'est comparable au cri furieux, haine et insoutenable douleur, que pousse l'Eldoran, la tête rejetée en arrière ; sur les longues mèches bouclées ruissèlent des vagues souples, mousseuses d'écume rougeâtre.
Les blessures exposent leurs flancs affaiblis au feu qui les dévore, pluie d'étincelles à l'odeur de chair et de terre brisées en un même élan, et s'infiltre en profondeur jusque sur les fibres nerveuses, dont il suit avec délectation les labyrinthiques chemins de traverse, et le corps tout entier tendu, arqué contre la tentation d'abandonner, frémissant sous la morsure, Thaïs respire doucement.
Puis, elle ferme les poings.*


* Décontenancées, les Ombres rompent l'équilibre de leur ronde inerte, et hésitent entre les deux femmes, car, l'Appel…L'Appel, cette fois-ci, est double.
L'Unicité est séparée, et les pouvoirs se scindent en parties qu'ils ne peuvent pas encore percevoir clairement…Les Multitudes de Voix n'existent plus, mais l'une d'elles les a remplacées, et plus rien n'est simple, car les Ombres, si elles appartiennent à ce pouvoir qui les a crées, ne savent désormais qui est le Pouvoir.
Les hurlements s'élèvent, gutturaux et sourds, ancestraux et nouveaux, incompréhensibles.*


Kalin !
- Ne te sers plus jamais de ce titre qui, aujourd'hui, ne vit plus qu'au travers de ton seul regard, Eldoran !

* La fée serre plus encore les paumes contre ses doigts, et referme ses avants bras mutilés sur elle, au centre de la magie qu'elle détient désormais, plus qu'elle ne l'a jamais maîtrisée.
Si la mort demeure si douce, au travers de ce voile qui ternit son regard, alors, pourquoi a-t-elle attendu si longtemps ?
Si une seule, une unique et infime, partie de bien peut ainsi suivre le mal, alors, peut être que tout n'est pas perdu.
Si elle avait fait de sa vie ce roman qu'elle aurait voulu écrire de son sang et de sa chair, les pages humides de ses pleurs, Larkan lui serait apparu, aurait relevé ses cheveux qui obstruent sa vue, et aurait simplement, simplement, souri en retour. En lui murmurant tout ce qu'il n'a pas eu le temps de lui dire.
Seulement, on ne peut construire ses bases déjà oscillantes sur des regrets,aussi terrifiants soient-ils ; alors, Thaïs oublie les visions qui se répercutent doucement en son esprit dévasté, là où les battements de son coeur refluent, en même temps que l'oxygène essentiel, salvateur, la sueur de la souffrance, et elle tressaille lorsque la peau brûlée effleure son torse ; mise à nu, sa vacuité a quelque chose d'effrayant.
Les flammes fignolent leur travail massif, et désassemble les cellules jusqu'alors solidement agencées, à l'intérieur de ce corps nu dont elles se servent avec une allégresse faussement douce. Et puis…*


Non !

*Et puis, elles perdent peu à peu de leur intensité, le rouge se confond et anoblie sa teinte trop crûe en un orangé, tirant sur l'or…L'or, des yeux de Thaïs, cette couleur inhabituelle près des iris de cendres. La chaleur refroidit, et les contours, une fois de plus, prennent cette étrange résonance qui semble n'exister que dans les cauchemars les plus imagés, les silhouettes amortissent le choc des visions, et les Ombres oscillent…
Oscillations, ondulations, et reptations, finalement, le résultat n'en est que plus probant ; ce sont des mouvements qui, agitant la balance du monde, tentent d'en renouveler l'équilibre en hésitation, penchant soudainement vers une issue moins sombre que les autres.
Le corps de la fée se soulève de dégoût, en un haut-le-coeur qu'elle retient de toutes ses forces, gardant en elle ce qu'elle vient d'y apposer ; un nouveau sceau, bien moins pesant, une autre marque rougie de son propre passé ; mais, pour la première fois, également de son avenir.
Eclairé de l'intérieur, le jeu des veines et des fibres organisées en entrelacements luxuriants, les muscles rigides dans l'attente d'une nouvelle vague d'épreuve, son corps se tord, se replie, et s'enfonce dans la terre asséchée, soulevant autour de lui des volutes de poussière et de souffre.*

* Thaïs éclate en sanglots déchirants, mais les Ombres, elles, ne s'y trompent pas, et, dédaignant les mains tendues en une invite lascive de l'Eldoran, envahissent de leurs danses sinueuses son champ de vision.*

Qu'as-tu fait !

* Sous les mains agitées de tremblements de la fée, les ténèbres se roulent, pétrissent le sol meurtri et la peau assoiffée, et les Ombres soupirent, avant de rejoindre le centre de ses paumes.
Et de disparaître, de disparaître…
Au travers des larmes qui sillonnent ses joues, son sourire s'accentue. Elle ouvre les yeux, et les braque sur l'Eldoran, couchée à ses côtés, comme au premier jour de sa venue au monde. Son miroir, grossissant chacun de ses traits jusqu'à la caricature.*


Tu es mon reflet. Peut être l'as-tu oublié, dans ta folie grandissante, mais ce que tu es capable de faire, je peux le faire aussi.
Si tu détiens le pouvoir, alors je le détiens.
Et je le maîtriserais, si tu sais le déchaîner.
J'en serais gardienne, comme les Spectres l'ont été de mon corps, et ma mère de mon esprit.
Je saurais être pire, pour permettre le mieux.

* Thaïs observe l'Eldoran refluer, dans un halètement de souffrance inhumaine, vers la prison qui a longuement été la sienne, hurlant au creux de remparts qu'elle a bâtis, et qui se sont épanouis. Ce n'est qu'une infime victoire, mais sentir son coeur battre contre sa poitrine déchirée de son souffle erratique, est peut être la plus belle des récompenses.
Même si elle n'est qu'éphémère.*


Si je dois pleurer des morts, alors, je veux au moins qu'ils soient morts de ma main, en toute connaissance de cause, et que j'ai choisi le moment, l'endroit et l'arme.
Mon temps d'asservissement est achevé.

* Les mots ne sont que des mots. Parfois, ils sont inutiles.
Parfois.
Parfois, nous en avons aussi besoin plus que de toute autre chose, car ils nous relèvent de notre propre indigence, et dessinent de nous-même l'image que l'on voudrait donner, l'illusion que l'on voudrait faire devenir réalité. Ils peuvent bâtir un univers, loin de toute conscience matérielle, où l'esprit fait tout.
Ils galvanisent, ils tendent les bras, et consolent.
Thaïs rampe ainsi, dans le dédale de ses propres mots, des paroles qu'elle prononce pour s'encourager, les membres las de lutter, jusqu'à l'arbre de Shariva, dont les lourdes branches ploient sous l'afflux de monceaux divers, et des images terribles qui viennent de s'y ancrer, rappel des souvenirs à venir. Et elle pose ses mains sur le tronc, ciselé, les nervures profondes comme des veines centenaires.
S'abandonne enfin.*



Edité par Thaïs Erin le 30/08/2007 à 00h38
 
Ondine
#294 Ondine (Homme Poisson | niveau 14) le 10/07/2008 à 21h52  
*Un pied léger se pose lestement sur le sol humide de la forêt frissonnante d'Yria.*
Sssshhhhh !
*Un écureuil aux yeux noirs disparaît furtivement entre deux branches, bousculant les feuilles d'un vieux chêne sur son passage... Au loin, une musaraigne intriguée se dresse agilement sur ses pattes arrières, puis lève craintivement la tête entre les broussailles, afin d'observer la source de toute cette agitation étrange... Mais le silence retombe soudain comme un murmure... Plus rien... mis à part la menace d'une ondée passagère qui tend le voile de ses reflets d'argent au-dessus des arbres... Doucement, une mélodie presque carillonnante vient poindre à mes oreilles pointues d'observateur. Les secondes se figent. Quelques campanules frétillent sous les ailes de petits êtres miniatures qui viennent se dissimuler en leur sein, comme en un refuge inespéré. La quiétude du lieu vient d'être troublée... la réalité s'estompe. Puis s'ouvre le rideau de vagues chimères devant moi, humble guetteur de la muse qui bientôt va danser sous la plume fébrile de mon pinceau.*

*Une brise malicieuse joue fébrilement dans le feuillage des aulnes aux feuilles amarantes, comme une chevelure frémissante... fanée par le déclin des années. Quelques feux follets vaporeux diffusent leurs lueurs bleuâtres ça et là, frétillant de leur flamme légère sous le murmure de la caresse printanière du vent. Entre les branchages duveteux des genêts, une ombre se profile. Armée d'un arc qu'elle empoigne fermement. Fichée dans l'une de ses guêtres de cuir, une lame acérée se laisse deviner comme une promesse de salut, à qui viendra pour l'effleurer de son couperet. Serait-ce un jeune garçon courant ainsi comme un elfe aguerri au combat ?! Non... sa cheville est bien trop frêle... aussi délicate que le roseau...*

Sssssssssh !
CROA croa croa...
*Un corbeau s'évade brusquement des fourrés, à trente mètres... se croyant pris en chasse.
La silhouette pose alors genou à terre... évanouie dans les ténèbres. Deux yeux verts regardent au loin. Insondables et magnétiques, à l'instar des abysses d'un grand lac... Ondine est partie pour un temps loin des rivières yriaënne, espérant trouver quelque chose dont elle sera toujours en quête ici-bas : la rédemption.
Son exil vers les terres reculées d'Yria, a renforcé son âme d'enfant impérieuse et sauvage des rivières. Désormais en paix avec elle-même, la jeune fille de l'eau poursuit son chemin en se frayant un passage dans la pénombre des branchages protecteurs qui l'environnent. A croire que la lumière l'importune... ou que l'ombre l'accompagne... qui sait.
Se rapprochant de l'Arbre Supérieur en silence, Ondine semble bien plus sereine qu'auparavant. Elle ne convoite désormais qu'un repos salutaire, vivifiée par un voyage qui lui a ouvert les yeux sur un passé qu'elle accepte finalement avec sérénité. L'Arbre Supérieur sera son humble sanctuaire... pour une nuit du moins. Demain il lui faudra rejoindre la grand'ville, et partir sur les traces de ceux qu'elle traque depuis un certain temps...
Un chant mystique résonne à ses oreilles comme un appel... Les dryades ont décelé sa présence inoffensive