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manthoR
par manthoR (Archimage des Arcanes | niveau 19) le 14/08/2004 à 14h30  
Pour rebondir sur le forum precedent :
http://www.arcanes.org/forums.php?sujet=255

Je vous propose d'ecrire ici des morceaux de description ou de dialogue que vous avez trouvé particulièrement touchants ou en tout cas, particulièrement bien trouvé !

En effet, à la fin d'un livre, on est parfois à se dire : mince, ces 2 lignes, elles étaient où? Et de plus, ca pourrait donner des envies de lecture aux autres !

Afin de garder une intégrité à ce post, merci de juste poster des citations et le cycle/livre/auteur. Merci !
 
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Discussion liée : 98 messages, dernier de orcusnf (Maître du Renseignement des Arcanes | niveau 19) le 17/08/2008 à 19h06
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Thaïs Erin
#62 Thaïs Erin (Grand Alchimiste des Arcanes | niveau 19) le 12/02/2006 à 11h21  
"Elle détestait, oh, elle détestait pleurer. Rire et larmes, avait coutume de dire Ishak, sont de bien proches parents. Ce n'était pas une remarque de médecin; sa mère à lui le lui avait dit, et sa mère avant. Les Kindaths avaient survécu pendant un millier d'années; ils portaient le fardeau de cette sagesse familiale, l'emportaient avec eux comme un bagage, mais jamais très loin, et bien usée.
Aussi jehane combattit elle ses larmes sur la monture noire de Rodrigo Belmonte, tout en chevauchant vers l'est sous les lunes qui parlaient de son propre prochain voyage, avec pour arrière fond les étoiles de l'été (...)"
"Les lions d'Al-Rassan", Guy Gavriel Kay.
 
Thaïs Erin
#63 Thaïs Erin (Grand Alchimiste des Arcanes | niveau 19) le 18/02/2006 à 13h07  
" Derrière les ennuis et les vastes chagrins
Qui chargent de leurs poids l'existence brumeuse
Heureux celui qui peut d'une aile vigoureuse
S'élancer vers les champs lumineux et sereins!

Celui dont les pensers, comme des alouettes,
Vers les cieux le matin prennent un libre essor
- Qui plane sur la vie, et comprend sans effort
Le langage des fleurs et des choses muettes!"

" Mon enfant, ma soeur,
Songe à la douceur
D'aller là-bas vivre ensemble!
Aimer à loisir,
Aimer et mourir
Au pays qui te ressemble!
(...)
Vois sur ces canaux
Dormir les vaisseaux
Dont l'humeur est vagabonde;
C'est pour assouvir
Ton moindre désir
Qu'ils viennent du bout du monde.
- les soleils couchants
Revêtent les champs,
Les canaux, la ville entière,
D'hyacinthe et d'or;
Le monde s'endort
Dans une chaude lumière"

" Quelle admirable journée! le vaste parc se pâme sous l'oeil brûlant du soleil, comem la jeunesse sous la dominatin de l'Amour.
L'extase universelle des choses ne s'exprime par aucun bruit; les eaux elles-mêmes sont comme endormies. Bien différentes des fêtes humaines, c'est ici une orgie silencieuse"

" Ce grand malheur de ne pouvoir être seul!... dit quelque part la Bruyère, comme pour faire honte à tous ceux qui courent s'oublier dans la foule, craignant de ne pouvoir se supporter eux-mêmes"

"Cette vie est un hôpital où chaque malade est possédé du désir de changer de lit. Celui-ci voudrait souffrir en face du poêle, et celui-là croit qu'il guérirait à côté de la fenêtre.
Il me semble que je serais toujours bien là où je ne suis pas, et cette question de déménagement en est une que je discute sans cesse avec mon âme"
Charles Baudelaire, les Fleurs du mal.
 
Keavalor
#64 Keavalor (Elémentaliste d'Air | niveau 16) le 21/02/2006 à 21h19  
Si je me reposais maintenant mes questions familières : "d'où viens-je?" "qui suis-je?", "où vais-je?", je crois que je pourrais essayer d'y répondre.
Je sais que je suis un être humain, vivant ici et maintenant.
Pourquoi ? Pour participer à la thanatonautique. Je sais que la pensée humaine peut tout : voler et traverser la matière à la vitesse de l'imagination, s'emmagasiner dans les livres, tout fabriquer, tout modifier, tout tuer. Je sais que le temps, l'espace, le savoir, la beauté, tout est à l'intérieur. Tout est au centre. A l’extérieur il n'y a que des reflets.
Je sais que je ne suis qu'un cadavre en sursis
Je me relis, j'ai tout dit. J’ai tout écrit, je peux tout oublier.
Merci aux anges de m'avoir donné le temps de raconter l'histoire de la conquête du continent ultime. Mais dois-je la publier ? Cet apport serat-il un bien ou un mal pour l'humanité ?


Bernard Werber "Les Thanatonautes"
 
Thaïs Erin
#65 Thaïs Erin (Grand Alchimiste des Arcanes | niveau 19) le 22/02/2006 à 19h56  
" Dans les livres, les gens se font des déclarations d'amour, de haine, ils mettent leurs coeurs en phrases; dans la vie, jamais on ne prononce de paroles qui pèsent"

" Dès que j'arrivais à meyrignac, les murailles s'écroulaient, l'horizon reculait. Je me perdais dans l'infini tout en restant moi-même. Je sentais sur mes paupières la chaleur du soleil qui brille pourr tous et qui ici, en cet instant, ne caressait que moi. Le vent tournoyait autour des peupliers: il venait d'ailleurs, il bousculait l'espace, et je tourbillonais, immobile, jusqu'aux confins de la terre. Quand la lune se levait au ciel, je communiais avec les lointaines cités, les déserts, les mers, les villages qui au même moment baignaient dans sa lumière. Je n'étais plus une conscience vacante, un regard abstrait, mais l'odeur houleuse des blés noirs, l'odeur intime des bruyères, l'épaisse chaleur du midi ou le frisson des crépuscules; je pesais lourd, et pourtant je m'évaporais dans l'azur, je n'avais plus de bornes"

" la principale raison de mon acharnement, c'est que, en dehors de cet amour, ma vie me semblait désespérément vide et vaine? jacques n'était que lui, mais à distance il devenait tout: tout ce que je ne possédais pas. Je lui devais des joies, des peines dont la violence seule me sauvait de l'aride ennui où j'étais enlisée"

" Zaza s'était abandonnée, sans doute avec excès, à l'influence du "Grand Meaulnes" :"J'ai puisé là un amour, un culte du rêve auquel aucune réalité ne sert de fondement,qui m'a égarée peut être, loin de moi-même""

" Pourquoi est ce que je me répétais, les larmes aux yeux, les paroles d'Othello "quel dommage, Iago! Ah, quel dommage!"
C'est que je venais de faire une cuisante découverte: cette belle histoire qui était ma vie, elle devenait fausse au fur et à mesure que je me la racontais"

Simone de Beauvoir, "mémoires d'une jeune fille rangée"
 
Fleur Sauvage
#66 Fleur Sauvage (Ange Noir | niveau 18) le 24/02/2006 à 16h02  
"Dans certaines situations, il est rassurant de sentir la lumière du soleil à travers ses paupières fermées, et bavarder à mi-voix sous les étoiles vaut le meilleur des sommeils, si fatigué qu'on soit."
"Adieux et Retrouvailles", Robin Hobb
 
lamalas
#67 lamalas (Archer Long | niveau 9) le 26/02/2006 à 18h33  
Druss fondit dans la nuit. Le corp tomba à gauche, la tete a droite.

druss la legende
 
siona
#68 siona (Homme des Bois | niveau 3) le 27/02/2006 à 20h37  
"Parfois il est plus facile de retirer un poignard du corps d'un homme que de lui demander d'oublier les paroles qu'on vient de prononcer. Même sous le coup de la colère. "

Robin hobb La nef du crépuscule.
 
Keavalor
#69 Keavalor (Elémentaliste d'Air | niveau 16) le 27/02/2006 à 20h44  
(Description d'un mendiant de la ville d'Ankh Morpork)
Ron l'Infect était un schizophrène physique. Il y avait d’un coté lui puis de l’autre son odeur, laquelle avait prit de telles proportions au fil des ans qu’elle possédait une personnalité distincte. Tout un chacun peu dégager une odeur qui subsiste longtemps après son départ, mais celle de cet homme pouvait débarquer n’importe où plusieurs minute avant lui, afin de s’étaler et se mettre à l’aise en attendant qu’il apparaisse. Elle était devenue si puissante qu’on ne la percevait plus avec le nez, qui s’obturait instantanément pour se protéger ; les passants savaient que cet homme approchait à la façon dont leur cérumen commençait à fondre.
Terry Pratchett "Les annales du Disque-monde"
 
Thaïs Erin
#70 Thaïs Erin (Grand Alchimiste des Arcanes | niveau 19) le 13/03/2006 à 20h20  
"Le concept de rêve est clair pour l'esprit éveillé, mais il n'y a aucun éveil pour le rêveur, pas de monde réel, pas de vision saine des choses; pour lui n'existe que la maison de fous du sommeil.
Rose McClendon Daniels dormit neuf ans de plus dans la folie de son mari."

"Elle comprit ce qu'il fallait lui dire pour se rendre compte, l'instant suivant, qu'elle ne pourrait y arriver, peut être pour l'avoir entendu dans trop de films, où ça donne toujours quelque chose d'un peu geignard. Ne me faites pas de malVoilà ce qu'elle avait besoin de dire. Je vous en prie, ne me faites pas de mal. Pas vous. Ce qu'il y a de meilleur en moi mourrait si vous me faisiez du mal."
Stephen King, "Rose madder".
 
Thaïs Erin
#71 Thaïs Erin (Grand Alchimiste des Arcanes | niveau 19) le 03/04/2006 à 09h56  
"Ce que Calvin entrevoyait lui donnait le vertige.Soudain, il comprit ce que Rembrandt avait voulu dire à propos d'un ciel nocturne de Millet. Selon lui, si depuis qu'il observait la voûte céleste l'homme s'était appliqué à y reconnaitre des arrangements invariables d'étoiles, c'était pour conjurer l'horreur de sa dérive solitaire dans l'immensité insane. "Il sait qu'elle ne mène nulle part, avait-il ajouté, mais ce lui est moins cruel en compagnie des Ourses, d'Orion et d'Andromède. Il en va de même des fragiles agrégats qu'il forme ici-bas -familles, communautés, réseaux, nations- pour conférer un semblant de sens à l'essentielle absurdité de son existence."
Sa constellation disloquée, Calvin dérivait dans un espace insondable où des êtres tournoyaient comme lui, solitaires, sans qu'il lui fut possible de saisir leur main pour reformer la chaîne qui aurait pu, sinon stopper sa course erratique, du moins la rendre tolérable."

" Dans un monde qui nous dénie toute intimité, pour ceux qui chérissent la liberté, mentir est un acte de légitime défense, et dissimuler une ardente obligation. La transparence est l'arme préférée des tyrans, l'opacité la riposte des hommes libres."

"qu'y a t'il de mal à faire rêver? La réalité, de toute façon, tu ne la croiseras jamais. Ombre environnée d'ombre, ta vie entière ne sera qu'un songe. Rembrandt n'était qu'une silhouette de plus dans ta lanterne magique...Au demeurant, qui se soucie du vrai Rembrandt? Qui s'émeut d'une misère ordinaire? Seules vous touchent la détresse des dieux, l'infortune des reines, la déchéances des rois."
Jean Michel Truong, Le successeur de Pierre
 
Eilin Ambris
#72 Eilin Ambris (Apprenti Scribe | niveau 1) le 17/04/2006 à 23h35  
" Honore aussi ce qu'il y a en toi de plus puissant, car c'est ce qui en toi met à profit tout le reste et dirige ta vie "

Marc Aurèle, livre V
 
Faith InTruth
#73 Faith InTruth (Seraphin | niveau 14) le 03/05/2006 à 19h42  
" Sache, ô Fier Coeur d'Effroi, qu'en ces temps n'étaient ni rois ni reines, ni seigneurs ni vassaux. Durant les incalculables millénaires qui précédèrent Everon, que l'on apelle aussi l'Ere de l'Homme, n'existaient que maîtres et esclaves. les aîtres étaient ancestraux, aussi versés à torturer que les étoiles à briller. Ils étaient plus puissants que des dieux, et ils n'étaient pas humains.
Leurs esclaves étaient innombrables, mais toutes nos mères et tous nos pères se comptaient parmi eux. Les humains étaient leur bétail et leur jouet. Mais même des esclaves de mille générations peuvent naître avec des coeurs assez purs pour espérer et assez ténébreux pour faire ce qui doit être fait.
Même un esclave peut se dresser dans la poussière, affûter son regard en une lame, et dire à son maître : "Je ne t'appartiendrai jamais"

Le témoignage de saint Anemlen à la cour du Bouffon Noir, peu avant le commencement de son supplice.(Le roi de bruyère" cycle des royaumes d'épines et d'os de Greg Keyes)

j'sais pas vous mais moi j'ai eu des frissons en lisant pour la première fois ce passage ..

Edité par Faith InTruth le 03/05/2006 à 19h42
 
Thaïs Erin
#74 Thaïs Erin (Grand Alchimiste des Arcanes | niveau 19) le 08/05/2006 à 19h44  
"Les batailles ne se gagnent jamais. On ne les livre même pas. Le champ de bataille ne fait que révéler à l'homme sa folie et son désespoir, et la victoire n'est jamais que l'illusion des philosophes et des sots."
Une de mes citations préférées (et de plus assez connue)
"le bruit et la fureur", William Faulkner.
 
Keavalor
#75 Keavalor (Elémentaliste d'Air | niveau 16) le 08/05/2006 à 19h47  
Mes forces me quittent tandis que je contemple les cendres de mon coeur et me remémore la route que j'ai suivis.
ROGER ZELAZNY "Le cycle des princes d'Ambres"
 
Thaïs Erin
#76 Thaïs Erin (Grand Alchimiste des Arcanes | niveau 19) le 17/05/2006 à 20h29  
" Il lisait ses lettres. Mais il avait beau les parcourir, il avait beau les trouver charmantes, justes, intelligentes, bien tournées, gracieuses, satisfaisantes pour sa vanité d'homme, elles ne contentaient pas son coeur. Elles ne le contentaient pas plus que les baisers donnés dans la maison d'Auteuil.
Il cherchait pourquoi. Et, à force de les apprendre par coeur, il finit par si bien les connaitre qu'il en trouva la raison, car c'est par l'écriture toujours qu'on pénètre le mieux les gens. La parole éblouit et trompe, parce qu'elle est mimée par le visage, parce qu'on la voit sortir des lèvres, et que les lèvres plaisent et que les yeux séduisent. Mais les mots noirs sur le papier blanc, c'est l'âme toute nue."

"Oh! L'horrible amour celui auquel il est maintenant enchainé.Amour sans issue, sans joie et sans triomphe, qui énerve, exaspère et ronge de souci; amour sans douceur et sans ivresses, faisant seulement pressentir et regretter, souffrir et pleurer, et ne révélant l'extase des caresses partagées que par l'intolérable regret des baisers impossibles à éveiller sur ses lèvres, des lèvres froides, stériles et sèches comme des arbres morts."

""Je vous aime beaucoup". ah, il les connaissait, ces formules qui ne disent rien parce qu'elles ajoutent. Peut il exister des proportions quand on subit l'amour? Peut on juger si on aime bien ou mal?
Aimer beaucoup, comme c'est aimer peu! On aime, rien de plus, rien de moins.
On ne peut compléter cela"

Maupassant, extraits de Notre Coeur
 
Fleur Sauvage
#77 Fleur Sauvage (Ange Noir | niveau 18) le 18/07/2006 à 00h36  
-(...) "on dirait un poème, peut-être... je n'ai jamais eu guère de temps pour apprendre la poésie.
- Tu n'as pas besoin d'apprendre ce que tu es déjà."


C'est un petit passage du deuxième tome de la série des Aventuriers de la Mer, le Navire aux Esclaves de Robin Hobb.
 
Imbrähel
#78 Imbrähel (Assassin | niveau 9) le 18/07/2006 à 02h03  
"J'ai eu du chagrin à la mort de Thorin, dit Gandalf, et voici qu'on dit que Daìn est tombé lui aussi, les armes à la main, dans la bataille de Dale, tout juste comme nous autres combattions ici même. J'y verrais une lourde perte, n'était-ce l'étonnement qu'il ait pu, dans son grand âge, manier encore si puissament la hache de guerre, ainsi qu'on le décrit, dressé tout debout au-dessus du corps du Roi Brand, devant les Portes d'Erebor jusqu'à la tombée de la nuit."

"Pourtant les choses auraient pu se passer bien différemment et tout cela être bien pire. Lorsque vous penserez à la grande Bataille du Pelennor, n'oubliez pas la Bataille de Dale. Pensez à ce qui aurait pu être! Aux flammes du dragon et aux féroces corps-à-corps en Eriador, à la nuit sur Rivendell! Et pas de Reine au Gondor. Et nous autres revenant victorieux et pleins d'espoir pour ne trouver ici que ruines et cendres. Mais cela fut évité - parce qu'un soir je rencontrais Thorin Au-Bouclier-de-Chêne, au seuil du printemps, du côté de Bree. Une pure rencontre de hasard, comme nous disons en Terre du Milieu."

* Passage dans les appendices du Seigneur des Anneaux ( section III, les Gens de Durin) , J.R.R. Tolkien.
 
Imbrähel
#79 Imbrähel (Assassin | niveau 9) le 20/07/2006 à 14h12  
*A ! Elbereth Gilthoniel !*
*silivren penna miriel*
*o menel aglar elenath,*
*Nous vous rapellons encore, nous qui vivons*
*en cette terre lointaine sous les arbres,*
*la lumière des étoiles sur les Mers Occidentales.*

Le Seigneur des Anneaux, Le Retour du Roi. J.R.R. Tolkien
 
Keavalor
#80 Keavalor (Elémentaliste d'Air | niveau 16) le 21/07/2006 à 19h35  
IMPOSSIBILITES RECREATIVES : ce titre accrocha l’œil de Trillian lorsque, peu après, elle s’assit pour feuilleter à nouveau le Guide et, tandis que le Cœur-En-Or se ruait à des vitesses improbables dans une direction indéterminée, elle lut, tout en sirotant une tasse du breuvage imbuvable servi par le Nutrimatic, l’article traitant de la meilleure façon de voler.
Voici ce que Le Guide Du Voyageur Galactique avait à dire sur la question :
Il existe un art, ou plutôt un truc, pour voler.
Le truc est d’apprendre à se flanquer par terre en ratant le sol.
Choisir de préférence une belle journée pour s’y essayer.
La première partie est facile : elle requiert simplement la capacité à se jeter en avant de tout son poids et la volonté de ne pas avoir peur de se faire mal.
C’est à dire de se faire mal si on arrive pas à rater le sol.
La plupart des gens n’arrivent pas à rater le sol et s’ils s’y sont bien pris, il est probable qu’ils n’arriveront pas à le rater assez durement.
A l’évidence, c’est bien dans la seconde partie, le ratage, que résident principalement les difficultés.
Le problème est en effet qu’il faut parvenir à rater le sol accidentellement. Inutile de vouloir délibérément rater le sol : ça ne marchera pas. Il faut avoir l’attention subitement distraite à mi-parcours, de manière à ne plus penser à la chute, au sol, ou à quel point ça va faire mal si on manque de le rater.
Il est notoirement difficile de détourner son attention des trois susdits éléments durant la fraction de seconde dont on dispose.
D’où l’échec constaté chez la majorité des gens et leur conséquente déception quant à la pratique de ce sport pourtant exaltant et spectaculaire.
Si toutefois l’on a la chance d’être momentanément distrait à l’instant crucial par – mettons—une séduisante paire de jambes (tentacules/pseudopodes, selon le phylum et/ou les penchants personnels) ou l’explosion d’une bombe à proximité immédiate ou encore la découverte impromptue d’une variété particulièrement rare de scarabée trottinant sur une brindille proche, alors, d’étonnement, on en ratera complètement le sol pour rester à flotter à quelques centimètres seulement au-dessus, et ce d’une manière qui pourrait paraître a priori quelque peu stupide.
Vient alors un moment de superbe et délicate concentration.
On flotte, on se balance ; on se balance, on flotte.
Il est conseillé d’ignorer toute considération sur son propre poids et de se laisser simplement dériver vers le haut.
Surtout ne rien écouter de ce que pourrait dire à cet instant l’entourage car il est peu probable que ce soit d’une quelconque utilité.
Il y a de grande chance en effet qu’on ait droit à des remarques du genre : « Bon Dieu mais c’est pas possible ! »
Il est d’une importance vitale de n’en tenir aucun compte sous peine de leur donner immédiatement raison.
Continuer de se laisser flotter de plus en plus haut.
On peut s’essayer à quelques piqués, doucement d’abord, puis aller planer au-dessus de la cime des arbres, toujours en respirant régulièrement.
NE FAIRE SIGNE A PERSONNE
Au bout de quelques essais, on s’apercevra rapidement qu’il devient de plus en plus facile d’acquérir le moment de distraction.
On pourra dès lors apprendre à mieux diriger son vol, contrôler sa vitesse, sa manœuvrabilité, le truc étant en général de ne pas trop penser à ce que l’on veut faire mais plutôt de laisser simplement les choses se produire comme si c’était de toute manière inévitable.
On apprendra également à réussir son atterrissage ; manœuvre où l’on se plante presque toujours – et durement – lors du premier essai.
IL existe des aéroclubs privés où l’on pourra s’inscrire avec profit pour apprendre à parvenir à ce crucial moment de distraction. Ces clubs louent des instructeurs à l’anatomie ou aux opinions surprenantes qui sont chargés de jaillir de derrière un fourré pour exhiber et/ou expliquer l’un ou l’autre à l’instant fatidique. Peu de routards authentiques auront les moyens de s’inscrire à de tels clubs mais certains seront susceptibles d’y trouver un emploi temporaire.

DOUGLAS ADAMS "La Vie, l'univers et le reste" (H2G2: III)
 
Pyrithe
#81 Pyrithe (Maître de Magie | niveau 15) le 12/10/2006 à 13h53  
"Ah bon, quand les gens meurent, il faut pleurer? On ne me dit jamais rien. Les choses qui vont sans dire vont mieux en les disant."
Bernard Werber "Les Thanatonautes"
 
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