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#27
Lune argentée (Apprenti Sorcier | niveau 9)
le 31/10/2005 à 18h38
Bravooooooooooooooo Lune !
Je profite que ça marche pour me mettre à jour, allez à toi ! :))))
Voici le texte dont je me suis inspirée avec qqs uns des mots en cri lol
(C'est un jeu assez dur sommes toutes)
Helen Lyle et son amie Bernadette préparent une thèse universitaire sur les
légendes urbaines. Mâtures, c’est avec tout le scepticisme requis qu’elles
enregistrent sur dictaphone les diverses rumeurs contées par des étudiants. L’unes
d’elles, celle du Candyman, tueur au crochet apparaissant lorsque ses victimes ont
prononcé cinq fois son nom devant un miroir, devient particulièrement intéressante
lorsque Helen en trouve un écho dans la bouche de deux femmes de ménage noires
employées à l’université. Selon elles, le Candyman sévirait en effet en ce moment
même dans la banlieue de Chicago, où une jeune femme aurait récemment été étripée.
D’autant plus motivées que Trevor, le mari de Helen, essaie de leur couper l’herbe
sous le pied en donnant lui-même à ses étudiants un cours sur les légendes
urbaines, Hélène et Bernadette se décident donc à enquêter sur le terrain de cette
banlieue mal famée, convaincues que le seul véritable danger réside dans les
bandes de voyous qui y règnent. Ce qui n’est pas faux, mais ne représente qu’une
partie de la vérité. Helen va d’ailleurs l’apprendre à ses dépends, car sa
fascination et son incrédulité intéressent fort le Candyman…
"Candyman" est un excellent film d’horreur, mais aussi une formidable et très
étrange histoire d’amour entre une femme et un monstre, ainsi qu’une magnifique
adaptation de la nouvelle de Clive Barker ("Lieux Interdits", paru en France dans
le cinquième volume des "Livres de Sang"). L’écrivain accorda sa confiance à
Bernard Rose parce qu’il avait aimé son film "Paperhouse" (1988), et se rendit
d’ailleurs rapidement compte que le réalisateur aimait réellement sa nouvelle, au
point de vouloir la développer et l’enrichir dans un sens tout personnel, mais non
moins impressionnant.
Les deux hommes, anglais de naissance, décidèrent de placer l’histoire du film à
Chicago et non à Liverpool, pour des raisons financières (la production est
américaine) et pragmatiques (qui se soucie d’une histoire se passant à Liverpool
?...). Ce n’est pas la seule différence entre la nouvelle et le film, mais ce que
voulait (et a réussi) Bernard Rose, c’était notamment conserver la base sociale de
l’histoire. Ainsi toutes les scènes se déroulant dans le secteur de Cabrini Green,
l’un des quartiers au monde recensant à l’époque l’un des plus fort pourcentage de
meurtres au mètre carré, ont été tournées sur les lieux réels, sous protection de
la police de Chicago.
Cet ancrage réaliste ne vise pas pour autant le misérabilisme ou la phobie des
banlieues. Celle-ci n’est en effet qu’un cap à franchir pour Helen Lyle et
Bernadette (dont les origines facilitent la transition), au-delà duquel elles vont
découvrir qu’une légende urbaine comme celle du candyman peut être engendrée par
la perte de tout repère, de toute croyance et de tout espoir social et humain. Un
succédané pervers de Dieu, en quelque sorte, dont le candyman (Tony Todd) emprunte
le charisme, les manières et les paroles cérémonieuses, mais à de toutes autres
fins.
Le personnage de Marie-Anne et de son enfant mettent bien en lumière cet aspect
des choses. La banlieue n’est pas tant un danger pour l’extérieur que pour ceux
qui y résident, d’une part parce que la violence réelle qui s’y exerce n’hésite
pas à usurper la légende de candyman pour asseoir sa puissance, mais d’autre part
et surtout parce que les habitants, désespérés et livrés à un isolement
quasi-total, sont plus susceptibles que d’autres de recourir à l’appel du monstre.
Toutes les cages d’escaliers, tous les couloirs, tous les décors de ruines
sordides ornées de graffitis rutilants semblent alors faire signe et conduire vers
le candyman, sécrétion d’un désir de mort et d’amour qui pourrait mettre fin à
tout.
A bien des égards, Cabrini Green est donc pour Helen Lyle (un des plus sublimes
portrait de femme du cinéma d’horreur, et une interprétation magnifique de
Virginia Madsen, aussi fascinante que la Kim Novak de "Vertigo") la
matérialisation d’une part obscure de sa propre psychologie, son union avec le
candyman en représentant le cœur : une consécration à tous les niveaux, dont elle
va prendre conscience au fur et à mesure avec un mélange d’envie et de répulsion
croissant.
Consécration intellectuelle, car son enquête sur le terrain aura une valeur plus
grande qu’un simple cours universitaire. Consécration féminine, puisque Helen et
son amie sont en butte à l’ironie et à la dépréciation tacite de leur entourage
masculin. Consécration affective, parce que le mari d’Hélène la délaisse pour son
travail et se laisse courtiser par des jeunettes (la séquence où Hélène découvre
son appartement repeint en rose est véritablement à hurler, pour quiconque possède
un coeur). Mais aussi consécration de mort, car tout cela est un poids qui
pourrait être "allégé", comme le lui dit candyman.
Son enquête sur la légende urbaine ("Des douceurs pour les doux", citation tirée
de Shakespeare) est finalement une enquête sur son propre désir, et rythme tout le
film sur un suspens d’abord glacé et sournois, qui verse brusquement dans une
violence et un fantastique beaucoup plus déclarés lorsque apparaît pour de bon le
tueur au crochet. Rien de tel, parfois, qu’une bonne mise en place des
éléments (qui endormira peut-être les impatients) pour donner au cauchemar toute
sa dimension humaine, à la fois délirante et parfaitement crédible.
Le personnage de candyman est on le voit chargé d’une richesse de sens sur
plusieurs niveaux assez phénoménale, qui donne aux aspects fantastiques et gores
(peu nombreux mais saisissants) un impact d’autant plus puissant.
Par-dessus le marché, Bernard Rose a encore enrichit le personnage avec le coup du
miroir et en faisant de lui un noir victime autrefois de la ségrégation des
mœurs (dans la nouvelle de Clive Barker, il s’agit d’un blanc vêtu d’un costume
d’arlequin, et aucun miroir). Il appuie ainsi non seulement sur le discours social
du film, mais permet aussi de faire de la relation de Helen Lyle avec le tueur au
crochet la répétition à travers le temps d’une histoire d’amour romantique (ah, ce
baiser aux abeilles, scène pour laquelle il a fallu hypnotiser l’hyménoptèrophobe
Virginia Madsen!), aussi simple que déchirante, qui empêche totalement de réduire
le monstre à un vilain classique et en fait à tout jamais une icône à part dans le
genre.
Clive Barker a dit vrai : "Candyman" est avant tout le film de Bernard Rose, une
adaptation d’une rare qualité et dans le plus beau sens du terme. Le film ne fait
pas d’ombre à la nouvelle, ni non plus la nouvelle au film, chacun des deux
brillant comme un ténébreux joyau. Et quand on connaît l’amour de Barker pour
l’œuvre de Jean Cocteau ("La Belle et la Bête"), on comprend d’autant mieux
l’affection particulière qu’il éprouve pour cette création.
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