A Sleepy Hollow, petite bourgade perdue au milieu de nulle part, entourée de landes traîtresses et de brume, les notables de la ville sont décimés les uns après les autres,par ce qui semble être un revenant des anciennes guerres, venu réclamer vengeance.
Ichabod Crane, jeune inspecteur aux moeurs peu orthodoxes,est envoyé pour y enquêter...
Conte gothique, fortement inspiré par l'ambiance sombre des anciens films en noir et blanc, le film est visuellement parfait.
On passe de couleurs de l'automne, et de la nature le long du voyage de Crane, à des dominantes pâlies, comme passées à travers un filtre, à des tons de noir et de blanc, lorsqu'il arrive à Sleepy Hollow, symbolisant la démarcation entre le monde réel et celui, plus diffus, des superstitions. A ce sujet, on remarque l'habituel antagonisme de Burton entre ses héros: un jeune homme aux cheveux noirs, le teint blâfard, et une très jeune fille, dont les joues rondes sortent à peine de l'enfance, aux longues boucles d'or, habillée de clair, telle une elfe délicate et fragile...
Mais justement, dans ce conte, tout est illusion: la jeune fille n'est peut être pas si pure,et Johnny Depp campe un parfait anti-héros, que l'on croit fort aux premières images, mais qui se présente vite comme un être efféminé, bien trop tendre, avec une voix dérapant dans les aigus, en clair pas du tout prêt à affronter les démons de l'enfer.
Et que dire de l'ambiance sournoise, quasi étouffante, qui s'installe tout au long du film?Au fur et à mesure que l'enquête progresse, et que l'on se tourne vers des explications surnaturelles, on en apprend un peu plus sur Crane, hanté par les souvenirs de son enfance et la disparition brutale de sa mère, hanté par les cicatrices de ses mains dont il ne se rapelle plus la cause...
Encore une fois, Tim Burton défend de façon virulente le droit à la différence vis à vis des êtres étranges ou hors norme, car Burton a toujours aimé les anti héros, ce qu'on ne s'attend pas à voir, les âmes portant les stigmates et les blessures de la vie...
Entre l'émergence, à travers le brouillard, d'une forêt aux arbres tortueux typiquement Burtonnienne, la quête du héros, on cotoie aussi des moments de poésie pure, de cette magie tendre qui a fait le renom du cinéaste. Portée, une fois de plus, par la musique de Danny Elfman, entre mélodie enfantine et ritournelle aux accents gutturaux, ce film est un bijou d'humour noir, de délicatesse et, encore une fois, totalement à part...
Une autre envolée de Burton...
Qu'en pensez- vous?
* se tait et écoute attentivement*