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Le chemin de Sarance
Titre original : Sailing to Sarantium
Ecrit par Guy Gavriel Kay.
Uchronie (Année de parution : 1998), Canada
Appartient au cycle : La Mosaïque de Sarance :
Synopsis :
Caius Crispus, dit Crispin, est un mosaïste de grand talent. A Varèna, capitale du royaume de Batiare, il est considéré par son mentor, Martinien de Varèna, comme l'un des meilleurs artisans qui soit. Son supérieur ne tarit pas d'éloges sur celui qui au fil du temps est devenu plus qu'un collègue : un fils.
Mais en dépit de cette apparente réussite, Crispin n'est pas heureux et cela ne cesse d'inquiéter les amis du mosaïste. Mais comment pourrait-il se satisfaire de son sort alors que le royaume de Batiare n'est plus que l'ombre de lui-même ? Que peut espérer un mosaïste du règne des Antae, ce peuple brutal venu du Nord qui a supplanté les élites batianes ? Comment trouver le bonheur dans un royaume ravagé par la peste ? Autant de questions qui assaillent Crispin depuis cette tragique nuit où la peste lui a ravi son épouse et de ses deux petites filles.
Aussi lorsqu'un matin, Martininen reçoit la visite d'un messager impérial chargé de lui remettre une convocation de l'empereur de Sarance, il n'hésite pas une seconde et lui désigne Crispin.
Bien qu'ignorant tout de ce qui l'attend, Caius Crispus va entreprendre un long et périlleux voyage sous une fausse identité. Certains sont morts pour moins que ça. Mais ne dit-on pas que "faire voile vers Sarance" signifie que votre vie va prendre un jour nouveau et inattendu ?
--"... et nous ne savions si nous étions dans les cieux ou sur la terre. Car sur terre n'existe ni pareille splendeur ni pareille beauté, et les mots nous manquaient pour les décrire. Nous savons seulement que Dieu réside là parmi les hommes, et le culte qu'on lui voue surpasse les cérémonies des autres nations. Car nous ne pouvons oublier cette beauté."--
Chronique du voyage de Vladimir,
Grand Prince de Kiev, à Constantinople.
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1 critiques (proposer une critique):
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Par
Styrion : 9/10
Comment faire une critique objective du livre que l'on a placé au sommet de sa bibliothèque personne ...
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Comment faire une critique objective du livre que l'on a placé au sommet de sa bibliothèque personnelle ? Tâche ardue, voire impossible. Et pourtant je vais me risquer à cet exercice difficile.
Je pourrais me contenter de vous dire que "Le chemin de Sarance" est un ouvrage du maître conteur qu'est Guy Gavriel Kay. Puis ajouter dans un sourire un brin espiègle que c'est, à mon sens, son ouvrage le plus abouti. Je pense que ces quelques lignes suffiraient à convaincre bon nombre de ceux qui ont déjà eu la chance de tomber sur un livre de Kay. Mais de la sorte, je cèderais à la facilité ; ne rendrais pas hommage au talent de l'auteur et ne parviendrais pas à convaincre quiconque se serait égaré par erreur sur cette page de lire ce livre. Aussi vais-je tenter de nourrir cette critique.
Je crois qu'il est bon pour commencer de dire quelques mots du style de Guy Gavriel Kay. Ce dernier a écrit des ouvrages très différents mais toujours selon une même méthode : s'appuyer sur une période de l'Histoire et la transposer le plus fidèlement possible dans un univers fantasy. "Le chemin de Sarance" obéit, bien entendu, à cette règle.
L'histoire nous emmène en plein cœur du VIe siècle de notre ère, au sein l'empire byzantin sous le règne de Justinien Ier (483-565) à Byzance (qui n'est autre que Sarance, vous l'aurez compris). S'il n'est pas indispensable de maîtriser la période, quelques connaissances de bases peuvent en faciliter la lecture. Aussi vais-je me permettre de revêtir pour quelques instants ma tenue de professeur d'histoire.
Byzance VIe siècle :
L'empire romain est divisé en deux parties : l'empire romain d'Occident tombé aux mains des barbares ; l'empire romain d'Orient dont la capitale est Byzance (ou Constantinople). Bien que divisé, l'empire se rêve toujours universel, tant et si bien que l'empire romain d'Orient (l'empire byzantin donc) aspire à rétablir son emprise sur la partie occidentale. La société byzantine, bien que qualifiée de grecque, se veut romaine. Aussi adhère-t-elle au christianisme et vit-elle selon les coutumes romaines (jeux du cirque, droit romain, cour d'empire, etc.). Notons un détail passionnant des mœurs byzantines : en règle générale, les coups d'Etat sont réprouvés. Pourtant s'ils réussissent, le peuple en conclut qu'ils étaient voulus par Dieu. De fait, tout coup d'Etat réussi est, par nature, légitime. Pourquoi vous parle-je de ça ? Tout d'abord lafin que vous notiez a place prépondérante qu'occupe la religion dans la vie des byzantins,ensuite pour vous faire prendre conscience que le faste et la richesse de la cour impériale cachent une réalité peu reluisante faite de traitrises et de complots.
Suite cette légère digression historique, reprenons là où nous en étions restés. Guy Gavriel Kay va vous immerger dans l'univers byzantin d'une manière incroyablement réaliste. Je me dois de vous confiez que malgré de longues études historiques, je n'ai compris la passion romaine pour les courses de chars qu'à la lecture de celles décrites par Kay. Un pur régal. Il en va de même pour tous les aspects de la vie byzantine (Sans vouloir avoir l'air pédant, un historien de l'université de Bordeaux a proposé un article sur la vision qu'on les contemporains de Byzance ; il a conclue en disant que Kay en présentait l'image la plus véridique qui soit).
A ce seul titre, ce livre mériterait d'être lu.
Mais je me doute que pour un lecteur de fantasy, moi le premier, la vérité historique n'est pas indispensable dans un ouvrage. Aussi convient-il à présent de poser LA vrai question : qu'en est-il de l'histoire ?
Que répondre, sinon qu'elle est à la hauteur de la réputation de Kay :
A Sarance,suite à un coup d'Etat fomenté par son neveu, l'empereur Vaérius Ier monte sur le trône. A sa mort son neveu lui succède. Ce dernier, homme d'une intelligence rare, décide de réaliser l'impensable : créer un empire idéal. Aussi entreprend-il de conquérir le royaume de Batiare, contenir les envahisseurs asharites, édifier de magnifiqes monuments à la gloire de Jad. Pour ce faire, il convoque les plus grands artisans de son temps. C'est ainsi que Caius Crispus arrive à Sarance pour ce qu'il ne pense être qu'un simple travail de mosaïste. Mais c'est sans compter sur les rancœurs et complots qui animent la cour.
Loin de faire un récit linéaire et chronologique, l'auteur nous offre un schéma narratif complexe et passionnant : de nombreux personnages se succèdent. Tous présentent des caractéristiques diverses (qualités, défauts, buts, etc.). Mais ils finiront tous par se retrouver à Sarance où ils devront faire répondre à une unique question : comment faire en sorte que mon existence n'ait pas été vaine ? Les réponses apportées sont nombreuses : guerres et conquêtes, philosophie, architecture et arts, religion. Toutes auront des succès variés. La grande force de Kay est de ne jamais tomber dans le manichéisme, l'auteur (à l'image de ce qu'il a sut faire dans "Tigane") justifie les actions de chacun. De sorte qu'au final, on ne sache plus pour qui tenir.
On ne peut qu'adhérer au point de vue du mosaïste, se désintéresser des questions temporelles et se dire que ce n'est que par la permanence de l'art que l'homme trouvera sa place sur cette terre. Car toute la subtilité de ce livre réside dans le fait qu'il est aussi une œuvre philosophique : Kay nous livre une méditation émouvante sur l’art et ses pouvoirs.
Je ne peux que vous recommander de jeter un œil à ce livre. D'autant qu'il existe en collection "J'ai lu". Alors pourquoi se priver ?
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Auteur : Guy Gavriel Kay
Traducteur : Elisabeth Vonarburg
Editeur : Buchet/Chastel
Date de parution : avril 2001
Nombre de pages : 427
Format : 16 cm X 24 cm
ISBN : 2283018439
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