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Le régiment monstrueux
Titre original : Monstrous Regiment
Ecrit par Terry Pratchett.
Light Fantasy (Année de parution : 2003), Grande-Bretagne
Appartient au cycle : Les Annales du Disque-Monde :
Synopsis :
Bienvenue en Borogravie : petit État charmant et pacifique à trois mille cinq cents kilomètres d'Ankh-Morpork, mais entouré d'ennemis perfides, sournois et belliqueux. Du moins est-ce ainsi que les Borograviens perçoivent leurs voisins. Sinon, pourquoi seraient-ils perpétuellement en guerre ?
Au cœur de la tourmente, une jeune fille, Margot Barette, décide de s'engager dans l'armée pour y retrouver son frère disparu... Après s'être entrainée à péter et roter en public, avoir glissé une paire de chaussette roulée dans son pantalon, voilà qu'apparait le deuxième classe Barette.
Le deuxième classe Barette n'aura pas le temps de finir ses classes qu'il sera déjà en première ligne pour une opération commando. Opération qui pourrait bien décider du sort de cette guerre. Fort heureusement, il pourra compter sur le soutien de toute sa compagnie : un vampire, un troll, un Igor et l'inimitable sergent Jackrum.
Outre cette brochette de stars, il n'est pas improbable de croiser le plénipotentiaire d'Ankh-Morpork, monsieur le Duc Samuel Vimaire, accompagné de quelques membres éminents du Guet.
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1 critiques (proposer une critique):
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Par
Styrion : 7/10
En règle générale je n’ai pas pour habitude de proposer des critiques sur une série aussi vaste que ...
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En règle générale je n’ai pas pour habitude de proposer des critiques sur une série aussi vaste que celle des « Annales du Disque-Monde », mais il me semble que ce tome, « Le régiment monstrueux », mérite quelques mots.
* * *
Commençons par souligner que ce tome permet à Pratchett de pousser une réflexion qu’il avait entamée dans « Va-t-en guerre ! ». Pour ceux qui n’aurait pas ce volume en tête, j’en rappelle l’intrigue : Samuel Vimaire, secondé des agents du guet et du Patricien en personne, était chargé d’empêcher qu’une guerre n’éclate entre le Klatch et Ankh-Morpork. Sans être un tome très profond, ce volume mettait l’accent sur la stupidité des guerres en général et celle des généraux en particulier (oui je sais, le jeu de mots était facile mais je n’ai pas pu y résister). L’histoire du « Régiment monstrueux » est étrangement similaire. Au détail près que Sam Vimaire n’est pas envoyé en Borogravie pour empêcher le déclenchement d’une guerre, mais pour mettre un terme à un conflit qui n’a que trop duré. Bien que minime, cette différence change radicalement le ton du livre. Une fois n’est pas coutume Pratchett met de côté la loufoquerie bon enfant des Annales et nous décrit un Disque-Monde tristement réaliste. Les guerres borograviennes sont on ne peut plus crédibles avec leurs lots de morts, de misères et d’éclopés. A plus d’un titre, j’aurais tendance à les rapprocher des campagnes napoléoniennes : la Borogravie, à l’image du système napoléonien, ne trouvant de raison d’être que dans les guerres qu’elle mène. Sans compter qu’à l’image de la campagne de France, le territoire borograve est sous la menace d’un péril tel que les recruteurs n’hésitent pas à faire signer des gamins et à les envoyer au front sans prendre le temps de les former.
Pour résumer, je dirais que nous sommes face à un Pratchett d’un nouveau genre, la fantasy burlesque cédant quelque peu le pas à une critique acide de notre société. Je suis bien conscient que tous les romans du Disque-Monde sont écrits selon une méthode similaire, mais ce tome est plus acerbe.
Pour autant, ce roman demeure un vrai Pratchett et l’on y rit beaucoup. Il est vrai que l’auteur a tout fait pour conserver ce ton humoristique qui est sa marque de fabrique : les personnages principaux sont suffisamment loufoques pour donner lieu à des situations hilarantes. Je regrette, sous peine de spoiler l’intrigue, de ne pouvoir vous en faire une description précise. Tout au plus vais-je vous dire qu’en suivant les traces du « Régiment monstrueux », vous aurez la chance de combattre aux côtés d’un Igor (combattant au potentiel redoutable mais qui est moralement obligé d’apporter son secours à tous les blessés), d’un troll (avançant avec l’inexorabilité d’un glacier, l’intelligence en moins), d’un vampire (malheureusement en cure de désintoxication), du sergent Jackrum (vieux roublard connaissant toutes les ficelles du métier et capable de manipuler tout officier assez fou pour penser lui donner un ordre) et du lieutenant Blouse (qui avant d’être nommé à la tête du régiment s’occupait du classement au QG… disons que pour redorer son blason il peut compter sur ses dons d’acteurs de théâtre…). A côté de ces petits nouveaux, les lecteurs fidèles auront le plaisir de retrouver quelques figures récurrentes des Annales : le lieutenant Angua, l’agent Raymond Soulié, le Duc Vimaire, le caporal Dingo Swires et les deux reporters intrépides que sont Guillaume des Mots et Otto, son photographe suicidaire.
Malgré ce casting prestigieux, le personnage principal de ce tome n’est autre que Margot Barrette. Cette jeune femme débrouillarde et volontaire, va rejoindre l’armée afin de retrouver son frère disparu. Bien évidemment, elle s’engage sous une fausse identité et se fait passer pour un homme. Le personnage de Margot est, à mon sens, la vraie réussite de ce tome. Il permet à Pratchett de s’en donner à cœur joie et ce dernier ne s’en prive pas. A travers les yeux de Margot, l’ego masculin en prend un grand coup dans « les chaussettes » (les connaisseurs apprécieront). Pour autant, l’auteur ne cède pas à la facilité : non ! le monde ne serait pas meilleur si les femmes étaient au pouvoir. Bien au contraire, Terry cherche à montrer que le problème des sexes est très secondaire en regard du poids des responsabilités et de la corruption inhérente à la pratique du pouvoir : il résume d’ailleurs sa pensée en disant qu’il « croyait qu’elles s’y prendraient mieux que des hommes. L’ennui c’est qu’elles s’y prenaient mieux que des hommes pour ressembler à des hommes » (p. 445).
De manière plus générale, ce tome reprend un thème cher à Terry : la dénonciation du fanatisme. Il ne se limite pas au seul fanatisme religieux, ainsi qu’il l’avait fait dans « Les petits Dieux », ou au fanatisme politique, à l’image de la critique du communisme visible dans « Les tribulations d’un mage en Aurient ». Dans « Le régiment monstrueux », il mêle ces différents thèmes pour dénoncer tous les fanatismes. Ce tome est une critique vibrante du militarisme qui, sous prétexte de hiérarchie et d’honneur, conduit des milliers de jeunes gens à la mort. Plus encore, je dirais que Pratchett nous offre une critique du nationalisme. Sur ce point, plutôt qu’un long discours, je préfère laisser la parole au duc Samuel Vimaire : « Pas le peuple, la nation. La Borogravie m'a tout l'air d'avoir perdue la tête, c'est ce qu'il me semble d'après ce que j'ai lu. J'imagine que le peuple se débrouille au mieux, que les citoyens élèvent leurs enfants, et je dois avouer que j'aimerais bien les imiter en ce moment. Ecoutez, vous savez ce que je veux dire. Vous prenez une poignée de gens qui n'ont pas l'air différent de vous et moi, mais quand on les réunit tous, on obtient ce types de fous furieux affublés de frontières et d'un hymne national » (p. 22). Enfin, revenant à ses premières amours, Terry invente un personnage divin qui a perdu tout sens des réalités : le dieu Nuggan. Comment le décrire ? sinon en signalant que le grand livre de Nuggan est probablement le seul livre saint mis à jours régulièrement et contenant des appendices pour y classer les abominations récemment décrétées comme telles.
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En guise de conclusion, j’aurais tendance à dire que si ce tome des Annales n’est pas l’un de mes préférés, sa lecture est néanmoins passionnante. Croyez-moi sur parole, si vous aimez les livres de Pratchett vous aimerez celui-ci. Et une fois n’est pas coutume, j’ai trouvé la conclusion… inattendue et loin d’être désagréable. Le seul reproche que l’on puisse lui faire serait, somme toute, de n’être qu’une resucée des ouvrages précédents. Mais ce serait bouder notre plaisir et se passer d’un excellent ouvrage.
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Auteur : Terry Pratchett
Traducteur : Patrick Couton
Editeur : L'Atalante
Date de parution : février 2007
Collection : La Dentelle du cygne
Nombre de pages : 456
Format : 13 cm X 18 cm
ISBN : 2-84172-359-1
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