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Des fleurs pour Algernon
Titre original : Flowers for Algernon
Ecrit par un inconnu de nos archives.
Science Fiction (Année de parution : 1966), Etats-Unis
Synopsis :
Charly n'a jamais été, comme il le dit si bien, et ne cesse de le répéter, "un télijen".
Malgré sa soif de connaissances et son envie d'évoluer hors de ce carcan misérable et étroit qu'est son esprit embrumé, malgré les cours du soir pour adultes attardés qu'il suit assidument, il ne parvient pas à grandir, à être ce que les autres hommes, dont il voit l'existence sans pouvoir la vivre par et pour lui-même, sont depuis toujours.
Il en souffre, mais encore faudrait il trouver les mots pour l'exprimer.
Et puis, une porte de sortie s'ouvre à lui, lorsque des scientifiques mystérieux décident de transposer sur l'être humain les résultats d'une incroyable expérience, jusqu'alors pratiquée sur une souris, Algernon: le développement intensif de l'intelligence. Avec le soutien d'une psychologue qui le suit depuis longtemps, Charly se soumet aux tests réglementaires, et finalement devient le cobaye parfait...
Avant de sentir monter en lui l'éveil de sa conscience, de ses sens et de ses neurones, et de poser un nouveau regard sur le monde, avant de découvrir l'amour dont il a toujours été exclu, mais aussi les peines et les douleurs inhérentes à la vie même...
Seulement voilà, comme toute expérience, celle-ci comporte des effets secondaires et, quand Algernon commence à perdre ses incroyables facultés, Charly comprend qu'il va, peu à peu, décliner et retomber dans la spirale infernale d'un manque de son passé primaire...
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1 critiques (proposer une critique):
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Par
Thaïs Erin : 9/10
« Des fleurs pour Algernon » est un livre bouleversant, parce qu’il traite de ce qui est profondémen ...
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« Des fleurs pour Algernon » est un livre bouleversant, parce qu’il traite de ce qui est profondément humain, universel et réveille en nous l’écho de nombre de questions demeurant sans réponses : qu’est ce que l’homme ? Qu’est ce qui fait la différence entre les êtres vivants : l’intelligence exacerbée à un point d’exultation intense, la bonté de certains face au monde plus ou moins cruel qui les entoure ? L’être, l’idéologie du paraître de notre société, où il faut sans cesse se dépasser pour avoir seulement le droit, de prime abord égal pour chacun, d’exister un tant soit peu ?
Fable métaphorique sur la condition humaine, ce livre se place, dès le début des premières pages, dans l’intellect même de son héros, Charly, ce qui en fait toute la saveur amère et poignante, car, attaché ainsi aussi rapidement aux questionnements les plus intimes du personnage, le lecteur se retrouve, malgré lui, emporté par un flot d’émotions contradictoires qui, lentement mais sûrement, l’amène à une submersion totale, non plus en Charly, mais en lui-même. Pour planter l’histoire, traitons du sujet du roman, suffisamment dépaysant pour interloquer et titiller la fibre humaniste et l’intérêt du lecteur : le héros est un adulte attardé, dont les facultés mentales déficientes sont toutefois contrebalancées par une joie de vivre et une volonté d’apprendre, de se dépasser, malgré ces faibles capacités, qui paraît véritablement douloureuse ; étant écrit sous la forme d’un journal intime, le livre retrace avec une très grande fidélité les errements d’une âme qui doute, espère, et qui, peu à peu, s’éveille à l’intelligence.
Au départ, l’orthographe et les tournures de phrases de Charly, qui narre sa vie et les épreuves qu’il a dû subir (le rejet progressif de ses parents, et surtout le figure emblématique de sa mère, sur laquelle je reviendrais ultérieurement dans ma critique, les moqueries incessantes de ceux qu’il considère comme ses amis) avec un mélange de naïveté et des pointes de lucidité qui font froid dans le dos, rendent la lecture peu aisée, chaotique, comme si l’écrivain avait voulu nous transmettre de plein fouet les sensations diverses, hachées, de son héros qui est bien incapable de les analyser…Se crée alors une césure entre le lecteur et le livre, car, si Charly se contente de vivre de façon primaire son existence, nous sommes à même d’en comprendre toute la tristesse et l’amertume, et, peu à peu, de nous indigner sur la condition terriblement rabaissée de cet homme ne demandant qu’une place dans la vie : déplacé dans sa vie familiale dont il a été exclu, déplacé dans son travail où les tâches manifestement ingrates lui sont attribuées, il ne semble pas en avoir conscience, et continue à avoir cette foi dans l’humanité qui renforce encore le phénomène de double lecture du début de roman. Du cynisme, de la noirceur, se dégagent des phrases simples et enfantines, comme d’une ganse de misère intellectuelle.
Puis, après son opération, Charly prend son essor, sa façon de raconter s’en ressentant de plus en plus violemment dans l’histoire, car, à mesure que son intelligence s’éveille aux sensations du monde, ses phrases, de courtes et mal orthographiées, suivent le schéma et la trame de sa pensée de plus en plus profonde : c’est alors le temps d’une redécouverte, à travers les yeux d’un homme qui se dessillent sur la vie, de notre propre univers, de ses codes, de ses complexités, une façon de le percevoir de façon sans doute plus poussée. Le lecteur, sur les pas du héros, réapprend à voir son monde, avance entre les embûches qui naissent sur le chemin de Charly et se laisse guider dans ce processus narratif qui fait appel, finalement, à ses propres souvenirs et questionnements.
Du livre, en réalité, on peut dégager 3 temps fondamentaux, la construction ternaire se ressentant intensément au fil des pages, et s’apparentant à la conception proprement ternaire de la vie elle-même : l’enfance, l’adolescence, puis l’âge adulte, la maturité.
L’enfance du héros se caractérise par le début du roman, cette naïveté face au monde qui nous le rend si poignant ; l’adolescence, cette sortie d’un sommeil primaire et cet éveil à l’univers, qui, s’il comporte maintes et magnifiques choses, n’en demeure pas moins dur et tranchant (voire l’amertume de Charly lorsqu’il comprend combien son état précédent l’a rendu vulnérable aux moqueries et aux plaisanteries douteuses) : la perception de plus en plus palpable de l’amour qu’il éprouve pour son ancienne institutrice, l’apprentissage des mathématiques ou des subtilités de la langue et de l’écriture, mais, en même temps, ce déchirement interne à l’idée de perdre, peu à peu, ses illusions d’enfant.
Vient l’âge adulte, et avec lui ce qui se pose comme l’élément de sa déchéance future : l’intelligence lui a ouvert des portes et des schémas de pensées qui lui étaient toujours restées fermées, mais également les premiers doutes ; passant outre les émois d’une adolescence rapide et en demi teinte, Charly se retrouve confronté de façon presque brutale à l’univers. Son intelligence, toujours grandissante, peu à peu, l’exclut comme l’avait exclu ses lacunes intellectuelles : le répit, la sensation d’appartenir au monde, fut de courte durée, et la chute n’en est que plus dure, car, si le lecteur la perçoit rapidement, le héros, malgré sa précocité de pensée confinant peu à peu au génie, ne pouvait la percevoir et l’appréhender, car, adulte trop vite grandi, enfant enfermé dans l’esprit d’un homme savant, il ne maîtrise pas plus ses émotions que lors de son éveil à la vie.
Seconde césure entre Charly et nous, nous qui lisons cette histoire, ce qui la rend d’autant plus bouleversante : coupé de ses anciens amis pour qui il n’éprouve plus que haine, coupé de son institutrice, qui ne peut plus le suivre dans les méandres de son esprit toujours en quête de nouvelles connaissances et qui s’épuise à vouloir tout apprendre, tout comprendre, et tout contrôler, puis coupé même des scientifiques à qui il doit sa part d’ombres et de ténèbres, Charly demeure cet être solitaire, profondément incompris, muré en lui-même, dans une arrogance ironique, et la solitude le blesse, lui fait mal, et lui fait peur, bien qu’il n’ose pas se l’avouer à lui-même.
En changeant les données de son cerveau, l’opération lui a rendu la vue, une vue spirituelle, bien sûre, mais l’a également perdu : car, qu’est ce que l’homme, finalement, si ce n’est une forme de questionnement bouillonnant et de passions diverses dont il ne pourra jamais véritablement comprendre les tenants et les aboutissements, une errance sans fin qui, si on s’y attarde et en oublie de vivre (par l’amour, peut être, qui aurait pu sauver Charly, ou par le sentiment de notre propre impuissance, l’aveu de notre ignorance), détruit plus que ne l’aurait jamais fait le manque de perception de l’univers. A trop en vouloir, le héros s’enlise et erre dans une décadence qui compense les merveilles de son esprit stimulé jusqu’à l’outrance.
De sa vie passée, dont l’auteur nous donne une idée à travers de nombreux flash-back concernant son enfance, puis son arrivée dans l’âge dit « de raison », Charly perçoit peu à peu, à la lumière de sa nouvelle intelligence, toute l’atrocité, et ce fil directeur nous mène progressivement à mieux comprendre sa quête perpétuelle du sens de l’existence. Etouffée par une mère dont le personnage, aussi véridique et terrifiante soit elle, demeure un des personnages centraux, les plus importants du récit, malgré sa presque complète absence physique, l’a d’abord poussé de docteurs en docteurs, refusant de voir que son fils ne serait jamais intelligent, et demeurerait un enfant, puis, avec la naissance de sa sœur, l’a abandonné dans un manque flagrant d’amour, rejetant son « anormalité » comme une tare sans voir l’enfant qui souffrait, en silence, de son indifférence grandissante, Charly n’a jamais appris du monde que le sentiment affligeant d’être en dehors justement de tout ce qui fait l’existence. Et, à travers les innombrables recherches intellectuelles, les livres qu’il écrit sur les langues les moins connues du globe terrestre ou la physique quantique, c’est une reconnaissance qu’il recherche, comme si, par le biais de cette reconnaissance, il pouvait enfin refermer la main sur la vie qui lui échappe encore.
Peine perdue, car ce roman n’est pas un conte de fées, et donne le ton du récit dès les premières lignes : c’est un drame, un drame de l’existence humaine et de ses failles. Quand le héros retrouvera sa mère, après des années de silence, elle ne se rappellera d’abord plus qu’elle a eu jadis un fils, puis ne verra en lui que le génie…
Le génie, et non pas l’homme.
Comme elle avait vu l’idiot, et non pas l’enfant terrorisé et malheureux qu’il était.
Dès cette rencontre, le sort de Charly est scellé, car le compte à rebours a déjà commencé ; Algernon, la souris de laboratoire sur laquelle les scientifiques ont appliqué leur opération, avant de la pratiquer sur lui, perd, au fur et à mesure des jours, son intelligence hors du commun, et cette perte progressive s’accompagne de velléités de révolte, de hurlements internes, d’agressivité, qui font échos aux douleurs du héros. Plus qu’une simple souris de laboratoire, Algernon devient la matérialisation de la conscience de Charly, de cette conscience qui se débat contre l’impensable, il se crée une sorte de lien tacite entre l’homme et l’animal, alors que l’écriture devient de plus en plus hachée, les souvenirs se mélangeant, les phrases se raccourcissant, les fautes d’orthographe revenant.
Cruel retour en arrière, comme dans un rappel d’une position fœtale préliminaire, d’autant plus cruel que le héros en a parfaitement conscience, et que le lecteur, attaché aux moindres de ses pas et de ses erreurs, le ressent de façon exponentielle, la courbe de l’intelligence diminuant de jour en jour jusqu’à retrouver, dans un final magnifique, au cours duquel Charly parvient à retrouver son innocence et sa gentillesse de départ, retrouvant ses anciennes bases et son ancienne vie, sans se rappeler de ce qu’il a été, peu de temps avant.
Ou peut être que si, finalement, comme l’indique la dernière phrase de ce roman que j’encourage vivement chacun à lire, avec, bien sûr, une sensibilité qui lui est propre, mais qui ne laisse pas indifférent ; la boucle est bouclée, le roman rejoint, dans sa fin, son point de départ, et nous laisse sur ces constats doublement tristes :
« Si quelkain voie la tombe d’Algernon, sil vou plé, posai dé fleur deçu. »
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Auteur : Daniel Keyes
Traduction : Georges Hilaire Gallet
Editeur : Librio
Date de parution : 07/2000
Collection : Librio, numéro 376
Format : 13 cm x 21 cm
ISBN : 2290306401
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