par nirnaeth le 01/06/2005
page visitée 3856 fois.
Ceci est la première partie d'un dossier que j'ai du réaliser dans le cadre du BAC. Il n'est donc pas très folichon car le style d'écriture est là pour faire plaisir à ma professeur de français. Mais toutes mes analyses sont personnelles et j'espère pouvoir en parler avec vous, pour ceux qui auront le courage d'en lire l'intégralité !
(Je ne crois pas qu'il soit nécessaire de lire les résumés des livres pour des férus d'heroic fantasy comme vous mais j'ai été obligée de l'incorporer dans mon travail)
Sommaire :
Partie 1 : Les elfes à travers différentes époques Partie 2 : Romans modernes
Les elfes à travers différentes époques
Nous ne savons pas exactement dans quelle tradition les elfes sont apparus pour la première fois. Les sources les plus lointaines remontent aux alentours du Moyen-Âge. Mais malheureusement, les Celtes, les Vikings, et les autres cultures nordiques d’où viennent la plupart des renseignements au sujet des elfes au Moyen-âge, ont laissé très peu de textes et de sources écrites, seulement une grande tradition orale pour la plupart. Et ces textes sont difficilement accessibles à cause de la langue dans laquelle ils ont été écrits.
Au départ, ce chapitre allait prendre une très grande place dans ce travail, mais à cause du manque de textes et de documentation précise sur les elfes, ce ne sera qu’un court chapitre. Cependant, il existe deux excellents livres [1] sur lesquels ce chapitre est basé pour retracer comment les elfes sont perçus à travers différentes époques.
I. Les elfes dans la mythologie scandinave
La mythologie scandinave est peuplée de beaucoup de créatures différentes. Il y a les nains qui vivent sous terre et qui sont des forgerons ou des artisans, les géants, les êtres originels, qui ont une force surhumaine, les créatures du destin, les nornes, les valkyries qui s’occupent de la destinée des hommes, et en dernier les elfes que nous allons essayer de cerner.
On retrouve les elfes dans la légende viking de la création du monde. Dans cette légende le monde est divisé en deux parties : Mitgard, le monde du milieu, où vivent les hommes, et Asgard, la demeure des dieux. On distingue deux types de dieux : les Ases et les Vanes. Les dieux Ases sont Odin, Thor et Tyr, qui sont des dieux de la guerre. Les dieux Vanes sont Freyr (qui est le « patron » des elfes), Freyja et Njördr, qui sont des dieux plutôt liés à l’amour et à la fécondité.
Ce sont les Ases qui ont construit Álfheimr, la demeure des elfes, littéralement « le monde des elfes ». Les Ases donnent ce monde à Freyr, dieu Vane, après la guerre qui a opposé ces deux groupes de dieux. Freyr est un dieu qui a un pouvoir sur la fertilité des sols, la pluie, l’ensoleillement. Les elfes qui fréquentent les dieux sont les elfes de lumière. Ils sont très clairs et rayonnants. On suppose qu’ils avaient certains pouvoirs magiques. Car dans beaucoup de mots, en vieil allemand et anglais, on trouve la racine du mot elfe, pour des mots relatifs à la magie. Par exemple, la figure du pentacle utilisée en magie, en allemand se dit littéralement « pied de l’elfe ».
L’ancêtre de la fête de Noël, « Jól », qu’on retrouve aussi sous la forme « álfablot » littéralement « le sacrifice aux elfes » était la plus grande fête païenne de l’année, dans les civilisations en Europe du Nord [2]. Ils bénéficiaient donc d’un culte et sont directement liés à Freyr, ils doivent donc bénéficier d’un culte lié à la fertilité. Ils ont un côté sacré à cause de ces cultes mais aussi parce qu’il est dit qu’ils ne supportent pas ce qui est sale, toute forme de souillure.
On distingue une autre sorte d’elfe, qui suivant les sources se divisent encore en deux ; les elfes noirs, avec leurs proches cousins, les elfes gris, ou les elfes sombres. Les elfes de lumière, ou blancs, habitent dans le monde des dieux, et les elfes noirs habitent sous terre, sous des collines dans des endroits sombres. C’est cet habitat qui peut expliquer la confusion avec les nains et les morts qui adviendra plus tard. Car certains hommes qui ont eu une vie exemplaire sont parfois appelés elfes après leur mort.
C’est Snorri Sturluson qui a fait la distinction entre ces deux groupes d’elfes dans l’Edda, manuscrit originaire d’Islande qui date du 13e siècle [3].
« Il y a un site qui s’appelle Alfheimr, ou réside le peuple des elfes de lumière, mais les elfes sombres habitent en bas, dans la terre. » [4]
Selon lui, les blancs clairs et lumineux sont les bons et les noirs sont les mauvais. Donc nous pouvons supposer que les elfes sombres ou gris se trouvent entre les deux.
II. Les elfes au Moyen-Âge
En France, au Moyen-âge, les elfes n’existent pas, en général ils sont désignés sous le nom de fée. Et en Allemagne, le mot elfe veut toujours dire « nain » ou « cauchemar ». Dans les pays scandinaves aussi, le mot elfe veut dire « nain ».
Mais en général, l’elfe est une créature blanche et éclatante. Ils étaient considérés comme des entités aimables et sages. La preuve est que beaucoup de noms ont été formés à partir du mot « elfe ». Et le choix d’un nom avait pour fonction de protéger la personne qui le portait. L’elfe devenait en quelque sorte « un patron ». Cela n’aurait pas pu dans ce cas être une créature maléfique pour cette raison, car un nom n’était pas choisi à la légère.
L’elfe deviendra maléfique plus tard, lorsque l’église chrétienne en plein essor veut éradiquer les cultes païens. Elle « démonise » alors les elfes, qui deviennent porteurs de maladies, de malheur et qui jouent des mauvais tours au humains, ils deviennent donc maléfiques. Au contraire des nains, qui étaient initialement vus comme des créatures maléfiques car ils vivaient sous terre. Mais avec l’avènement des prêtres, ils sont devenus des créatures plutôt bénéfiques. L’Eglise n’avait aucune raison de s’attaquer à eux puisqu’ils ne bénéficiaient d’aucun culte. C’étaient les elfes qui en avaient un et qui étaient aimés par certaines populations. C’est pour ces raisons qu’ils ont été considérés maléfiques par les gens de l’église et qu’ils ont été bannis. Les elfes seront maléfiques depuis le XIIe siècle jusqu’au XXe environ.
III. Les elfes au 17e siècle, selon « La république mystérieuse » de Robert Kirk
Quelques siècles plus tard, c’est un ecclésiastique qui va écrire le premier livre d’étude sur les elfes [5], en Ecosse, au 17e siècle. Il a fait une étude intéressante, il n’étudie pas les légendes sur les elfes, mais les elfes tels quels comme s’ils existaient vraiment. Il présente la nature des elfes comme étant entre l’homme et l’ange. Ils sont aussi appelés « Siths » (en Irlande) ou « Bonne Gens » (pour ne pas s’attirer leur colère).
Les elfes du révérend Kirk sont très subtils physiquement, leur corps est si éthéré qu’ils peuvent disparaître et réapparaître quand ils le désirent. Ils sont tellement semblables à l’air, que lorsqu’ils sont touchés par une flèche ou par une autre arme, ils peuvent se reconstituer à nouveau. Ils sont invulnérables grâce à ça, nos armes ne peuvent pas les toucher. Seules des personnes pratiquant les sciences occultes ont le pouvoir de les blesser, s’ils les blessent à leur essence, ce qui est peut-être comme leur esprit ou leur âme. Ils craignent aussi le fer froid.
En général, ils parlent la langue et portent les vêtements des pays où ils habitent. Ils vivent de préférence dans des collines. Ils fonctionnent avec une aristocratie régnante, des lois, mais pas de religion. Ils se nourrissent de rien de matériel, de quelque chose de subtil, invisible dans l’air. Ils ne touchent pas aux parties terrestres des animaux, de leur « essence ». Ils prennent seulement « les parties aériennes et éthérées [6] ». Cela renforce leur nature non terrestre, non matérielle, comme s’ils existaient en tant qu’entité mais ils ne peuvent pas se mêler au monde matériel, ils compensent en jouant des mauvais tours aux humains mais ne peuvent pas manger leur nourriture. Cela continue dans ce sens car ils ne sont pas touchés par la maladie, mais ils vieillissent, donc ils peuvent mourir, en général, ils meurent surtout de mélancolie.
Ils ont des pouvoirs spéciaux, car ils peuvent voir les choses à venir dans la nature, ce qui suppose un lien très fort avec la nature et avec les choses invisibles (eux-mêmes ne sont pas matériels).
Bien qu’ils soient plus proches des anges pour Kirk, ils ne sont pas parfaits, ils commettent autant de méfaits que les humains, à qui les elfes apparaissent souvent par surprise. Mais ce n’est pas pour les aider en général, car ce « sont rarement des messagers de grand bien » [7] . Ils ont pour coutume de voler des enfants humains, mais il n’est pas dit pourquoi. Seulement les hommes doués d’une « seconde vue » peuvent les voir. Soit des hommes qui ont une grande connaissance, qui savent où et quand regarder. Soit qui ont un lien avec les choses immatérielles, comme la magie ou les forces de la nature.
L’auteur dit qu’ils peuvent être confondus avec les âmes des morts. Selon certaines légendes, il y aurait dans les cimetières un monticule nommé « Monts-des-Fées » (ici les fées soient associées aux elfes) qui était là pour recevoir les âmes en attendant que les corps soient ressuscités. Comme les elfes étaient présents dans ces superstitions liées à la mort, cela peut expliquer leur confusion avec les morts. Ou cela peut être expliqué par le fait qu’ils ne sont pas matériels et que les gens les confondaient avec des revenants. Ou alors c’est parce que les gens croyaient que comme ils avaient un pouvoir sur la nature, la vie, ils en avaient aussi un sur la mort. Mais bien que R. Kirk fassent des descriptions concrètes tout cela reste très vague. Bien qu’il dise se baser sur des témoignages véridiques de gens qu’il a rencontrés. Malheureusement c’est invérifiable, mais néanmoins intéressant car ils placent les elfes dans un contexte réel comme dans les romans qui vont suivre.
[1] Robert Kirk, La république mystérieuse, des elfes, faunes, fées et autres semblables, Durante Editeur, 2003, et Claude Lecouteux, Les nains et les elfes au Moyen-âge, Editions Imago, 1988
[2] Régis Boyer, Les religions de l’Europe du Nord, Éditions Fayard, 1974, page 374
[3] Grand Larousse Universel, Larousse, 1986
[4] Claude Lecouteux, Les nains et les elfes au Moyen-âge, Editions Imago, 1988
[5] Robert Kirk, La république mystérieuse, des elfes, faunes, fées et autres semblables, Durante Editeur, 2003
[6] Robert Kirk, La république mystérieuse, des elfes, faunes, fées et autres semblables, Durante Editeur, 2003, page 31
[7] Robert Kirk, La république mystérieuse, des elfes, faunes, fées et autres semblables, Durante Editeur, 2003, page 26
Images : Allan Lee
Sujets concernés par ce dossier : Fantasy, Littérature